Le prophète Samuel apparaît dans les pages de l'histoire sacrée comme un personnage très noble, très semblable à Moïse à bien des égards. Il avait servi fidèlement le Seigneur et le peuple pendant une longue période, puis, à la demande pressante du peuple et avec l'assentiment de Dieu, il avait oint Saül comme roi. Ce dernier avait été reçu avec une certaine tiédeur, mais la bataille contre les Ammonites et la grande victoire que le Seigneur a accordée à Son peuple à cette occasion ont uni les cœurs à celui qui avait été le conducteur visible de cette victoire, et Samuel a perçu que le moment était venu de couronner publiquement le roi et de lui transférer officiellement l'allégeance en tant que représentant du Seigneur dans les affaires temporelles de la nation. En conséquence, une convocation générale du peuple fut appelée à se réunir à Gilgal, l'un des lieux les plus importants pour les rassemblements publics, l'un des endroits où Samuel avait l'habitude de tenir son tribunal lorsque, en tant que juge suprême, il se rendait à différentes saisons de l'année dans diverses parties du territoire d'Israël pour entendre et trancher les causes et les différends que les anciens des tribus ne pouvaient pas régler de manière satisfaisante.
Une fois le peuple rassemblé, le prophète Samuel commence son discours (v. 1-5) en demandant au peuple de témoigner devant Dieu de la droiture de son caractère dans tous les rapports qu'il a eus avec lui pendant les nombreuses années où il l'a servi, de la justice avec laquelle il a cherché à trancher leurs diverses questions, de l'honnêteté avec laquelle il n'a jamais reçu le moindre présent ni permis que quoi que ce soit vienne entacher son jugement ; il n'avait pas non plus été un oppresseur de son peuple, mais avait toujours recherché son bien. D'une seule voix, le peuple s'accordait à reconnaître l'excellence et la pureté de son administration, hommage merveilleux, presque inconcevable de nos jours, où nous constatons que même les meilleurs et les plus nobles dirigeants sont sûrs d'avoir des ennemis, des dénonciateurs, des médisants, des calomniateurs. Nous ne devons pas supposer que Samuel se contentait de faire l'éloge de sa propre administration, mais nous devons plutôt attribuer à un si noble personnage un objet plus noble. Il voulait faire une impression durable avec ce discours et ce transfert d'autorité au roi Saül ; et, pour rendre ses paroles plus impressionnantes et plus utiles dans l'intérêt de son successeur et dans l'intérêt du peuple du Seigneur, il a fait comprendre à ses auditeurs que toute sa vie avait été une vie de dévotion, et qu'ils devaient bien comprendre que ses paroles maintenant étaient en plein accord avec tout le cours de sa vie antérieure. Ils se rendraient ainsi compte qu'il avait leurs intérêts à cœur, qu'il était parfaitement fidèle au Seigneur, et que son exemple, ainsi que ses conseils, leur seraient bénéfiques. Peut-être, aussi, établirait-il devant le peuple une norme de ce qu'il pourrait attendre et espérer de son nouveau roi, et devant le roi une norme de l'idéal selon lequel il devrait organiser son règne.
Il rappella ensuite la fidélité de Dieu à leur égard au cours des siècles passés, depuis qu'Il les avait adoptés comme Son peuple, qu'Il avait fait alliance avec eux par Moïse et qu'Il était devenu leur Roi céleste. Il raconta au peuple les nombreuses délivrances que le Seigneur avait opérées pour eux par l'intermédiaire de divers agents qu'Il avait suscités. Il ne voulait pas qu'ils considèrent la récente victoire sur les Ammonites comme étant la seule ; mais il désirait qu'ils la reconnaissent, comme toutes les victoires précédentes, comme venant du Seigneur, quelle que soit la main par laquelle elles ont été accomplies. Il voulait qu'ils discernent qu'ils avaient fait preuve d'une grande ingratitude en oubliant que le Seigneur avait été leur Roi pendant tout ce temps, et en préférant un roi terrestre au gouvernement qu'Il avait établi. Néanmoins, maintenant que Dieu avait accédé à leur demande et leur avait donné un roi terrestre, ils ne devaient pas manquer de reconnaître qu'il n'était que le représentant de leur vrai Roi, le céleste. Sinon, leur condition serait déplorable à tous points de vue. Ils avaient le roi de leur choix et Dieu l'avait établi sur eux : qu'il en soit ainsi, et à partir de cette nouvelle perspective, ils devraient s'efforcer de tirer le meilleur parti de leur condition ; et pour ce faire, ils devraient prêter une attention particulière aux commandements du Seigneur.
L'obéissance au Seigneur apporterait des bénédictions au peuple et à son roi, tandis que la désobéissance et la rébellion, ou toute forme d'irrévérence à l'égard du Seigneur et de Ses commandements, leur attirerait les foudres et les préjudices divins. Non pas que le Seigneur rendrait par vengeance le mal pour le mal, mais la main du Seigneur serait contre eux dans le même sens que le courant de la rivière est contre les personnes qui tentent d'aller à son encontre. La justice divine a son cours régulier. Elle est irrépressible ; elle s'oppose à tout ce qui s'oppose à elle, et favorise tout ce qui va dans le sens de son harmonie. Nous pouvons reconnaître quelque chose de ce principe dans diverses lois de la nature ; comme, par exemple, la gravitation. Reconnaissons également que les principes du gouvernement divin fonctionnent d'une manière très similaire. Comme le feu brûle le mal ou le bien lorsqu'ils entrent en contact avec lui, et comme la loi de la gravitation opère à l'égard de tous ceux, bons ou mauvais, qui se trouvent dans la ligne de son influence, ainsi les principes de la justice divine opèrent de façon quasi automatique.
L'exactitude de la déclaration qui précède peut être mise en doute par certains, qui diront que dans la majorité des cas, la justice ne semble pas opérer ; que ceux qui tentent Dieu sont élevés, et que ceux qui pratiquent la méchanceté et la tromperie prospèrent souvent. Nous répondons que, pour comprendre notre position, il faut se rappeler que le gouvernement de Dieu n'a jamais été établi dans le monde, sauf sur la seule nation d'Israël ; et, par conséquent, ce n'est que dans cette seule nation que nous devons nous attendre à trouver les lois de la rétribution opérant automatiquement. L'Éternel a dit d'Israël : « De toutes les familles de la terre, je vous ai connus [reconnus], vous seuls » (Amos 3 : 2). De nouveau, l'Apôtre demande : « Quel est donc l’avantage du Juif ? » et, répondant, il déclare : « Grand de toute manière, et d’abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés ». Dieu S'est engagé envers Israël à ce que, s'il obéissait à Ses lois et gardait Ses statuts en tant que peuple, il serait béni en proportion de sa fidélité et de son obéissance ; et que, s'ils manquaient à l'obéissance, ils seraient punis en conséquence ; qu'il permettrait qu'il leur arrive divers châtiments - maladies, etc. - comme résultats naturels des violations des principes de Son gouvernement. Mais un tel arrangement n'a été conclu avec aucune autre nation à aucun moment de l'histoire du monde. Avec l'Israël spirituel, les bénédictions et les châtiments de Dieu sont spirituels et ne s'étendent pas aux affaires temporelles. En proportion de leur fidélité, ils deviennent spirituellement forts et beaux ; et en proportion de leur infidélité, ils deviennent spirituellement faibles, reçoivent des châtiments et perdent la faveur divine. Il n'est pas vrai pour l'Israélite spirituel, comme pour l'Israélite naturel, qu'en obéissant au Seigneur, il serait béni dans toutes ses entreprises temporelles. Au contraire, le Seigneur déclare et encourage expressément l'Israélite spirituel :
« Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus, seront persécutés [dans cette vie] » ; « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait » ; « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous » ; « Vous êtes bienheureux quand on dira toute espèce de mal contre vous, à cause de moi : réjouissez-vous et tressaillez de joie, car votre récompense est grande dans les cieux » - dans les choses spirituelles et non dans les choses temporelles - 2 Tim. 3 : 12 ; 1 Jean 3 : 13 ; Jean 15 : 18 ; Matth. 5 : 11,12.
Lorsque le Royaume millénaire sera établi, et, en harmonie avec la requête de la prière de notre Seigneur, le Royaume de Dieu viendra, et Sa volonté sera faite sur la terre comme au ciel - alors les lois de la justice fonctionneront de nouveau de manière automatique, et « chaque transgression recevra sa juste rétribution », et chaque effort approprié apportera sa part de bénédiction et son effet édifiant - la restitution. Les règles divines qui opéraient à l'égard de l'Israël charnel au temps de Samuel diffèrent de celles qui s'appliqueront au monde entier dans l'Âge Millénaire, en ce sens que ce dernier aura un plus grand prophète que Moïse, un plus grand prêtre qu'Aaron, un plus grand roi que Saül. L'Oint du Seigneur réunira toutes les grâces, tous les pouvoirs et toutes les qualités représentés dans ces types, mais à une échelle parfaite et avec le soutien de la sagesse, de la justice, de l'amour et de la puissance divines. Il mettra fin à toute insubordination et établira de façon permanente la droiture sur une base appropriée dans le monde entier, en détruisant finalement tous ceux qui ne se conformeront pas à ses principes.
Samuel accomplit un miracle devant le peuple - en provoquant une pluie d'orage au milieu de la récolte. En Palestine, il y a des pluies précoces et des pluies tardives. Les pluies de printemps se terminent généralement en avril, et les pluies d'automne commencent en octobre ou novembre. Un auteur sur le sujet dit : « En saison ordinaire, depuis la fin des averses du printemps jusqu'à leur début en octobre ou novembre, il ne pleut jamais, et le ciel est généralement serein ». La moisson des blés que le prophète leur indiquait comme devant avoir lieu, devait être le premier juin, et, par conséquent, rien ne pouvait être plus éloigné de l'attente du peuple qu'une pluie d'orage à cette époque. Le fait qu'elle se produise à l'annonce du prophète devait rappeler au peuple combien ses affaires et ses intérêts étaient entièrement entre les mains de la puissance divine. Ils devaient comprendre que la récente victoire ne leur était pas due si l'Éternel n'avait pas été heureux de les favoriser et de leur accorder la victoire ; et qu'il suffisait de faire tomber des averses défavorables sur leur récolte pour que tout le fruit de leurs efforts pendant de nombreux mois soit rapidement gâché, et qu'ils soient réduits à la famine, et qu'ainsi ils soient subjugués plus complètement que par toute invasion étrangère. Le prophète attire leur attention sur la méchanceté de leur conduite en rejetant Dieu comme leur Roi, et sur cette puissance de Dieu, qui pourrait facilement être exercée s'Il voulait les rétribuer selon leur comportement à Son égard.
Le peuple avait compris. Ils discernèrent que s'il pleuvait quelques jours, ils perdraient tout ; ils reconnurent qu'ils étaient entièrement entre les mains de Dieu, et supplièrent Samuel de prier pour eux, confessant non seulement les torts qu'ils avaient commis en cherchant un roi, mais aussi leurs péchés : « Nous avons ajouté ce mal à nos péchés ».
En tant que porte-parole du Seigneur, le prophète a rassuré le peuple qu'il n'avait pas à craindre que Dieu Se venge sur lui, malgré sa mauvaise conduite. Au contraire, ils devraient plus que jamais se tourner vers le Seigneur de tout leur cœur, et laisser leur erreur, ainsi que les épreuves et les difficultés qui en résulteraient, être une bénédiction pour eux en rapprochant de plus en plus leur cœur du Seigneur, leur vrai Roi, qui n'a jamais cherché que leur plus grand bien-être. Il devrait en être de même pour nous. Le juste tombe sept fois et se relève - Prov. 24 : 16. Si, à un moment donné, nous nous apercevons que nous nous sommes engagés dans une mauvaise voie et que la chose est irréparable, nous pouvons nous attendre à en être désappointés, comme le Seigneur l'a prédit ; mais Il peut permettre qu'une bénédiction en découle pour nous, dans le sens de contrition sincère et d'humilité envers Dieu, de plus grand zèle, de vigilance plus attentive et de fidélité plus ardente pour l'avenir. C'est ainsi que même quelques-unes des lourdes fautes de la vie peuvent devenir des marches par lesquelles nous accédons aux plans les plus élevés de la grâce et de la Vérité (Manne du 22 juillet).
Le sentiment du verset 22 est très beau, et, sans doute, il était très encourageant pour les Israélites en les assurant de l'amour et de la faveur continus de Dieu à leur égard, parce qu'Il les avait adoptés comme Son peuple. Si nous appliquons ce verset à l'Israël spirituel, nous pouvons aussi en tirer un grand réconfort. Si c'était une faveur pour l'Israël naturel d'être adopté comme le peuple particulier du Seigneur, comme la maison des serviteurs, combien plus grande est la bénédiction de l'Israël spirituel, adopté par le Seigneur comme la maison des fils sous le Fils principal, Jésus ; « et nous sommes sa maison, si du moins nous retenons ferme jusqu'au bout la confiance et la gloire de l'espérance ! » (Héb. 3 : 6). Il est bon que le peuple du Seigneur soit appelé à craindre, à révérer le Seigneur ; mais si les Écritures étaient entièrement composées de commandements et de réprimandes, le peuple du Seigneur serait certainement découragé depuis longtemps. Au contraire, avec les réprimandes et les corrections, le Seigneur nous donne des témoignages très précieux sur Son amour et Sa miséricorde, Sa bonté et Sa longanimité, pour nous encourager. Tous les membres du corps du Christ qui travaillent contre le cours de ce monde, contre l'opinion publique, contre les faiblesses de leur propre chair et contre le grand adversaire Satan, ont besoin d'un encouragement spirituel, de l'assurance que le Seigneur est pour eux. L'Apôtre le souligne en disant : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » - que vaudra toute l'opposition contre nous si Dieu est de notre côté ? Il nous encourage à nouveau par des paroles précieuses, nous rappelant l'immuabilité de Dieu et le fait qu'Il a déjà fait de grandes choses pour nous et qu'Il se prépare à en faire de plus grandes encore. Si, alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour les impies, à plus forte raison Sa faveur sera-t-elle pour nous maintenant que nous avons été adoptés dans Sa famille et que nous cherchons à marcher dans Ses voies en tant que membres du corps du Christ.
La grandeur du caractère du Prophète brille à nouveau au vingt-troisième verset : il semble n'avoir aucune des animosités mesquines que certains esprits plus petits pourraient avoir dans les circonstances, et il était patriote jusqu'au fond du cœur, ainsi que représentant et ambassadeur fidèle du Seigneur et médiateur de Son peuple. Il dit à peu près ceci : « Rien de ce que vous avez fait à mon égard - me rejeter en choisissant le roi Saül - n'entravera de quelque manière ou degré que ce soit mon amour pour vous et mes prières en votre faveur. Dieu m'en préserve ! Je considérerais cela comme un péché contre le Seigneur qui m'a placé comme un genre de représentant de Lui auprès de vous, et de vous auprès de Lui ; et je manquerais certainement à mon devoir et à mon privilège si je négligeais cet important office de médiateur. Vous pouvez compter sur le fait que non seulement je m'abstiendrai de plaider contre vous auprès du Seigneur, mais que je le supplierai en votre faveur ».
La noblesse du parcours de Samuel pourrait bien être imitée par le peuple du Seigneur dans diverses circonstances de la vie. Lorsque ceux qui nous sont proches et chers faiblissent dans leur amour et leur dévouement, ils ont d'autant plus besoin de notre sympathie et de nos prières ; et, comme notre cher Maître nous l'a montré, même nos ennemis doivent faire l'objet de nos prières et de nos bons souhaits - que le Seigneur leur accorde, dans Sa providence, une telle ouverture de compréhension, des expériences qui, dans la sagesse divine, seraient pour leur plus grand bien-être, afin de les mettre en pleine harmonie avec Lui-même, et donc de les remettre en harmonie avec nous et avec tous ceux qui sont en harmonie avec Lui. Le prophète souligna que, bien qu'il cessât d'être leur juge et leur chef, il ne cesserait pas d'être leur instructeur dans la bonne et juste voie, tant que les providences du Seigneur lui permettraient de les servir, et tant qu'ils accepteraient son aide.
Cependant, en revenant au point principal de ses instructions, il souligna que la révérence envers le Seigneur, en Le servant dans la vérité de tout leur cœur, était non seulement une ligne de conduite appropriée, mais une ligne de conduite qui leur apporterait la bénédiction du Seigneur. Et pour aider notre zèle défaillant, nous devrions nous rappeler continuellement les grandes bénédictions du Seigneur à notre égard. Au fur et à mesure que nous apprenons à apprécier la bonté du Seigneur, si nous sommes bien disposés, les influences seront de nous renforcer et de nous rendre de plus en plus fidèles à Lui. Ne pas rechercher de tout notre cœur le service du Seigneur après être devenu Son peuple et être entré dans une relation d'alliance avec Lui, en recevant Ses faveurs et Ses bénédictions dans cette vie, et aussi, par la promesse, dans la vie à venir, signifierait une mauvaise attitude qui, si l'on persévère, entraînera sûrement la destruction. La fidélité à Dieu doit être la clé de voûte de tous nos désirs. « Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur soient agréables devant toi, ô Éternel, mon rocher et mon rédempteur » - Ps. 19 : 14.