R 4919 (EB 32 p.249)
L’USAGE CONVENABLE DE NOTRE LIBERTÉ CHRÉTIENNE.
« Il est bon de ne pas manger de chair, de ne pas boire de vin, et de ne faire aucune chose en laquelle ton frère bronche, ou est scandalisé, ou est faible » - Romains 14 : 21.

Par ces paroles, l’Apôtre Paul ne se proposait pas évidemment d'aliéner les libertés du peuple de Dieu. II déclare ailleurs que la liberté de Christ nous affranchit (Gal. 5 : 1). Mais il fait ici remarquer que, si nous sommes libres de faire des choses qui ne sont pas coupables ni nuisibles à nous-mêmes, toutefois cela fait partie de notre privilège et de notre contrat avec le Seigneur de nous abstenir de tout ce qui serait nuisible aux autres ; en outre, nous devons chercher à rég1er notre vie de façon à être une aide pour les autres et à ne pas user de notre liberté simplement pour la chair, pour notre satisfaction égoïste. Nous sommes des représentants de la justice (droiture - Trad.) et nous devons traiter autrui de cette façon, en faisant du bien « à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Gal. 6 : 10).

Dans notre texte, l'Apôtre Paul ne se rapporte pas à un sujet où il pourrait y avoir simplement une différence d'opinion comme par exemple entre un régime carné et un régime végétarien. A chacun de décider pour soi-même sur cette question. Si quelqu'un trouve qu'un régime carné ne lui convient pas, qu'il s'en abstienne. Si au contraire, il trouve qu'un tel régime lui est bénéfique, qu'il le suive. La pensée de l'Apôtre touchant l'usage de la viande était en rapport avec les convictions religieuses. Il était d'usage, à son époque, pour les gens de manger de la viande qui avait été offerte aux idoles. Il ne plaisait à aucun Juif de manger une telle viande. Ce serait différent pour un Chrétien. Celui-ci comprendrait que le fait d'agiter la viande devant des idoles de bois, etc. n'affecte en rien cette viande. Cependant l'Apôtre poursuit pour montrer que pour certains le fait de manger de la chair qui a été offerte à une idole, semblerait être un crime.

La pensée de l'Apôtre est que notre conscience est l'élément le plus important avec qui nous avons affaire et à qui nous devons toujours obéir. Le frère qui encouragerait un autre à violer sa conscience en mangeant cette viande, scandaliserait cette personne et lui ferait du mal. Ainsi un frère plus fort nuirait à un frère plus faible. C'est ce que l'Apôtre veut dire. Dans le cas d'un frère qui ne pourrait pas discerner aussi clairement que nous, non seulement nous ne devons pas chercher à affaiblir sa conscience, mais nous ne devons même pas permettre à notre influence de le faire.

Dans le cas d'un frère faible, il serait tout à fait convenable d'expliquer le sujet selon notre point de vue. Cela ne serait pas chercher à affaiblir sa conscience mais à l'éclairer. Par conséquent, s'il mangeait impunément une telle nourriture - avec l'approbation de sa conscience - nous ferions de lui un frère fort, plutôt qu'un faible ; ce serait à son avantage. L'Apôtre insiste pour que nous recherchions l'intérêt des frères (Comp. 1 Cor. 8).

LE RENONCEMENT À SOI-MÊME DANS L'INTÉRÊT D'AUTRUI

St Paul ici pose évidemment un grand principe de renoncement à soi-même dans l'intérêt d'autrui - principe qui s'applique en premier lieu à l'Église, mais aussi au monde. Il applique ce principe, non pas simplement à la religion et à l'usage de la viande offerte aux idoles, mais il étend le sujet en disant : « Il est bon de ne pas manger de chair, de ne pas boire de vin, et de ne faire aucune chose en laquelle ton frère bronche, ou est scandalisé, ou est faible ».

Il pourrait y avoir quelque frère faible pour qui le vin pourrait être une grande tentation, un piège. L'Apôtre indique que, s'il n'y a rien dans les Écritures qui interdise la consommation du vin et que lui-même l'a recommandée à Timothée dont l'estomac était faible, néanmoins, nos libertés doivent être limitées par les conditions de notre entourage. Nous savons que l'effet de l'alcool est bien plus nuisible au monde actuellement, parce que la race est bien plus faible qu’à l'époque de notre Seigneur.

Ainsi, lorsqu'il y avait moins de danger sur ce point, notre Seigneur et les Apôtres semblent avoir consommé le vin avec modération. Ils conseillèrent aussi la modération : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Cor. 10 : 31) ; nous ne devrions user de notre liberté en aucune manière qui scandaliserait un frère dans toute l'acception du mot. Le peuple de Dieu doit avoir de l’amour, être consentant à sacrifier les satisfactions égoïstes dans l'intérêt des autres.

Pour autant que nous puissions le discerner, l'ivresse et l'alcoolisme sont parmi les maux les plus terribles qui châtient notre race à notre époque. Beaucoup de gens sont si faibles à cause de la chute, par hérédité, qu'ils sont totalement ou presque totalement incapables de résister à l'influence des spiritueux. Est-ce trop demander à ceux qui ont consacré leur vie au Seigneur, à la justice et à la bénédiction des autres, de se priver dans ce domaine, d'abandonner ainsi certaines libertés et certains privilèges dans l’intérêt des frères et du monde en général ?

On pourrait user d'arguments similaires au sujet de l'usage du tabac, des cartes et des divers autres instruments que l'Adversaire utilise en attirant le genre humain dans le péché. L'ensemble, notons-le, constitue l'argument de l'Amour. En proportion de notre croissance dans les grâces de notre Seigneur, dans Son Esprit d'amour, nous serons heureux, non seulement de rejeter toute souillure de la chair pour notre propre salut, afin d'être ainsi plus semblables au Seigneur, mais aussi, sur la requête de l’amour, nous désirerons abandonner tout ce qui pourrait avoir une influence néfaste sur les autres, quel que soit ce que nous pourrions considérer comme étant nos libertés personnelles à leur égard.

[Les deux paragraphes suivants ont été omis dans cette traduction, mais figurent dans le texte original : Un autre exemple de ce principe serait l’observance du Dimanche. Les Juifs pensaient que c’était mal de préparer même un feu le jour de Sabbat, et quiconque était pris à ramasser des branches ce jour-là était lapidé. Nous ne considérons pas qu’il est mal de faire le dimanche ce qui pourrait être fait les autres jours. Mais serait-il sage de faire usage de cette liberté ? Notre comportement pourrait avoir dans ce cas un effet néfaste sur les autres, et ainsi déprécier tout ce que nous pourrions leur dire en matière de religion. Ils pourraient dire : « Ces gens ne sont pas vertueux ; ils n’observent pas le jour sacré de Dieu ». Ils ne comprendraient pas. Il serait bon que nous observions le repos du dimanche plus scrupuleusement que toute autre personne dans le monde.

En fait, nous l’observons très probablement mieux que les autres ; et nous agissons bien. L’erreur qu’a commise la chrétienté en instituant cette observance tourne à notre avantage. Nous pouvons consacrer une journée entière aux choses spirituelles. Si le monde comprenait le sujet comme nous, il n’y aurait aucun dimanche à faire observer. Pour notre part, nous serions très heureux s’il pouvait y avoir trois ou quatre dimanches dans une semaine. En réalité, pour nous, chaque jour devrait être un dimanche. Nous nous efforçons de servir Dieu, et l’objet principal de notre vie est de prêcher l’Evangile et de profiter de la « Bonne Nouvelle » - du message de la Parole de Dieu.]

Notre parenté avec Dieu est une parenté de cœur ; la bénédiction qu'Il nous procure nous est donnée comme à Ses enfants, non pas spécialement selon la chair, mais selon le développement spirituel et le développement du cœur qui seront finalement parfaits dans la résurrection.

Il est vrai que ceux que le Fils affranchit « seront réellement libres » (Jean 8 : 36), et nous devrions donc tous chercher à : « Tenir fermes dans la liberté dans laquelle Christ nous a placés » (Gal. 5 : 1) ; mais il est également vrai que nous devons nous tenir sur nos gardes de peur d'employer notre liberté d'une manière telle qu'elle scandalise les autres plus faibles que nous, incapables d'employer judicieusement la liberté de Christ, parfois par manque de connaissance.

La liberté dans laquelle Christ nous affranchit peut être considérée de deux points de vue : si elle nous donne la liberté de manger sans restriction, alors que les Juifs n'avaient pas une telle liberté, elle nous donne aussi celle de nous abstenir ; quiconque a l’Esprit de Christ et cherche à suivre Ses pas s'est déjà engagé avec le Seigneur pour employer sa liberté, non pas dans l'encouragement de ses désirs, de ses ambitions et de ses appétits charnels, mais dans le sacrifice de soi-même, en suivant les traces du Maître, cherchant même à laisser sa vie pour les frères -pour leur aide. Combien ces deux usages de liberté sont différents ! Son usage égoïste – aussi bien que l'usage égoïste de la connaissance - signifierait la satisfaction de soi, méprisant les intérêts des autres ; son usage dans l'amour pousserait au sacrifice de soi dans l'intérêt d’autrui.

NOTRE RESPONSABILITÉ ENVERS LES FRÈRES

La connaissance ne signifie pas nécessairement une grande croissance dans la spiritualité. Une miette de savon peut faire une très grosse bulle d'air ; ainsi, par comparaison, une petite connaissance peut enfler considérablement quelqu’un, sans pour cela qu'il ait un caractère affermi. C'est pourquoi, il y a grand avantage à se mesurer par la croissance en amour plutôt que par la simple croissance en connaissance, quoique, naturellement, la condition idéale serait d'être à la fois fort en connaissance et en amour. L'Apôtre inculque cette même leçon en affirmant : « Et si j'ai … toute connaissance … mais que je n'aie pas l'amour, je ne suis rien » (1 Cor .13 : 2).

La connaissance sans l'amour serait nuisible (1 Cor. 8 : 1) ; la considérer autrement impliquerait que la connaissance réelle n'a pas encore été obtenue ; l'Apôtre affirme tout à fait contrairement à ceci : « Si quelqu'un aime Dieu, celui-là est connu de Lui » (v. 3). Nous pouvons avoir une très grande connaissance et cependant ne pas connaître Dieu et n'être pas reconnu par Lui ; mais personne ne peut avoir un grand développement du véritable amour dans son caractère sans connaître personnellement l'Éternel et avoir obtenu l'esprit d'amour par la communion avec Lui. En conséquence, l'acquisition de l'amour nous édifie à coup sûr solidement (évitant ainsi l'orgueil qui enfle) dans toutes les diverses grâces de l'Esprit, y compris la douceur, la bienveillance, la patience, l'humilité, la longanimité, l'affection fraternelle, la connaissance, la sagesse d'en-haut et l'esprit de sobre bon sens.

Après avoir acquis la connaissance et la liberté, l'amour considérera l'effet que pourrait avoir l'usage de la liberté sur les autres ; il se rendra compte qu'en raison des différentes conditions mentales - facultés de perception, de raisonnement, etc... - tout le monde ne peut avoir exactement le même point de vue sur la connaissance et l'appréciation des principes. L'amour interdira donc l'usage de la connaissance et de la liberté s'il s'aperçoit que leur exercice pourrait causer préjudice à autrui.

TOUTE VIOLATION DE CONSCIENCE EST MAUVAISE

Mais pourquoi ? Quel est le principe engagé ici pour qu'il incombe à quelqu'un dont la conscience est claire, de prendre en considération la conscience d'un autre ? Pourquoi ne pas laisser la personne à la conscience faible prendre soin de sa propre conscience et manger ou s'abstenir de manger selon sa disposition ? L'Apôtre explique que ceci serait bien si c’était possible ; mais la personne à l'esprit plus faible, aux facultés de raisonnement plus faibles, est vraisemblablement plus faible à tous points de vue et par conséquent plus sensible à la conduite des autres qui sont dans des sentiers que sa conscience réprouve, à cause de ses facultés de raisonnement plus faibles ou d'une connaissance inférieure.

Quelqu'un pourrait, sans violer sa conscience, manger de la viande qui avait été offerte aux idoles, ou même s'asseoir à une fête dans un temple d'idoles, sans pour cela faire tort à sa conscience (1 Cor. 8 : 10) ; mais l'autre, sentant qu'une telle voie est mauvaise, pourrait essayer de suivre l'exemple de son frère plus fort et pourrait ainsi violer sa conscience, ce qui le ferait pécher.

Toute violation de conscience est un pas dans la direction du péché volontaire, que la chose en elle-même soit bonne ou mauvaise. C'est une voie descendante, s'écartant de plus en plus de la communion et de l'amitié du Seigneur, conduisant vers des transgressions plus graves de la conscience et, en conséquence, pouvant peut-être conduire à la Seconde-Mort. Ainsi, l'Apôtre nous incite-t-il à ne pas faire périr par notre connaissance le frère plus faible pour lequel Christ est mort (Rom. l4 : l5 ; l Cor. 8 : 11).

La question n’est pas de savoir si ce serait un péché de manger de la viande offerte aux idoles, mais si ce serait un péché contre l’esprit d'amour de faire quoi que ce soit qui pourrait raisonnablement se prouver une cause de chute pour un autre, non seulement pour les frères en Christ, l'Église, mais même pour le prochain selon la chair, car Christ est mort pour les péchés du monde entier.

Prenons position vis-à-vis du Seigneur et décidons, quant à l'emploi de nos libertés chrétiennes, que si d'une manière ou une autre elles pourraient faire mal à autrui, alors nous nous refuserons à un tel usage ; nous les sacrifierons plutôt au bénéfice d'autrui, de même que notre Maître, notre Rédempteur, a donné tout ce qu’Il avait. Adoptons le langage de l'Apôtre et décidons une fois pour toutes que nous ne voulons pas faire ce qui porterait préjudice à nos frères ; aussi raisonnable et convenable qu'elle puisse être en elle-même, nous n'userons d'aucune de nos libertés si elle devait leur porter préjudice ; nous l’abandonnerons dans leur intérêt, nous la sacrifierons ; dans cette mesure, nous déposerons notre vie pour les frères (Jean 15 : 13 ; 1 Jean 3 : 16). Souvenons-nous que si par abus de notre liberté chrétienne convenable, nous péchons contre les frères et blessons leur conscience lorsqu'elle est faible, nous péchons contre Christ. Prenons donc la résolution que « si la viande est une occasion de chute pour mon frère, je ne mangerai pas de chair, à jamais, pour ne pas être une occasion de chute pour mon frère » (1 Cor. 8 : 12, 13).

[Paragraphe ajouté dans cette traduction, ne figurant pas dans le texte original : Continuons à observer ceci: « Tenez-vous donc fermes, et ne soyez pas de nouveau retenus sous un joug de servitude ». Souvenons - nous que « là où est l'Esprit du Seigneur, il y a la liberté » ; que « celui qui aura regardé de près dans la loi parfaite, celle de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais un faiseur d'œuvre, celui-là sera bienheureux dans son faire » ; et que nous ne devons pas user de la liberté comme d'une occasion pour la chair, mais, par amour, pour nous servir l'un l'autre » (Gal. 5 : 1,13 ; 2 Cor. 3 : 17 ; Jacq. 1 : 25).]

(B.S. N° 256)