Dans notre texte, notre Seigneur n'exprime aucune désapprobation du jeûne ; bien au contraire, Il l'approuve comme une bonne chose. Il est sans aucun doute préférable pour la santé de jeûner un peu par moments plutôt que de manger à satiété. Le commentaire du Maître, selon le contexte, semble être basé sur la conduite incorrecte des Pharisiens. Le jeûne était censé être bon non seulement pour la santé physique, mais aussi pour la santé mentale et spirituelle. Les Pharisiens, qui se déclaraient très saints, manifestaient leur sainteté par le jeûne, en subordonnant la chair pour qu'elle soit spirituellement fortifiée.
Notre Seigneur ne conteste pas le bien-fondé d'une telle démarche, mais c'est le mauvais esprit qu'Il a condamné. Car lorsque les pharisiens jeûnaient, beaucoup d'entre eux le faisaient pour être vus des hommes, pour paraître saints et dévoués aux choses spirituelles. D'où la suggestion de notre Seigneur que lorsque Ses disciples jeûnent, ils ne doivent pas être comme les hypocrites, dont le jeûne et les visages allongés servaient à montrer aux hommes leur piété. Dans le même ordre d'idées, notre Seigneur dit que lorsque Ses disciples jeûnent, ils doivent faire l'inverse, c'est-à-dire qu'ils doivent s'oindre la tête et être aussi joyeux que possible.
On peut voir la teneur de cette leçon. Si leur jeûne les avait rapprochés du Père céleste, il aurait dû les rendre plus gracieux et plus lumineux. Il aurait dû avoir un effet réjouissant, qui se serait manifesté sur le visage. Ce qu'on reprochait alors, c'était l'hypocrisie des Pharisiens, qui prenaient pour acquis que les hommes avaient une tristesse de visage. Ils se réjouissaient de voir les gens dire : « Quel saint homme ! Il a tant jeûné ! Il pense toujours aux choses saintes et, pour ce faire, il se prive même des nécessités de la vie. C'est un homme vraiment saint ! ».
Les disciples du Seigneur doivent pratiquer un jeûne qui sera vu du Seigneur et non des hommes. Le Père, qui connaît le cœur, appréciera nos efforts pour nous rapprocher de Lui et exaucera notre désir. Mais ces choses doivent être cachées au monde extérieur et connues seulement de Dieu ; et la joie du Seigneur doit se manifester dans le visage.
LA SAINTETÉ DU CŒUR N'EST PAS UNE SIMPLE FORME EXTÉRIEURE
La référence fréquente de Notre Seigneur aux Pharisiens, sans doute, était-elle due en partie au fait que les Pharisiens étaient une classe très importante et influente ; et en partie parce que leur nom signifiait qu'ils étaient le peuple saint. Par conséquent, lorsque notre Seigneur enseignait une obéissance particulière à Dieu, la question dans l'esprit du peuple était : « N'est-il pas un Pharisien, et les Pharisiens n'enseignent-ils pas toutes ces choses ? ».
Il devint donc nécessaire pour notre Seigneur Jésus de montrer que certaines de ces choses que les Pharisiens pratiquaient n'étaient pas des preuves de leur proximité particulière avec Dieu, et qu'ils n'étaient pas des guides vers la sainteté, mais qu'il était très évident que beaucoup de Pharisiens étaient hypocrites. Leur sainteté était devenue une simple formalité ; elle avait dégénéré en une coutume - comme le disent les Ecritures, un « rapprochement des lèvres vers le Seigneur, alors que leur cœur était éloigné de Lui », et en pensant simplement à l'attitude générale qu'ils avaient envers le monde, le peuple en général.
Nous nous souvenons qu'il y avait de très nobles pharisiens ... Nicodème, et Joseph d'Arimathée, qui a enseveli notre Seigneur, et Saint Paul, qui nous dit qu'il était pharisien. Mais de toute évidence, la plupart d'entre eux avaient fixé leurs caractères et étaient plus inquiets de ce que les hommes allaient penser d'eux que de ce que le Seigneur allait penser d'eux. Peut-être certaines des hypocrisies des pharisiens ont-elles été pratiquées depuis par certains hommes entrés dans un Ordre monastique, où ils souhaitaient montrer leur séparation spéciale d’avec le monde par le port d'un vêtement particulier, par une coupe de cheveux spéciale, par l'isolement, etc. Dans le même ordre d’idées, il y a un autre danger à ce niveau qui se retrouve dans l’observance du carême par certains catholiques, épiscopaliens, luthériens. Mais ce n'est peut-être pas hypocrite de la part de tous.
L'ABSTINENCE EST PARTICULIÈREMENT BÉNÉFIQUE PENDANT LE CARÊME.
À bien des égards, il serait très bon que tout le peuple du Seigneur suivent la coutume du jeûne du carême, en le faisant avec le moins de manifestations extérieures possible, en le pratiquant comme pour le Seigneur, sans le considérer comme une chose à mentionner, sans attirer l'attention, mais simplement comme un privilège. La période du carême arrive à un moment où l'abstinence alimentaire semble particulièrement appropriée. De même que le froid de l'hiver aiguise l'appétit, pour résister à la température plus basse de cette saison, de même au printemps, il faut moins de calories, car il n'y a pas tant de froid à supporter ; il semblerait donc avantageux de pratiquer le jeûne, plus ou moins, pendant la période du Carême.
Nous avons à l'esprit le fait que le Carême représente la période de quarante jours des expériences de notre Seigneur juste avant la crucifixion. Nous pourrions aborder cette question avec sympathie et penser aux expériences éprouvantes que le Maître a vécues lorsqu'Il a su qu'Il S'approchait du moment de Sa mort. En essayant de penser à Lui, cela nous permettra de mieux réaliser quel privilège est d'endurer des épreuves en tant que bons soldats pour l'amour de Son Message.
Le jeûne est particulièrement recommandable au peuple du Seigneur lorsqu'il manque de spiritualité et qu'il est exposé à de graves tentations venant du monde, de la chair et du Diable ; car, en appauvrissant la force et la vitalité physiques, il peut aider les personnes de sang-froid et impulsives à se maîtriser dans tous les domaines. Nous pouvons croire qu'une majorité de chrétiens seraient aidés par un jeûne occasionnel, par un régime très simple, voire une abstinence totale, pendant une période de temps. Mais des jeûnes qui se font au vu et au su des hommes, ou à considérer dans notre propre esprit comme des marques de piété de notre part, seraient en effet préjudiciables et conduiraient à l'orgueil spirituel et à l'hypocrisie, ce qui dépasserait de loin tout avantage pour nous dans la voie de la maîtrise de soi.