L’injonction de l’Apôtre Paul est absolument formelle ; nous ne devons injurier personne. La question se pose donc : que veut dire Paul ici ? Veut-il dire que nous ne devrions rien dire de quiconque avec une mauvaise intention à son égard ? Ou bien veut-il dire : Ne dites pas de mal, quelle que soit l’intention ? Nous répondons : nous savons sans aucun doute que dire du mal avec un mobile mauvais, une mauvaise intention, serait un crime odieux, surtout de la part d’un enfant de Dieu. Mais nous pensons que l’Apôtre voulait dire : quel que soit votre mobile, ne dites du mal de personne. Si telle est la pensée de l’Apôtre - et nous croyons qu’elle est difficilement contestable - elle place une exigence rigoureuse sur le peuple de Dieu. Si le mobile qui pousse à parler mal est mauvais, c’est pire encore ; mais, bon ou mauvais, ne dites du mal de personne.
Qu’est-ce que parler mal ? Nous répondons : le sujet a divers aspects. Parler mal, c’est dire ce qui est préjudiciable ; par conséquent, on ne doit rien dire qui puisse nuire à quiconque. Il est très facile de saisir la justice et la nature raisonnable de cette exigence si nous appliquons la Règle d’Or. Souhaiterions-nous qu’on nous fasse du mal ? Souhaiterions-nous que quelqu’un parle de nous avec mépris, critique nos fautes, ou ce que celui qui parle considérerait comme des fautes, et ainsi nous abaisse aux yeux des autres ? Si le peuple du Seigneur apprenait à appliquer la Règle d’Or à toutes les affaires de la vie, ce serait certainement d’un très grand secours.
[REMARQUE : Le paragraphe suivant qui est (aussi) une traduction du Reprint R 5528 ne figure pas dans l’article de la VP 375. Dans cet article sont ajoutés par contre plusieurs paragraphes traitant de quelques leçons à l’école du Christ.]
Certains, d'entre les Chrétiens les plus consciencieux, rencontrent des difficultés dans ce domaine. En examinant cette question de la médisance, ils se demandent : Mon motif est-il juste ? Ils oublient que leur motivation, à parler péjorativement des autres, n’a rien à voir avec l'injonction de l'Apôtre. Quel que soit le motif, nous ne devons pas médire. La question n'est pas : Est-ce que mon intention était bonne ou mauvaise ? Mais elle est : Est-ce que je médis ? Est-ce que je dis quelque chose de contraire à la Règle d'Or, quelque chose que je ne voudrais pas qu’on dise de moi ? Nous voudrions pouvoir inculquer cette pensée dans le cœur et l'esprit de tous les lecteurs de ce journal.
EST-CE DIRE DU MAL QUE DE RELATER LA VIOLATION DE RÈGLES ?
Maintenant se pose une autre question : Comment devons-nous appliquer l’injonction de notre texte dans le cas du foyer par exemple, ou du bureau ? Supposez que nous soyons en relations avec un bureau [ou service] ou un foyer où certaines règles sont fixées pour la gestion de ce service ou de ce foyer. Dans un tel cas serait-ce dire du mal de notre part que de relater la violation de ces règles à celui ou à ceux qui en ont la charge ? Nous ne considérons pas que c’est dire du mal. Si nous-mêmes violions ces règles, la personne qui nous le signalerait ferait bien - ne nous ferait ni de mal, ni tort, ni préjudice. En ne signalant pas le méfait ou la violation des règles, la personne nous encouragerait à continuer dans la mauvaise conduite.
Le peuple de Dieu est toujours censé n’avoir autre chose que de bonnes intentions dans n’importe quelle conduite à suivre. Avoir autre chose qu’une bonne intention en traitant avec les autres serait avoir une intention meurtrière. Par conséquent, nous ne devons pas prendre l’intention en considération. Mais une personne qui accepte une position dans un bureau, dans un foyer ou dans une institution, accepte aussi les conditions et les diverses règles relatives à cette position. Sans aucun doute, toutes les règles et décisions dans un bureau ou dans un foyer sont prises, non dans le but de nuire à quelqu’un, mais dans l’intérêt général du travail ou de la famille ou quoi que ce puisse être. Pour cette raison, l’observation de toutes ces obligations devrait être considérée comme une sérieuse responsabilité. On ne devrait pas signaler une infraction aux règles d’une manière méchante, mais simplement comme un fait.
Il n’est pas nécessaire que celui qui informe juge le cœur de celui qui est signalé. Il n’est pas question d’un cœur mauvais. Si quelqu’un a un cerveau insensé, ou est négligent ou inattentif et enfreint des règles importantes, ce n’est pas juger le cœur que de signaler un tel cas - et spécialement là où il est de règle que ces cas soient signalés. C’est simplement une affaire de devoir - une chose qui est requise, et est à la fois nécessaire et appropriée.
Nous voyons ce principe établi dans le chef d’œuvre de Dieu - dans notre corps. S’il se produit quelque chose dans le corps - par exemple, si un doigt est pincé - les nerfs avertissent immédiatement le cerveau. Si un pied est blessé, le fait est aussitôt télégraphié au cerveau. Supposez qu’il n’y ait aucun moyen de communiquer la blessure d’un membre du corps au cerveau. Supposez qu’il n’y ait pas de nerfs sensitifs pour transmettre le message. On ne pourrait pas savoir si l’on a ou non perdu un doigt ou un orteil. On ne saurait pas que l’on a perdu un pied, jusqu’à ce que l’on trébuche et que l’on tombe.
UN SUJET À NE PAS DISCUTER AVEC L’OFFENSEUR
Nous ne devrions pas toujours être en train de surveiller si l’on empiète sur nos propres affaires personnelles. Nous savons que, comme les autres, nous avons des imperfections. Si, par inadvertance, d’autres nous marchent sur les pieds, nous savons que, de même, nous marchons aussi quelquefois sur les pieds des autres. Mais tes affaires personnelles sont différentes de celles qui appartiennent à la famille ou au travail. Ce n’est pas s’ingérer que de signaler les violations des règles de la maison ou du lieu de travail. Ce doit être l’intérêt de tous les membres de la famille ou d’une institution que les intérêts du groupe tout entier soient surveillés, d’une manière raisonnable et appropriée.
Il ne serait pas convenable que quelqu’un, à son lieu de travail, s’efforce de redresser tout le monde. Personne n’a à aller de tous côtés et à corriger les autres ; ce ne sont pas ses affaires. Mais si quelqu’un enfreint les règles, il faut lui signaler les faits - les faits, sans une coloration quelconque. Si nous agissions autrement, si tous ceux qui constatent une infraction allaient vers celui qui a violé les règles, et essayaient donc de régler toutes les affaires au travail ou dans la famille, il y aurait une confusion continuelle. Celui qui a enfreint les règles serait poussé à se défendre et à dire : ma conduite était bonne, et ce n’est pas votre affaire si la porte est restée ouverte ou fermée », etc. Mais si cette porte est restée ouverte, il est de votre devoir de signaler le fait à l’autorité compétente, et ainsi vous êtes dégagés de la responsabilité de l’affaire. Ce n’est pas une affaire personnelle, qui doit être résolue selon Matthieu 18 : 15-17. Ce ne serait pas de notre devoir de parler du problème à Pierre, Paul, Jacques, Marie ou Jeanne. Nous ne devrions en parler qu’à une seule personne, et le compte-rendu devrait être fait de façon bienveillante.
On se mettrait vite dans les ennuis si l’on devait essayer de diriger une maison entière ou un bureau en allant vers chacun des membres pour essayer de les redresser. Mais s’il y avait un nouvel arrivant, et si involontairement il enfreignait une règle, il serait bon de dire : c’est la règle de la maison d’agir de telle et telle manière. Mais il ne serait pas convenable de lui signaler ce fait plus d’une fois. Une seconde violation devrait être rapportée, avec un esprit d’amour.
CAS DIVERS
En appliquant la question à notre propre marche dans l’église, dans des affaires se rapportant à nous-mêmes personnellement, nous voyons où se trouve notre responsabilité individuelle. « Si ton frère pèche contre toi, va, reprends-le [voir note D. - Trad., entre toi et lui seul ». Notre Seigneur ne fait pas allusion à ce qu’il fait contre quelqu’un d’autre, mais contre « toi ». « Bien » peut objecter quelqu’un, « je pense qu’il a fait quelque chose contre un tel ». Nous entendons quelqu’un dire : « je pense que frère Un tel ne traite pas bien son épouse ». Nous répondons : « c’est son affaire et l’affaire de son épouse ; ce n’est pas votre affaire. Votre affaire est de vous occuper de votre propre épouse ou époux, de vos propres parents, de vos propres enfants, et de laisser les autres tranquilles. Nous vous conseillons de mettre en pratique vous-même. Faites votre devoir en ce qui concerne vos propres affaires, et abstenez-vous de commentaires sur celles des autres ».
Mais supposez que nous ayons vu une chose radicalement mauvaise ; supposez qu’en marchant dans la rue, nous ayons vu un homme battre cruellement un cheval, devrions-nous ne rien dire ? Dans un tel cas, si nous voyions un agent de police, nous pourrions dire : « Voulez-vous constater de quelle manière cet homme accable ce cheval ? ». Ou bien cela pourrait être signalé à une association protectrice, s’il y en a une dans la localité. Si un parent bat brutalement un enfant, ou fait quelque chose de cette sorte, il serait convenable de signaler l’affaire aux autorités. Mais ce n’est l’affaire de quiconque d’aller essayer de régler les problèmes en général. Le monde est plein de mal, et le sera jusqu’à ce que le Royaume exerce son autorité.
Nous pensons que dans la mesure où cela concerne l’église, en règle générale il serait préférable de laisser de côté nombre de difficultés que nous voyons dans le monde parce que si nous voulions commencer à redresser tout ce qui est mal, il ne nous resterait pas assez de temps pour servir le Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Notre temps est suffisamment limité, au mieux. Les gens nous jugent déjà mal ; par conséquent, nous faisons bien de ne pas augmenter inutilement l’opposition. S’il arrivait un jour que nous en ayons fini avec nos charges envers l’église et envers notre famille, nous pourrions alors considérer certaines de ces affaires extérieures. Mais nous avons très peu de temps, et cela ne nous laisse que de rares occasions de nous occuper de n’importe quelles autres affaires en dehors de nos charges indispensables et de notre service pour le Seigneur et pour les frères. Et nous devrions en être reconnaissants, parce que si ensuite il y a de l’opposition contre nous, ce sera seulement parce que nous sommes fidèles à notre céleste Roi.
Jusqu’à présent, notre Roi ne nous a pas donné autorité pour redresser les affaires du monde. Mais il nous est recommandé, quand nous en avons l’occasion, de faire connaître les principes de droiture, sans soulever aucun débat. Quand notre Roi apparaîtra et commencera Son règne et que nous serons exaltés avec Lui, nous montrerons au monde quel gouvernement doit exister ! Mais, à vrai dire, il semble surprenant que les lois soient aussi bonnes, même maintenant. Nous sommes simplement stupéfaits quand nous pensons aux bonnes lois de l’Etat de New-York, par exemple. Il est merveilleux de voir comment l’Etat essaie de prendre soin des intérêts de la majorité, et combien est fait pour le peuple ; nous sommes heureux que le pauvre monde ait été capable de faire si bien. Nous admirons ce qu’ils ont fait dans ces conditions défavorables. Quel temps grandiose ce sera, et quel monde grandiose ce sera, quand toutes choses seront sous la loi de justice.
UNE AUTRE PHASE DE LA QUESTION
Mais, revenant à ce sujet de dire du mal dans l’église, supposez qu’un frère ait été proposé pour la charge d’ancien ou de diacre, et supposez que nous jugions qu’il est inapte à une telle charge, pour certaines raisons connues de nous, mais pas par le reste de l’ecclésia. Quelle devrait être notre conduite dans cette affaire ? Nous sommes exhortés à ne dire du mal de personne. Devons-nous donc nous lever et dire : « Frères et sœurs, j’estime que frère A est tout à fait incapable d’être ancien ; je sais qu’il a fait telle et telle chose ; qu’il a extorqué une somme d’argent à une dame » - ou quelque association que ce soit. Allons-nous dire cela ? Certainement pas ! Mais la vieille volonté désire toujours une chance de dire du mal ; donnez-lui la moitié d’une chance et elle dira aussitôt tout ce qu’elle sait !
Que devons-nous faire alors ? Eh bien, si nous étions membre de cette assemblée, nous pensons que nous irions trouver ce frère ainsi proposé pour lui parler et que nous dirions : « Frère A, il y a certaines choses que j’ai apprises vous concernant, et dont je ne veux parler à personne. Je ne souhaite pas du tout dire du mal de vous, cher frère. Mais je crois que cet aspect de votre vie est mauvais, et qu’il ne serait pas bon pour l’assemblée de vous élire. Je ne désire pas leur parler de cette affaire. Je voudrais vous demander si vous refuserez de servir. Si vous promettez de refuser d’être élu cela suffit. Ou bien si vous pensez que mon opinion n’est pas la bonne interprétation, exposez-leur l’affaire publiquement. Si vous ne le faites pas, et ne refusez pas d’être élu, alors je devrai présenter l’affaire à tous - je devrai dire ce que je sais parce que vous savez que c’est comme je l’affirme. Je suis venu vous voir avec bienveillance et je n’ai aucun désir de vous nuire ».
Si le frère répond : « C’est bon, frère - je refuserai la proposition ; et quant à la difficulté dont vous parlez, j’essaie de la surmonter » - alors nous pourrions lui dire que nous sommes très heureux. Nous croyons qu’ainsi nous agirions pour le bien de ce frère. Nous préserverions aussi la classe de ce qui serait préjudiciable et litigieux, et nous maintiendrions la paix. Si, d’autre part, le frère devait être querelleur, nous lui dirions : « vous pouvez être sûr que je vais exposer l’affaire à l’église, si vous ne refusez pas la proposition ; parce que, de cette manière, vous dites que vous approuvez votre conduite et vous lui restez fidèle ».
Mais si le cas était une chose qui s’est produite il y a longtemps dans la vie du frère, il pourrait avoir complètement changé à l’heure actuelle - au cours d’une année, ou de deux, ou de cinq, ou d’une période quelconque. Nous serions heureux qu’il ait abandonné sa mauvaise conduite. Alors nous pourrions aller vers le frère et dire : « frère, je constate que vous vous maintenez pour l’élection. Votre vie a-t-elle complètement changé ? ». S’il répondait : « Oui, frère ; elle a complètement changé », alors nous serions heureux. Mais s’il se fâchait et nous disait que ce n’est pas notre affaire, nous dirions : « Maintenant, frère, je dois faire un rapport sur cela à l’église. Par votre attitude, vous prouvez que vous maintenez la même conduite que celle que vous aviez adoptée auparavant. Si j’avais fait untel mal, et si je continuais à agir mal, je souhaiterais que ma conduite soit réprimée. Aussi je signalerai ce fait, afin que les membres de la classe puissent examiner à nouveau s’ils vous prennent comme ancien (ou diacre) ».
UNE CONCLUSION À L’EXHORTATION
Tout ce qui est préjudiciable aux intérêts véritables d’un autre ne devrait jamais être dit. Nous ne pouvons être trop vigilants concernant nos paroles à propos des autres. Il semble y avoir une tendance chez certains des enfants du Seigneur à se livrer à des confidences avec d’autres frères et sœurs et à raconter des incidents qui nuisent à la réputation d’un autre frère ou sœur, qui dévoilent en lui ou elle certaines manifestations de faiblesse. La disposition qui expose ainsi les imperfections des frères et sœurs n’est sûrement pas l’amour qui couvre tout (1 Pi. 4 : 8). Nous en connaissons certains qui suivent ce chemin depuis longtemps et qui ne semblent même pas encore avoir surmonté cette disposition. Oublient-ils qu’ils ont eux-mêmes des imperfections peut-être aussi marquées que le frère ou la sœur qu’ils critiquent ? Le fait même qu’ils ignorent l’injonction du Maître en accord avec notre texte prouve leur propre manque de développement. Pourtant, ceux-ci seraient indignés de l’implication d’être coupables de dire du mal.
Plus tôt les disciples de Christ arrivent à comprendre que tout cela c’est calomnier, c’est salir la bonne renommée d’un frère ou d’une sœur, c’est une violation directe de l’injonction répétée de la Parole de Dieu, et que la diffamation est le vol de la réputation d’un autre, plus tôt ils comprendront ce sujet tel qu’il est réellement, dans toute son horreur - tel qu’il doit apparaître aux yeux du Seigneur. Une fois le sujet compris d’après le point de vue divin, le seul point de vue exact, l’enfant de Dieu doit certainement réveiller la plus grande énergie possible pour vaincre ces œuvres de la chair et du diable. Que chacun de ceux qui lisent ces paroles sonde son propre cœur et réfléchisse à sa propre conduite, et se pose alors la question : « Est-ce moi ? ».
Que tous ceux qui espèrent être estimés dignes d’une place dans le Royaume, qui approche tant, ôtent le vieux levain de malice, d’envie, de médisance et de querelle, s’il en reste encore, afin de pouvoir vraiment devenir des copies du cher Fils de Dieu. La chair est très séduisante, et est disposée à se trouver toutes sortes d’excuses. Que chacun fasse de ce sujet un examen de cœur personnel. Il reste, nous te croyons, très peu de temps pour perfectionner notre caractère. Prions avec plus d’ardeur que jamais : « Mets, ô Eternel ! une garde à ma bouche, veille sur l’entrée de mes lèvres » (Ps. 141 : 3).