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« LA VOIE DE DIEU EST MYSTÉRIEUSE » - ACTES 27 : 33-44.
« Alors ils crièrent à l'Éternel dans leur détresse, et il les délivra de leurs angoisses » - Psaumes 107 : 6.

Peu de temps après le discours de Paul devant Festus et Agrippa, l'occasion se présenta de l'envoyer comme prisonnier à Rome, conformément à son propre appel. Il ne fut pas envoyé seul, mais en compagnie d'autres prisonniers et sous bonne garde. Le voyage de Césarée à Rome se faisait par voie d'eau sur des navires marchands, probablement à l'automne, lorsque les tempêtes sur la Méditerranée sont souvent très violentes et durent parfois plusieurs jours, comme dans le cas mentionné dans cette leçon. La tempête dura quatorze jours et fut de toute évidence exceptionnellement violente. La saison dangereuse pour la navigation est considérée comme allant du 14 septembre au 14 novembre, date à laquelle toute navigation en haute mer est suspendue pour l'hiver. On présume que cette tempête est survenue autour du 25 septembre.

Sans doute, si nous pouvions regarder les choses du point de vue de Dieu, comme nous pourrons le faire plus tard, nous verrions plus de raisons que nous n'en voyons aujourd'hui de discerner pourquoi le voyage de l'Apôtre à Rome a été accompagné d'expériences aussi éprouvantes, mentalement et physiquement, que le naufrage, l'hivernage sur l'île de Malte, etc. Il est possible que la foi de l'Apôtre ait été mise à l'épreuve, qu'elle ait été enracinée et fondée par ces expériences. Le Seigneur lui avait clairement fait savoir dans une vision qu'il devait se rendre à Rome comme Son ambassadeur. Il était maintenant en route, et à plusieurs reprises les choses semblaient menaçantes ; il semblait qu'il ne verrait jamais la capitale du monde ; qu'il n'aurait jamais le privilège de présenter la vérité aux frères qui y habitaient, auxquels il avait déjà envoyé l'épître aux Romains ; qu'il n'aurait jamais l'occasion de travailler au milieu d'eux, comme il l'avait espéré et promis.

Lorsqu'il se trouvait dans le port de Crète, une délibération eut lieu sur l'opportunité d'y passer l'hiver ou de continuer, et l'Apôtre déclara qu'il n'était pas prudent de continuer. Il se peut que ce fut le résultat d'une inspiration, mais il est tout à fait possible que ce fut simplement le résultat de son propre jugement sur le temps, etc. Il avait déjà une grande expérience des situations catastrophiques, comme nous l'apprend l'une de ses épîtres écrite avant cette époque : « J'ai fait trois fois naufrage, j'ai passé une nuit et un jour dans l'abîme » (2 Cor. 11 : 25). De plus, son métier de voilier le mettait naturellement en contact avec les marins et l'intéressait à tout ce qui concernait le métier. Cependant, ceux qui commandaient décidèrent de poursuivre le voyage, et subirent la tempête désastreuse de notre leçon. Pendant ces quatorze jours, l'Apôtre eut de nombreuses occasions de craindre, de douter et de se questionner sur la providence du Seigneur, et apparemment ce n'est que dans la nuit du treizième jour de la tempête que le Seigneur envoya un ange à l'Apôtre, avec le message réconfortant qu'il ne devait pas craindre - « Ne crains point, Paul : il faut que tu comparaisses devant César ; et voici, Dieu t'a donné tous ceux qui naviguent avec toi » (vs. 24). Nous pouvons supposer sans risque de nous tromper que l'Apôtre, pendant ces jours d'épreuve, est resté de tout cœur fidèle à Dieu dans la foi, et que ce message de clôture avait le caractère d'un encouragement et d'une expression d'approbation.

Nous pouvons tirer une bonne leçon de cet incident, non seulement en ce qui concerne nos propres affaires dans la vie - que le Seigneur peut nous conduire de façon mystérieuse en ce qui concerne nos affaires temporelles et notre service pour Lui et Sa cause ; mais nous pouvons aussi appliquer la leçon d'une manière générale à tous les tests et épreuves spirituels. Le Seigneur nous donne, par exemple, l'assurance de Son amour et de Sa sollicitude, et de l'issue finale de la voie étroite pour tous ceux qui suivent fidèlement les pas de Jésus ; mais entre-temps, il peut permettre que des épreuves et des difficultés de toutes sortes s'abattent sur nous comme des tempêtes, menaçant notre destruction même, menaçant d'anéantir notre vie spirituelle, assombrissant le ciel de nos espoirs avec les nuages orageux des menaces de nos ennemis et des rugissements de Satan.

Notre devoir est de laisser l'œil de la foi ne pas être obscurci par ces diverses conditions difficiles, - de laisser nos cœurs fermement fixés sur Celui qui a promis, et qui est aussi capable d'accomplir. Ainsi,

« Quand les tempêtes de la vie font rage,
Les tempêtes sauvages sur la mer et la terre,
Je chercherai un lieu de refuge
A l'ombre de la main de Dieu.

Les ennemis peuvent s'efforcer de faire du mal,
Satan employer tous ses arts ;
Dieu transformera ce qui semble me nuire
En une joie éternelle ».

L'expression « Dieu t'a donné tous ceux qui naviguent avec toi » est très significative. Elle nous rappelle la prière d'Abraham pour Sodome - s'il y avait ne serait-ce que cinq justes, Dieu acceptait de sauver la ville. Il n'y a aucune suggestion dans ces mots de la « paternité de Dieu et de la fraternité des hommes », comme ce faux enseignement est maintenant préconisé par beaucoup qui ont un noble élan. La pensée, au contraire, est qu'il n'y avait qu'un seul homme sur ce navire qui était en relation personnelle avec Dieu. Les autres, quels que soient leurs traits de caractère naturels, n'étaient jamais entrés en relation personnelle avec le Père. Une autre idée qui se dégage de ces paroles est que la sollicitude divine qui accompagne les saints peut s'avérer une grande bénédiction pour leurs compagnons, même si, comme dans ce cas, ils sont mondains et non réformés. Cette pensée est particulièrement applicable aux familles terrestres du peuple de Dieu. Le père ou la mère consacré(e) croyant(e) est l'objet direct de la sollicitude divine ; car il est écrit des anges : « Ne sont-ils pas tous des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » et, en exerçant ce ministère, il arrive très fréquemment (en fait, nous pouvons supposer que c'est généralement le cas) que les membres de leur famille qui ne sont pas entrés en pleine relation avec le Seigneur soient, dans une certaine mesure, inclus dans la sollicitude protectrice. Ailleurs, l'Apôtre fait observer qu'à certains égards, la femme croyante a une influence bénie sur son mari, ou le mari croyant une influence favorable sur sa femme en ce qui concerne les enfants, sinon les enfants seraient considérés comme impurs (1 Cor. 7 : 14). Il s'agit là d'une autre illustration de la même leçon générale, à savoir que la sollicitude divine, bien qu'elle s'exerce spécialement à l'égard des saints, englobe tous leurs intérêts, de quelque nature qu'ils soient. Cela n'implique pas nécessairement la prospérité terrestre, la richesse, la protection contre les accidents, les naufrages, etc., comme dans le cas de Paul, et pourtant cela signifie toujours, dans un certain sens et à un certain degré, un avantage. Tirons de cette pensée tout le réconfort possible. Toutes choses concourront au bien des saints du Seigneur, et ceux qui leur sont les plus proches et les plus chers participeront certainement dans une certaine mesure à leur intérêt et à la sollicitude divine.

Aussitôt après avoir reçu l'assurance de la sécurité de tous ceux qui se trouvaient à bord, l'Apôtre fit part de la nouvelle à l'équipage du navire, et manifesta sa propre foi dans le message par sa gaieté et la rupture de son jeûne, et recommanda à tous les autres de faire de même. Son entrain était contagieux ; tous étaient encouragés, et sans doute étaient-ils tous impressionnés non seulement par le fait sur lequel l'Apôtre attirait leur attention - à savoir que ce désastre leur était arrivé parce qu'ils n'avaient pas suivi son conseil - mais aussi par l'évidence de la faveur spéciale de Dieu à son égard, liée à la connaissance de leur sauvetage final. Il devrait en être de même pour nous : tout ce que nous savons être bon, réconfortant ou rafraîchissant pour nous-mêmes, nous devrions le partager avec les autres. Si l'Apôtre avait gardé pour lui cette bonne nouvelle, cela aurait impliqué deux choses : soit qu'il n'avait pas foi en son accomplissement, soit qu'il était égoïste ; mais ayant l'esprit de générosité du Seigneur, ainsi qu'une grande confiance dans le Seigneur, il n'a pas hésité à faire connaître la délivrance à venir ; et il a glorifié Dieu en ce qu'il n'a pas prétendu avoir cette connaissance de lui-même, mais l'a attribuée à une révélation. De toute évidence, le prisonnier avait laissé une profonde impression sur un grand nombre de soldats et de marins. Qui peut dire qu'à un moment donné, la conduite courageuse et noble de l'Apôtre n'a pas influencé certains de ses deux cent soixante-seize compagnons - et peut-être même attiré certains d'entre eux vers le Seigneur ? Il devrait en être de même pour chacun d'entre nous ; nous devrions brûler d'annoncer aux autres la meilleure nouvelle que nous possédons. Notre sympathie pour la création gémissante dans les diverses épreuves de la vie devrait nous amener à faire connaître les promesses du Seigneur concernant le Royaume à venir et les bénédictions qui en découleront pour toutes les familles de la terre. Quiconque ne prêche pas ainsi journellement, en toute occasion convenable, donne l'évidence, soit d'un manque de connaissance ou de foi dans la révélation, ou bien d'égoïsme que le Seigneur ne peut approuver et dont la persistance l'empêchera de devenir participant du Royaume (Manne du 7 mai).

Une autre pensée proprement liée à cette leçon est l'absence de toute suggestion de la tenue à bord du bateau d'un service de réveil. Ni Paul, ni Luc, ni Aristarque n'auraient fait le moindre effort, si ce n'est que leurs vies étaient des épîtres vivantes. Il n'est guère possible que les services religieux n'aient pas été autorisés sur le navire ; mais, de toute façon, nous savons, d'après la conduite générale de l'Apôtre, qu'il pêchait des hommes de classes assez différentes. D'après ce que nous comprenons, les marins de ce temps-là étaient d'une classe grossière et ignorante. Nous ne pouvons douter que l'Apôtre aurait été heureux de servir n'importe lequel de ses compagnons, s'il avait trouvé en eux une oreille attentive, selon les paroles du Maître : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». La leçon montre clairement que les marins n'étaient pas en état de recevoir ou d'apprécier l'Évangile, car ils avaient l'intention égoïste d'utiliser le seul petit vaisseau disponible pour leur fuite, et ils avaient prémédité de laisser les soldats et les prisonniers sur le navire. Nous considérons l'esprit d'égoïsme comme tout à fait inconvenant chez celui qui est engendré de l'Esprit de Dieu, et nous lui opposons l'esprit de l'Apôtre, généreux, aimant, soucieux des autres. Un test similaire nous montre que les soldats en général n'étaient pas d'une classe susceptible d'avoir une oreille attentive, car, lorsqu'ils s'aperçurent que le vaisseau allait se briser, et qu'ainsi quelques prisonniers pourraient s'échapper, ils suggérèrent leur destruction. « Le cœur libéral conçoit des choses libérales », et toutes les personnes consacrées par le Seigneur ne devraient pas seulement avoir de nobles impulsions parce qu'elles sont au Seigneur, parce qu'elles ont goûté à Sa grâce et qu'elles ont été rendues participantes de Son esprit, mais, en outre, elles devraient veiller à ce que cet esprit prévale en elles, qu'il soit manifeste dans toutes les affaires de la vie. Ils doivent veiller à ne pas étouffer les nobles impulsions qui leur viendraient naturellement ; au contraire, ils doivent les favoriser, les encourager et les développer de plus en plus. Ainsi, nous grandissons en grâce comme nous grandissons en connaissance, par l'obéissance aux choses que nous apprenons.

Le centurion semble avoir été le seul à profiter de ces expériences. Lui seul semble avoir lu avec profit l'épître vivante de l'Apôtre, et elle a fait impression sur lui, car s'il ne se serait pas opposé à la mise à mort des autres prisonniers, qui étaient probablement des caractères séditieux et dignes de mort, il ne voyait pas comment faire une exception pour Paul, et c'est donc pour l'amour de Paul que la vie de tous les prisonniers fut épargnée.

Bien que l'Apôtre ait reçu du Seigneur l'assurance que la vie de tout l'équipage du navire lui était donnée, que tous seraient sauvés, il se rendit compte de la nécessité d'employer toute la diligence voulue pour coopérer avec la promesse. C'est pourquoi, lorsqu'il discerna l'intention évidente des marins de s'échapper dans la petite barque, laissant les passagers, incapables de guider le navire, à la merci de la mer, il communiqua les faits au centurion, soulignant la nécessité de prendre des précautions raisonnables pour assurer l'accomplissement de la promesse divine. Nous devrions tous comprendre que nous avons quelque chose à faire lorsque nous saisissons les grandes promesses que Dieu nous a faites. Dans le domaine des affaires de la vie présente, Il a promis que le pain et l'eau ne nous manqueraient pas, mais cela n'implique pas que nous devrions négliger les occasions raisonnables de nous les procurer. Il nous a promis aussi une part dans le Royaume prochain, mais c'est à nous d'assurer notre appel et notre élection. Dieu est absolument capable, et tout à fait désireux, d'accomplir toute Sa part dans l'une et l'autre chose, mais c'est pour notre avantage qu'Il nous a appelés à montrer notre foi par nos œuvres - par notre collaboration avec Lui de toutes manières raisonnables (Manne du 8 mai). Il n'attend pas de nous que nous fassions des miracles ; mais Il attend de nous que nous fassions ce que nous sommes capables de faire, tant en ce qui concerne les choses présentes que les choses éternelles. Jour après jour, les prévisions de l'Apôtre s'accomplirent, et tout l'équipage du navire, les uns à la nage, les autres flottant sur l'épave, atteignit la terre. Nous remarquons encore que l'Apôtre ne se proposait pas, en gagnant la terre, de faire un service de réveil général ; il ne cherchait pas à exciter l'esprit des hommes, mais pratiquait les mêmes méthodes évangéliques que le Maître lui avait enseignées, à savoir : « Raisonnons ensemble », asseyez-vous d'abord et comptez le coût du discipulat, et, si vous êtes prêt à payer le prix, « Venez, prenez votre croix et suivez-moi ». Si l'on continuait à appliquer cette méthode, qui est celle du Seigneur pour rassembler Son peuple du monde, il y aurait beaucoup moins de chrétiens nominaux, mais nous croyons qu'il n'y aurait pas moins de chrétiens authentiques. Le temps de rassembler le monde n'est pas encore arrivé ; d'où les paroles du Maître dans Sa prière : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés du monde, afin que tous soient un ... et que le monde croie [finalement, ‘en temps voulu’] ». Le rassemblement de la classe des élus pour le Royaume se fait dans des conditions désavantageuses qui les mettront à rude épreuve, et rendront leur chemin si étroit que peu le trouveront, et encore moins y progresseront. Lorsque le temps de Dieu pour traiter avec le monde sera venu, les puissances du ciel et de la terre coopéreront avec l'Église glorifiée pour rendre l'Évangile si clair que l'homme qui voyage, même s'il est insensé, ne doit pas s'y tromper.

Pour autant que l'on puisse en juger, l'Apôtre et ses compagnons n'ont accompli aucune mission parmi les habitants barbares de l'île où ils ont fait naufrage, ni parmi les soldats et les marins qui les accompagnaient pendant cet hiver. Ils n'y ont pas laissé d'Église ; nous pouvons présumer sans risque qu'ils n'ont pas trouvé d'oreilles attentives. La leçon que nous devons en tirer est que nous ne devons pas nous attendre à la conversion du monde ni à rien de semblable. Nous devons nous attendre à ce que le Seigneur trouve avec la vérité un nombre suffisant pour compléter l'Église élue, puis, avec la puissance et l'autorité du Royaume, il établira la justice et fera en sorte que la connaissance de Lui-même remplisse la terre et bénisse le monde entier par l'intermédiaire de l'Église - Gal. 3 : 29.