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LA COURSE, LE PRIX, LE PARCOURS

Il est incontestable que l'Apôtre, dans deux de ses épîtres, représente plus ou moins clairement le Chrétien comme courant une course pour gagner un prix. Mais, il est souvent le cas pour toutes les figures et les paraboles, il semble qu'il y ait place pour des interprétations légèrement divergentes de la signification, ou plutôt de la manière d'appliquer sa figure de rhétorique aux faits reconnus. Réjouissons-nous que les faits soient généralement très clairs. C'est d'ailleurs le plus important.

Peu de temps avant d'être exécuté, saint Paul écrivait : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi ; désormais, m’est réservée la couronne de justice » (2 Tim. 4 : 7,8). Si cela avait été écrit six mois avant sa mort ou même un mois ou seulement six jours, devrions-nous en déduire que le jour avant qu'il ne l'écrive ou l'année avant, cela n'aurait pas été vrai ? Nous ne le pensons pas. Nous devons croire aussi que lorsque, quelque temps auparavant, le même Apôtre écrivait : « Je suis pressé des deux côtés » quant au choix entre la vie et la mort, il devait être également sûr d'être à la marque qui lui permettrait de gagner le grand prix.

Mais nous ne pouvons pas supposer que l'Apôtre était toujours à la marque qui lui aurait permis de gagner le prix. Il est certain que, comme nous tous, il a d'abord été engendré par l'Esprit et ensuite vivifié par l'Esprit. Il est certain que pendant la période entre l'engendrement et le réveil, ni lui ni nous ne pouvions être à la « marque » pour le prix.

Il faut donc bien reconnaître une marque ou une norme de caractère nécessaire aux vainqueurs, qui n'est pas possédée au début du parcours ni habituellement pendant une période considérable par la suite - et une marque ou un développement de caractère qui peut être possédé une période considérable avant la mort. Puisque « l'amour est l'accomplissement de la loi de Dieu », n'est-il pas normal que nous le considérions comme la marque ou la norme ? Voilà pourquoi nous pensons que l'AMOUR PARFAIT est la norme de notre acceptation par Dieu pour la vie éternelle, et que mourir avant de l'avoir atteint nous ferait perdre le prix, tout comme la mort à tout moment après avoir atteint cette marque nous assurerait la couronne de la vie.

L'amour parfait comprend l'amour pour Dieu, pour les frères, pour les nôtres, pour nos prochains et pour nos ennemis ; et une grande partie de l'enseignement des Écritures est consacrée à la description de cet amour parfait et à l'encouragement au peuple de Dieu à y aspirer ; car il représente les fruits de l'Esprit qui doivent être cultivés ou développés comme les fruits de la vigne. La croissance des sarments a pour but d'amener ce fruit à la perfection, car sans lui, le sarment sera coupé de la Vigne.

Il est vrai que certaines choses nous sont imputées dès que nous devenons membres du Christ ; la pureté est imputée, mais pas le fruit de la vigne - l'amour. Celui-ci doit être développé. Il incombe donc à chaque Chrétien de courir, de s'efforcer, pour atteindre cette norme ou marque acceptable. Tout cela est certainement vrai, que l'Apôtre ait eu à l'esprit une image de course ou non.

Lorsque l'Apôtre exhorte : « Après avoir tout surmonté, tiens ferme ! », il sous-entend que la course a été accomplie, que la marque acceptable du caractère a été atteinte avant la mort. Et n'en est-il pas ainsi pour tous les « vainqueurs » ? N'avons-nous pas commencé notre expérience chrétienne par un simple sens du devoir - l'amour envers Dieu et les frères ? N'avons-nous pas « progressé vers la perfection », vers l'amour parfait ? Il est vrai que l'Apôtre dit : « Non que je sois déjà parvenu à la perfection » - et nous pouvons, comme lui, ne pas admettre la perfection réelle. Mais à partir du moment où, dans son cœur, il a atteint la marque de l'amour parfait, la justice ou la perfection de la Loi lui a été reconnue ou imputée. C'est pourquoi il ajoute : « Nous tous donc qui sommes parfaits, ayons ce sentiment ».

Mais qu'attend-on, le cas échéant, de ceux qui atteignent cette marque d'amour parfait ? Ah ! beaucoup ! Ce n'est qu'une fois qu'ils l'ont atteint qu'ils commencent à marcher sur les traces de Jésus, tout autour de cette marque, de tous côtés. Étant réellement parfait, notre Seigneur n'avait pas besoin de courir pour atteindre la marque, car Il y était déjà, même en tant qu'homme parfait. C'était à Lui de « tenir » fermement et sans compromis à cette « marque », comme il nous est demandé qu'après « avoir tout surmonté » nous nous tenions ferme en Lui. Le fait de se tenir à la marque est la véritable épreuve, le véritable test. Tenir ferme, c'est être un « vainqueur » du monde, de la chair et du diable. L'atteinte de la marque est souvent fastidieuse et lente, mais elle ne devrait pas l'être. Puisqu'il s'agit uniquement d'un état d'esprit, il pourrait sûrement être atteint rapidement, alors que par manque de zèle, beaucoup y passent de longues années et certains ne l'obtiennent jamais, ne sont jamais vivifiés et ne naîtront donc jamais de l'Esprit.

C'est après avoir atteint la marque de l'amour parfait que nous devons, comme notre Seigneur, endurer la difficulté et combattre le bon combat. L'encouragement que l'on nous propose est le « poids de gloire bien plus considérable et éternel » promis à ceux qui font preuve d'une bravoure particulière au service du Roi.

Lorsque l'Apôtre dit : « Un homme n'est pas couronné s'il n’a pas combattu selon les lois », il veut dire en d'autres termes qu'un homme doit être au niveau de l'amour parfait (l'accomplissement de la loi) avant que ses efforts soient méritoires ou acceptables aux yeux de Dieu.

Une autre façon de voir la course est de supposer qu'une ligne est tracée et que cette ligne représente l'amour parfait, chaque coureur devant s'en tenir le plus possible à cette ligne jusqu'à la fin de sa vie. Mais cette conception ne permet pas d'expliquer que saint Paul ait terminé sa course quelques semaines ou mois avant sa mort, ni qu’il fut « pressé des deux côtés », des années auparavant.

Ainsi donc, quel que soit la représentation qui illustre le mieux les faits dans notre esprit, apprécions-la, et réjouissons-nous entre-temps que les faits soient si clairs et si nets qu'ils sont incontestables.