Dans l'épitre aux Philippiens, saint Paul exprime toute sa reconnaissance pour avoir reçu l'occasion de gagner un prix, une chose digne d'être acquise, d'être saisie pleinement, d'être prise en possession. Quelle est la chose que le grand Apôtre cherchait à obtenir et qu'il n'avait pas encore atteinte ? Il parlait de cette chose comme d'un prix, qu'il s'efforçait de gagner.
Nous pouvons considérer « la marque pour le prix du Haut-Appel » de deux points de vue, qui sont tous les deux corrects. D'un côté, cette marque est celle de la ressemblance de cœur avec le Fils de Dieu, de la perfection de l'intention, de l'amour de la justice, de Dieu, des frères de Christ et du monde, même de nos ennemis. Ce degré de développement du caractère devrait être atteint le plus tôt possible dans notre expérience chrétienne, et devrait être tel que, si nous mourions à n'importe quel moment après l'avoir atteint, Dieu nous estimerait dignes d'avoir part à la première résurrection.
D'un autre point de vue, cette « marque pour le prix du Haut-Appel » est la cristallisation du caractère à la ressemblance de notre Seigneur. Après avoir atteint une ressemblance de cœur avec Christ, nous devons la maintenir fermement, et voir que dans toutes les épreuves que le Seigneur permet de nous faire subir, il nous comptera comme vainqueurs, non pas par notre propre force, mais par celle de notre Rédempteur. Cette marque du caractère cristallisé n'est pas atteinte aussi tôt dans notre expérience chrétienne que la marque du développement du caractère. Mais en menant le bon combat jusqu'au bout de notre parcours, nous cristallisons nos caractères dans l'amour des principes de la justice, de Dieu, des frères et même de nos ennemis. Si nous sommes ainsi fidèles, nous remporterons le prix de la gloire, de l'honneur et de l'immortalité.
LA PERFECTION, ET NON LA CONSÉCRATION, EST LA MARQUE.
Il n'y a aucune raison de penser que notre consécration est la marque ; car notre test, notre épreuve, vient après notre consécration, et non avant. Personne ne serait à la marque simplement parce qu'il est consacré, mais parce qu'il a enduré l'épreuve, prouvant ainsi que sa consécration venait du cœur et qu'il était sincère dans le dévouement de toutes ses forces au service de Dieu. Nous ne pouvons pas supposer que la marque est atteinte le lendemain de la consécration. Il faut qu'il y ait un certain degré de développement du caractère, il faut qu'il y ait une certaine marque de caractère, pour que Dieu puisse considérer cette personne comme digne de la vie éternelle.
La norme de caractère de Dieu est la perfection, qui doit se manifester par la loyauté et l'obéissance dans toutes les épreuves qu'Il permet de soumettre aux individus sur n'importe quel plan de la vie. Personne n'obtiendra le prix de la vie éternelle s'il ne passe pas ces tests avec succès. Nous nous rendons compte que l'Église a été mise à l'épreuve tout au long de l'Âge de l'Évangile, quant à sa dignité pour obtenir « la gloire, l'honneur et l'immortalité », c'est-à-dire pour devenir cohéritière avec son Seigneur - Rom. 8 : 17.
Des Écritures, nous apprenons que, tout au long de l'Âge Messianique, le monde sera mis à l'épreuve par le Christ, et que, même après avoir passé cette épreuve, il ne recevra pas la récompense de la vie éternelle avant que Dieu ne l'ait éprouvé à la fin du règne du Christ en libérant Satan pour « un peu de temps » (1 Cor. 15 : 24 ; Apoc. 20 : 7-10). Le fait que le monde soit ainsi mis à l'épreuve à la fois par le Christ et par Dieu confirme l'idée que Dieu a une norme, ou une marque, de caractère à atteindre par tous ceux qui lui sont loyaux et obéissants, quel que soit le plan d'existence.
Bien que cette marque de caractère à atteindre par le monde pendant le règne du Messie ne soit pas celle à laquelle saint Paul fait référence dans notre texte, il existe néanmoins une telle marque de caractère à atteindre par l'humanité. Ceux qui atteignent alors la marque auront la vie éternelle sur le plan humain. Mais ceux qui atteignent la marque à laquelle l'Apôtre fait référence recevront la vie éternelle sur le plan divin.
LA MARQUE DE LA CRISTALLISATION DU CARACTÈRE.
L'Apôtre était un noble exemple de celui qui avait atteint le but. Pour autant que nous le sachions, il était prêt à mourir à tout moment ; ce n'était donc pas cette marque du développement du caractère qu'il n'avait pas atteinte. Il n'avait pas encore atteint le prix lui-même, et ne pouvait pas y parvenir tant que son changement ne serait pas arrivé. Il continuait à avancer, confiant que Dieu lui donnerait tout ce qui est réservé à « ceux qui l'aiment » (1 Cor. 29). Nous ne pouvons pas penser que l'Apôtre ait voulu dire qu'il atteindrait ce degré de développement du caractère juste au moment où il allait mourir. Ce serait une absurdité de pensée.
Notre Seigneur Jésus était à la marque du caractère parfait au moment de Sa consécration ; et Il S'est maintenu à cette marque. En tant que sacrifice, il aurait été acceptable à tout moment. C'était Sa mission de consacrer Sa vie et de ne pas la retenir. Il appartenait au Père d'arranger les choses de telle manière que les Juifs ne puissent pas prendre notre Seigneur avant que l'heure du Père ne soit venue pour Lui. Dans tout ce qu'Il a fait, Il s'est soumis à la volonté du Père. Notre Seigneur a parlé de Sa « coupe » comme de celle que le Père avait préparée pour Lui - Jean 18 : 11.
Si notre Seigneur avait déterminé pour Lui-même le moment et la manière de Sa mort, alors Il aurait versé la coupe. Si les Juifs avaient déterminé ces choses, alors ils auraient versé la coupe. Mais ni notre Seigneur ni les Juifs n'ont agi ainsi, car le temps et la manière ont été prédits par les prophètes. Notre Seigneur a pris la coupe et l'a acceptée comme faisant partie de la providence du Père à Son égard. Si la providence du Père avait conduit à Sa mort un an plus tôt ou deux ans plus tôt, si la volonté du Père s'était exprimée dans la crucifixion de notre Seigneur à un moment plus précoce, alors cela aussi Lui aurait convenu. Mais Il a « appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes » (Hébreux 5 : 8 ; 2 :10).
Au Jourdain, notre Seigneur a été montré comme étant parfait et ayant fait une consécration parfaite, à la fois par la descente du Saint-Esprit et par la voix de Jéhovah. Il avait aussi un corps parfait - bien que terrestre - dans lequel la Nouvelle-Créature opérait. Mais Son obéissance devait être mise à l'épreuve - Sa loyauté jusqu'à la mort. Quel que fût le degré d'épreuve auquel notre Seigneur aurait pu être soumis, c'était exactement le degré approprié, selon la sagesse du Père. Notre Seigneur aurait été tout aussi vainqueur s'Il était mort à n'importe quel moment après Sa consécration. Mais s'Il était mort plus tôt qu'Il ne l'a fait, cela aurait simplement prouvé que le Père n'exigeait pas autant de preuves de la fidélité et de la loyauté de notre Seigneur qu'Il ne l'exigeait.
NOTRE SEIGNEUR FUT UN VAINQUEUR À SA CONSÉCRATION.
Ici, quelqu'un peut demander : « Est-il approprié de dire que notre Seigneur était un vainqueur en tant que Nouvelle-Créature au moment où Il a fait Sa consécration ? ».
Notre réponse est : oui. Un vainqueur est quelqu'un qui surmonte les épreuves. Ce mot n'implique cependant pas qu'un homme a achevé la victoire, car nous disons parfois : Il les conduira de victoire en victoire. Ainsi en est-il de notre Seigneur. Il est resté fidèle comme un vainqueur jusqu'à la mort, mais Il n'a pas été compté comme un vainqueur jusqu'à la mort. Entre le Père et notre Seigneur, en tant qu'être humain, il n'y avait pas de Médiateur, et en tant que Nouvelle-Créature, il n'y avait pas de Robe pour Le couvrir ni d'Avocat pour Le défendre en cas de déviation de la volonté de Dieu ; et la moindre déviation aurait signifié la Seconde-Mort.
Les Écritures nous donnent deux figures de notre Seigneur comme vainqueur lors de Sa consécration, où Il a remporté la première grande victoire sur Sa chair. La première de ces figures (Lév. 16 : 11), la mise à mort du taureau AU Jour des Propitiations, représente la mort de l'humanité de notre Seigneur au moment où Il s'est consacré au Jourdain. C'est là qu'Il a remporté une victoire, et Il est resté victorieux jusqu'à la fin de Son parcours.
La deuxième figure se trouve dans Apocalypse 5 : 2-7. Notre Seigneur y est représenté par un agneau qui venait d'être immolé. Il n'était pas cet agneau nouvellement immolé à Sa mort, lorsqu'Il avait terminé Sa course, mais à Sa consécration, lorsqu'Il commença Sa course. La proclamation que le Révélateur entendit fut : « Qui est digne d'ouvrir le Livre et d'en rompre les sceaux ? ». Nous lisons que Jean pleura beaucoup. « Et l'un des anciens me dit : Ne pleure pas, voici que le Lion de la tribu de Juda, la racine de David, a vaincu pour ouvrir le Livre et à en rompre les sept sceaux ... Et il vint et prit le Livre de la main droite de Celui qui était assis sur le Trône ». Notre Seigneur était seul digne de l'honneur de recevoir le Plan Divin sous Sa garde. Nous lisons également que Jean regarda et vit l'Agneau nouvellement immolé ouvrir le Livre – Apoc. 6.
Lorsque notre Seigneur est entré dans Sa consécration, Il était l'Agneau nouvellement immolé. Le Père Lui remit alors en main le rouleau du grand Plan Divin des Ages - le rouleau écrit à l'intérieur et à l'extérieur. Il était déjà capable de lire l'extérieur. Mais l'intérieur, qui contenait des informations sur les choses spirituelles, restait scellé.
Aussitôt que notre Seigneur est sorti de l'eau après Son baptême, Il a été engendré du saint Esprit et a commencé à comprendre les choses spirituelles. « Les cieux [les choses supérieures] s'ouvrirent à Lui ». Le moment où Il commença à être considéré comme l'Agneau immolé, le moment où le rouleau Lui fut remis, fut le moment de Sa consécration.
LA SOUMISSION : LA PREMIÈRE CONDITION REQUISE - L'ENDURANCE PATIENTE : LA DEUXIÈME.
Une bonne illustration du processus de développement et de cristallisation du caractère est fournie par le travail d'un potier. Tout d'abord, il doit choisir le bon type d'argile, car certaines argiles produiraient des pièces très grossières, d'autres se fissureraient ou se déformeraient au séchage, et d'autres encore ne supporteraient pas la chaleur intense. Après avoir sélectionné l'argile appropriée, le potier la soumet à de nombreux processus de broyage, de mélange et de mouillage jusqu'à ce qu'elle sorte du moulin sous la forme d'une masse molle et plastique ayant la consistance d'une pâte dure, prête à être utilisée par le potier.
Vient ensuite le moulage en forme de l'objet désiré. Le vase est formé, ou façonné, avec soin et séché. Il est ensuite placé dans le four et cuit à une chaleur intense pendant deux ou trois jours et trois nuits. Il faut ensuite un long temps de refroidissement avant de pouvoir le retirer du four. Mais même à ce stade, il ne s'agit que d'un vase poreux et non étanche, totalement impropre à l'usage tant qu'il n'a pas été plongé dans une glaçure liquide, ou un vernis, qu'il absorbe facilement.
Il est à nouveau soumis à la chaleur du four à glaçure, qui non seulement fait fondre la glaçure, mais la transforme en une glaçure parfaitement transparente sur toute la surface, rendant l'article magnifiquement lisse et agréable. Mais si le vase est en porcelaine de très grande qualité et qu'il doit être rendu encore plus attrayant à l'œil par des décorations, l'ornementation et la dorure doivent être effectuées à ce stade, et le vase doit à nouveau être placé dans le four pour une troisième cuisson. Certains vases, qui ont passé toutes les autres épreuves, échouent à ce stade et sont jetés à la poubelle. Mais si le vase passe avec succès la dernière épreuve, il est prêt pour le service auquel il était destiné.
Il en est ainsi dans le cas de notre Seigneur. Non seulement Il était parfait en tant qu'homme, mais Sa propre volonté était complètement soumise à la volonté du Père. Lorsque les épreuves sont arrivées, il n'y a pas eu de déviations, pas de torsions, pas de flexions. Il était de la bonne matière. Son cœur (en appliquant ce mot à l'esprit) avait le caractère approprié. Il doit en être de même pour nous. Ceux qui seront acceptés et jugés dignes du grand prix auront un caractère semblable au Sien sous ce rapport ; ils seront fidèles à la volonté de Dieu. Non seulement ils s'efforceront de connaître et d'accomplir la volonté du Père, mais ils s'y soumettront de tout cœur et à tous les égards. La « coupe » qu'ils devront boire est la même que celle que notre Seigneur a bue - et « tout entière » !
Pour suivre Ses pas, nous devons d'abord atteindre cette marque de développement du caractère ; et après avoir fait cela, nous devons nous tenir à cette marque. Il est bon de répéter qu'il ne faut pas penser que l'on atteint la marque du bon développement du caractère juste au moment de la mort. Le caractère devrait être atteint le plus tôt possible. Mais une fois que nous avons atteint ce développement du caractère appelé la « marque », il nous faut rester fidèles, et ne pas être repoussés par l'opposition du monde, de la chair et du diable. Toute opposition de ce genre doit être endurée avant que nous puissions gagner le prix. Certaines des personnes les plus nobles, qui ont été dans une condition acceptable et ont été utilisées par le Seigneur, n'ont pas atteint la marque avant d'avoir traversé certaines expériences sévères.
« NOUS AVONS L'ESPRIT DU CHRIST ».
La pensée de l'Apôtre semble être qu’il y a ici une certaine ligne de conduite et de développement du caractère que Dieu a tracée ; et elle est la même pour tous ceux qui sont dans la course. La vie du Christ est la règle. Si nous voulons atteindre la marque, obtenir le prix, nous devons suivre cette ligne, ou règle, ou marque.
L'Apôtre Paul n'avait qu'une seule pensée ou volonté. « Je fais cette seule chose », disait-il. Il n'était pas un homme à double pensée, pensant à un moment donné qu'il aimerait servir le Seigneur, à un autre moment lui-même, puis à nouveau l'Adversaire, etc. Il avait accepté la proposition Divine de donner tous ses talents au service du Seigneur. Il avait devant son esprit la grande promesse que Dieu avait faite. Pour lui, il n'y avait qu'une seule chose dans la vie.
Les Écritures nous disent qu'au cours de l'Âge de l'Évangile, Dieu a lancé un appel spécial, ou une invitation, et que ceux qui ont accepté cet appel ont des « promesses extrêmement grandes et précieuses » de choses merveilleuses à attendre. Tous ceux qui acceptent l'appel doivent pratiquement oublier toutes les choses insignifiantes de la vie afin d'atteindre ces promesses. Il n'y a qu'un seul moyen de gagner le prix - en manifestant à Dieu fidélité, obéissance et loyauté. C'est le caractère, et non le talent, qui nous rend acceptables. Dieu pourrait donner à n'importe qui des capacités intellectuelles aussi bonnes que les nôtres, voire meilleures. Il n'accordera à personne une place dans le Royaume en raison de sa force physique ou de son endurance. Il n'admettra personne dans le Royaume à cause de la prospérité mondaine ou de l'honneur des hommes, ou à cause des richesses.
CONDITIONS REQUISES DANS LA COURSE.
Que cherche donc Dieu ? A quoi nous a-t-il appelés ? L'Apôtre Pierre dit que Dieu nous a « appelés par la gloire et par la vertu » (2 Pi. 1 : 3). Dieu exige certaines conditions de ceux qui vont participer à la course. Il exige que personne ne soit fier, mais qu'ils possèdent l'humilité. Et Il ne veut avoir dans le Royaume de Ses élus personne qui soit faible, vacillant, en ce qui concerne son esprit. Il se peut qu'il n'ait pas une forte intelligence, mais il doit montrer à Dieu qu'il a une forte volonté et une ferme détermination, et qu'il a tout abandonné dans la vie pour gagner le prix. Il doit également démontrer sa loyauté envers Dieu. Il ne doit pas simplement rechercher la gloire, mais il doit reconnaître et apprécier ses responsabilités envers Dieu.
La loyauté est l'un des grands tests de caractère - loyauté envers Dieu, envers Sa Parole, loyauté envers les principes. Peu importe les conséquences, le Chrétien doit être soumis à Dieu, confiant et fidèle. C'est à ceux-là seulement que l'on peut s'attendre à ce que Dieu accorde les grandes bénédictions promises aux vainqueurs. Nous voyons donc que l'Apôtre a eu raison de renoncer à tout pour servir Dieu, pour plaire au Père, et pour obtenir ainsi la glorieuse récompense d'être cohéritier avec Son Fils.
« TOUT FILS QU'IL REÇOIT ».
Pas nécessairement tous ceux qui font une consécration, mais tous ceux dont Dieu accepte la consécration, tous ceux qu'Il engendre de Son saint Esprit pour devenir de Nouvelles-Créatures, auront l'occasion d'atteindre cette marque de cristallisation du caractère avant de mourir. Ceux-là seront pleinement mis à l'épreuve : « Tout fils qu'Il reçoit » (Héb. 12 : 6). Cette promesse garantit qu'ils auront des épreuves et des difficultés pour se développer à la ressemblance du caractère de notre Seigneur, et qu'aucune de leurs expériences ne les empêchera d'atteindre ce but. Dieu veillera à ce qu'ils aient toutes les chances de développer leur caractère à l'image du Christ. Ceux qui se tournent délibérément vers le péché tomberont dans la Seconde-Mort. D'autres peuvent passer de la classe des sacrificateurs à la Grande Foule. Mais même ceux-là doivent avoir suffisamment de temps pour manifester leur loyauté envers Dieu.
Au moment de Sa consécration, notre Seigneur était à la marque en vertu de Sa perfection. Nous ne sommes pas à cette marque au moment de notre consécration, car nous sommes imparfaits. Mais nous voulons faire la volonté du Seigneur, et nous nous sommes appliqués à déterminer quelle est cette volonté afin d'y obéir de façon réfléchie. Dans le cas de notre Seigneur, il n'avait pas d'imperfection à surmonter comme c'est le cas pour nous. Au moment de Sa consécration, Il aimait Son prochain comme Lui-même, et Il aimait Dieu de tout Son cœur.
Lorsque nous nous consacrons, nous nous engageons à le faire ; mais nous ne savons pas ce que cela signifie ; tout comme saint Pierre « ne savait pas » ce qu'il a dit au moment de la transfiguration sur la montagne : « Seigneur, il est bon pour nous d'être ici. Si tu le veux, faisons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie » (Matth. 17 : 4). Les deux Apôtres ne savaient pas non plus ce qu'ils demandaient lorsqu'ils prièrent Jésus de les faire asseoir l'un à Sa droite et l'autre à Sa gauche dans le Royaume. Notre Seigneur leur a dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez » (Matth. 20 : 22).
Puisqu'au moment de notre consécration nous ne comprenons pas pleinement ce que nous faisons, nous courons beaucoup pour atteindre la marque. Notre Seigneur n'avait pas besoin de le faire, car Il était parfait. Lors de la consécration, Il était à la marque du caractère parfait, de sorte que s'Il était mort à n'importe quel moment ultérieur, Il aurait reçu la récompense du Père, qui a dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai trouvé mon plaisir » (Matth. 3 : 17). Lors de Son baptême, notre Seigneur était à cette marque de caractère qui méritait la récompense promise par le Père, et à laquelle nous devons parvenir avant de pouvoir bénéficier de la vie éternelle, que ce soit sur le plan de la gloire ou ailleurs.
Étienne, qui a été martyrisé peu après la Pentecôte, devait vivre habituellement près du Seigneur, car il était, comme Nathanaël, un « vrai Israélite » en qui il n'y avait aucune fraude. Le fait que la Vérité de Dieu soit parvenue à ces hommes signifie qu'en ce qui concerne l'attitude de leur cœur, ils avaient été très proches du Seigneur sous la Loi, qui était leur maître d'école (Grec, pédagogue), de sorte que lorsqu'ils furent amenés à Christ, ils purent rapidement apprendre à Le connaître. Il semble qu'il en soit de même pour nous aujourd'hui. Les différences dans notre éducation naturelle du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur, sont telles que nous ne pouvons pas dire combien de temps il faudra à chacun pour atteindre la ressemblance de caractère de notre Seigneur et ainsi se montrer digne de la vie éternelle.
« REVÊTEZ LE SEIGNEUR CHRIST ».
Nous avons laissé entendre que le peuple du Seigneur, au moment de sa consécration et de l'engendrement du saint Esprit, n'est pas prêt pour le Royaume, mais a besoin d'un développement que le temps seul peut accomplir. En dépit de cette suggestion, n'y a-t-il pas un sens dans lequel le peuple de Dieu est considéré comme parfait au moment de sa consécration - au moment de son acceptation ? Notre réponse est : Oui, ils sont considérés comme tels, mais ne le sont pas réellement. La chair est considérée comme parfaite pour que Dieu puisse accepter son offrande.
Mais à ce stade, la Nouvelle-Créature n'est qu'un bébé dans le Christ et n'a pas encore atteint la stature d'un homme. Il est donc nécessaire d'entrer dans l'école du Christ et de « revêtir le Christ », comme l'exprime l'Apôtre. Nous commençons à revêtir le Christ après la consécration et après l'engendrement du saint Esprit. Le bébé devient un enfant, et l'enfant un homme (Eph. 4 : 14,13.) Le travail de croissance en Christ est nécessaire pour que l'enfant de Dieu soit apte à entrer dans le Royaume. La différence entre un bébé en Christ et celui qui est apte à entrer dans le Royaume est que ce dernier a été éprouvé et testé et a prouvé qu'il était un vainqueur.
Lorsque notre Seigneur Jésus était au Jourdain, il était un vainqueur (Héb. 10 : 9). Il était parfait et avait en conséquence une plus grande appréciation de ce qu'Il faisait que nous n'en avons pour notre parcours lorsque nous nous consacrons. Mais Il nous dit : « Ne crains pas, petit troupeau », « ayez bon courage, j'ai vaincu le monde » - Luc 12 : 32 ; Jean 16 : 33.
Cependant, même dans le cas de notre Seigneur, bien qu'Il ait été un vainqueur au moment de Sa consécration, Il n'a pas réellement gagné le prix de la nature divine avant la fin de Son parcours, jusqu'à ce qu'Il ait été démontré qu'Il était suffisamment digne de cette haute exaltation ; et nous savons que Le Père a continué à tester l'obéissance jusqu'à la mort sur la croix. Ce n'est qu'après cela que notre Seigneur a été pleinement accepté comme vainqueur, à qui Il a été accordé de S'asseoir avec le Père sur Son Trône.
LA GRANDE ÉPREUVE EST DE SE MAINTENIR À LA MARQUE.
La possession de la perfection signifie nécessairement que l'on est au but, comme dans le cas d'Adam. L'épreuve n'est pas de savoir si l'on peut atteindre la marque, mais si l'on y restera - « ayant tout surmonté, rester ferme » (Eph. 6 : 13). Lorsque nous atteignons la marque du caractère que Dieu approuve dans tous les sens du terme, continuons à y rester. Lorsque notre Seigneur est venu dans le monde, Il était parfait, loyal, à la marque - la norme de Dieu, la perfection. Il s'agissait de savoir s'Il s'éloignerait ou non de la marque à cause de la contradiction des pécheurs contre Lui-même. Mais aucune de ces épreuves ne L'a conduit à abandonner Sa détermination à poursuivre Sa route. Il devrait en être de même pour nous - au mieux de nos capacités.
L'Esprit de Dieu est le même, qu'il se manifeste en Lui-même ou dans les anges ou dans les hommes ou dans les Nouvelles-Créatures. Nous ne trouvons pas l'Esprit de Dieu manifesté dans la majorité des hommes, à cause du péché. Nous trouverions l'Esprit de Dieu manifesté dans les anges. Nous devrions trouver l'Esprit de Dieu très manifeste dans les saints, qui devraient porter avec eux dans la nouvelle relation tout ce qu'ils ont en eux naturellement de ressemblance de caractère avec le Seigneur. Les grâces de l'esprit manifestées par le peuple du Seigneur doivent être considérées comme des fruits du saint Esprit, car ceux qui les possèdent sont devenus de Nouvelles-Créatures, ils sont entrés dans la course pour le prix du Haut-Appel. Certains saints pourraient être capables, en raison de leurs qualités naturelles, de faire des progrès plus rapides que d'autres dans le développement et le perfectionnement de ces fruits et grâces de l'Esprit.
« LA CONSIDERATION DE LA RÉCOMPENSE ».
Parfois la question se pose : le peuple du Seigneur ne devrait-il pas s'efforcer de préférence de ressembler à Christ, sans désir particulier de ce que sera la récompense du Seigneur ? Nous répondons : Non. Nous devrions avoir « la considération de la récompense ». Afin d'avoir le respect approprié pour la récompense que Dieu promet, il est nécessaire que nous la tenions continuellement devant nous, et que nous ne perdions jamais de vue le prix.
Notre Seigneur Jésus ne réprouve pas ce regard vers le prix. Écoutez Ses paroles : « Père, glorifie-moi auprès de toi-même, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jean 17 : 5). Il a ainsi prié le Père pour la récompense que lui apporterait la manifestation de Son obéissance. Il devrait en être de même pour nous ; non pas que nous ayons le droit d'insister pour que nos efforts soient récompensés, mais nous devrions considérer la bénédiction que Dieu a promise à ceux qui L'aiment comme « extrêmement grande et précieuse ». Beaucoup dans l'église nominale ne voient pas ces choses.
Gardons le but clairement devant nos yeux. Sans doute le Seigneur a-t-il voulu que la connaissance du prix serve de stimulant pour notre édification et notre fortification. Nous recherchons « la gloire, l'honneur et l'immortalité » ; et il est juste que nous les recherchions. Toute autre attitude serait une fausse modestie. Si la pensée que c'est de la présomption que d'aspirer au Haut-Appel nous vient à l'esprit, rappelons-nous que notre Seigneur veut que nous soyons si inspirés par les « grandes et précieuses promesses » que nous travaillerons pour ces choses qu'Il a mises devant nous, et que ce serait de la présomption que de refuser ce qu'Il nous offre.
LE LIBRE ABITRE MORAL, UN FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT DU CARACTÈRE.
Le caractère peut être considéré de deux points de vue différents. Lorsqu'Adam a été créé, il était un homme de grande et bonne moralité, « couronné de gloire et d'honneur ». Il était parfait, à l'image de Dieu. Il y a cependant une différence entre un caractère ainsi donné et un caractère qui est développé et testé par l'exercice du libre arbitre. Notre Père Céleste désire que Ses créatures intelligentes exercent leur volonté. C'est pourquoi, au lieu de donner à Adam une partie de Sa propre ressemblance de caractère et d'éliminer ce que nous appelons le choix moral, Il a choisi de donner à Adam Sa ressemblance de caractère, y compris le libre arbitre moral. « Ainsi Dieu créa l'homme à son image ». Dieu prévoyait la chute de l'homme et toutes les circonstances qui y sont liées. Il savait que la permission du mal pour un temps aurait finalement pour résultat de grandes bénédictions pour tous. Il savait que le temps viendrait où toute créature dans les cieux et sur la terre Lui obéirait, non seulement parce qu'il n'y avait aucune possibilité de faire autrement, mais par choix.
Ceux qui apprécient le caractère de Dieu devraient désirer avoir cette ressemblance de caractère. Seuls ceux-là mériteront la vie éternelle parmi les anges ou les hommes. Dieu teste ainsi la dignité de ceux qui sont en jugement pour la vie éternelle. C'est pourquoi « le Père cherche ceux qui l'adorent » et qui « l'adorent en esprit et en vérité », c'est-à-dire avec intelligence (Jean 4 : 23,24).
NOUS DEVONS « AIMER LA JUSTICE ET HAÏR L'INIQUITÉ ».
Dans la formation du caractère, nous voyons que les leçons que nous apprenons à l'école du Christ nous sont très utiles. À l'origine, l'homme a été créé à l'image de Dieu. Pourtant, en nous, l'image est floue, indistincte. Ceux qui apprennent les leçons maintenant et les apprécient pleinement n'auront pas à subir d'autres épreuves. Ceux qui n'ont pas eu suffisamment d'occasions seront pleinement éprouvés dans l'Âge à venir. Sous la discipline, les châtiments et les récompenses de cette époque, ils apprendront combien la justice est préférable au péché, la vérité à l'erreur. Ils se développeront à la ressemblance du caractère de Dieu, qu'Adam a perdu, et verront la nature extrêmement pécheresse du péché. Ils apprendront à la fois à vouloir et à faire la justice. Tous ceux qui n'apprennent pas cette leçon seront jugés indignes de la vie éternelle.
Nous voyons que les anges ont choisi d'eux-mêmes d'être obéissants ou de désobéir et de jouir des plaisirs du péché pendant une saison. Tous les saints anges, qui sont maintenant dans la faveur de Dieu, sont ceux qui ont été mis à l'épreuve et qui en sont sortis vainqueurs. Leur exemple nous servira de plus en plus de leçon à mesure que nous le comprendrons. Grâce à cette connaissance, nous voyons en Dieu le sentiment le plus noble qui puisse animer notre Créateur et Père dans Ses rapports avec Ses créatures ; et nous sommes heureux d'avoir choisi de faire Sa volonté à notre égard.
Enfin, il est important que nous gardions à l'esprit le fait que, puisque le véritable amour de notre part se manifeste par l'obéissance, la désobéissance est une preuve de perte d'amour, du point de vue du Seigneur, une déviation de la loyauté, un échec à supporter les épreuves. Nous devons convenir que le point de vue du Seigneur sur le jugement est raisonnable. Faut-il se demander ce qu'il adviendrait si nous désobéissions par ignorance ? La réponse est que le Seigneur a pris des dispositions contre notre ignorance : premièrement, Il nous a donné la Parole de Vérité, « afin que l'homme de Dieu soit accompli [parfaitement informé], et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » ; et deuxièmement, Il a promis de fournir à l'esprit de sainteté et à la compréhension de Sa Parole les aides qui nous permettront de faire ce qui est agréable à Ses yeux - 2 Tim. 3 : 17 ; Jean 16 : 13,14.
L'amour est la couronne de toutes les grâces, « l'accomplissement de la Loi ». Sans un amour fervent, ardent, il sera impossible de fournir l'obéissance ou de résister aux tests de développement et de cristallisation du caractère prévus par l'Amour Divin. Notre Seigneur nous dit qu'Il était aimé du Père ; et le Père Lui-même a déclaré : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé. » Nous pouvons aisément comprendre pourquoi notre Seigneur Jésus était grandement aimé, car Il exprimait et manifestait pleinement l'amour du Père. Mais nous sommes stupéfaits de savoir que ce même amour est exercé par le Père envers nous ! « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés fils de Dieu ! ». « Le Père lui-même vous aime » - 1 Jean 3 : 1 ; Jean 16 :27.
L'OBÉISSANCE AIMANTE APPORTE JOIE ET PAIX.
Bien-aimés, soyons plus que jamais attentifs à la Parole du Seigneur ; ne donnons pas, par négligence, la preuve d'un déclin de l'amour. Notre Seigneur fait remarquer que Sa conservation dans l'amour du Père, en tant que Fils bien-aimé, avec tout ce que cela implique, était due à Son obéissance à la volonté du Père ; et que, suivant la même ligne, Il doit exiger que nous Lui soyons obéissants si nous voulons demeurer dans Son amour et partager Son Trône et Sa gloire - Jean 15 :10.
Les instructions et les commandements de Notre Seigneur ne sont pas destinés à nous faire trembler, ni à nous priver de bonheur. Au contraire, « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit accomplie » (Jean 15 : 11). Ceux qui donnent les preuves les plus sûres de leur vie près du Seigneur savent bien que l'obéissance aux paroles du Seigneur, ainsi que le privilège ainsi obtenu de demeurer en Lui et dans Son amour, est la plus grande joie, une joie qui surpasse entièrement tous les plaisirs insignifiants que le monde a à offrir. C'est la joie et la paix qui « dépassent toute compréhension », qui règnent dans le cœur, et qui apportent avec elles la promesse, l'assurance, « de la vie présente et de la vie qui est à venir » (1 Tim. 4 : 8).