– ACTES 18 : 23 – 19 : 7 -
Après avoir quitté Corinthe, l'Apôtre acheva sa seconde tournée missionnaire et retourna à Antioche, s'arrêtant en route à Jérusalem, où il salua l'Église et, sans doute, lui rendit compte de la bénédiction du Seigneur sur ses récents ministères en Europe. Aquila et Priscille accompagnèrent l'Apôtre jusqu'à Éphèse, et le vaisseau sur lequel il voyageait étant resté au port pendant le Sabbat, il eut l'occasion de parler au nom du Christ dans la synagogue d'Éphèse. Son discours était sans doute en quelque sorte une préparation à un travail futur qu'il espérait faire là-bas. Il n'a sans doute parlé que sur la base des premiers principes, en ce qui concerne les prophéties glorieuses du Messie et l'accomplissement qu'il faut attendre maintenant. Son discours fut bien accueilli, et on le pressa de rester encore, et il promit de revenir plus tard.
Nous ne savons pas combien de temps l'Apôtre resta à Antioche, mais « ayant séjourné là quelque temps, il s'en alla, et traversa successivement le pays de Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples ». Si l'Apôtre était énergique dans l'établissement de nouvelles assemblées du peuple du Seigneur, il ne se relâchait pas pour veiller au bien-être et à la croissance spirituelle de celles qu'il avait déjà établies, comme le prouve cette déclaration - c'était sa troisième visite à ces églises.
Lorsque l'Apôtre retourna à Éphèse, il constata qu'en son absence un frère chrétien nommé Apollos était venu et avait prêché avec éloquence dans la synagogue, utilisant des arguments très pointus, logiques et convaincants, et obtenant douze conversions au christianisme. C'était un Juif, né à Alexandrie, l'une des principales villes de l'époque, particulièrement connue pour ses écoles d'enseignement et ses vastes bibliothèques. La version commune dit qu'Apollos était « éloquent » ; la version révisée, qu'il était « savant », et le mot grec semble pouvoir être traduit avec la même justesse dans les deux sens : Selon toute probabilité, il était à la fois savant et éloquent. Cependant, il n'était pas aussi avancé dans la connaissance du Seigneur et de la Vérité qu'Aquila et Priscille qui avaient côtoyé l'Apôtre un certain temps ; et dès qu'ils entendirent Apollos dans la synagogue, ils le reconnurent comme un frère chrétien et le prirent chez eux, où ils eurent une bonne occasion de lui communiquer « plus exactement la voie de Dieu ».
Nous avons ici une belle illustration de la manière dont le Seigneur Se plaît à utiliser Son peuple consacré. Il S'est servi des talents et de l'éducation d'Apollos ; Il S'est servi aussi d'Aquila et de Priscille, moins douées, qui, bien que n'étant pas qualifiées pour parler en public dans la synagogue, furent néanmoins utilisées par le Seigneur pour bénir Son disciple plus éloquent, et pour participer avec Lui aux fruits de Son ministère plus public. Il en va de même aujourd'hui, comme l'explique l'Apôtre (1 Cor. 12 : 12-26). Aucun membre du Corps de Christ ne peut dire qu'il n'a pas besoin d'un autre membre, et nul ne peut dire qu'il ne voit pas en quoi il pourrait être utile au Corps. Sous la direction de notre glorieuse Tête, chaque membre rempli de Son Esprit qui désire Le servir peut le faire. Quand le temps de la récompense sera venu, qui sait quelle proportion des services rendus par Paul et Apollos sera attribuée à quelques humbles comme Aquilas et Priscille qui, de différentes manières, servirent, encouragèrent et soutinrent leurs frères plus capables dans l’œuvre du Seigneur (Manne du 8 mars). L'Apôtre mentionne avec beaucoup de tendresse certains membres de cette classe qui ont collaboré avec lui, soutenant son œuvre par leur influence et par leurs moyens (Phil. 4 : 3). Des opportunités similaires sont encore ouvertes, et aucun enfant de Dieu ne serait satisfait de laisser passer les jours de la moisson présente, avec leurs occasions précieuses de service et de coopération, sans chercher à élever lui-même chaque jour la bannière royale et annoncer publiquement les vertus de Celui qui l'a appelé des ténèbres à Sa merveilleuse lumière, ou sans seconder et aider ceux que, par Sa Providence, le Seigneur a placés dans des positions plus favorisées pour le service public (Manne du 9 mars).
Apollos, ayant appris par Aquila et Priscille l'œuvre glorieuse accomplie par l'Apôtre Paul à Corinthe, s'y rendit, emportant avec lui une lettre d'introduction de ses nouveaux amis d'Éphèse, qui avaient quitté Corinthe depuis peu. On nous dit d'ailleurs que son voyage à Corinthe fut une bénédiction pour l'Église de cette ville, en raison de sa connaissance approfondie des Écritures et de sa capacité à les exposer, de sorte qu'il pouvait « réfuter publiquement les Juifs avec une grande force, démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ ». Que les frères de Corinthe aient été grandement satisfaits de l'habileté d'Apollos à enseigner la vérité, c'est ce que laisse entendre le fait que certains d'entre eux étaient disposés à dire qu'ils étaient disciples d'Apollos, tandis que d'autres, également animés d'un esprit sectaire, prétendaient être disciples de Paul, et d'autres de Pierre - tout sectarisme que l'Apôtre réprouve clairement par la suite dans l'épître qu'il leur adresse - 1 Cor. 3 : 3-7.
Il y a de la place pour toutes les capacités de tous les frères de l'Église, et la rivalité ou l'esprit de parti sont totalement déplacés. Nous avons un seul Seigneur, une seule Tête : nous sommes tous des frères, et notre but le plus élevé devrait être d'honorer notre Tête et de servir les autres membres ; et chacun de ceux qui s'y efforcent devrait être hautement estimé, que ses talents soient plus ou moins grands que ceux des autres. Une autre leçon à retenir est l'importance de bien connaître les Écritures. L'épée de l'esprit est la Parole de Dieu, et celui qui veut servir au mieux la cause doit savoir se servir de cette arme que le Seigneur Lui-même a fournie - avec force, de manière convaincante et pourtant avec amour. Les Écritures avec lesquelles Apollos était familier étaient les écrits de l'Ancien Testament, puisque le Nouveau Testament n'était pas encore constitué, bien que sans doute quelques-uns de ses livres aient déjà été écrits. Qu'Apollos les ait vus ou non, il avait été « instruit dans la voie du Seigneur » avant de rencontrer Aquila et Priscille, et il était maintenant, grâce à eux, encore mieux équipé pour son ministère de Vérité. Prenons la résolution, par la grâce du Seigneur, de revêtir tout l'armement chrétien que nous fournit le Seigneur, sans négliger l'épée de l'esprit, la Parole. Apprenons aussi à être prêts à accepter une instruction supplémentaire comme venant du Seigneur, aussi humbles que soient les canaux par lesquels Il nous l'envoie. L'humilité est l'une des grâces hautement estimées par le Seigneur, et l'un des points sur lesquels Il éprouve fréquemment Ses disciples : « Si vous ne devenez pas comme les petits enfants [dociles, sans ruse], vous n'entrerez point dans le royaume des cieux ».
C'est pendant qu'Apollos était à Corinthe que l'Apôtre Paul vint à Éphèse, conformément à la promesse, et y commença un ministère qui dura deux ans (19 : 10). Aquila et Priscille avaient apparemment quitté Éphèse à ce moment-là, car elles ne sont plus mentionnées ; mais l'Apôtre trouva rapidement ceux que le ministère d'Apollos avait atteints, au nombre de douze (vs. 7). Notre version commune semble indiquer que l'Apôtre s'est étonné que les croyants d'Éphèse n'aient pas encore reçu les dons du saint Esprit. Mais non, il voulait simplement attirer leur attention sur le fait que de tels dons leur étaient possibles, car seul un Apôtre pouvait transmettre les dons du saint Esprit, comme nous l'avons déjà vu (Actes 8 :14-17). La prédication d'Apollos était simplement basée sur les premiers principes de la doctrine du Christ, représentée par le baptême de Jean aux Juifs, alors que ces croyants étaient manifestement par nature des Gentils.
Apollos avait expliqué l'Évangile simplement dans le sens de la repentance du péché et de la foi en Christ comme Rédempteur. Il ne connaissait pas la signification plus complète du baptême tel qu'il est expliqué par l'Apôtre (Rom. 6 : 3-5) - un baptême de consécration, pour souffrir avec le Christ - pour être mort avec Lui, pour participer à Sa résurrection à la nouvelle nature et pour être finalement participants avec Lui dans le Royaume céleste. L'Apôtre leur a expliqué ce « mystère » de la fraternité avec le Messie, de la participation à Ses souffrances et, finalement, à Sa gloire (Col. 1 : 26,27) ; et quand ils ont entendu cela, ils ont été baptisés au nom du Seigneur Jésus, comme membres de Son Corps, pour participer à Ses souffrances jusqu'à la mort.
Combien de croyants y a-t-il aujourd'hui qui, comme ces personnes décrites, sont membres de la « Maison de la Foi », mais non pas du « corps du Christ » - qui sont allés jusqu'au baptême de repentance et de réforme, et à la foi dans le Rédempteur, mais qui n'ont pas été instruits des grands privilèges qui appartiennent à cette dispensation - afin que nous puissions devenir « héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ, si du moins nous souffrions avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui » ! Où que nous allions, cherchons chacun, par la grâce de Dieu, à expliquer plus complètement la voie du Seigneur à ces personnes déjà partiellement enseignées. Tant qu'ils seront nombreux, il serait imprudent, voire contraire à notre alliance et à notre mission, de consacrer particulièrement nos vies et nos énergies au monde ; car, bien que nous devions faire du bien à tous les hommes dans la mesure où nous en avons l'occasion, c'est principalement à la Maison de la Foi que nous devons nous adresser. Tout autour de nous, dans les églises des différentes dénominations, il y a, nous le croyons, des centaines, oui, des milliers, qui sont dans la condition de ceux mentionnés dans la leçon, ne connaissant que le baptême de repentance, ne connaissant pas le baptême de Christ - le baptême dans Sa mort, le baptême de pleine consécration. Soyons diligents dans ce domaine le plus élevé de l'œuvre du ministère, en nourrissant et en instruisant le troupeau du Seigneur.
Après les avoir ainsi instruits sur le vrai baptême, et après avoir accompli sur eux son symbole d'eau, l'Apôtre imposa les mains aux croyants et ils reçurent l'Esprit Saint - à savoir que les « dons de l'Esprit » se manifestèrent en eux - ils parlèrent en langues, prophétisèrent, etc. comme c'est décrit dans 1 Corinthiens 12. Nous n'avons pas le pouvoir de communiquer de tels dons aujourd'hui, et d'autres n’ont pas ce pouvoir. Il s'agissait d'un pouvoir apostolique, non transmissible à d'autres, car l'intention du Seigneur n'était pas que ces dons restent dans l'Église, mais qu'ils soient simplement un témoignage dans sa période d'enfance, jusqu'à ce que les écrits du Nouveau Testament soient à portée de main et que les fruits de l'esprit puissent être développés.
Cependant, que personne n'envie à l'Église primitive cette bénédiction spéciale, si nécessaire à son progrès et à sa joie ; mais souvenons-nous que, sous la providence du Seigneur, nos conditions sont encore plus favorisées à certains égards, en ce que nous avons la Parole écrite pour notre exhortation. Rappelons-nous aussi le témoignage de l'Apôtre dans notre dernière leçon, à savoir que la foi, l'espérance et l'amour, fruits de l'esprit, dépassent de loin les langues, les interprétations et les miracles des dons de l'esprit : de sorte que, comme il l'a expliqué, si quelqu'un possédait tous ces dons, mais n'avait pas le seul fruit de l'amour, il ne serait « rien » ; cela ne lui servirait à rien en ce qui concerne la participation au corps du Christ et aux glorieuses bénédictions, présentes et futures, qui lui appartiennent.
Notre Texte d'Or se réfère évidemment, non pas aux dons miraculeux de l'esprit dont jouissait l'Église primitive, mais à l'Esprit Saint, ou disposition, « l'esprit du Christ », le privilège commun de tous ceux qui sont baptisés dans la mort du Christ, et qui cherchent par la foi à marcher en nouveauté de vie. Les dons miraculeux de l'Église primitive ne pouvaient venir que des mains apostoliques ; mais l'esprit, dans le sens où nous en jouissons encore, l'esprit du Christ, l'esprit de Dieu, avec tous ses fruits et toutes ses grâces, est encore le privilège du peuple du Seigneur, et dépend non pas des mains apostoliques ou autres, mais de notre Père céleste et du zèle avec lequel nous cherchons par la prière et tous nos efforts à avoir Son esprit, Sa disposition, contrôlant nos pensées, nos paroles, notre conduite. C'est le bon plaisir de Dieu de nous donner cet esprit d'amour ; mais Il ne le donne qu'à ceux qui le désirent et le recherchent avec une persévérance patiente.