Les paroles de saint Étienne à l'occasion de son martyre, « Seigneur, ne leur impute pas ce péché », ne doivent pas être interprétées comme signifiant qu'il dictait au Tout-Puissant la manière de traiter ceux qui lui ôtèrent la vie. Nous ne devons pas non plus penser qu'il priait pour le pardon de tous les péchés de ces personnes. Nous devons réduire la question aux mots utilisés : « Ne leur impute pas ce péché ».
En ce qui concerne saint Étienne, il n'avait aucune revendication particulière à faire valoir auprès de la Justice pour obtenir réparation. La question se pose alors, est-ce que quelqu'un a une telle revendication ? La réponse est qu'il semblerait que toute personne qui souffre d'une injustice, ait un droit de rétribution. Dans nos tribunaux de droit commun, certains crimes et actes d'injustice sont pris en charge mais il y en a d'autres qui ne seront abordées que si la personne concernée a déposé une plainte.
Dans le cas de saint Étienne, nous comprenons que les torts qui lui sont causés sont imputés aux malfaiteurs. Ils étaient déjà contaminés par le péché originel, en tant que membres de la famille humaine ; ils étaient déjà condamnés à mort. Le Seigneur Jésus avait déjà commencé le travail de satisfaction de leurs péchés et des péchés du monde entier. En Son temps et à Sa manière, Dieu jugera ces pécheurs. Par conséquent, ils auront une juste rétribution, dans la mesure où ils se sont rendus coupables de faute.
Jésus laisse entendre que les crimes commis contre l'un quelconque des membres de Son corps devront être expiés. Le fait de porter préjudice à l'un des membres du peuple du Seigneur est particulièrement mauvais aux yeux de Dieu, et particulièrement punissable ; car ceux-ci sont dans une relation particulière d'alliance avec Lui, alors que le monde se trouve en dehors de cette protection accordée par la Justice Divine, excepté de manière globale.
Les paroles attribuées à notre Seigneur, « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font », qui figurent dans nos versions courantes de la Bible, ne se trouvent pas dans les plus anciens manuscrits grecs. Il serait un peu plus difficile pour Jésus de prononcer une telle prière que pour nous de le faire ; car les Écritures déclarent qu'Il savait ce qu'il y avait au dedans de l'homme. Nous ne savons pas. Toute prière que nous pourrions prononcer en faveur d’un homme serait très différente de celle que Jésus aurait prononcée. C'est pourquoi nous devons laisser ces paroles hors de toute considération lorsque nous pensons aux paroles de saint Étienne.
LES DISPOSITIONS GÉNÉRALES ET SPÉCIALES DE LA LOI.
Nous nous demandons dans quelle mesure saint Étienne était en droit et dans la limite de ses privilèges de prononcer une telle prière. S'il était l'un des Apôtres, nous ne serions pas amenés à nous interroger, mais de supposer qu'il avait raison. Le fait que ses paroles soient consignées dans les Écritures ne prouve rien de particulier, et elles auraient pu être prononcées par l’un quelconque d’entre nous.
Notre droit commun semble contenir ce principe — chaque individu semble avoir certains droits en plus des droits généraux prévus par la loi. Ces droits particuliers, il peut ou non les faire valoir, si l'occasion se présente. Dans le cas de saint Étienne, nous comprenons qu'il avait le droit de renoncer aux exigences de la justice, et il l'a fait. C'est comme s'il avait dit : « Je ne proteste pas et ne demande pas de vengeance pour mon compte ».
La question se pose alors de savoir s'il avait le droit de vouloir se venger. Nous pensons que non. Les instructions de notre Seigneur sont : « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père l'est aussi » (Luc 6 : 36). Mais en ce qui concerne les principes généraux de la justice, nous ne devons pas nous en mêler. Saint Étienne limite très justement sa prière dans ce sens, comme s'il disait (en paraphrasant) : « Père céleste, je ne demande pas de vengeance à leur encontre, mais qu'ils ne soient pas tenus particulièrement responsables de ce péché contre moi ».
LA DÉFENSE DES INTÉRÊTS DE LA VÉRITÉ EST UN DEVOIR.
Notre Seigneur nous exhorte à aimer nos ennemis, à faire du bien à ceux qui nous haïssent et à prier pour ceux qui nous maltraitent et nous persécutent. La question qui se pose alors est la suivante : serait-il approprié pour nous de faire appel à la justice ? Devrions-nous toujours dire : « Père, pardonne-leur ; je leur pardonne » ? Devrions-nous souhaiter que le tribunal ne fasse rien contre eux ? Non ! Lorsque les intérêts de la Cause du Seigneur sont en jeu, il est de notre devoir de nous exprimer pour défendre la Vérité ; mais pas pour une affaire personnelle.
Bien sûr, le monde ne comprendra pas nos motivations, car le monde n'agit que sur la base des raisons personnelles. Par conséquent, ils supposeront que nous agissons de même. Lors de notre consécration nous avons renoncé à tous nos droits terrestres, c'est-à-dire que nous nous sommes engagés à renoncer à toute revendication de nos justes droits dans ce monde. C'est là substance de notre consécration.
Toutefois, lorsque les intérêts de la Cause du Seigneur sont en jeu, il est de notre devoir d'agir pour le bien de la Vérité, car cela permet de mettre un terme à certaines idées contraires à la Vérité. Nous voyons des illustrations de ce principe dans le cas de l'Apôtre Paul à la tribune ; également lorsqu'il dit à Élymas le sorcier : « O enfant du diable, ... ne cesseras-tu pas de pervertir les bonnes voies du Seigneur ? ... tu seras aveugle, ne voyant pas le soleil pendant un temps » (Actes 13 : 10,11). Dans ces cas, et aussi dans celui d'Alexandre le chaudronnier, nous pouvons être sûrs que l'Apôtre ne cherchait pas personnellement à se venger.
Cette attitude devrait également être la nôtre dans toutes les affaires de la vie. Si quelque chose est fait contre certains opposants, cela doit être fait dans le même esprit que l'Apôtre nous a montré dans les citations ci-dessus. Nous remarquons qu'en grandissant en grâce et en connaissance, nous développons un esprit de miséricorde et de pardon. C'est ainsi que cela doit être. Une plus grande connaissance de Dieu, un plus grand développement de notre caractère à l’image de celui du Christ, devraient nous rendre plus généreux et plus indulgents.
L'IGNORANCE : LA CAUSE RÉELLE DE NOMBREUSES INJUSTICES.
Le Seigneur nous bénit en nous donnant une connaissance plus claire de la vérité. Quand nous parvenons à la connaissance de la vérité, cela nous procure un sentiment de sympathie pour le monde. Le monde est sous la sentence du péché. Mais l'Apôtre dit : « Vous êtes lavés, vous êtes sanctifiés, vous êtes justifiés au nom du Seigneur Jésus et par l'Esprit de notre Dieu » (1 Corinthiens 6 : 11). Les autres, qui ne sont ni purifiés, ni sanctifiés, ni justifiés, sont dans le fiel de l'amertume, pour ainsi dire.
Quand on considère toutes les mauvaises actions commises dans le monde, et quand on regarde les pages de l'histoire, on peut voir que la majorité de ceux qui ont perpétré le mal l'ont fait parce qu'ils n'appréciaient pas les principes impliqués en la matière. Saint Pierre, parlant par inspiration, dit que dans l'ignorance, Israël a tué le Prince de la Vie (Actes 3 : 15, 17). Saint Paul, à qui le Sanhédrin a donné l'autorité pour la lapidation de Saint Etienne, nous dit qu'il a fait ces choses par ignorance, par aveuglement ; et qu'il pensait vraiment qu'il rendait un service à Dieu.
Si cela est vrai pour tous ces cas dans le passé, ne pouvons-nous pas penser que le même principe s'applique aussi aujourd'hui — individuellement, personnellement ? Le Seigneur est capable de faire cesser ces choses, et il le fera en temps voulu. Il lèvera le voile et laissera la lumière briller en temps voulu. Mais ce n'est pas encore le temps opportun. L'Église n'a pas encore achevé les souffrances du Christ.
NOTRE PART DE LA COUPE DE SOUFFRANCE.
Nous devrions nous réjouir d'avoir une part aux souffrances du Christ, et recevoir notre part dans la douceur et l'obéissance sans plainte, en réalisant que le Père a versé la coupe que nous devons boire. Si nous aimons nos ennemis et ne voulons pas leur faire de mal, mais que nous voulons au contraire ouvrir les yeux de leur compréhension et leur faire du bien, alors nous montrons que nous avons le bon état d'esprit. Toute volonté de leur faire du mal prouverait que nous manquons de l'Esprit du Seigneur. Quiconque constate qu'il a un état d’esprit de méchanceté doit voir qu'il a encore bien des choses à apprendre. Cependant, celui qui trouve en lui même la preuve qu’il a l'Esprit du Seigneur dans cette affaire, peut se réjouir.
De cette façon, ceux-là mêmes qui nous persécutent, nous calomnient, nous font du mal, verront les choses clairement, et ils en auront honte. Comme le montrent les Écritures, « Vos frères qui vous haïssent et vous excluent à cause de mon nom disent : ‘Gloire à Jéhovah !’ Mais il apparaîtra et vous vous réjouirez, et ce sont eux qui seront couverts de honte » (Ésaïe 66 : 5). Le temps où ils seront couverts de honte est le temps où le Christ apparaîtra et ils comprendront. « Et quand il apparaîtra, nous lui serons semblables ». Ainsi, notre opportunité de vengeance sera future, et notre vengeance sera de faire du bien à nos ennemis. Nous leur ferons tellement de bien qu'ils auront complètement honte de ce qu'ils font maintenant contre nous.