- NOMBRES 22-25 -
Après que les Israélites sont entrés en Canaan et totalement reconnus comme nation sainte de Dieu (Amos 3 : 2), il semblerait que toutes les relations spéciales entre Dieu et le peuple non-juif aient été interrompues. Avant cela, des hommes ayant foi en Dieu furent apparemment plus ou moins reconnus par Lui – par exemple, Abraham, Isaac, Jacob, Job, Melchisédec et Balaam - ce dernier constituant la figure centrale de cette leçon. Balaam vivait sur l'Euphrate, dans le pays qu'Abraham avait laissé quand il était venu à Canaan. Il était connu en tous lieux comme celui dont les prédictions, en bien ou en mal, étaient sûres de se réaliser. En d'autres termes, il était considéré comme un oracle.
Quand le roi des Moabites s'aperçut que les Israélites étaient vainqueurs de tous ceux contre lesquels ils combattaient dans le pays situé à l'est du Jourdain, il eut très peur d'eux, bien qu'ils n'eussent pas malmené les Moabites. Il s'entretint avec le maître de Madian, et envoya alors un message à Balaam qui se trouvait sur l'Euphrate à 400 miles de là (600 km ...) pour que celui-ci vînt prononcer une malédiction contre les Israélites. Une importante récompense fut offerte.
Le prophète Balaam demanda à l'Eternel s'il devait ou non accomplir cette mission. La réponse fut : Non ; Israël était béni de l'Eternel, non maudit. Balaam se décida, et les messagers s'en retournèrent. Balak était des plus insistants et il envoya d'autres messagers de plus haut grade, annonçant de plus grandes récompenses. Balaam connaissait l'opinion de l'Eternel sur le sujet, mais il avait l'amour de l'argent, et dans un sens, il espérait qu'il lui serait possible d'avoir quelques-unes des récompenses pour l'iniquité. En réponse à cette seconde demande, quant à savoir s'il pouvait ou non partir avec les hommes, il obtint la permission d'y aller, si les hommes venaient le chercher à nouveau, et seulement à ce moment. Mais Balaam partit sans attendre une convocation supplémentaire.
Ce fut au cours de ce voyage que Balaam fut réprimandé par son ânesse. Un ange de l'Eternel se plaça sur le chemin, à un endroit étroit où l'ânesse, voyant l'ange, ne put passer. Les yeux de Balaam n'étant pas ouverts, il ne vit pas l'ange. L'ânesse, qui avait été battue, protesta. Même ce miracle ne calma pas la soif d'argent de Balaam. Il convoitait la richesse et ferait tout ce qui était en son pouvoir pour l'obtenir - purement et simplement s'arrêter où il devait pour cela.
Balaam fut reçu avec honneur par Balak, roi de Moab. Il ordonna que l'on bâtît des autels et que des sacrifices fussent offerts à Dieu. Il aurait une forme de piété, alors qu'il désirait faire le contraire de la volonté divine qu'il connaissait déjà. Les sacrifices offerts, il entama sa prophétie, dont le roi espérait qu'elle serait une malédiction, mais qui en réalité fut une bénédiction, les paroles étant divinement inspirées. Comme l'écrivit st. Pierre : « De saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l'Esprit Saint » (2 Pi. 1 : 21). Le roi se plaignit de ce qu'à la place d'une malédiction Balaam avait prononcé une bénédiction. Balaam fit observer qu'il avait dit dès le début qu'il serait impuissant à prononcer autre chose que le message divin.
Le roi déçu, craignant Israël, chercha à utiliser la magie noire d'une manière quelconque contre eux. Il emmena le Prophète vers une autre position avantageuse et incita à la malédiction d'au moins une grande partie de l'armée. On construisit des autels à nouveau ; des sacrifices furent offerts une nouvelle fois. Et, à nouveau, la malédiction désirée ne vint pas à la place de la bénédiction. Se désespérant, furieux, le roi insista pour qu'au moins une partie soit maudite et il conduisit le Prophète vers un autre point de vue, d'où l'on pouvait voir un flanc encore plus petit de l'armée d'Israël. Mais là encore, le résultat fut des bénédictions, non des malédictions - pour la troisième fois.
LA DUPLICITÉ D'ESPRIT.
La duplicité d'esprit du Prophète Balaam fut abondamment manifestée par sa conduite, telle que nous l'avons examinée. Il souhaitait être un Prophète de l'Eternel et annoncer Sa Parole en Son Nom ; mais il désirait aussi les richesses et l'honneur qui les accompagnerait. Il avait grande envie de ce que la providence de Dieu n'avait pas jugé bon de lui donner. Le bien et le mal – la voie de Dieu et la voie des richesses - étaient l'une et l'autre devant lui. Laquelle choisirait-il de tout cœur ? Il n'en choisit aucune. Il essaya de les avoir toutes deux - d'être un serviteur et porte-parole de Dieu et de gagner la récompense pour une conduite contraire (2 Pi. 2 : 15,16).
Hélas, combien dans tous les Âges ont eu l'esprit de Balaam ! Jésus mit en garde contre cet esprit, disant : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Matth. 6 : 24). Combien ont trouvé exactes les paroles du Maître ! Combien ont constaté que le Seigneur rejette de Ses conseils et de Son association ceux qui estiment l'iniquité dans leur cœur et qui, s'ils n'aiment pas la servir, apprécient au moins ses salaires. Souvenons-nous que Dieu regarde au dedans - le cœur. Souvenons-nous qu'il était écrit de Jésus : « Tu as aimé la justice, et tu as haï la méchanceté ; c'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a oint d'une huile de joie au-dessus de tes compagnons » (Ps. 45 : 7).
Dans les agissements de Dieu envers notre Rédempteur, Il a illustré les principes de Son juste gouvernement. Un homme double d'esprit est inconstant en toutes choses - pas agréable à Dieu, non acceptable par Lui.
LE CŒUR ET LE TRÉSOR.
Le Maître dit : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Matth. 6 : 21). Ceux qui placent principalement leurs affections dans des choses terrestres peuvent difficilement éviter les pièges qui les accompagnent. L'unique voie sûre de Balaam était la loyauté de cœur envers Dieu. Connaissant l'opinion du Seigneur sur ce sujet, il aurait dû en faire ses délices, et repousser au maximum toute ouverture dans une direction opposée. Aux nobles qui apportèrent la seconde proposition du roi Balak, il aurait fallu dire gentiment, mais fermement, que la volonté divine était la loi de Balaam le Prophète ; qu'il ne prendrait en considération, à aucun moment, quoi que ce soit de contraire à la volonté divine ; et que l'argent, la fortune et les honneurs comme incitations à une conduite en opposition à la volonté de Dieu seraient une insulte. Appliquons chacun cette leçon dans les affaires de la vie. Que Dieu soit le premier dans notre cœur, aussi bien que dans nos paroles et nos actes.
Mais, surpris en faute, Balaam était allé jusqu'à partir en voyage avec l'espoir de recevoir dans un sens le salaire du mal. L'incident de l'ânesse aurait dû le réveiller complètement. Même une ânesse avait assez de raison pour ne pas essayer d'aller contre la Puissance élevée. Evidemment, la puissance de raisonnement et le courage de l'humanité supérieurs à ceux de la brute peuvent être employés avec grand profit.
Nous voyons que le cœur de Balaam était mauvais. Il continua à être Prophète mais il cessa d'être un saint Prophète à l'instant où il badina avec l'offre tentante de richesse, le salaire de l'iniquité. Hélas, combien son esprit était avili, corrompu, par l'amour de l'argent ! Alors qu'extérieurement, il restait encore loyal à Dieu, en ce qu'il ne prononçait pas de prédiction erronée, néanmoins, intérieurement son harmonie avec Dieu s'en était allée. L'infection, qui n'était d'abord qu'un simple atome de désir d'argent, s'étendit rapidement au point d'avaler tout ce qu'il y avait de noble et de sincère dans l'homme. La pourriture ou l'influence pernicieuse qui commença dans son cœur, telle la rouille au cœur d'une belle pomme, se répandit jusqu'à ce qu'il ne restât rien d'autre que l'apparence extérieure.
Le soi- disant homme de Dieu se vautra dans la fange du péché de son désir d'obtenir la fortune offerte de Balak. Il dit au roi : La raison pour laquelle je n'ai pas le droit de maudire Israël est qu'ils sont bénis du Seigneur ; mais je vais t'expliquer que la bénédiction du Seigneur est sur eux parce qu'ils sont Son peuple consacré, en relation d'alliance avec Lui, cherchant à obéir à Sa Loi. Le seul moyen par lequel tu pourrais amener la malédiction sur Israël, serait de les tenter de désobéir à Dieu.
Guidé par Balaam, le roi Balak entra en contact avec le peuple influent des Madianites, et insista pour que leurs femmes et filles tombent en apparence amoureuses des Israélites, et les introduisent aux rites religieux sensuels pratiqués par Madian (Apoc. 2 : 14). A mesure qu'ils réussiraient à prendre les Israélites au piège du péché et de l'idolâtrie, dans cette mesure la malédiction de la Loi d'Israël tomberait sur Israël. Comme il est triste, et pourtant comme il est vrai, que la connaissance est une chose dangereuse pour ceux qui en font un mauvais usage ! Comme il est vrai, aujourd'hui, que personne ne peut être un outil plus utile de Satan que ceux qui ont quelque connaissance de Dieu !
DIEU PERMIT CETTE LEÇON.
Dieu aurait pu empêcher toutes ces machinations néfastes, comme Il pourrait empêcher les mauvaises actions et les projets nuisibles aujourd'hui. Mais Il permit que des choses s'accomplissent, et que de cette façon soit donnée une grande leçon - pour l'époque d'alors, aussi bien que pour maintenant et pour les temps intermédiaires. Le plan réussit. Quelques-unes des femmes et des filles en vue parmi les Madianites, attirèrent quelques-uns des hommes dirigeants d'Israël, dans l'adultère et dans l'adoration des idoles et les orgies. Sur le champ, une plaie s'abattit sur les Israélites (Nomb. 25), conformément à leur Alliance avec Dieu au Sinaï, à Ebal et Gerizim.
L'Alliance de Dieu avec Israël était telle que, aussi longtemps qu'ils seraient loyaux envers Lui et envers Sa Loi, leurs ennemis ne pourraient prévaloir contre eux. Ils seraient Son peuple. Ils seraient bénis dans tous leurs intérêts temporels. Mais s'ils négligeaient Ses statuts et s'engageaient dans l'idolâtrie, Il leur enverrait diverses plaies. Cette méthode, non seulement les punirait pour leurs mauvaises actions, mais leur servirait de leçon d'avertissement, pour les empêcher de commettre des excès, tels que ceux qui étaient courants parmi les païens.
Nous devons nous souvenir que la mort de milliers d'Israélites, à ces occasions, fut le châtiment complet de leur péché. Ils ne tombèrent pas dans un enfer de tourment éternel, mais s'endormirent purement et simplement pour attendre le meilleur Jour du Messie, l'Antitype de Moïse, quand ils seront réveillés du sommeil de la mort et amenés à une connaissance pleine et entière de ces choses que, tout au plus, ils ne comprenaient alors que d'une manière typique.
Non seulement Dieu punit-Il les Israélites d'après les termes de leur Alliance de la Loi, mais Il châtia aussi les Madianites et Balaam. Sous les instructions divines, Moïse appela mille hommes armés dans toutes les tribus. Cette armée liquida complètement les Madianites comme nation, y compris Balaam le Prophète, qui, pour recevoir la récompense de son conseil infâme, était évidemment resté pour surveiller l'œuvre d'iniquité (Nomb. 31 : 1-8).
Notre Rédempteur glorifié, dans Son dernier message à l'Église, annonça que quelques-uns de Ses disciples imiteraient Balaam et, pour un avantage terrestre, mettraient une pierre d'achoppement sur le chemin des frères (Apoc .2 : 14). La signification en est que la prostitution et la fausse adoration seraient sur un plan plus élevé que celui sur lequel achoppa Israël naturel - de même que tout est antitype dans cette dispensation chrétienne.
DE MAGNIFIQUES PROPHÉTIES DE BALAAM.
Plusieurs passages des prophéties de Balaam très remarquables dans leur accomplissement sont, par exemple :
« Car du sommet des rochers je le vois,
et des hauteurs je le contemple ;
Voici, c’est un peuple qui habitera seul,
et il ne sera pas compté parmi les nations ». (Nomb. 23 : 9)
« Bénis sont ceux qui te bénissent,
et maudits sont ceux qui te maudissent ». (Nomb. 24 :9)
« Je le regarderai, mais pas de près :
Une Étoile surgira de Jacob,
et un Sceptre s’élèvera d’Israël…
Et Celui qui sortira de Jacob dominera ». (Nomb. 24 : 17)
A coup sûr, nous voyons accomplie la déclaration qu'Israël sera à part de toutes les autres nations. Quelle autre nation de ce temps reste un peuple dont l'identité est préservée ?
Combien est vraie l'affirmation que ceux qui ont maudit ou lésé Israël se sont attiré des préjudices pour eux-mêmes ! Quand nous examinons le monde entier, nous constatons que toutes les nations qui ont traité durement Israël ont reçu un châtiment sévère ou un fléau. Au contraire, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, nations qui ont béni le Juif, ont reçu de grandes bénédictions.
Les passages ayant trait au Royaume du Messie sont également vrais. Le Sceptre s'est vraiment élevé d'Israël. Celui qui domine la terre est de la postérité de Jacob, selon la chair. Comme la brillante Étoile du matin, Il conduit vers un glorieux lever de soleil - l'aube du Jour Messianique, qui doit dissiper la nuit de la terre et apporter les bénédictions au lieu de la malédiction.
WT 1913 p 5322 (B.S. 542)