- 2 TIM. 3 : 14 – 4 : 8 -
Quelques mois après la libération de Paul, un effroyable incendie fit rage dans la ville de Rome et dévasta une grande partie de la ville pendant les six jours qu'il dura. L'empereur Néron « profita de ce spectacle épouvantable depuis une tourelle de son palais, chantant et dansant le mime de ‘l'incendie de Troie’ pendant que progressait la catastrophe nationale ». Le bruit courut que Néron avait lui-même provoqué l'incendie et que, pour éviter tout soupçon, il l'avait fait imputer à d'innocents Chrétiens, dont le nombre était, semble-t-il, considérable à cette époque. Les Chrétiens, étant impopulaires auprès de leurs concitoyens païens et Juifs, furent désignés comme boucs émissaires, et ils souffrirent terriblement. Un compte-rendu très détaillé rapporte : « Des multitudes de tous les âges, de tous les sexes, furent arrêtées. On les tuait par l'épée, on les exposait dans des amphithéâtres, on les recouvrait de peaux de bêtes sauvages pour les faire déchiqueter par les chiens, on les enveloppait dans des feuilles de poix, on les attachait à des pieux et on y mettait le feu. Néron se promenait parmi le peuple dans son char, éclairé par les flammes de ces horribles torches humaines ».
Les fidèles du Seigneur d'aujourd'hui devraient être prêts à souffrir de la même manière pour la Vérité, qu'ils soient appelés à le faire ou non. Il semble improbable que quelque chose d'aussi terrible se produise à notre époque éclairée ; et pourtant, nous avons diverses raisons scripturales de nous attendre à ce que, d'ici dix ans, tous ceux qui défendent fidèlement et hardiment la vérité souffriront dans une mesure considérable - certains d'entre eux probablement jusqu'à la mort. Quelle accusation pourrait-on porter contre eux ? Nous répondons : la même accusation que celle qui pouvait être portée contre leurs frères du temps de Paul : ils sont impopulaires ; le monde les déteste ; leur fidélité à la vérité et aux principes les empêchera d'être beaucoup appréciés parmi les hommes, et fera probablement d'eux le bouc émissaire des malfaiteurs.
C'est environ deux ans après cet incendie et cette persécution que l'Apôtre a été arrêté, emprisonné et, très peu de temps après, décapité ; et c'est pendant qu'il attendait dans la prison qu'il a écrit sa deuxième épître à Timothée, qui était, apparemment, à ce moment-là, avec l'Église à Éphèse - où la tradition dit qu'il est resté jusqu'à son propre martyre, qui s'est probablement produit environ trente ans plus tard, en l'an 96 après J.-C. Notre leçon est basée sur des extraits de cette lettre à Timothée ; elle l'exhorte avec Marc à lui rendre visite à Rome, mais il a été décapité avant qu'ils n'y arrivent. La grandeur des sentiments exprimés, la confiance et l'espoir, ne peuvent être appréciés que si l'on se souvient des circonstances qui pesaient sur l'Apôtre au moment où ils ont été écrits. Se rendant compte qu'il était arrivé au bout de sa propre course, il cherchait à transmettre à Timothée le plus possible de son esprit et de son zèle, afin qu'il soit le plus fidèle et le plus efficace des serviteurs de Dieu. L'exhortation s'applique tout particulièrement à tous ceux qui cherchent, de quelque manière que ce soit, à exercer un ministère auprès d'autrui - et cela inclut réellement tout le peuple du Seigneur, dont chacun devrait être une épître vivante montrant et transmettant le message du Seigneur en tant qu'ambassadeur. Appliquons chacun à lui-même les paroles de cette leçon.
Timothée est tout d'abord rappelé combien ses privilèges étaient grands, qu'il était de bonne naissance et qu'il avait reçu une instruction religieuse dès son enfance. Il est aussi rappelé, avec beaucoup de modestie, qu'il avait reçu sa compréhension des Écritures par l'Apôtre, et qu'il avait été convaincu que ces instructions étaient de Dieu, que l'Apôtre parlait comme un oracle de Dieu : « Celui qui nous écoute, écoute Dieu ». L'Apôtre désigne la Parole de Dieu comme une grande lumière, ou lampe, capable de rendre sage pour le salut. Il devait se référer principalement à l'Ancien Testament, puisque le Nouveau Testament n'était pas encore rédigé ; mais personne ne doutera que si l'Ancien Testament est précieux pour l'instruction du peuple du Seigneur, le Nouveau Testament l'est encore plus comme clé et éclaircissement. Les paroles de l'Apôtre donnent à penser que ces instructions Divines ont pour but de rendre le peuple du Seigneur sage pour le salut - de lui montrer comment il peut plaire à Dieu et Lui être agréable selon les termes de son alliance. Cependant, l'Apôtre met bien en garde en indiquant qu'une telle sagesse ne peut conduire au salut que par la foi qui est dans le Christ Jésus. Le Christ Jésus doit être reconnu comme le Prophète, le Sacrificateur et le Roi antitypes, et Il doit être vénéré et obéi comme tel dans la mesure de nos capacités, sinon il ne peut y avoir de salut. Notre évangile n'est pas un simple évangile des œuvres, mais un évangile de la foi, qui reconnaît que nous sommes incapables d'accomplir les œuvres que nous reconnaissons comme parfaites, mais qu'il faut que le mérite de notre Rédempteur nous soit imputé.
Nous vivons à une époque où la Bible est plus que jamais entre les mains du peuple, mais où son inspiration est davantage mise en doute qu'elle ne l'a été depuis des siècles. À une époque encore récente, les adversaires de la Bible, Paine, Voltaire, Ingersoll, etc. étaient traités d'infidèles ; mais aujourd'hui, ses adversaires et ses accusateurs se trouvent en majorité dans les chaires de la chrétienté et dans les chaires de professeurs de presque tous ses collèges et séminaires. Cette conception récente considère que la Bible est digne de respect en raison de son âge, mais pas en tant que révélation de Dieu ; elle place la Bible à côté de Shakespeare, et établit des comparaisons en faveur de ce dernier ; elle tente de remettre en question non seulement l'inspiration du livre, mais même sa fiabilité historique. Cette attaque est si virulente que la foi de toute la chrétienté est ébranlée dans ses fondements, et nous nous attendons à ce que, d'ici dix ans, il y ait un clivage net entre ceux qui acceptent la Parole de Dieu et ceux qui la rejettent, et que parmi ceux qui professent le nom de chrétien, les incroyants soient cent fois plus nombreux que les croyants. Cela fera partie du grand effondrement prédit pour ce jour : « Que celui qui croit être debout prenne garde de ne pas tomber ».
Les meilleures preuves de l'inspiration des Écritures se trouvent à l'intérieur, dans le Plan Divin des Âges que les Écritures exposent avec une si grande harmonie. Le problème avec la Haute-Critique est qu'elle ne voit pas cette preuve interne, mais qu'elle a, au contraire, accepté les théories incongrues et déraisonnables des âges sombres qui déforment les véritables enseignements de la Bible, et cette Haute-Critique présente maintenant le livre (qu'elle croit plein d'incohérences) de l'extérieur - en essayant de prouver qu'il n'a pas été écrit par les personnes dont les noms sont attachés à ses différentes parties. Pour ceux qui voient le plan divin que le livre contient, ces arguments de la Haute-Critique concernant la paternité des parties sont de peu de poids ; car il nous importe peu de savoir qui a écrit les livres, du moment que nous voyons qu'ils contiennent les éléments d'un plan divin si prodigieusement grand que nous sommes sûrs qu'aucun esprit humain ne l'a conçu ou n'aurait pu le dessiner.
Le fait que l'Apôtre croyait fermement à l'inspiration des Écritures est attesté par sa déclaration, que l'on trouve dans cette leçon, selon laquelle « toute Écriture sainte est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli, bien préparé à toute bonne œuvre » (Manne du 21 mai).
En harmonie avec ce témoignage de Paul sur les écrits inspirés, nous avons les paroles de l'Apôtre Pierre qui nous assure que les saints hommes d'autrefois parlaient étant poussés par le Saint-Esprit (2 Pi. 1 : 21). Il semble difficile pour certains de comprendre comment cette inspiration est possible, tout en maintenant l'individualité de l'écrivain. La question, cependant, devient très claire et très simple lorsque nous considérons que Dieu a pu inspirer les sentiments et laisser une grande partie de l'habillage de ces sentiments au jugement, au goût et au style du prophète, en rectifiant seulement là où cela était nécessaire pour empêcher toute fausse déclaration qui pourrait s'avérer préjudiciable, et pour assurer une présentation parfaitement correcte d'un élément nécessaire. Nous renvoyons le lecteur au volume I des ETUDES DANS LES ECRITURES, en particulier au chapitre 3, « La Bible, révélation divine vue à la lumière de la raison ».
Combien sont vraies les paroles de l'Apôtre selon lesquelles les enseignements de ce livre merveilleux sont profitables ! Quel autre livre ne nous a jamais inspiré autant d'espoirs et de joies éternelles, et de vie nouvelle pour y parvenir ? Quel autre livre ne s’est jamais révélé utile à un si grand nombre pour la réprobation, la correction, l'instruction dans la justice ? Aucun. La valeur de tous les autres livres est proportionnelle à leur fidélité aux enseignements de ce Livre des livres. Ce qui est vrai des instructeurs l'est aussi des livres écrits par les instructeurs : « S'ils ne parlent pas selon cette parole, il n'y a pas d’aurore pour lui » (Es. 8 : 20).
Non seulement aucun homme de Dieu ne peut être « accompli et parfaitement préparé pour toute bonne œuvre » sans l'aide de la Bible, mais il est admis, même par les hommes du monde, que l'éducation d'un homme n'est pas complète sans une connaissance substantielle de ce merveilleux Livre. Le peuple du Seigneur, qui grandit en grâce et en connaissance, devient chaque jour plus convaincu de son besoin des instructions qui découlent de ce Livre, quelles que soient les langues d'argent et les mains secourables des écrits explicatifs dont on peut obtenir l'interprétation.
Après avoir ainsi exposé les fondements de la foi de Timothée, et l'avoir exhorté à demeurer ou à persévérer dans les choses qu'il avait apprises, l'Apôtre passe à sa dernière recommandation. Il expose la question sous une forme très solennelle, selon le grec : « Je t'en adjure [je t'exhorte donc très solennellement] devant Dieu et le Seigneur Jésus-Christ, qui jugera les vivants et les morts, par son apparition et par son règne ». Nous pouvons considérer ces paroles pressantes de l'Apôtre comme applicables à nous-mêmes. Nous aussi, nous nous tenons devant Dieu ; nous aussi, nous avons confiance en Sa grâce pour la vie éternelle ; nous aussi, nous sommes adoptés dans Sa famille et, en tant que fils, nous espérons vivre les expériences qui nous permettront et nous prépareront aux choses glorieuses que le Père a promises à ceux qui L'aiment. Nous avons aussi un profond respect pour le Seigneur Jésus, Son apparition et Son Royaume, et nous espérons avoir part avec Lui à ces gloires futures et à ces grandes opportunités. Nous nous rappelons aussi que ce Royaume doit juger le monde et les anges déchus - ces derniers, les vivants, ceux qui ne sont jamais passés dans la mort, mais qui sont retenus par les chaînes des ténèbres jusqu'au jugement du grand jour ; les premiers, la race humaine à laquelle nous appartenons par nature, enfants de la colère comme les autres, tous morts, condamnés à mort. En espérant avoir part à tous ces glorieux privilèges, comment devons-nous être ? Écoutons encore l'exhortation :
« Prêchez la Parole ! ». Tout le peuple du Seigneur est un enseignant ; comme il est écrit : « L'esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer de bonnes nouvelles », etc. Cette onction de l'esprit qui est venue sur notre Seigneur, la Tête de l'Église, descend et couvre chaque membre du corps, oignant chacun de la même manière pour prêcher la bonne nouvelle, la Parole de la grâce, de la miséricorde et de la paix de Dieu par Jésus - à tous ceux qui ont une oreille pour entendre. La lavandière chrétienne doit prêcher ce message ; de même que l'homme d'affaires chrétien et l'ouvrier et la femme au foyer, chacun selon ses possibilités - et il y a sûrement des possibilités pour tous. Tous devraient être capables de faire connaître les louanges de celui qui nous a appelés « des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pi. 2 : 9) ; ils devraient être des épîtres vivantes connues et lues de tous les hommes. Nous devons considérer la prédication de la Parole comme l'affaire principale de la vie, et le fait de gagner notre vie et de nous maintenir dans le confort comme secondaire et accessoire à l'unique vocation à laquelle nous sommes appelés par le Seigneur. Celui qui veut retenir la parole de la vérité doit certainement le faire pour une raison, et cette raison ne peut être bonne. S'il a reçu la vérité dans l'amour de celle-ci, il aimera la dire ; et toute retenue indiquera, par conséquent, soit qu'il est soumis à la crainte de l'homme, soit qu'il a honte du Seigneur et de Sa Parole ; et le Maître a déclaré que de telles personnes ne sont pas aptes au Royaume - pas aptes à faire partie de la classe de l'Épouse, quoi qu'elles puissent être aptes à faire par ailleurs - Luc 9 : 62.
« Insiste en temps et hors de temps ». Cela ne peut pas vouloir dire que nous devons violer les lois de la raison et de la bienséance en appelant par force l'attention des autres sur la bonne nouvelle, à des moments peu convenables et inopportuns. Cela veut dire que nous devons tellement aimer la Vérité et avoir un si ardent désir de la servir, que nous accepterons joyeusement l'occasion de le faire, sans aucun égard aux inconvénients qui pourraient en résulter pour nous-mêmes. C'est la principale occupation de notre vie, à laquelle la vie elle-même est subordonnée et, par conséquent, aucune occasion de servir ne doit être mise de côté (Manne du 28 août).
« Convaincs, reprends, exhorte, avec toute longanimité et la doctrine ». Cette partie de l'exhortation ne s'applique pas de la même manière à tous ; trop de gens se sentent tout à fait autorisés à réprimander et à blâmer. Sans doute, beaucoup ont besoin de réprimandes et beaucoup ont besoin de blâmes, mais combien peu sont capables de les administrer avec profit et non avec préjudice ! L'Apôtre a adressé ces paroles à Timothée dans un contexte particulier, en tant qu'ancien expérimenté de l'Église du Christ et, dans une certaine mesure, en tant que surveillant parmi les anciens. Ce serait une grande erreur d'appliquer ces paroles en général, et pour chacun du peuple du Seigneur de considérer à quel degré il peut administrer des réprimandes et des blâmes à ses frères. La bienveillance devrait plutôt être si grande que les réprimandes et les blâmes seraient évités, sauf si le devoir, en raison de la responsabilité dans l'Église de Dieu, l'exigeait. Même un ancien et un surveillant aussi expérimenté que Timothée devrait veiller à ce que ses reproches, ses réprimandes et ses exhortations soient faits avec toute la longanimité possible, avec patience, douceur et retenue, et avec doctrine (2 Tim. 4 : 2), en montrant clairement où les principes de la justice ont été violés et en indiquant clairement la Parole du Seigneur à ce sujet. Ce devoir incombe encore à ceux qui occupent dans l'Église les postes importants auxquels ils ont été appelés par la providence du Seigneur ; et dans la mesure où ils sont remplis de l'esprit d'amour, de douceur, de patience et de longanimité du Seigneur, ils s'efforceront d'accomplir cette tâche délicate et désagréable de la réprobation et du blâme, lorsque cela est nécessaire, dans le langage le plus modeste et dans les conditions les plus favorables.
Sans savoir combien de temps s'écoulerait entre son jour et la moisson, la fin de l'âge, l'Apôtre savait clairement, d'après les Écritures, qu'il y aurait une grande apostasie et que la fin de l'âge serait une période d'épreuve particulière pour le peuple du Seigneur, où l'œuvre de chacun serait mise à l'épreuve ; comme il l'a écrit ailleurs : « Le feu de ce jour-là éprouvera l'œuvre de chacun, quelle qu'elle soit ». Dans les versets 3 et 4 de notre leçon, il décrit les conditions qui prévalent aujourd'hui dans les églises nominales. Le temps est venu où la saine doctrine n'est pas supportée, où les ministres fidèles de la Parole sont considérés comme des citoyens de peu de valeur, et où on recherche des personnes de la Haute-Critique pour toutes les chaires à haut salaire. La version révisée dit : « Ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables ». Comme ceci est proche de la réalité ! Dans presque aucune des chaires de la chrétienté, les vérités de la Parole de Dieu ne sont exposées. La majeure partie de la prédication est composée d'anecdotes ou de descriptions de la science, souvent faussement appelées ainsi, ou d'essais sur la politique, l'élévation sociale, etc. La prédication du Seigneur est démodée parce que le cœur des hommes s'est largement détourné de la Parole de Dieu pour se tourner vers les tromperies du grand Adversaire - mettant les ténèbres à la place de la lumière et déformant la Bible à travers les credo des différentes églises.
Mais quelle doit être l'attitude du vrai soldat de la Croix à un tel moment ? Les ministres fidèles de la vérité, qu'ils enseignent simplement par l'exemple ou le précepte, ou par la page imprimée ou oralement, quelle doit être leur attitude ? Elle est clairement indiquée par l'Apôtre qui dit : « Sois sobre en toutes choses, endure les souffrances [les épreuves], fais l'œuvre d'un évangéliste, accomplis pleinement ton service » - démontre ce que tu as professé et ce que tu sais être la vérité, que tu es un serviteur de Dieu et non d'un homme, que tu es loyal comme ambassadeur du grand Roi en ne délivrant rien d'autre que le message qu'Il envoie.
Pour conclure cet appel solennel à la fidélité à la Parole du Seigneur, l'Apôtre fait allusion à lui-même, au fait qu'il devait cesser le combat, que la fin de sa course était apparemment en vue, que le moment de son départ de la vie était proche. Comme nous pouvons nous réjouir qu'il ait pu et qu'il ait écrit les mots ardents des versets 7 et 8 : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi », etc. En parcourant l'histoire de l'Apôtre, nous nous rallions à son jugement, et nous voyons qu'il ne se vantait pas, mais qu'il était un fidèle disciple sur les traces de Jésus ; qu'il a mené un bon combat pour la justice, pour les bons principes, pour la vérité, pour le Seigneur, contre le péché et l'égoïsme ; qu'en dépit de ses difficultés et de sa dureté, il a poursuivi fidèlement sa course depuis le début, qu'il a gardé la foi jusqu'au bout, au prix de l'abnégation, du sacrifice de soi, des épreuves et des persécutions. Et ici, nous devons nous rappeler que garder la foi n'est pas simplement la conserver en nous, mais c'est dans le sens de la professer fidèlement ; car celui qui n'annonce pas la bonne nouvelle aux autres perdra bientôt la foi lui-même. Pressons le pas vers la même marque pour obtenir le même prix de cohéritage avec le Seigneur ; et si, à la fin de notre vie, nous pouvons dire, comme l'Apôtre, que nous avons bien combattu tout au long du parcours et que nous avons gardé la foi, le Seigneur ne nous dira pas que nous n'avons pas fait autant que l'Apôtre Paul ou que le Seigneur Jésus, mais que, ayant fait ce que nous avons pu, ayant été fidèles dans les quelques choses et les petits talents qui nous ont été confiés, nous entendrons les paroles de bienvenue : « Bien, bon et fidèle serviteur, entre dans les joies de ton Seigneur ».
Ces joies du Seigneur, l'Apôtre les appelle une couronne de justice. Les Apôtres Jacques et Jean parlent de la même couronne et l'appellent la couronne de vie (Jacq. 1 : 12 ; Apoc. 2 : 10), et l'Apôtre Pierre, parlant de la même chose, l'appelle la couronne de gloire. La pensée qui sous-tend chacune de ces expressions est évidemment la même : il s'agit de la coutume, dans les temps anciens, de courir des courses et de donner une couronne au coureur victorieux à la fin du parcours. De même qu'il ne suffisait pas d'entrer dans une course, ou de commencer à courir, mais qu'il fallait courir fidèlement et avec persévérance jusqu'à la fin, ainsi pour cette course que nous courons en tant que disciples de Jésus, il est essentiel non seulement que nous nous consacrions au Seigneur, mais que nous persévérions jusqu'à la fin, et notre récompense sera la couronne de vie, en ce sens que nous obtiendrons la vie sur le plan le plus élevé, la vie inhérente, l'immortalité. Ce sera une couronne de justice en ce sens que seuls ceux qui sont approuvés par Dieu comme justes seront ainsi récompensés et glorifiés ; notre espoir est donc que nous soyons acceptés dans le Bien-aimé, que la justice du Seigneur s'accomplisse en nous qui marchons non selon la chair mais selon l'esprit, et que les récompenses que Dieu a promises à ceux qui L'aiment et Le servent nous soient accordées. La couronne de gloire est un autre nom pour la même grande récompense - la gloire du Royaume, la gloire de l'immortalité, la gloire de la faveur du Père, la gloire d'être cohéritiers du Christ dans Son Royaume.
L'Apôtre déclare que sa couronne est déposée pour lui ; il ne prétendait pas la posséder à ce moment-là, sinon par la foi, et il ne l'avait jamais vue que par l'œil de la foi. Ce dépôt de couronnes est une figure expressive. La pensée scripturale semble être que lorsque les croyants justifiés font une pleine consécration au Seigneur et sont acceptés comme membres du corps de Christ, leurs noms sont écrits dans le livre de vie de l'Agneau, et des couronnes leur sont réservées. S'ils sont fidèles, leurs noms ne seront jamais effacés et leurs couronnes ne seront jamais données à d'autres, mais s'ils sont infidèles, d'autres pourront prendre leur place dans le livre d'honneur et accéder à leur héritage, à la couronne, à leur part du Royaume – Apoc. 3 : 11.
C'est le Seigneur, le juste Juge, qui tranchera la question de l'indignité pour les couronnes. Les paroles de l'Apôtre, ailleurs dans cette lettre, semblent indiquer que certains de ceux qui avaient confiance en lui avaient perdu cette confiance et, dans le feu de l'épreuve, l'avaient abandonné. « Dans ma première défense, personne ne m'a assisté, n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné : que cela ne leur soit pas imputé » (2 Tim. 4 : 16). Il laisse entendre ici qu'il ne peut même pas accepter le jugement des frères concernant sa fidélité, mais qu'il a fait appel de son cas, dans le sens le plus complet du terme, au grand Seigneur et Juge qui déterminera finalement ces questions pour lui et pour tous. Il est un Juge juste et, par conséquent, il ne condamnera pas ceux qui cherchent, au mieux de leurs capacités, à Le servir et à Le louer. Il les approuvera, mais comme il s'agit d'un Juge juste, nul ne peut s'aventurer à espérer qu'il approuvera ce qui est mauvais, injuste, infidèle ; ainsi, si nos cœurs ne nous condamnent pas, nous pouvons avoir la paix avec Dieu.
[PIERRE ET PAUL - « La bibliothèque du Vatican à Rome conserve une médaille en bronze avec les têtes de Pierre et de Paul, qui a été trouvée au cimetière de Domitilia, un membre de la famille Flavienne, et si elle est authentique, elle constitue sans aucun doute le plus ancien portrait connu des deux grands Apôtres. La médaille est datée de la fin du premier siècle ou du début du deuxième, et à cette époque primitive, les traits des deux Apôtres ont dû être fidèlement préservés. Les deux têtes sont pleines de caractère, et celle de Paul en particulier se distingue par sa solennité et sa dignité, et le front pensif et ridé indique la haute intelligence qui caractérisait si remarquablement l'homme ».]
L'Apôtre n'attendait pas sa couronne de justice, de vie, de gloire, au moment de la mort ; mais il indiquait à Timothée qu'il attendait la Seconde Venue du Christ, et la distribution générale des récompenses, comme le Seigneur l'a promis, « en ce jour-là ». Nous nous réjouissons de croire que nous vivons « en ce jour », et que, par conséquent, l'Apôtre n'attend plus, mais qu'il a reçu sa couronne pendant ce temps de moisson, et nous espérons que ceux qui vivent maintenant et qui restent n'auront pas besoin d'attendre, mais que, lorsque l'heure de la mort viendra pour eux, ils n'auront pas besoin de dormir pour attendre un temps futur, mais que le changement de mort signifiera l'entrée immédiate dans les conditions glorieuses dont parle l'Apôtre.
L'Apôtre fait remarquer que, bien qu'il ait occupé, avec les autres Apôtres, une position élevée dans l'Église du Christ, cela ne signifie pas que seuls le Seigneur et les Apôtres devaient être couronnés en vainqueurs ; au contraire, il inclut tous les fidèles de cet Âge de l'Évangile, en disant que la couronne de justice n'est pas pour lui seul, mais « pour tous ceux qui aiment son apparition ». Ah ! l'amour de Son apparition est vraiment une épreuve cruciale, qu'elle soit appliquée maintenant ou au temps de l'Apôtre ! L'Apôtre lui-même n'aurait pas pu attendre avec joie le jour de la révélation du Christ dans la puissance et la gloire du Royaume, s'il n'avait pas senti qu'il avait combattu un bon combat et gardé la foi avec courage ; et il doit en être de même pour tous ceux qui ont porté le nom du Christ et se sont mis à courir dans cette course de l'Évangile pour le prix céleste. S'ils sont surchargés des soucis de cette vie et de la tromperie des richesses, dans quelque sens que ce soit, ils éloigneront d'eux la pensée de la présence du Seigneur et de Son Royaume ; ils ne la rechercheront pas et ne la désireront pas ; ils ne l'aimeront pas. Ceux qui aiment l'apparition du Seigneur doivent nécessairement aimer le Seigneur Lui-même, et cela signifie que l'amour du Christ les poussera à s'efforcer de Le servir et de servir ceux qui Lui appartiennent. Jean Calvin remarque : « Paul exclut du nombre des fidèles ceux pour qui la venue du Christ est une source de crainte ».