"Exercice et développement",
R 3235 (VP 218 p.695)
LES DISCIPLES DE JÉSUS : DES PORTEURS DE LA CROIX.
« Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi-même, et qu'il prenne sa croix, et me suive » - Matthieu 16 : 24.

L’invitation de notre Seigneur à tout abandonner et à Le suivre est présentée dans des termes très différents de ceux des invitations habituelles données aujourd’hui en Son nom – la pensée (le sentiment) est totalement différente. L’idée générale parmi ceux qui se déclarent chrétiens aujourd’hui, touchant l’invitation à « venir à Jésus », peut-être exprimée ainsi : « Nous vous invitons, nous vous pressons, pour échapper à une éternité de torture, de souffrance, à accepter Christ comme votre Sauveur. C’est une question de bonheur éternel ou de souffrance éternelle, et, par conséquent, vous n’avez pratiquement aucune alternative, mais vous devez L’accepter « comme Sauveur ».

Quelle différence de présentation avec celle du Seigneur concernant le sujet de notre texte ! Il ne dit rien du tout à propos d’une absence de choix, ni au sujet d’une éternité de souffrance pour ceux qui ne choisissent pas de devenir Ses disciples. Ses paroles impliquent que c’est une affaire de choix individuelle, et non un sujet de contrainte en aucun sens du mot.

Notre texte ne renferme ni pression, ni plaidoirie, ni insistance qu’il n’y a aucune alternative. Au contraire, il présente à l’esprit les obstacles qui doivent être affrontés par ceux qui deviennent des disciples de Jésus : les renoncements et les contrariétés auxquels ils doivent s’attendre ; et il les invite ainsi à bien considérer ce qu’ils font, avant de s’engager. L’invitation ne renferme ni déclamation extravagante, ni ton pleurard, mais elle est, dans chaque sens du terme, logique et raisonnable, et exprimée de manière à éviter toute erreur d’interprétation possible.

De ce point de vue, elle correspond aux autres déclarations de notre Seigneur sur le sujet comme, par exemple, quand Il donna la parabole de l’homme qui avait décidé de bâtir une tour et avait posé la fondation mais qui, après cela, avait été incapable d’achever la construction. Jésus employa cette parabole pour montrer que ceux qui Le suivraient devraient compter ce qu’il en coûte d’être un disciple de la même manière froide, méthodique, prudente qu’ils emploieraient pour calculer le prix de la construction d’un bâtiment ; afin d’être sûrs qu’ils désirent suffisamment le résultat et qu’ils possèdent la persévérance et autres qualités indispensables pour remplir jusqu’au bout les conditions nécessaires à son achèvement. Il déclare : « Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple ». Il explique également que ceci implique qu’Il aimera le Seigneur plus que son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs - oui, plus que sa propre vie, ou qu’il ne peut être Son disciple (Luc 14 : 26-30).

De plus, nous devrions remarquer à quelle classe de personnes le Seigneur adresse ces exigences rigoureuses pour être un disciple. Il les adressait non à de vils pécheurs, ni à des étrangers, des inconnus, éloignés des alliances et des bénédictions de Dieu, mais à ceux qui les avaient déjà reçues - les Israélites. Le contexte de notre texte montre que Son invitation fut adressée à ceux qui étaient déjà, au moins dans un certain sens du mot, des « disciples » de notre Seigneur - des croyants en Lui et qui coopéraient déjà avec Lui dans une certaine mesure.

Ainsi, comprenons-nous encore que ces paroles s’appliquent, non à des pécheurs, mais à ceux qui ont accepté la grâce de Dieu en Christ pour le pardon de leurs péchés. Le Seigneur cherche une classe très spéciale de disciples, séparée non seulement du monde en général, mais aussi séparée et distincte de la classe ordinaire de ceux qui Le suivent, de Ses disciples. Sans faire état d’un préjudice quelconque pour les intérêts généraux du monde dont la bénédiction viendra au temps convenable, ni pour ceux des disciples ou croyants en général qui expérimenteront plus que le monde certaines bénédictions, certaines faveurs, notre texte indique les conditions de ce degré le plus élevé de la qualité de disciple, l’entière consécration, dont la récompense est d’être avec le Maître, de Le voir comme Il est et d’avoir part avec Lui dans le gouvernement du Royaume que le Père Lui a promis - Royaume qui servira de moyen pour bénir tous les disciples ordinaires et le monde en général (Gen. 12 : 3 ; Gal. 3 : 8,16,29).

Notre Seigneur désirait, évidemment, tirer une ligne de démarcation très nette entre toutes les autres classes et ces disciples qui voudraient marcher sur Ses pas, en portant leur croix après Lui. C’est de cette classe qu’Il déclare, « Nul qui a mis la main à la charrue et qui regarde en arrière, n’est propre pour le Royaume de Dieu » (Luc 9 : 62). Cette classe spéciale doit être entièrement imprégnée d’un zèle aimant pour Dieu et pour la droiture ; elle doit acquérir certaines conceptions raisonnables des bonnes choses que Dieu a en réserve pour elle ; elle doit avoir une certaine appréciation des privilèges du Royaume, sinon elle ne sera pas assez persévérante, ni assez zélée, pour « combattre le bon combat de la foi » jusqu’ à la fin et vaincre l’esprit du monde, avec la grâce secourable du Seigneur.

Cela exigera ces qualités de cœur, en plus de la grâce, de la miséricorde et de la force que le Seigneur a promises, pour rendre les membres de cette classe capables de prendre leur croix et de suivre le Seigneur avec persévérance dans le chemin étroit du sacrifice de soi. Ce ne fut pas seulement un acte de bienveillance de la part du Seigneur de rendre claires et définies les conditions du sacrifice, mais il était raisonnable également qu’Il n’entraînât qui que ce fût à entreprendre une telle course qui eût été contraire au vrai zèle de leur cœur. Il était éminemment convenable qu’Il présente le sujet exactement comme Il le présenta ; et nous, comme Ses disciples et porte-parole, nous devrions nous présenter le sujet l’un à l’autre de la même manière franche, ainsi qu’à tous ceux qui ont l’intention de devenir pleinement Ses disciples.

LES MAUVAIS EFFETS D’ENSEIGNER L’ERREUR.

Certains peuvent être enclins à penser que le fait de pousser les autres à accepter le Seigneur, et à chercher à être Ses disciples, avec l’idée que toute autre conduite signifierait pour eux la torture éternelle, peut être considéré comme une tromperie qui travaillerait à l’avantage de ceux qui sont trompés - une tromperie qui causerait du bien plutôt que du tort. Nous contestons ceci. Nous maintenons, au contraire, que cet enseignement erroné a fait beaucoup de mal de différentes façons :

(1) Sa présentation fausse des méthodes et des arrangements divins en a poussé beaucoup à douter non seulement de l’amour, mais aussi de la sagesse, de la justice et de la puissance de Dieu.

(2) Alors que des gens ont théoriquement affirmé que seuls ceux qui suivent étroitement les traces de Jésus, qui portent leur croix et qui Le suivent dans le sacrifice personnel, seront sauvés, et que tout le reste de l’humanité sera damné dans la torture éternelle, bien peu cependant le croient ; peu agissent en conformité avec une telle croyance, peu font un effort pour suivre les traces du Seigneur comme s’ils y croyaient ; et un nombre extrêmement faible parmi la masse de ceux qui n’essaient pas de porter leur croix et de suivre le Seigneur donne la preuve d’une crainte quelconque d’une éternité de tourment due à la négligence de Ses paroles.

(3) Comme conséquence, il y a une église nominale de soi-disant disciples de Christ, dont un nombre extrêmement réduit est formé de disciples dans le sens impliqué par le Seigneur dans notre texte.

(4) Comme résultat de ceci, la chrétienté nominale et la qualité nominale de disciple ayant repoussé les conditions réelles de la qualité de disciple, que notre Seigneur spécifiait comme étant nécessaires pour atteindre à la participation dans le gouvernement du Royaume, nous trouvons que presque toutes les prédications et autres efforts et services religieux sont allés entièrement dans une autre direction - celle de produire des croyants justifiés seulement, et non de produire les disciples sanctifiés décrits.

(5) Comme conséquence, les conditions religieuses, les enseignements, etc., ont été extrêmement défavorables au développement de cette classe même que cet Âge de l’Évangile était destiné à sélectionner et à perfectionner, pour qu’ils atteignent à la domination avec leur Seigneur dans le Royaume.

LA LUMIÈERE QUI ARRIVE DISPERSE LES TÉNÈBRES.

C’est parce que, sous la providence du Seigneur, les brumes des Siècles des Ténèbres se dispersent et que la lumière du matin millénaire s’insinue, que nous avons le privilège de voir les inconséquences et les faussetés des traditions d’hommes qui ont obscurci les récits inspirés ; et, en conséquence, nous sommes amenés à demander à nous informer des « anciens sentiers », et à écouter, non le confus babil d’erreur, mais les paroles claires du grand Berger du troupeau et de Ses représentants inspirés, les Apôtres. En les écoutant - en écoutant la voix de Dieu par eux - le plan inspiré de Dieu nous devient clair et lumineux, et chacun de ses aspects raisonnables, harmonieux et merveilleux.

C’est de ce point de vue que nous sommes à même de considérer notre texte avec plaisir ; et en discernant les grands desseins de notre Père Tout-Puissant, nous sommes rendus capables de nous réjouir d’être comptés dignes, par le mérite de notre Rédempteur, d’être invités à marcher dans Ses traces, à porter notre croix et à Le suivre à travers la mauvaise réputation et à travers la bonne réputation. Nous sommes assurés de Sa grâce fortifiante en chemin, de la victoire finale et d’une part avec Lui dans le gouvernement du Royaume, si nous continuons à demeurer fermes jusqu’à la fin.

« Si quelqu’un veut venir après moi », signifie : Si un homme désire être Mon disciple, marcher dans Mes pas d’obéissance à la volonté du Père, et avoir part avec Moi dans la récompense du Père. Ceux-là doivent savoir que le prix d’une telle qualité de disciple sera le port de la croix. Porter la croix signifie endurer des épreuves, des difficultés, des déceptions et des souffrances – la mise à mort de la volonté et des préférences humaines par les circonstances et les conditions permises par le Père. La volonté de notre Seigneur était entièrement soumise à Dieu, de sorte que Ses délices c’était de faire la volonté du Père, et telle doit être notre attitude au départ ; mais après que cette consécration a été faite, viennent l’épreuve et la mise à l’épreuve.

Si nous étions dans les cieux, où tout est en accord complet avec la volonté divine, nous pourrions ne pas avoir de croix ; parce que, notre volonté étant en accord avec celle du Père et avec toute la droiture, et comme rien dans les cieux n’est contraire à ce qui est droit, nous serions en harmonie avec toutes choses, et tout serait en harmonie avec notre esprit nouvellement consacré.

Notre croix vient de ce que nous vivons dans « ce présent monde mauvais », parce que l’esprit du monde est contraire au Seigneur et à Son Esprit de droiture et d’équité, et parce que notre Adversaire, Satan, cherche continuellement à nous faire tomber et à nous prendre au piège ; parce que, aussi, notre nouvelle volonté est encerclée, entravée, contrecarrée par les désirs de notre corps naturel, lequel est plus ou moins en accord avec les choses de ce temps présent, de ses conditions, de ses desseins, de ses sentiments, et parce que la nouvelle volonté lutte pour employer le corps d’une manière et dans un service qui, sous les conditions mauvaises actuelles, lui causent continuellement désagrément et souffrance. On doit considérer ces choses comme étant le prix de la qualité de disciple - le prix d’une participation au gouvernement du Royaume, pour aider à la bénédiction du reste des humains.

« DIEU A LA BONTÉ DE NOUS VOILER LES YEUX »

Il est heureux pour nous qu’au départ, nous n’estimions ou n’apprécions pas, ni ne le puissions, la pleine signification des mots sacrifice, port de la croix, etc. Si nous pouvions pénétrer dans l’avenir et voir dès le début les diverses épreuves et difficultés qui doivent être rencontrées dans notre chemin étroit, peu d’entre nous, sans doute, auraient le courage de faire la consécration et de prendre ce départ - nous ne le ferions pas non plus si nous ne pouvions voir ou apprécier, au préalable, les récompenses et les bénédictions qui, sous la providence divine, nous viennent en relation avec chaque épreuve, faisant plus que nous rémunérer pour chaque renoncement et endurance terrestres. Nous ne pouvons non plus apprécier à l’avance comment le Seigneur désire éprouver notre zèle et notre foi, en laissant venir à nous, une à une, les croix de la vie, et en nous laissant discerner leur sévérité - nous cachant la main secourable par laquelle, aussitôt que nous saisissons la croix et déployons nos efforts, Il enlève le poids réel, de telle sorte qu’à tout moment nous ne portons que ce que nous sommes capables de porter. Il a tant de soin de tous ceux qui deviennent ainsi Ses disciples et aussi des porteurs de croix, qu’Il ne permettra pas qu’ils soient tentés au-delà de ce dont ils sont capables, mais « avec la tentation, il fera aussi l’issue » (1 Cor. 10 :13).

LE RENONCEMENT À SOI PRÉCÈDE LE PORT DE LA CROIX.

Le premier pas pour suivre le Seigneur est montré dans les Écritures comme étant le renoncement à soi ; mais ceci ne constitue pas la prise de la croix. Quand nous déposons notre volonté, quand nous nous soumettons entièrement à Dieu, cela signifie l’abandon de notre tout à Lui, afin que Sa volonté puisse être faite en ce qui concerne toutes nos affaires. Le renoncement à soi signifie, de la part du consacré, le refus de satisfaire les sentiments humains naturels convenables envers soi et envers le monde à chaque fois que leur indulgence porte atteinte à la dévotion aux intérêts de la cause de Dieu. La volonté est l’individu, le moi (« ego »), et tient le contrôle, la direction, de notre temps, de notre influence, de nos capacités, et de chaque talent ; en conséquence, l’abandon de la volonté à Dieu signifie que nous Lui abandonnons toutes ces choses. Tous les renoncements que nous pouvons faire ensuite dans Son service sont renfermés dans cet abandon initial de la volonté personnelle et y sont représentés.

Si un enfant consacré de Dieu se retire, qu’il cesse de Lui être obéissant, qu’il cesse d’être soumis à Ses arrangements, Dieu ne prendra point de plaisir en lui (Héb. 10 :38). Mais s’il continue à être fidèle à Dieu et qu’il désire Le servir et servir Sa cause, bien que le service et le port de la croix ne soient pas accomplis de façon entièrement fidèle, le Seigneur mènera cela à terme, et par les châtiments et les corrections dans la droiture, il sera finalement « sauvé toutefois comme à travers le feu » (1 Cor. 3 : 15) - par la tribulation (Apoc. 7 : 14).

Ceci est l’essence de la doctrine de « la patience [persévérance] des saints » (Apoc. 14 : 12). Aussi longtemps qu’ils continuent à être consacrés - à avoir leur volonté sanctifiée au Seigneur – ils continuent à être Siens, même si, par manque de zèle suffisant, ils ne réussissent pas à gagner le prix du Haut-Appel, offert aux « vainqueurs » zélés, aux « Plus- que-Vainqueurs » (Apoc. 3 : 21 ; Rom. 8 : 37). Dans la mesure où la volonté continue à être loyale au Seigneur, et que les croix sont abordées, levées et portées dans la foi et la confiance, non seulement la grâce du Seigneur suffira, mais Son réconfort et Son assistance seront donnés dans le chemin difficile – afin que les épreuves et les difficultés de ce chemin puissent être estimées comme « une légère tribulation d’un moment » (2 Cor. 4 : 16-18).

La déclaration selon laquelle, à la consécration, le renoncement à la volonté - son abandon - afin que la volonté de Dieu puisse être reçue à la place, n’est pas l’une des croix que nous sommes invités à porter, peut nécessiter une explication supplémentaire. Pour que l’abandon de notre volonté soit de quelque manière acceptable à l’Éternel, il ne doit pas être une croix pour nous : le désir d’abandonner notre volonté personnelle et d’accepter la volonté de Dieu doit être une joie, un plaisir. Notre volonté doit être déposée volontairement, sinon l’offrande ne sera pas acceptée par l’Éternel, et nous n’aurons ni part, ni lot avec Lui. A moins que la volonté ne soit abandonnée joyeusement à la volonté de l’Éternel, tous les renoncements ou ports de croix subséquents ne compteront absolument pour rien à notre avantage. L’expression de notre Maître concernant l’abandon, le sacrifice, de Sa volonté pour faire celle du Père, illustre clairement ce sujet ; et l’on remarquera d’après les déclarations faites qu’il n’y avait pas de croix rattachée à ceci.

Les sentiments du Seigneur furent exprimés de façon prophétique comme suit : « C’est mes délices, O mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au dedans de mes entrailles » (Ps.40 : 8-D.). Et ainsi tous ceux qui veulent être Ses disciples doivent non seulement compter le prix du port de la croix, à cause de l’opposition du monde, de la chair et du diable, mais ils doivent avoir un esprit semblable à celui de notre Seigneur en rapport avec l’abandon de leur volonté ; eux aussi doivent se réjouir d’avoir la volonté de Dieu accomplie en eux – se réjouir d’abandonner ou de renoncer à leur propre volonté. Comprenons ceci clairement, et si quelque chose manque dans le renoncement de notre volonté, donnons à cela notre première attention. Celui qui a complètement abandonné sa volonté à la volonté de l’Éternel a, au départ, obtenu une victoire qui rendra comparativement aisé tout le reste de son difficile chemin. Celui qui a seulement entaillé et mutilé sa volonté au lieu de la tuer carrément, trouvera une difficulté supplémentaire à chaque étape de son voyage, et ne peut jamais obtenir la victoire jusqu’à ce qu’il ait achevé le renoncement à soi qu’il avait commencé imparfaitement.

EN QUOI LE PORT DE LA CROIX CONSISTE-T-IL ?

Le port de la croix par le Maître ne consista pas à combattre les faiblesses de la chair, car Il n’en avait pas ; les faiblesses de la chair ne constituent pas non plus notre croix. Comme toutes nos faiblesses de la chair sont entièrement couvertes par le mérite du sacrifice de notre Seigneur, nous nous trouvons devant Dieu comme Ses fils justifiés, et non comme des créatures charnelles imparfaites - les imperfections de la chair, qui sont contraires à notre volonté et contrecarrées par elle, sont entièrement cachées à la vue de Dieu (Rom. 8 : 1).

Le port de la croix consista pour notre Seigneur à accomplir la volonté du Père dans des conditions défavorables. Cette manière de faire Lui attira l'envie, la haine, la malice, l'opposition, la persécution, etc., de la part de ceux qui se croyaient être le peuple de Dieu, mais qui avaient pour père le diable, selon la déclaration même de notre Seigneur qui lisait dans leurs cœurs. Nous ne sommes pas capables de lire le cœur de ceux, autour de nous, qui affirment être le peuple du Seigneur ; cependant nous pouvons être certains qu’il y en a encore beaucoup qui proclament le nom de Dieu et de Christ qui n’ont rien de Son Esprit et qui ne sont pas Ses enfants, mais qui sont des enfants de l’Adversaire - engendrés d’un mauvais esprit.

Puisque nous marchons dans le même chemin étroit que notre Maître, nous pouvons raisonnablement nous attendre à ce que nos croix soient du même genre que la Sienne - on voudra, par toutes sortes d'oppositions, nous empêcher d'accomplir la volonté de notre Père qui est dans les Cieux - de servir Sa cause et de laisser briller la lumière comme notre Maître et conducteur nous l'a ordonné (Manne du 11 septembre). C’est un plaisir pour nous de faire la volonté du Père - là n’est pas une croix. Nous nous réjouissons non seulement de consacrer notre volonté, mais la loi de justice de l’Éternel est dans notre cœur à un tel degré que c’est également nos délices de servir la droiture, la Vérité.

Notre port de la croix vient lorsque nous trouvons que la Vérité, si merveilleuse pour nous, si attrayante, est haïe par d’autres, et qu’elle nous attire leur envie, leur colère, leur méchanceté, leur haine, leur lutte et leur persécution, tout comme les mêmes vérités attirèrent la même opposition sur notre Maître. Notre fidélité dans le port de la croix consiste dans notre empressement à tenir ferme pour la Vérité et pour chaque principe de justice - doucement, humblement, avec fermeté cependant, en proclamant la vérité dans l’amour, quel que soit le prix des amitiés brisées ou des inimitiés allumées, ou les mauvaises paroles exprimées faussement contre nous pour la cause de la Vérité.

Notre Maître nous prévint de ce que seraient au juste ces expériences lorsqu’Il parla des croix que nous aurions en Le suivant. Il expliqua le sujet de façon plus complète lorsqu’Il dit, « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait sien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis du monde, à cause de cela, le monde vous hait » (Jean 15 : 18,19). S’ils ont appelé le Maître de la maison Béelzébul - prince des démons – on ne doit pas trouver étrange qu’ils appelleront Ses disciples par de mauvais noms également (Matth. 10 : 25). Oui, Il nous a prévenus, « On dira, en mentant, toute espèce de mal contre vous, à cause de moi » (Matth. 5 : 11).

Il nous a assurés que certains de ceux-ci penseraient vraiment faire le service de Dieu (Jean 16 : 2). Et ne rendent-ils pas un service à Dieu et à nous dans le sens que Satan sert les desseins de Dieu dans le temps présent, dans la persécution du peuple de Dieu - en faisant de leur chemin un chemin « étroit », et en le remplissant de difficultés, afin qu’ainsi, les porteurs de croix fidèles du Seigneur puissent être éprouvés et établis, et afin qu’Il puisse ainsi choisir et purifier pour Lui-même, un peuple particulier, zélateur de bonnes œuvres et zélé pour la Vérité ?

CEUX QUI PORTENT DES CROIX DOIVENT ÉGAIEMENT LUTTER CONTRE LA CHAIR.

Tandis que nous indiquions, ci-dessus, que le port de la croix est tout à fait séparé de la bataille contre les faiblesses de la chair, cependant, quiconque a l’esprit de Christ, quiconque cherche à être un porteur de croix et à demeurer ferme comme représentant du Seigneur et de la Vérité au milieu d’une génération perverse et corrompue en qualité d’ambassadeur de Christ, se rendra sûrement compte qu’il ne pourrait être un ambassadeur acceptable, et il ne pourrait affirmer que sa volonté est soumise à la volonté du Seigneur, s’il ne luttait pas contre les faiblesses et les imperfections en lui-même aussi bien que tenir ferme pour les principes généraux de justice et de vérité en tous lieux.

L’Apôtre Jean renfermait cette pensée et beaucoup plus dans son expression, « Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même marcher comme il a marché » (1 Jean 2 : 6). Il doit marcher comme notre Seigneur a marché, dans sa conduite générale et ses rapports avec tout ce qui est bien et, d'une manière correspondante, éviter tout ce qui est mal. Il doit marcher aussi strictement que possible sur les traces de Jésus. Cela ne veut cependant pas dire que, dans un corps imparfait, on doit ou peut marcher parfaitement comme le fit notre Seigneur, parfait dans Sa chair. Cela signifie tout simplement que nous devrions marcher comme Il marcha dans le même chemin, dans la même direction, vers le même but, selon le même modèle qu'Il reconnut et établit (Manne du 15 novembre).

L’Apôtre Paul nous donne une suggestion dans cet ordre d’idées, très utile lorsqu’elle est comprise comme il faut : « La justice de la loi est accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair mais selon l’esprit » (Rom. 8 :4). Marcher selon la chair, c’est marcher selon le péché - faire ces choses que nous reconnaissons être contraires à la volonté divine en connaissance de cause, volontairement, intentionnellement, même si nous n’allons pas à l’extrême de la méchanceté. Ainsi, de même, marcher selon l’Esprit ne signifie pas marcher entièrement jusqu’au modèle de l’Esprit ce qui serait impossible pour nous qui sommes nés dans le péché, enfantés dans l’iniquité, et ainsi souillés par le péché selon la chair.

Le nouveau cœur (le nouvel esprit et la nouvelle volonté) vit dans le tabernacle terrestre lequel est imparfait ; « nous avons ce trésor dans des vases de terre » (2 Cor. 4 : 7) ; et aussi longtemps que nous sommes ainsi limités, nous ne pouvons faire tout ce que nous voudrions. Le nouveau cœur - le nouvel esprit (ou mentalité, « mind » - Trad.) et la nouvelle volonté - désirent agir parfaitement. Nous désirons que chaque pensée, parole et action soient parfaites aux yeux de notre Père Céleste - aussi parfaites que le furent celles de notre cher Rédempteur ; mais nous savons d’après les Ecritures et d’après l’expérience que cela est impossible. Nous sommes heureux, par conséquent, que le Seigneur nous montre, comme dans cette déclaration de l’Apôtre, que ce qu’Il demande est que nous marchions selon l’Esprit – qu’Il n’exige pas que nous marchions entièrement à sa hauteur, ce qui serait une impossibilité.

C’est parce que nous ne pourrions marcher entièrement à la hauteur de l’Esprit, jusqu’au modèle parfait des conditions divines, que Dieu a miséricordieusement pourvu à un arrangement de grâce en notre faveur. Par cette grâce, ceux qui commencent, comme enfants consacrés de Dieu, à marcher dans les traces de Jésus - à marcher désormais non selon la chair, mais au contraire à marcher selon l’Esprit, et aussi près que possible des exigences de l’Esprit - ont leurs déficiences compensées, pour eux, par le mérite du sacrifice de leur Rédempteur.

L’arrangement divin pour ceci est un arrangement unique, qui s’adapte aux diverses conditions et circonstances de chacun et de tous ceux qui sont appelés à marcher dans ce chemin étroit. Si quelqu’un, parce qu’il est né dans de bonnes conditions et qu’il a eu un bon entourage, possède pour cette raison un corps mortel mieux équilibré et mieux doté (doué) dans lequel le nouvel esprit peut s’exercer avec une plus grande liberté – et si cette personne, en raison de ces avantages, est capable de marcher plus près du modèle de l’Esprit qu’un frère moins favorisé, dont la volonté, cependant, est également loyale au Seigneur, l’arrangement divin est que chacun se verra imputer la grâce suffisante – afin qu’ils puissent tous deux être considerés comme parfaits - considérés comme ayant marché entièrement à la hauteur des exigences de l’Esprit.

Ce sujet peut être rendu plus clair à notre esprit si nous imaginons une balance marquée de 0 à 100 – une balance sur laquelle nous supposerons qu’on peut mesurer l’endurance morale, 100 représentant le caractère entier, complet que Dieu exige. Sur cette balance, imaginons cinq frères avec des degrés différents d’imperfection physique, tous étant cependant consacrés au Seigneur, tous cherchant au mieux de leur capacité à « marcher non selon la chair, mais selon l’Esprit » - aussi près que possible du modèle parfait (100). L’un a dix points de caractère, un autre vingt, un autre trente, un autre quarante, un autre cinquante. Du point de vue de Dieu, parce qu’ils se confient tous en Christ et qu’ils marchent dans Son chemin, et qu’ils cherchent à faire Sa volonté, ils sont tous comptés comme étant à la hauteur du modèle complet, 100 -tous sont acceptables à Dieu - le plus faible aussi bien que le plus fort d’entre eux. Ce merveilleux arrangement divin pour les nécessités de l’homme parle de la sagesse de Dieu aussi bien que de Sa miséricorde et de Son amour. Qui d’autre aurait conçu un plan aussi équitable, par lequel quiconque vient au Père par le Rédempteur, avec une entière consécration de cœur, de volonté, et une pleine intention d’obtenir la vie est acceptable – rien moins que la perfection étant acceptable.

C’est pour cette raison qu’i1 nous est dit que nous sommes considérés comme justifiés – « justifiés par la foi ». Notez maintenant les paroles de l’Apôtre (Rom. 5 : 20), « Là où le péché abondait, la grâce a surabondé ». Il exprime ici un principe général de l’arrangement divin. Ceux qui entendent l’invitation dans ce temps présent, et qui désirent accepter la grâce et l’appel de Dieu, sont mis ainsi sur un plan d’égalité : celui qui a peu de caractère avec beaucoup de faiblesses et d’imperfections, se voit attribuer la grâce et le mérite du Seigneur en proportion ; celui qui, par nature, a plus de caractère et a besoin, par conséquent, de moins de grâce, reçoit également selon ses besoins. Mais on remarquera clairement qu’il n’y a « pas de juste, non, pas un seul » - personne qui puisse s’élever jusqu’au modèle divin. Tous ont besoin d’avoir le mérite du Seigneur imputé en leur faveur, et en conséquence Dieu fait cet arrangement pour tous ceux qui voudraient s’approcher de Lui et revenir en communion avec Lui. Ils ne peuvent avoir ni part ni lot dans l’affaire jusqu’à ce qu’ils aient reconnu leurs propres imperfections et qu’ils aient accepté le mérite de notre Rédempteur, « en qui nous avons la rédemption par son sang » (Eph. 1 : 7).

Tous ceux du peuple du Seigneur – non tous ceux de l’église nominale, non des disciples de nom seulement, mais les vrais disciples mentionnés dans notre texte - marchent non seulement dans le même sentier, mais de la même façon, tous le trouvent étroit et difficile. De même, tous ceux dans ce sentier ont le même esprit, la même mentalité ou disposition - faire la volonté du Père et servir Sa cause. C’est l’Esprit de Christ, et par lui tous les hommes peuvent connaître Ses disciples ; comme Lui, ils seront fidèles aux principes de justice et de vérité. Ils seront disposés à souffrir l’opposition et la persécution pour la cause de la vérité, pour l’amour de la justice, et être ainsi, avec Lui, des porteurs de croix.

L’Apôtre Paul fait ressortir cette pensée lorsque, en écrivant aux Corinthiens au sujet de Tite, il demande, « N’avons-nous pas marché dans le même esprit ? N’avons-nous pas marché sur les mêmes traces ? » (2 Cor. 12 : 18). Assurément, Paul et Tite doivent avoir marché dans le même esprit et dans les mêmes traces s’ils marchaient tous deux dans l’esprit et les traces du Maître – en portant les croix de la vie et en Le suivant. Et ceci, chers frères consacrés, sera vrai de chacun et de nous tous. Bien que nous ayons nos particularités individuelles et nos différences de tempérament, de conditions, d’entourages, d’occasions, etc., on peut remarquer le même esprit et les mêmes traces chez tous ceux qui sont des disciples de l’Agneau. « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ celui-là n’est pas de lui » (Rom. 8 : 9). Si un homme ne marche pas dans les traces de Jésus (1 Pi. 2 : 21), il n’est pas l’un de Ses disciples, dans ce sens spécial indiqué par notre texte, et en conséquence, il ne participerait pas au gouvernement dans le Royaume. Mais souvenons-nous de l’assurance du Seigneur que Sa grâce nous suffit, que Sa force s’accomplit dans notre faiblesse, et que ceci est la victoire qui vainc le monde - à savoir notre foi.