R 3127
« RÉJOUISSEZ-VOUS TOUJOURS DANS LE SEIGNEUR »
- PHIL. 4 : 1-13 -

De toutes les lettres d'Église écrites par l'Apôtre Paul, l'épître aux Philippiens est l'une des plus affectueuses. Dans notre dernière leçon, nous avons examiné l'histoire de la fondation de cette Église et le coût de celle-ci à l'Apôtre fidèle et à son compagnon Silas. L'épître aux Philippiens ne contient pas de reproches, pas de réprimandes, comme on en trouve dans d'autres épîtres, mais elle est pleine d'approbation, de louanges et d'un amour tout particulier. Apparemment, cette petite communauté du peuple du Seigneur aimait l'Apôtre avec autant de ferveur que celui-ci les aimait. Les souffrances qu'il a endurées à cause d'eux ont lié leur cœur à lui dans une gratitude durable. Nous apprenons qu'à quatre reprises au moins, ils ont contribué à soutenir l'Apôtre ; une fois à Corinthe (2 Cor. 11 : 9), deux fois à Thessalonique (Phil. 4 : 16), et une fois alors qu'il était prisonnier à Rome. À cette dernière occasion, ils envoyèrent leurs dons et leurs témoignages d'amour par l'intermédiaire d'un messager spécial, Épaphrodite, qui, arrivé à Rome pendant la saison des malarias, tomba dangereusement malade, probablement de ce qu'on appelle la fièvre pontine ou romaine. C'est à l'occasion de la guérison d'Épaphrodite et de son retour à Philippes que l'Apôtre a renvoyé avec lui cette épître.

Un auteur contemporain, se référant à la manifestation pratique de l'amour par les frères de Philippes, fait le commentaire suivant : « Les habitants de Malte sont les seuls à avoir exprimé leur amour à Paul de cette manière. Les Éphésiens pleuraient sur lui, mais il n'est pas dit qu'ils aient exprimé leurs sentiments en l'aidant. Peut-être l'ont-ils fait ». Il est évident que l'Apôtre avait besoin d'une telle manifestation d'affection et d'appréciation de ses efforts en leur faveur, pour son propre encouragement. Il devait être difficile, en effet, pour lui d'aimer l'Église de Corinthe comme il l'a fait - en mettant sa vie au service de cette Église, ainsi que des autres Églises - tout en se rendant compte, comme ses épîtres l'indiquent clairement, qu'il n'était que peu estimé en retour.

En vue de cette relation étroite et précieuse entre l'Apôtre et l'Église de Philippes, comme entre un sous-berger ou un pasteur et le troupeau, combien le premier verset de notre leçon est plein de signification ! « Mes frères bien-aimés et ardemment désirés, ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, bien-aimés ». Ces paroles sorties de la plume d'un homme consciencieux et sincère, tel que l'Apôtre l'était, sont parfumées de l'essence même de l'amour et de la fraternité chrétienne. Combien elles ont dû être appréciées, et combien elles ont dû être méritées !

Mais s'il n'y avait rien à réprimander dans la condition des Philippiens, ils avaient néanmoins besoin de l'exhortation à tenir bon. Ils avaient déjà, par la faveur du Seigneur, atteint un niveau considérable dans les grâces de l'esprit - cependant, il faut qu'elles soient mises à l'épreuve, pour les prouver, pour les tester ; et pour cette épreuve, à laquelle chaque individu, aussi bien que chaque assemblée du peuple du Seigneur, doit s'attendre, l'Apôtre a voulu les préparer - pour les exhorter à ne pas reculer des pas avancés d'amour et d'obéissance déjà accomplis - à persévérer fermement, sans toutefois se fier à leurs propres forces, mais, comme il l'exprime, à « demeurer ferme dans le Seigneur », en se confiant en Sa puissance, en Sa grâce, suffisante pour chaque temps de besoin.

Plusieurs des sœurs de cette congrégation semblent avoir été des auxiliaires de premier plan dans l'œuvre, non seulement lorsque l'Apôtre était avec elles, mais aussi par la suite. Deux d'entre elles sont mentionnées par leur nom (v. 2), et l'exhortation à avoir les mêmes sentiments dans le Seigneur implique que, à certains égards au moins, ces deux-là étaient en désaccord. Il est bon de noter attentivement le langage de l'Apôtre à leur égard, car il contient de la sagesse. Il ne les exhorte pas à être d'un seul esprit en toutes choses ; il se rend probablement compte qu'en raison de tempéraments et de dispositions très différents, d'habitudes de vie, etc., cela pourrait être impossible ; mais il les exhorte à être d'un même esprit dans le Seigneur - à conserver une unité de cœur et d'esprit dans tout ce qui concerne le Seigneur et Sa cause.

Il sera avantageux pour tout le peuple du Seigneur de suivre, dans ces domaines, la ligne de conduite que l'Apôtre préconise ici : ne pas essayer d' « harmoniser toutes les choses terrestres » dans les conditions actuelles ; accepter que chacun ait des divergences d'opinion sur divers autres sujets, et insister seulement sur l'unité, la fraternité, l'union, l'harmonie dans le Seigneur, dans la vérité, dans l'esprit d'amour, et envers tous les membres de la Maison de la Foi. Insister sur plus que cela - s'efforcer d'amener tout le monde à un seul point de vue sur les questions sociales, financières et autres - s'efforcer d'amener tout le monde à un seul point de vue sur la tenue vestimentaire et la nourriture, etc., a causé de graves luttes et des éloignements entre les membres de la Maison de la Foi ; et tous ces efforts devraient être reconnus comme contraires aux instructions du Seigneur par l'Apôtre - contraires à « l'esprit de sobre bon sens » - contraires à la sagesse qui vient d'en haut, qui appelle et exhorte à l'unité uniquement dans le Seigneur et selon la ligne des questions positivement réglées par le Seigneur dans les Écritures, et qui laisse généreusement à chacun la pleine liberté d'agir et de juger sur toutes les questions non positivement réglées par les Écritures. Nous demandons instamment à tout le cher troupeau du Seigneur de suivre la sagesse de l'Apôtre dans ce domaine, et de tenir compte de son injonction, donnée à ces deux sœurs, de ne rien laisser s'interposer entre elles dans le Seigneur.

Dans le troisième verset de notre leçon, le mot « compagnon de travail » devrait apparemment être écrit avec une majuscule, comme le nom propre d'un frère dans l'Église de Philippes - non seulement un compagnon de travail de nom, mais comme il est déclaré ici, « un vrai compagnon de travail » et, comme on peut s'y attendre, par conséquent, quelqu'un qui serait prêt à coopérer avec les autres et à les aider. Selon le jugement de l'Apôtre, certains autres étaient accablés et avaient besoin d'aide. Il mentionne Clément et les deux sœurs dont il a déjà été question, dont les désaccords les handicapaient. L'Apôtre croit fermement que les désaccords ne s’étaient pas encore étendus au point de les blesser spirituellement, et c'est pourquoi il déclare qu'il les reconnaît encore comme compagnons de travail, qu'il reconnaît encore que leurs noms sont dans le Livre de Vie. C'est pourquoi ils devraient rechercher l'harmonie dans le Seigneur, et le frère « Compagnon » devrait appliquer à leur égard la véritable signification de son nom, en les aidant à surmonter leurs difficultés, en les aidant à préserver l'unité de l'esprit dans les liens de la paix dans le Seigneur.

Il n'y a pas de place pour quiconque d'entre nous aujourd'hui pour devenir Apôtre, car ils n'étaient que douze, et il n'y en aura jamais plus (Apoc. 21 : 14). Il se peut que nous n'ayons pas non plus l'occasion de faire de grandes choses dans le service du Seigneur en ce temps de Moisson ; mais il y a des occasions pour chacun d'entre nous d'être de vrais compagnons de joug - d'aider les chers frères et sœurs à porter leurs fardeaux - pas seulement des fardeaux financiers ou des fardeaux de maladie, mais parfois de les aider à surmonter des difficultés et des fardeaux du genre de ceux suggérés dans cette leçon - des fardeaux de tempéraments et de dispositions différents. Cherchons tous et chacun à être de vrais compagnons de joug pour les différents membres du corps du Christ. Nous pouvons être sûrs que le Seigneur appréciera hautement un tel service, et qu'ainsi nous grandirons dans cette grâce qu'Il a si bien recommandée lorsqu'Il a dit : « Bienheureux ceux qui procurent la paix, car c’est eux qui seront appelés fils de Dieu ».

Posant certains principes généraux d'une vie pieuse, saine pour les Nouvelles-Créatures, l'Apôtre exhorte : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur : encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous ». Ce texte, le texte d'or de la leçon, représente l'essence même de la vie chrétienne. Dans les conditions actuelles, il n'est pas possible de supposer que les circonstances extérieures seront toujours favorables à la réjouissance, du point de vue naturel. Celui qui veut se réjouir en permanence dans le Seigneur doit donc avoir la foi dans le Seigneur, la confiance, l'espérance, l'amour. Sans eux, il ne pourrait pas s'approprier les gracieuses promesses de la Parole au point de pouvoir se réjouir dans la tribulation et la souffrance, dans les épreuves et les difficultés, lorsqu'il est faussement accusé et dénaturé, lorsqu'il est calomnié et maltraité pour l'amour de la vérité. Les seuls qui peuvent toujours se réjouir sont ceux qui vivent dans la stricte intimité du Seigneur, qui ont toujours conscience de leur unité avec Lui et qui demeurent assurés que Sa protection et Sa sollicitude les entourent, que Sa promesse est certaine et que toutes choses concourent ensemble à leur plus grand bien comme chrétiens (Manne du 26 février - 2).

D'autres peuvent se réjouir aujourd'hui et être abattus demain ; seuls les fidèles en Jésus-Christ ont le privilège de se réjouir toujours. La pensée des faveurs du Seigneur, passées, présentes et futures, fait paraître toutes les épreuves et les difficultés de ces personnes comme des afflictions très légères, comme n'étant que momentanées, indignes d'être comparées à la gloire, à l'honneur et à l'immortalité promis, et aux privilèges bénis du service divin, ici et dans l'au-delà. L'Apôtre insiste sur ce point en disant : « Encore une fois, je vous le dirai : réjouissez-vous ». Il ne peut y avoir trop de chrétiens joyeux et ils ne se réjouiront jamais trop, s'ils se réjouissent dans le Seigneur. Il n'est point nécessaire que cette joie soit bruyante, le contraire non plus n'est pas utile. Elle implique la sérénité, le bonheur, la paix, le plaisir de l'âme, et ne demande pas à s'exprimer par des manifestations extérieures ostensibles comme quelques-uns semblent le penser à tort (Manne du 26 février - 1).

L'Apôtre exhorte encore les fidèles à faire preuve de modération, de patience, non seulement envers les frères, mais envers tous ceux avec qui ils ont affaire. Le mot grec traduit ici par « modération » paraît renfermer la pensée suivante : ce qui est de nature raisonnable (mesurée) et non celle d'exigence trop rigoureuse de nos droits. La miséricorde et l'indulgence sont certainement des vertus requises de tous ceux qui désirent être dans le Royaume avec notre Seigneur. Notre règle de conduite devrait être la fidélité dans l'accomplissement, aussi loin que possible, de tout ce que la justice attend de nous, et l'indulgence dans tout ce qui concerne nos exigences de justice vis-à-vis des autres. Ainsi, nous serons les enfants de notre Père céleste, car Il est bon et miséricordieux envers les ingrats (Manne du 27 février).

« Le Seigneur est proche ! ». La pensée semble être que nous, qui sommes au Seigneur, ne vivons pas pour le temps présent. Nous attendons de grands changements, lorsque notre Roi prendra possession de Sa grande puissance et commencera Son règne. Nous ne devons pas lutter pour le dernier petit centimètre ou le dernier sou, ni pour faire valoir nos propres droits de manière extrême ; mais, au contraire, nous devons nous réjouir tellement des bonnes choses à venir, et déjà nôtres par la foi, que cela nous rendra généreux en ce qui concerne les choses du temps présent dans nos rapports avec les frères et avec les autres. Nous n'attendons pas de justice de la part du Seigneur, car rien de ce que nous avons fait ou pourrions faire n'exigerait à juste titre des choses aussi grandes et précieuses que celles qu'Il nous a promises. Et comme nous attendons la grâce ou la générosité dans une si large mesure, nous pouvons nous permettre d'être généreux et libéraux dans nos sentiments envers les autres - en particulier envers la Maison de la Foi, car ils sont nos frères et nos compagnons et coreprésentants du Seigneur Lui-même, de qui notre générosité doit venir ; et à l'égard du monde extérieur, parce qu'ils n'ont pas les perspectives d'avenir que nous possédons, et qu'ils ont donc le cœur fixé sur les choses du temps présent ; et nous pouvons bien nous permettre de leur accorder leur pleine part de celles-ci ou plus, puisque nous sommes si riches grâce à notre Père céleste et à notre Époux céleste.

Il est évident que l'Apôtre ne voulait pas que l'on comprenne que le Second Avènement du Seigneur pouvait être attendu immédiatement, ni avant sa mort ; car ailleurs dans ses épîtres, il expose clairement son attente de la mort et de la récompense, de la couronne de justice qui lui est réservée ; ailleurs aussi, il laisse clairement entendre que le jour du Seigneur ne pouvait venir qu'après la grande chute mentionnée dans les prophéties, et la manifestation de l'Homme du Péché, etc. (2 Tim. 3 : 7,8 ; 2 Thess. 2 : 2-10). Il est donc évident que sa seule pensée dans cette exhortation, « Le Seigneur est proche », était, comme nous l'avons déjà suggéré, que nous vivons à la fin du règne du mal, que l'aube du jour du Seigneur n'est pas loin, et que pour l'œil de la foi, il est si proche que son influence devrait affecter même les plus petites affaires de la vie présente.

« Ne vous inquiétez de rien » est l'exhortation suivante ; mais comme notre mot anglais « careful » a perdu son sens original, il y a un risque d'erreur ici. A l'origine, le mot avait la signification d'être plein de soins, de soucis, de préoccupations. Les paroles de l'Apôtre correspondent exactement à l'injonction de notre Seigneur : « Ne soyez pas en souci », et signifient : Ne soyez pas inquiets, chargés, pleins de soucis. Il est approprié que le peuple du Seigneur soit prudent, dans le sens du mot prudent tel qu'il est employé aujourd'hui. Nous ne devons pas être négligents, indifférents, relâchés dans notre conduite ou nos paroles, mais être circonspects.

L'anxiété et les fardeaux sont inévitables pour ceux qui dépendent d'eux-mêmes, de leur propre sagesse, de leur propre force, de leur propre habileté ; mais les membres du corps du Christ, acceptés dans le Bien-aimé, adoptés dans la famille divine, fils de Dieu, sont assurés à maintes reprises dans la Parole que, s'ils demeurent fidèles, toutes choses concourront à leur plus grand bien-être. Pourquoi devraient-ils être accablés ? Pourquoi devraient-ils être inquiets ? Celui qui veille sur leurs intérêts ne sommeille point. Lorsque les Chrétiens se trouvent anxieux, craintifs, accablés, la preuve est qu'ils manquent de foi, et la probabilité est qu'ils n'ont jamais grandi au point d'avoir la foi appropriée dans le Seigneur, ou qu'ils ont permis aux « nuages terrestres » et aux soucis de cette vie de s'interposer entre eux et le Seigneur, de sorte qu'ils n'ont plus l'assurance de demeurer dans Son amour et dans Ses soins. Tous ceux qui se trouvent dans une telle situation devraient se rendre immédiatement au Trône de la grâce céleste et aux promesses divines, et, obtenant la miséricorde du premier et se nourrissant du second, ils devraient se fortifier dans le Seigneur et dans la confiance en Lui, et leurs soucis persistants feront place à la foi, à la confiance, à la paix du cœur, quelles que soient les conditions extérieures.

Tel est le conseil de l'Apôtre : au lieu de rester dans l'angoisse, nous devrions confier toutes nos affaires au Seigneur, en implorant les soins providentiels qu'Il nous a promis, en reconnaissant notre manque de sagesse ; et, acceptant avec joie Sa sagesse et les dispositions de Son amour, nous devrions faire toutes nos demandes dans un esprit d'action de grâces. Cet esprit de gratitude implique la reconnaissance que les circonstances et les conditions dans lesquelles nous nous trouvons ont été supervisées par le Seigneur, et que nous apprécions Sa sollicitude et Sa fiabilité pour l'avenir. L'action de grâces pour ce que nous avons, et une pleine appréciation des directives du Seigneur jusqu'à présent et maintenant, empêcheront toute inquiétude pour l'avenir : car le cœur reconnaissant conclura que Celui qui nous a favorisés et rachetés alors que nous étions encore pécheurs, nous favorisera et agira encore plus pour nous maintenant que nous sommes à Lui par l'adoption qui est dans le Christ Jésus.

On peut se poser cette question : Pourquoi Dieu ne nous donne-t-Il pas, sans que nous ne les lui demandions, les choses qu'Il sait nous être nécessaires ? Sans doute parce que nous avons besoin, avant tout, de nous placer dans l'attitude de cœur convenable pour recevoir Ses faveurs et en bénéficier. Même dans ce cas, nous pouvons être convaincus que nous n'apprécions pas suffisamment le soin dont nous avons été et sommes encore les objets de la part de Dieu. Notre attitude dans la prière et dans les actions de grâces ne suffit peut-être même pas à nous faciliter le discernement de la moitié des raisons de notre gratitude, comme nous le ferons bientôt, quand nous connaîtrons comme nous avons été connus (Manne du 28 février). Il en va de même pour la faim naturelle. Si nous n'étions pas constitués de telle sorte que les grincements de la faim nous montrent notre besoin de nourriture, nous l'apprécierions probablement moins, même si nous mangions autant et avec la même régularité.

Si nous avons l'esprit de joie et de confiance dans le Seigneur, tel qu'il vient d'être décrit, si nous faisons toutes nos requêtes, dans la mesure où nous sommes capables de le discerner, en harmonie avec Sa promesse, et si nous acceptons avec reconnaissance et actions de grâces tout ce que Sa providence peut nous envoyer, alors l'Apôtre nous assure que « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus ». La pensée est ici très claire. La paix dont il est ici question n'est pas notre paix à nous. Nous pouvons être par nature plus ou moins indisposés à la paix, agités, insatisfaits, mécontents, craintifs, inquiets ou querelleurs ; mais, en suivant le parcours décrit ci-dessus, nous apprenons à faire confiance à Dieu dans toutes nos affaires, et c'est la paix de Dieu qui nous vient de l'appréciation profonde de Sa puissance, de Sa bonté et de Son empressement à nous tenir par Sa main droite comme Ses enfants - qui pénètre en nous, pour nous préserver de l'inquiétude, de l'anxiété, etc. L'idée est que cette paix monte continuellement la garde comme une sentinelle afin d'arrêter toute pensée hostile ou affligeante, ou toute crainte. Elle garde l'esprit du Chrétien de façon qu'il ait dans son cœur le calme et la communion avec le Seigneur ; elle garde aussi son intelligence, ses facultés de raisonnement, en l'instruisant et en l'affermissant relativement à la puissance, la sagesse et l'amour divins (Manne du 1er mars). Mais elle ne lui assure rien en ce qui concerne sa propre perfection ou sa dignité d'être accepté devant Dieu. Cette paix propre ne fait que nous assurer de notre position dans la faveur divine par le Christ Jésus, par Sa dignité, Son sacrifice, Sa sollicitude.

Nous en arrivons maintenant au grand résumé de l'Apôtre sur la manière dont le Chrétien doit fixer ses affections - les fixer, les attacher, les maintenir sur des choses profitables ; afin qu'il puisse croître en grâce aussi bien qu'en connaissance et en amour de Dieu. L'Apôtre fait remarquer que la volonté ayant été consacrée au Seigneur, la foi s'étant exercée dans la joie et l'action de grâces à l'égard de toutes les providences du Seigneur, la paix de la confiance s'étant installée, les étapes suivantes du développement du caractère se feront par la garde de nos pensées : et cela signifie aussi la garde de nos paroles et de nos actes, car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle, et que tout le cours de la vie est dirigé. Quelle doit donc être la conduite de la pensée du Chrétien, après qu'il a atteint le grand développement que l'Apôtre lui a exposé ? Elle doit d’abord être tournée vers les choses vraies, sans aucune sympathie pour ce qui est faux ou même exagéré. Quiconque se laisse aller à la fausseté ou à l'exagération se souille plus ou moins lui-même. Celui qui purifie ses pensées et évite l'exagération, etc., purifie dans la même mesure son esprit et son caractère tout entier, et entre davantage en communion et en sympathie avec le Seigneur Lui-même, qui est « la Vérité ».

Il ne suffit pas seulement que nous soyons sûrs de la véracité des choses, il faut que nous les sondions à fond pour reconnaître jusqu'à quel point elles sont honorables et nobles car, quoique le Seigneur ait couvert les traits peu gracieux de notre caractère et que, jusqu'à la fin, Il veuille les tenir cachés sous Son propre mérite, néanmoins nous ne pouvons approuver notre condition déchue. Il nous faut au contraire désirer que la vraie noblesse et les plus hauts idéals de vertu siègent dans nos cœurs, dans nos pensées, dans nos rapports avec Dieu et avec notre prochain (Manne du 2 mars). Le test de l'honorabilité doit donc être appliqué après le test de la vérité. La chose peut être vraie, mais est-il honorable d'y penser ou d'en parler ? est une autre question.

Un autre test que nous devons appliquer est le suivant : les choses sont-elles justes ? Ne laissons pas nos esprits s'égarer dans la voie de l'injustice et apprenons à soumettre à l'épreuve de la justice chacune de nos pensées, de nos paroles et de nos actions, tout en apprenant en même temps à juger d'un autre angle la conduite d'autrui, c'est-à-dire autant que la raison le permet, avec une disposition à la miséricorde, au pardon, à la pitié, à l'assistance. Nous ne serons jamais trop méticuleux pour analyser chacune de nos pensées et chaque plan que nous mûrissons afin que la justice ne soit en aucune façon transgressée par nous, avec le consentement de notre cœur (Manne du 3 mars).

La pureté est une autre qualité que nous devons estimer. Aimons et cultivons tout ce qui est pur, à tel point que tout ce qui est impur nous fera souffrir, nous affligera, et que nous désirerons le chasser de notre mémoire. Nous ne pourrons réaliser cela qu'en pensant constamment aux choses qui sont pures et en évitant de porter notre pensée sur celles qui ne le sont pas. Nous devons reconnaître et apprécier la véritable amabilité. De notre point de vue, les choses impures, injustes, fausses, déshonorantes, ne peuvent paraître belles, désirables, dignes de nous intéresser. Pour penser à ce qu'il y a de plus pur, il faut nécessairement que, par l’œil de notre intelligence, nous fixions un point le plus élevé possible et discernions, avec la plus grande précision dont nous sommes capables, l'amabilité du caractère parfait de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ et, toutes proportions gardées, l'amabilité manifestée par l'un ou l'autre des disciples qui marchent attentivement sur les traces de Jésus (Manne du 4 mars). L'esprit qui évoque fréquemment les belles perfections du Seigneur et de la Vérité, et qui est bien rempli par celles-ci, est grandement protégé contre l'intrusion de choses déplaisantes et impies, contraires à l'esprit du Seigneur. L'Apôtre conclut l'énumération en parlant de toutes les choses de bonne renommée : nous pouvons méditer sans danger sur les choses qui ont quelque vertu ou valeur - qui sont, en quelque mesure, dignes de louange - les paroles, actions, et sentiments nobles de n'importe qui. Nourrissant ainsi notre nouvel esprit, notre nouveau cœur, nous nous élèverons toujours plus près de l'idéal. Nous nous transformerons de plus en plus par le renouvellement de notre intelligence et nous approcherons de plus en plus près de la ressemblance de notre Seigneur et Maître, étant changés progressivement, pas à pas, petit à petit dans la vie présente. Nos pensées étant dans cette attitude, et notre union maintenue avec le Seigneur, nous aurons part au réveil et à la résurrection des justes qui nous rendra éternellement parfaits à Son image et à Sa ressemblance (Manne du 5 mars).

Combien (combien peu !) peuvent dire ce que l'Apôtre dit au verset 9 ? « Ce que vous avez appris, et reçu, et entendu, et vu en moi, faites ces choses ! ». Telle devrait être la norme de tout Chrétien, parce que tous et chacun sont des représentants du Seigneur, des ambassadeurs pour Lui ; par conséquent, dans la mesure où cela dépend d'eux, leur conduite et leurs paroles devraient être semblables à des épîtres vivantes, lues par les frères et par le monde pour leur profit. Il n'est pas étonnant que l'Apôtre ajoute qu'en agissant ainsi, « le Dieu de paix sera avec vous ». Aussi sûrement qu'Il était avec l'Apôtre, Il sera avec tous ceux qui marchent de la même manière sur les traces de Jésus.

« Je me réjouis grandement dans le Seigneur de ce que maintenant, enfin, vous avez fait revivre votre pensée pour moi ». Ces paroles semblent impliquer que leur pensée pour l'Apôtre, et leur sérieux pour améliorer les occasions de le servir, s'étaient dans une certaine mesure relâchés pour un temps et avaient été ravivés. Puis, comme s'il craignait que ses paroles ne soient comprises comme un reproche, il ajoute : « Vous y avez aussi pensé, mais l'occasion vous manquait ». Combien cet homme de Dieu a veillé à ne pas blesser inutilement les sentiments des frères, et combien nous devrions tous veiller à ce que l'amour de Dieu s'étende, non seulement au point de nous donner des sentiments libéraux envers les frères, mais aussi au point d'influencer nos langues et nos plumes pour ne pas blesser inutilement même le moindre d'entre eux.

L'Apôtre s'empresse de faire remarquer qu'il ne se plaint pas du manque. Il avait appris à mettre lui-même en pratique la leçon qu'il venait de leur communiquer, concernant la joie dans le Seigneur - à rejeter les pensées soucieuses et à s'approcher du Seigneur par la prière et la supplication dans l'action de grâces, et il possédait la paix qui en résultait. Dans cette condition de cœur, aussi nombreuses qu'aient pu être ses nécessités, il n'était pas dans le besoin, car il était convaincu que le Père fournirait les choses dont il avait réellement besoin - et il n'en voulait pas davantage ; car, comme il l'explique, il avait appris la leçon suivante : « J’ai appris à être content en moi-même dans les conditions où je me trouve ». Nous ne devons pas nous contenter à la manière du vagabond, de l'indolent et de l'insouciant, qui préfèrent « vivre par la foi » aux dépens de ceux qui « travaillent de leurs mains ». Nous ne devons pas nous contenter de laisser les possibilités, les talents et les privilèges que le Seigneur nous a accordés rester inutilisés ; mais en utilisant ces talents et ces possibilités au mieux de notre capacité et de notre compréhension, et en cherchant par la prière et la supplication, la joie et l'action de grâces, à les utiliser tous comme il plaira au Seigneur, nous devrions être satisfaits du résultat de ces efforts.

Nous devrions comprendre que notre Père céleste, qui nourrit les moineaux et couvre les champs de verdure, est tout à fait capable de répondre à nos besoins de la manière et dans la mesure nécessaires à notre plus grand bien-être ; ainsi, après avoir fait notre part au mieux de nos capacités, nous devons être pleinement satisfaits des résultats - même si ces résultats ne sont que le strict nécessaire pour vivre. Mais nous devons nous contenter du strict nécessaire uniquement lorsqu’il s’agit des meilleurs résultats que l'on puisse obtenir par un usage raisonnable et judicieux des possibilités et des talents que le Seigneur nous a donnés, conformément à notre consécration à Son service. « Contentez-vous de ce que vous avez » n'ignore pas nos talents et nos possibilités, car ils font partie des choses que nous possédons, des choses que, en tant qu'intendants, nous sommes tenus d'utiliser au mieux de nos jugements.

Il est certain que le Seigneur préparait l'Apôtre à une grande place dans le Royaume céleste, lorsqu'Il lui a donné une telle variété d'expériences comme celles qui sont détaillées dans le 12e verset. Il est certain que, de même que le Seigneur a été touché par le sentiment de nos infirmités, afin d'être un Souverain Sacrificateur fidèle pour le Royaume millénaire (ainsi que pour nous maintenant), de même l'Apôtre, par ses expériences, était manifestement préparé à occuper une place très honorable et très importante dans la Sacrificature Royale de ce même Royaume. Il en va de même pour nous : Si les expériences de la vie sont pour nous très accidentées nous pouvons en conclure que le Seigneur sait que les hauts et les bas de la prospérité et de l'adversité sont nécessaires pour nous instruire convenablement et nous qualifier pour la position qu'Il nous réserve dans l'avenir. Apprenons donc, comme l'Apôtre, à vivre dans l'abondance sans que les bonnes choses terrestres nous détournent de nos vœux de consécration. Apprenons aussi à vivre dans la pauvreté (besoin), sans rien désirer de plus que ce que le Seigneur, dans Sa sagesse et Sa providence, trouve bon de nous donner. Soyons contents ! (Manne du 6 mars). Le secret du succès de l'Apôtre est exposé dans le dernier verset de la leçon. Il s'agissait de sa relation étroite avec le Seigneur, de son union intime avec Lui, de sa confiance en Lui : il demeurait comme un sarment dans la Vigne, il était fortifié par le même esprit, et c'est ainsi qu'il a pu faire toutes ces choses et traverser toutes ces expériences avec gratitude, avec reconnaissance, avec joie. Apprenons tous ainsi à « nous réjouir toujours dans le Seigneur ».