L'argument de l'Apôtre est que les morts ne peuvent pas pécher ; et que les consacrés du Seigneur, s'étant consacrés eux-mêmes jusqu'à la mort, se considèrent déjà « pour morts au péché, mais vivants pour Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur » (Rom. 6 : 11). Nous sommes devenus les disciples de Celui qui, conscient de la gravité du péché et du fait que toute la famille humaine était désespérément sous son emprise, S'est donné Lui-même à la mort, afin de nous racheter du péché et de son salaire, la mort. Si nous apprécions notre Seigneur et Son œuvre, Son amour de la justice et Son sacrifice en notre faveur, et si nous désirons être véritablement Ses disciples, marcher sur Ses traces, cela signifie que nous « nous armerons de la même pensée » que Lui - la même opposition au péché, la même détermination à donner notre vie pour s'y opposer, et dans les efforts pour aider à délivrer ceux qui sont sous son emprise. Non qu'un sacrifice quelconque de notre part puisse annuler la sentence divine, mais le sacrifice de notre Seigneur étant tout à fait suffisant pour y parvenir, nous avons le privilège de manifester notre attachement à Lui et aux principes qui gouvernent Sa conduite : la promesse nous est donnée que ceux qui souffrent avec Lui partageront aussi Sa gloire, Son Royaume, Son immortalité.
Ceux qui ont fait une telle consécration jusqu'à la mort, en opposition au péché, ne commettront certainement pas le péché volontairement, car cela prouverait que leurs volontés ont changé - qu'ils ne sont plus engendrés par la nouvelle volonté, le nouveau mental, le saint Esprit ou la disposition, mais qu'ils sont redevenus vivants en tant que serviteurs du péché. Un tel comportement prouverait que ces personnes ont cessé d'être des Nouvelles-Créatures, et la perte de cette nouvelle vie signifierait pour elles la Seconde-Mort. Mais tant qu'ils restent volontairement fidèles à leurs vœux de fraternité avec le Christ dans Ses souffrances, dans Son opposition au péché - tant qu'ils restent ainsi reconnus comme morts pour le péché et reconnus comme vivants en tant que Nouvelles-Créatures, ils n'ont pas de péché. Comme l'Apôtre Jean l'exprime, « Quiconque demeure en lui ne pèche pas ; quiconque pèche ne l'a pas vu ni ne l'a pas connu ; ... quiconque est né [engendré] de Dieu ne pratique pas de péché, car la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu'il est né [engendré] de Dieu » - 1 Jean 3 : 6,9.
La pensée ici n'est pas que le peuple du Seigneur devienne parfait dans la chair, de sorte qu'il ne se trompe jamais en pensée, en parole ou en action. La pensée est que la nouvelle volonté est considérée comme la Nouvelle-Créature, séparée et distincte de la chair, de sorte que tandis que la volonté, le cœur, est pleinement fidèle au Seigneur, en opposition au péché, la chair est considérée comme morte pour le péché, et donc toutes ses faiblesses et imperfections qui ne sont pas intentionnelles, qui ne sont pas acceptées par la nouvelle volonté, la Nouvelle-Créature, ne sont pas prises en compte par le Seigneur, qui nous connaît non selon la chair, mais selon l'esprit. Ainsi, comme le déclare l'Apôtre Paul, « la juste exigence de la Loi fut accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair [en voulant la servir], mais selon l'Esprit [en nous efforçant de faire la volonté du Seigneur] ».
Le « temps déjà écoulé », dont il est question aux versets 3 et 4, était le temps où nous étions des hommes naturels, avant que nous ne devenions des Nouvelles-Créatures, engendrées par l'Esprit du Seigneur. Ce temps passé, et cette expérience de vie passée, nous suffisent - nous n'en voulons plus, nous avons trouvé une vie meilleure. Nous ne voudrions en aucun cas revenir à l'ancienne condition d'esprit naturel et d'aliénation à Dieu. La liste des excès mentionnés par l'Apôtre - la débauche, les convoitises, l’ivrognerie, les excès dans le manger et le boire et les criminelles idolâtries - n'était pas la même pour nous tous ; et pourtant il y a une certaine correspondance dans chaque cas. Certains des premiers Chrétiens ont été relevés par la grâce du Seigneur d'une dégradation très profonde de l'esprit et du corps, et certains membres du peuple du Seigneur d'aujourd'hui ont été relevés de la même manière des profondeurs de Satan et du péché, tandis que d'autres encore, n'ayant jamais été aussi profondément dégradés, n'ont pas été relevés d'aussi grandes profondeurs. Cependant, tous ceux qui ont le nouvel esprit de pleine consécration au Seigneur peuvent réaliser un grand changement par rapport à l'esprit ou à la disposition qui était la leur naturellement.
Même ceux qui sont nés de parents chrétiens, qui sont donc nés sur le plan de la justification, se rendent compte que leur cœur naturel avait plus ou moins d'affinité pour les choses du péché, y compris même les idolâtries - s'idolâtrer soi-même ou les autres ou l'argent ou la gloire ou l'influence ou autre chose. Un changement s'opère en tous, mais le degré de changement est nécessairement marqué par le degré de dégradation qui a précédé notre consécration. Combien certains d'entre nous devraient être reconnaissants d'être nés, par la providence du Seigneur, de parents chrétiens et sous des influences chrétiennes ! Combien tous les membres du peuple du Seigneur devraient veiller à ce que tous les enfants qu'ils ont mis au monde, ou qu'ils peuvent encore mettre au monde, soient soumis aux influences les plus favorables pour les rendre plus aptes au « service raisonnable » d'une pleine consécration de tout leur être au Seigneur !
Les compagnons idolâtres de ceux qui vivaient autrefois dans le péché ont sans doute parlé de ces derniers comme d'hypocrites, lorsqu'ils se sont détournés de ces choses, devenant morts pour elles et vivants pour le Seigneur et Son service. Leur disposition serait d'attribuer un tel changement à quelque motif vilain. Il leur serait impossible de comprendre que quelqu'un puisse faire volontairement un tel changement, car ils diraient en vérité que cette démarche est « contre nature » ! De même, de nos jours, ceux qui sortent de l'église, avec ses formes de piété sans puissance, avec ses réjouissances sociales, son ivresse de l'esprit de ce monde et des fausses doctrines (Apoc. 17 : 2), et ses idolâtries de l'argent, de l'influence, etc. sont considérés comme des personnes particulières, et il n'est pas rare que leur santé mentale soit mise en doute. L'homme naturel ne comprend pas pourquoi quelqu'un devrait rechercher plus que ce qui serait extérieurement respectable et honorable. Le monde ne nous connaît pas, de même qu'il n'a pas connu le Seigneur – Apoc. 18 : 3.
Le cinquième verset, selon notre version commune, semble se référer à ceux qui disent du mal, et semble dire qu'ils seront obligés de rendre des comptes au jour du jugement, au jour du Millénaire, quand ils seront jugés. Ceci est sans aucun doute vrai. Comme l'a déclaré notre Seigneur, tout acte et toute parole commis au préjudice du Seigneur et de Ses fidèles recevront une rétribution juste, proportionnelle au degré d'intentionnalité de ces personnes. Mais il y a une autre manière de concevoir ce verset, tout aussi vraie, en le rattachant au verset précédent, de manière à ce qu'il se lise : « En parlant mal de vous, qui devrez rendre compte à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts ». Cette dernière pensée semble plus pleinement en accord avec l'ensemble du témoignage de la Parole sur ce sujet. C'est nous, l'Église, qui attendons sous peu de rendre ce compte. C'est nous qui sommes spécialement éprouvés et testés durant la période actuelle, parce que la lumière, la connaissance et l'opportunité nous sont parvenues avant le monde. C'est notre temps d'épreuve, et le jugement ou la décision du Seigneur concernant ceux qui constitueront les véritables élus et ceux qui seront jugés dignes d'être cohéritiers du Seigneur, est la décision même qui doit être rendue.
L'Apôtre poursuit cette pensée en disant que c'est pour cette raison (parce que nous, qui sommes morts au monde et vivants pour Dieu, sommes appelés maintenant, en tant que classe d'élus du Seigneur, donc) que l'Évangile est prêché à nous qui sommes (ainsi) morts, afin que, tandis que le monde nous juge selon la chair, comme tous les autres hommes, le Seigneur nous juge selon l'esprit, engendrés à une vie nouvelle. Ceci est en accord exact avec ce que nous avons vu dans les deux premiers paragraphes de cette leçon. Le monde ne voit pas que les Nouvelles-Créatures sont différentes des autres hommes ; aussi s'étonne-t-il de leur dévotion, la qualifie-t-il de folie ou d'hypocrisie, et discernant les imperfections de la chair, il ne peut pas toujours voir une si grande différence entre les Nouvelles-Créatures et le monde. Mais Dieu, qui connaît le cœur, qui, dès le moment de notre consécration, a compté la chair comme morte, et qui ne nous reproche rien, en tant que Nouvelles-Créatures, êtres spirituels engendrés, si ce n'est ce qui est volontairement mal, est le Seul avec qui nous avons à faire, et dans la faveur, l'amour et les promesses duquel nous nous réjouissons. Dieu est « pour nous » ! Personne ne peut prévaloir contre nous ; toutes choses doivent concourir à notre bien, parce que nous sommes à Lui, parce qu'Il nous a appelés selon Son dessein, parce que nous cherchons à marcher dans Sa voie, non selon la chair, mais selon l'esprit.
La fin de toutes les choses présentes est proche. Les institutions actuelles, sous la surveillance du « prince de ce monde » (Satan), et contrôlées en grande partie par son esprit, doivent bientôt, selon la promesse divine, faire place aux nouvelles conditions du Royaume de Dieu, lorsque le grand Rédempteur prendra à Son compte Sa grande puissance et Son règne - liant Satan et réprimant toute insubordination et tout ce qui est contraire à la justice qui est de Dieu. Nous qui avons cette foi, nous pouvons regarder avec une grande sérénité les conditions changeantes du temps présent ; et les mauvaises paroles du monde et son antagonisme manifesté à notre égard de diverses manières, parce que nous sommes de Nouvelles-Créatures, marchant selon l'esprit dans la mesure de nos capacités, ne doivent pas nous alarmer, car Celui qui est de notre côté est plus grand que tous ceux qui sont contre nous. Il nous incombe donc d'être sobres d'esprit - d'adopter ce point de vue raisonnable et approprié, qui ne néglige pas l'avenir pour voir le présent, mais qui néglige le présent pour voir l'avenir, présenté devant nous dans la Parole du Seigneur. Il nous incombe aussi de veiller dans la prière, de nous rappeler que nous ne sommes pas capables par nous-mêmes de faire ces choses, que « notre capacité vient de Dieu ».
« Avant toutes choses », exhorte l'Apôtre, ceux qui sont morts au monde, et incompris du monde, mais vivants pour Dieu et acceptés par le Christ comme fils de Dieu (malgré toutes les imperfections de la chair), ceux-là doivent être fervents dans l'amour entre eux. Ceux qui réalisent la véritable situation, ceux qui défendent les principes de la droiture, de la vérité et de la loyauté envers le Seigneur, et qui supportent les difficultés comme de bons soldats, doivent avoir un amour profondément sympathique pour tous les autres qui, comme eux, se battent pour le Seigneur, et pour les mêmes principes de droiture. Celui qui n'a pas un amour fervent (brûlant) pour ses semblables a des raisons de se demander dans quelle mesure il est un avec le Seigneur et avec le Petit Troupeau dont l'Apôtre décrit ici les expériences.
Il est vrai que, parmi ceux que le Seigneur a acceptés et qu'Il considère comme morts quant à la chair et vivants quant à leur esprit, leur nouvelle nature, il y en a qui sont moins beaux par nature (dans leur esprit et dans leur corps) que certains qui sont du monde, moins déchus par nature : mais là où prévaut le véritable amour du Seigneur, il couvrira une multitude de péchés, une multitude de défauts, une multitude d'imperfections, chez ceux qu'Il reconnaîtra comme compagnons de route dans « le chemin étroit », « frères » de l'unique famille de Dieu. Cet amour véritable, l'amour de Dieu, permettra à ceux qui le possèdent de se considérer les uns les autres du point de vue divin, non pas selon la chair, mais selon l'esprit, le cœur, l'intention.
Parmi ceux qui sont morts au monde et qui vivent en tant que Nouvelles-Créatures, il doit y avoir une pratique particulière de l'hospitalité, et cela sans aucune réserve. Elle doit être chaleureuse, et non pas seulement parce que le Seigneur la recommande et l'ordonne. L'hospitalité, en effet, est, comme le souligne l'Apôtre, un élément de caractère qui doit être cultivé envers tous les hommes : Nous devons « faire du bien à tous, comme nous en avons l'occasion, mais surtout à ceux de la Maison de la Foi ». Il y en a certains qui reconnaissent très bien ce principe d'hospitalité et qui, si l'hospitalité leur est refusée, seront enclins à reprocher aux frères leur manque d'esprit. Tous devraient se demander dans quelle mesure ils ont déjà fait preuve d'hospitalité et de générosité envers les autres ; et quiconque s'aperçoit qu'il a reçu plus des frères qu'il ne leur a donné devrait avoir honte, et rechercher la sagesse du Seigneur, afin de savoir où est sa faiblesse, car il est loin d'avoir atteint les grands privilèges des disciples du Seigneur, qui doivent tous donner plutôt que recevoir - sauf dans des conditions particulières de détresse. Mais qu'aucun de nous n'oublie qu' « il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir ». Que chacun de nous cherche à profiter de la bénédiction qui découle d'une interprétation libérale de ce mot hospitalité. La grâce et la générosité du Seigneur sont multiples ; elles nous parviennent sous des formes innombrables, tant dans les choses spirituelles que temporelles. Certains d'entre nous peuvent recevoir un plus grand nombre de ces faveurs que d'autres, mais dans ce cas la responsabilité ou l'intendance est proportionnellement accrue ; et l'Apôtre insiste (vs. 10) pour que nous cherchions à faire profiter aux autres des dons que nous possédons. Celui qui arrose les autres sera lui-même arrosé. Ce principe s'applique à toutes les choses, tant temporelles que spirituelles.
Parlant encore de cette classe d'Église, morte au monde et jugée par le monde comme s'il s'agissait d'hommes, mais vivante pour Dieu et jugée par Dieu comme des Nouvelles-Créatures, des êtres spirituels séjournant simplement dans ces corps charnels, comme dans une tente, et attendant dans cette condition de désert d'apprendre les leçons nécessaires avant d'entrer dans la terre de la promesse, la Canaan céleste, en participant à la première résurrection, l'Apôtre fait remarquer que ceux-ci, lorsqu'ils parlent, doivent être comme « les oracles de Dieu », absolument véridiques, entièrement fiables. S'ils servent, ils doivent le faire avec toute la capacité qu'ils possèdent, en reconnaissant que la capacité est donnée par Dieu aussi bien que le talent. Ces exhortations à la vérité et à la fidélité dans les paroles et dans le service sont applicables d'abord aux croyants (l'Église) parmi nous, mais aussi à tous ceux avec qui ils entrent en contact. Il est possible que l'on médise de nous et que l'on nous calomnie, mais il faut que ceux qui nous connaissent, ceux avec qui nous sommes en relations, constatent par l'expérience notre fidélité au principe et nos efforts pour que les paroles de notre bouche, les méditations de notre cœur et notre conduite soient agréables au Seigneur, honorent Son nom et Sa cause, afin que Dieu puisse être glorifié par Christ à qui appartiennent la gloire et le Royaume aux siècles des siècles (Manne du 14 septembre). Son Église seule, dans le temps présent, reconnaît pleinement et correctement le droit et la domination du Seigneur comme Roi. Nous seuls avons la bénédiction qui découle de cette reconnaissance et de cette relation, mais nous attendons avec joie le moment où Son Royaume sera établi parmi les hommes ; quand viendra le temps pour lequel nous prions : « Que Ton Règne vienne » ; quand la connaissance du Seigneur atteindra toute créature, et quand beaucoup en viendront à connaître, à aimer et à obéir à Celui que nous nous réjouissons maintenant d'honorer comme notre Rédempteur et notre Roi.
Comme l'indique le Texte d'Or, cette leçon a été conçue par ceux qui l'ont choisie pour être une leçon de Tempérance. Nous ne l'avons pas traitée de la manière dont ils le pensaient, mais selon la pensée de l'Apôtre. Il s'agit certainement d'une leçon d'abstinence totale dans un sens du mot, c'est-à-dire dans le sens que la classe qui est devenue morte au péché et vivante pour Dieu désirera s'abstenir de « toute apparence de mal », ce qui inclura certainement l'intempérance, au sujet de laquelle la Parole du Seigneur est très explicite, en déclarant que « Aucun ivrogne n’héritera du Royaume des cieux » (1 Cor. 6 : 10).