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PÊCHEURS D’HOMMES - LUC 5 : 1-11.
« Si vous persévérez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples » - Jean 8 : 31.

Capernaüm se trouvait près du rivage de la mer de Galilée, un beau petit lac qui jouit d'un honneur et d'une distinction dans le monde entier en raison de l'association de notre Seigneur avec lui, et qui est bien poissonneux, comme nous pouvons en juger d'après cette leçon. C'est sur les rives de ce lac, près de Capernaüm, que Jésus est venu après avoir été rejeté à Nazareth. Il y reçut un accueil différent : les gens le pressaient d'entendre la parole du Seigneur, et, par commodité pour Lui et pour eux, Jésus monta dans la barque de pêcheur appartenant à Simon Pierre, afin de pouvoir, de la barque, s'adresser plus efficacement aux gens, qui sans doute étaient assis ou debout sur le rivage.

Nous sommes enclins à nous demander fréquemment pourquoi un plus grand nombre de discours de notre Seigneur n'ont pas été préservés pour nous dans les récits évangéliques. Ce que nous avons est fragmentaire, le sermon sur la montagne étant le principal. Quant aux autres références à la prédication de Jésus, elles ne sont que de brefs extraits - Ses paraboles et Ses paroles obscures. Pour illustrer ces dernières, notons Sa déclaration selon laquelle Il était le pain qui descendait du ciel et dont l'homme, s'il en mangeait, ne mourrait jamais. Plusieurs de ceux qui L'entendirent dirent : Cette parole est dure, et ils ne Le suivirent plus. Notre instruction principale dans les grandes doctrines de l'Évangile - concernant la rançon, notre justification par la foi dans le précieux sang, notre adoption, notre engendrement, notre résurrection, et la différence entre la première résurrection et celle des autres plus tard, etc... - nous vient des épîtres des Apôtres et du compte rendu de leurs discours tel qu'il est donné dans le livre des Actes.

Au début, nous serions enclins à nous demander pourquoi il en est ainsi, pourquoi nous ne recevons pas notre principale instruction sur les questions relatives à la vie future et à la piété dans les paroles de notre Seigneur. Mais nous comprenons clairement la question puisque nous discernons qu'il était nécessaire que notre Seigneur paie le prix de la rançon avant qu'un membre de notre race puisse être adopté par le Père et recevoir l'esprit d'adoption. Ceci explique toute la situation ; car sans l'esprit d'adoption, nous ne pouvons pas comprendre les choses spirituelles, et par conséquent les choses de caractère céleste que Jésus a prononcées étaient des paraboles et des paroles obscures pour ceux de Son temps qui les entendaient ; par exemple, Son discours sur la nouvelle naissance à Nicodème, qui ne pouvait pas être compris. Notre Seigneur a fait remarquer à ce propos qu'Il n'enseignait que les choses terrestres et non les choses célestes, en disant, « Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que ne croyiez pas, comment croirez-vous, si je vous parle des choses célestes ? » (Jean 3 : 12). Voyant que Ses auditeurs n'étaient pas préparés à comprendre les choses célestes, notre Seigneur S'est surtout attaché à des discours sur les choses terrestres, à des paraboles et à des paroles obscures, que l'Esprit devait ensuite faire connaître à ceux qui avaient foi en Lui.

L'HOMME NATUREL N'APPRÉCIE PAS LES CHOSES SPIRITUELLES.

Ceci nous donne une vue plus large du ministère de notre Seigneur : premièrement, enseigner à l'homme naturel des choses que l'homme naturel pouvait comprendre ; deuxièmement, guérir les maux de l'homme naturel, et ainsi poser une large base pour l'œuvre spirituelle qu'Il devait commencer à la Pentecôte et mener à bien pendant cet Âge de l'Évangile par l'intermédiaire de Ses représentants, les Apôtres, et de ceux qui devaient croire en Lui par leur parole. Tout au long de cet Âge de l'Évangile, le Seigneur Lui-même a été le maître de l'Église, qui est « son corps » - « ses frères » : Il S'est occupé de chaque aspect de notre instruction, nous nourrissant de la Vérité – « des choses nouvelles et anciennes ». Il est toujours l'instructeur, et ce que nous recevons par l'intermédiaire des Apôtres est simplement Son message à travers eux et non leurs propres messages. Et quiconque parle maintenant au nom du Seigneur n'est autorisé à parler qu'en tant que représentant et ambassadeur, qui doit se référer pour son autorité aux paroles du Seigneur Lui-même, ou aux paroles de ceux qu'Il a inspirés ou dirigés d'une manière plénière - les douze Apôtres, Paul prenant la place de Judas.

Au moment où commence cette leçon, notre Seigneur avait probablement prêché depuis un an, d'abord en Judée, puis en Galilée. De toute évidence, Il connaissait déjà les pêcheurs mentionnés dans notre leçon, Pierre, André, Jacques et Jean. C'est probablement lors d'un entretien antérieur que notre Seigneur a donné à Simon son nom de Pierre, tel qu'il apparaît dans cette leçon. Ces pêcheurs avaient probablement rencontré Jésus et entendu Sa prédication en d'autres occasions, et ils étaient Ses disciples au sens général du terme, c'est-à-dire qu'ils Le suivaient, qu'ils croyaient en Lui, qu'ils défendaient Ses enseignements. Cependant, le moment était venu pour notre Seigneur de choisir les douze Apôtres qui devaient être avec Lui en permanence, voir Ses miracles, entendre Ses enseignements et être les témoins de tout ce qui se disait et se faisait ; ils pourraient à leur tour, en temps voulu, être Ses représentants spéciaux et être capables de nous donner, ainsi qu'à tous ceux qui Le suivraient par la suite, des comptes rendus précis et véridiques des principaux événements de Son ministère.

Après avoir prêché à la foule sur le rivage depuis Son siège dans la barque, Jésus proposa à Simon et André, les propriétaires de la barque, de la faire avancer dans des eaux plus profondes et de jeter les filets pour pêcher ; mais Pierre informa le Seigneur que cela serait inutile car le jour était défavorable, ou bien pour une raison quelconque, les poissons n'étaient pas dans ce coin du lac à ce moment-là, car lui et ses compagnons avaient peiné toute la nuit sans rien prendre. Néanmoins, pour plaire au Seigneur, ils firent ce qu'Il leur suggéra. Lorsqu'ils ont commencé à remonter le filet, ils ont constaté qu'il était lourdement chargé de poissons, plus que leur bateau ne pouvait en contenir. Leurs partenaires dans l'autre barque furent interpellés et donnèrent un coup de main pour récupérer une partie des poissons. La leçon a eu l'effet escompté ; Simon Pierre s'est immédiatement mis à genoux devant le Seigneur, reconnaissant qu'aucun être humain ordinaire n'aurait pu produire de tels résultats dans de telles circonstances.

LE SEIGNEUR AIME LE ZÈLE ET L'ÉNERGIE.

Il y a quelque chose de très noble chez Simon Pierre : son impulsivité est en soi un trait attrayant. Le zèle et l'énergie avec lesquels il était disposé à s'emparer de toute question considérée comme digne de son attention sont admirables. En effet, nous savons que Pierre, Jacques et Jean étaient les trois que le Seigneur aimait particulièrement parmi les douze - les trois qui semblaient avoir le zèle, l'énergie et la vigueur que le Seigneur apprécie. Ils étaient des illustrations concrètes du conseil, « Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force ». Les paroles de Pierre au Seigneur, « Retire-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur », traduisaient sa reconnaissance de la grande différence entre lui et le Maître. Il a saisi la situation réelle, à savoir qu'il était un homme pécheur et imparfait, tandis que Celui qui était devant lui, le Maître, était parfait et en plein accord avec le Père, et donc autorisé à être le dispensateur des miséricordes du Père.

Le sentiment réel de Pierre était probablement le contraire de celui exprimé. Il voulait plutôt dire : « Seigneur, bien que je sois un homme pécheur, permets-moi d'être près de Toi, afin que je sois béni à Ton contact ». C'était l'attitude de cœur appropriée et la vraie prière, à laquelle Jésus a répondu en faisant de lui l'un de Ses douze élus.

Le récit s'interrompt brusquement et ne nous dit pas si c'est à l'heure même ou le lendemain que Pierre, André, Jacques et Jean ont abandonné leur activité de pêcheurs - leurs bateaux et leurs filets - pour être tout spécialement les compagnons de notre Seigneur et finalement Ses représentants, Ses Apôtres. Nous pouvons raisonnablement supposer que les partenariats dans cette entreprise de pêche étaient des affaires de famille, et que Pierre a laissé son bateau et ses outils entre les mains de frères ou de fils ou d'autres partenaires ou associés ; et que de même les fils de Zébédée ont laissé leur matériel entre les mains de leur père ou d'autres personnes qui avaient été précédemment intéressées par leurs affaires. En effet, cette pensée est pleinement confirmée par le fait qu'après la mort de notre Seigneur, environ deux ans plus tard, ces mêmes hommes envisagèrent de revenir au commerce de la pêche, et apparemment avaient encore quelque participation dans les bateaux, les filets, le matériel, etc. C'est à cette dernière occasion que Jésus leur procura à nouveau une grande quantité de poissons, et que Simon Pierre fut le premier à reconnaître que le pouvoir d'accomplir un tel miracle ne pouvait appartenir qu'au Seigneur crucifié mais ressuscité, qu'il reconnut alors comme Celui qui était sur le rivage.

APPELÉ À UNE PLUS HAUTE VOCATION.

Les paroles de Notre Seigneur à Pierre étaient : « Dorénavant, tu prendras des hommes ». Ces paroles s'appliquaient également aux associés de Pierre, et sans doute leur furent-elles appliquées plus tard comme une invitation à se joindre au Seigneur avec Pierre comme disciples ou Apôtres. Le récit de Marc 1 : 17 mentionne André, le frère de Simon Pierre, et son associé également, et donne l'invitation dans un langage légèrement différent, à savoir : « Venez après moi, et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes ». Il est probable que le Seigneur S'est servi des deux expressions, mais en tout cas elles ont une importance similaire.

Toutes les affaires de la vie nous enseignent des leçons profitables si nous voulons les accepter. Les affaires ordinaires et les entreprises de toutes sortes, dans la mesure où elles sont menées selon des principes honnêtes, appropriés et raisonnables, fourniront une instruction précieuse et une préparation à l'utilité spirituelle dans le service du Seigneur, si elles sont correctement reçues et sagement exploitées. Peut-être y avait-il quelque chose de particulièrement utile dans le métier de pêcheur - quelque chose qui ressemblât assez exactement à la grande œuvre dans laquelle les Apôtres devaient s'engager pour le reste de leur vie. L'appel de notre Seigneur le donne à entendre. La pêche exige de l'énergie, du tact, un appât convenable, et demande en outre que le pêcheur se cache. Ces quatre choses sont requises dans la pêche spirituelle à laquelle le Seigneur nous donne le privilège de nous engager. C'est ainsi qu'il conseillait : « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes ». L'Apôtre Paul, parlant dans le même sens de la sagesse qu'il a employée pour présenter l'Evangile avec tact, dit : « Etant rusé [sage], je vous ai pris par finesse » - par appât. L'Apôtre a profité des tendances et des inclinations naturelles de ses auditeurs pour présenter l'Évangile sous la forme la plus pratique, sans toutefois en négliger ou en rejeter un seul aspect. En cela, sa démarche est un modèle pour nous. Nous devons nous rappeler que, comme les poissons sont facilement effrayés lorsqu'ils remarquent que quelqu'un veut les prendre, ainsi les hommes craignent d'être capturés, surtout s'ils ont le moindre soupçon que leur liberté est en danger ; or, c'est ainsi que la consécration apparaît au monde (Manne du 4 octobre).

Les Apôtres ne représentaient pas, en tant que pêcheurs d'hommes, des hommes ou des institutions humaines. Ils n'essayaient pas de faire entrer les disciples dans quelque servitude sectaire. Ils étaient des pêcheurs d'hommes pour le Seigneur et en tant que représentants du Seigneur ; comme si Dieu sollicitait les hommes par leur intermédiaire. Leur mission était d'attraper les hommes avec les espoirs et les perspectives glorieuses de l'Évangile ; de les amener à une relation telle avec le Seigneur qu'ils Lui abandonneraient tout et avec joie. Et c'est cette même ligne de conduite qui s'impose aujourd'hui aux représentants du Seigneur. Nous devons attraper des hommes pour le Seigneur et pour Son service, et non pour notre profit ou notre gain personnel, ni pour l'édification d'une secte. Nous ne devons pas donner nos propres libertés aux hommes, ni chercher à enlever les libertés des autres à la demande d'hommes ou de sectes. Le message qui sort des vrais pêcheurs d'hommes que le Seigneur mandate est néanmoins un message qui implique une perte de liberté et une perte de vie pour ceux qui sont pêchés avec succès. Cependant, l'exemple de la pêche n'illustre pas complètement la question, car tous ceux qui font partie de la prise du Seigneur doivent être volontaires, sinon ils ne resteront pas pris, mais seront rejetés : et leur perte de liberté personnelle et de vie signifie un gain de gloire, d'honneur et de vie éternelle.

Notre Seigneur a utilisé cette activité de pêche comme base d'une de Ses paraboles, disant que le Royaume des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer qui, après avoir recueilli des poissons de toutes sortes, sera finalement ramené au rivage. Ce filet représente sans aucun doute cet Âge de l'Évangile, et une prise générale de toutes les classes de personnes, appropriées ou non au but du Seigneur en ce qui concerne le Royaume. Le moment où le filet est ramené sur le rivage représente le temps de la « Moisson » de cet Âge - le temps des comptes, le temps où cette prise est terminée. La parabole poursuit en disant que les poissons appropriés ont été rassemblés dans des paniers et que ceux qui ne convenaient pas ont été rejetés, rejetés dans la mer. Ainsi, l'appel de l'Évangile, le filet de l'Évangile, les pêcheurs de l'Évangile de cet Âge de l'Évangile, rassemblent, à partir du monde de l'humanité, une classe particulière de personnes appropriées aux objectifs du Seigneur dans le Royaume, et bien que d'autres puissent y entrer, ils ne sont pas désirés et retomberont à nouveau dans les conditions du monde. La pêche de l'Âge suivant sera différente et sur une échelle beaucoup plus large.

L'APOSTOLAT PLUS QUE LE DISCIPULAT.

Il y a une différence entre l'apostolat et la condition de disciple. Il n'y a que « douze Apôtres de l'Agneau » (Apoc. 21 : 14), mais le nombre de disciples est considérablement plus grand. Le mot disciple signifie élève ou étudiant ; et tous ceux qui sont maintenant appelés par le Seigneur, tous ceux qui sont maintenant capturés comme des poissons acceptables dans le cadre de l'arrangement actuel sont ceux qui désirent être enseignés par le Seigneur et répondent volontiers à Ses enseignements. Notre texte d'or énonce les conditions auxquelles nous pouvons être des disciples, à savoir que non seulement nous acceptons le Seigneur, mais que nous continuons dans Sa parole - que nous continuons à être enseignés par Lui - que nous continuons à apprendre à l'école du Christ. Avant d'entrer dans Son école, nous devons apprendre que nous sommes pécheurs par nature et que nous avons besoin du nettoyage ou de la purification qu'Il prescrit comme nécessaire avant que nous puissions entrer dans Son école ou devenir Ses disciples.

Après avoir accepté la parole de conseil concernant la nécessité de se laver dans le précieux sang, et après avoir accompli par la foi cette purification des péchés, et après avoir commencé comme élèves, nous découvrons qu'il y a diverses leçons à apprendre, toutes nécessaires à notre progrès. C'est le Maître qui doit décider des leçons dont nous avons besoin, des expériences, des épreuves, des difficultés, des encouragements et de l'aide qui nous sont nécessaires. La promesse est qu'Il ne retiendra aucune bonne chose. Il donnera les avertissements, les corrections, les encouragements, les bénédictions et les promesses, selon que nous en aurons besoin et que nous serons en mesure d'en faire un usage profitable. Ceux qui commencent à être des disciples ne gagneront pas tous le grand prix comme un diplômé de l'école du Christ dans le Royaume de gloire et comme cohéritier du Maître ; mais celui qui continue fidèlement et patiemment à être un disciple - continue à apprendre les leçons que le grand Maître enseigne, jusqu'à ce qu'il ait terminé sa course, recevra sûrement sa couronne des mains du Seigneur.