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« HAÏ SANS CAUSE »
- GENÈSE 37 : 12-36 -
« Et les patriarches, étant pleins d'envie contre Joseph, le vendirent pour être mené en Égypte ; et Dieu était avec lui » - Actes 7 : 9.

Rachel, l'épouse bien-aimée de Jacob, était morte, mais son fils aîné, Joseph, était plus aimé de son père que ses dix demi-frères plus âgés. Et d'après le récit, il n'est pas déraisonnable de supposer que cet amour n'était pas seulement dû à sa mère, mais que Joseph lui-même avait une douceur et une noblesse de caractère qui le recommandait spécialement à son père et lui attirait son affection. En tant que fils de son âge avancé, Jacob était enclin à favoriser Joseph de diverses manières, et entre autres, il lui procura une robe coûteuse, d'un genre particulier à cette époque, dont des échantillons ont été récemment trouvés en Égypte, dans le tombeau de Beni-Hassan - « de longues robes richement brodées, de motifs et de couleurs variés, qui semblent avoir été produites en cousant ensemble de petits morceaux de couleurs différentes. Hérodote en décrit une offerte par le roi d'Égypte, qui ‘avait un grand nombre de figures d'animaux entrelacées dans son tissu, et était brodée d'or’ ».

Jacob ne s'est probablement pas rendu compte à quel point sa partialité cultivait chez ses autres fils un sentiment d'inimitié et d'envie à l'égard de Joseph ; et, en fait, nous pouvons nous demander s'il aurait été avantageux pour Joseph, en ce qui concerne le développement de son caractère, de rester à la maison dans de telles conditions ; il aurait probablement été un jeune homme gâté, tout comme les grands-parents sont très susceptibles de gâter leurs petits-enfants par trop de caresses et de partialité, développant chez l'enfant favorisé un esprit d'orgueil qui le tourmente et lui fait du tort pour le reste de sa vie.

La jalousie de ses frères à l'égard de la partialité de son père fut renforcée par deux rêves que Joseph fit et qu'il leur raconta, apparemment en toute simplicité et innocence. Dans l'un des rêves, il vit douze gerbes dans le champ, une pour chacun des fils de Jacob, et les onze autres gerbes se prosternaient devant sa gerbe. Dans l'autre rêve, il vit le soleil, la lune et onze étoiles se prosterner devant lui. Ses frères furent en colère à l'idée de sa supériorité ultime sur eux, qui étaient ses aînés ; et même son père rejeta l'idée que le rêve puisse avoir une quelconque signification, car il impliquerait que Joseph serait plus grand que ses parents, ainsi que plus grand que ses frères. Nous ne devons pas considérer ces rêves comme le fruit de l'imagination et de l'ambition de l'enfant, bien que cela puisse être le cas pour de nombreux rêves ; nous devons plutôt comprendre que ces rêves étaient prophétiques : que Dieu prédisait, présageait l'avenir - dans l'intention que Jacob, Joseph et ses frères finissent par discerner que la main du Seigneur était liée à toutes les circonstances particulières de sa vie ; que Dieu les avait prévues et les a contrôlées de la manière dont elles ont finalement abouti. Cette prédiction rendrait les leçons beaucoup plus importantes lorsqu'elles seraient comprises, tout comme les déclarations prophétiques concernant notre Seigneur et Son expérience sont plus convaincantes à cause de cela. Les rêves s'accomplirent plus tard, lorsque Jacob et sa famille se présentèrent devant Joseph, prince d'Égypte, et lui firent des révérences comme à un roi.

L'Apôtre range bien la jalousie parmi les œuvres de la chair et du diable (Gal. 5 : 19-21). C'est une graine qui pousse rapidement dans tout cœur où elle prend racine, et qui peut dire quel fruit amer elle produira ? Elle s'était tellement développée dans le cœur des frères de Joseph, que lorsqu'il vint à eux dans le champ de Dothan avec un message de son Père, leur jalousie dépassa toutes les limites, et ils préméditèrent un meurtre. Par la suite, à la demande de Ruben, l'un des leurs, sa vie fut épargnée, et il fut simplement mis dans une fosse, une citerne sèche, pour mourir de faim ; Ruben, cependant, prémédita sa délivrance. Par la suite, à la demande de son frère Juda, sa vie fut épargnée et il fut vendu à des marchands ambulants comme esclave pour le marché égyptien, où peu de temps après il fut installé comme serviteur dans la maison de Potiphar. Combien dur a dû être le cœur de ces frères, et combien douloureux et affligé a dû être le cœur de Joseph, l'enfant favorisé de son Père ! Le récit ne nous dit rien de ses larmes, de ses supplications et du refus de ses frères, mais un récit nous en est donné ailleurs (Gen. 42 : 21), car les frères coupables, lorsqu'ils étaient eux-mêmes dans la détresse, s'exclamaient : « Nous avons vu la détresse de son âme quand il nous demandait grâce, et nous ne l'avons pas écouté ; c'est pourquoi cette détresse est venue sur nous ».

Celui qui trouve dans son cœur de la jalousie, de la haine ou de la méchanceté, à quelque degré que ce soit, doit savoir qu'il abrite un ennemi ; un esprit qui, dans certaines circonstances, pourrait rapidement se transformer en un esprit de meurtre. L'Apôtre exhorte donc tous ceux qui sont devenus de Nouvelles-Créatures dans le Christ Jésus à mortifier, à tuer, à enterrer, à faire disparaître l'esprit du mal, de la haine, de la dispute, de la jalousie, et, sous l'influence transformatrice de l'Esprit du Seigneur, à revêtir de plus en plus, jour après jour, l'esprit d'amour, l'Esprit du Christ. Nous pouvons voir une leçon dans l'expérience des frères de Joseph ; et même si la jalousie ne nous a jamais menés aussi loin, elle devrait être une illustration pour nous de sa tendance, et nous devrions la détester et par conséquent l'éradiquer de nos cœurs.

Le point principal de cette leçon est son illustration de la providence divine. Elle rappelle aux enfants de Dieu de cette dispensation de l'Évangile la promesse de la parole du Seigneur, selon laquelle « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu ». Elle nous enseigne combien nous pouvons compter implicitement sur la puissance, la sagesse et l'amour divins, même quand tout semble être contre nous ; et aussi combien sont vaines toutes les puissances de nos ennemis pour nous faire un vrai malheur si Dieu est pour nous (Rom. 8 : 31). Il semble que l'esprit de meurtre était dans ces neuf frères, et il semble que si le Seigneur n'avait pas conduit l'affaire de cette manière, certains d'entre eux auraient tué Joseph rapidement. Mais nous ne devons pas supposer que c'était le seul moyen que Dieu pouvait adopter pour amener Joseph en Égypte, et finalement (Gen. 41 : 40) sur son trône, pour être le donateur de vie (fournisseur de pain) pour les Égyptiens dans leur famine, et aussi pour les Israélites, et ainsi conduire à la captivité de toute la nation d'Israël en Égypte, et à leur discipline et à leur éducation dans les arts connus des Égyptiens, et finalement causer leur délivrance, comme Il le fit. Nous devons nous rappeler que le Tout-Puissant est à la fois plein de sagesse et de puissance, et qu'il aurait pu choisir n'importe lequel des nombreux moyens pour accomplir Son dessein. La leçon illustre cependant la sagesse de Dieu, grâce à laquelle Il est capable non seulement de déjouer les complots des hommes mauvais, mais aussi d'utiliser leurs mauvaises actions pour servir Ses desseins, réaliser Ses projets et bénir ceux qu'Il guide. Que tout le peuple consacré de Dieu, les véritables Israélites spirituels, puissent tirer de cette leçon un grand élan de foi, et s'en remettre désormais plus fermement et plus entièrement que jamais au Seigneur et à la puissance de Son pouvoir. Quelle paix, quelle joie, quel réconfort cela apporte, de pouvoir réaliser par la foi que le Seigneur est à la barre de tous nos intérêts et de toutes nos affaires, temporelles et spirituelles !

Ceux qui peuvent planifier un meurtre, et qui sont pleins de jalousie, de malice et de haine, n'hésiteront pas à soutenir leur mauvaise voie par la fraude, la tromperie, le mensonge. Et il en fut ainsi pour les dix frères. Ils prirent le manteau multicolore, le traînèrent dans le sang et l'envoyèrent à leur père Jacob, probablement par l'intermédiaire d'un messager. Ne mettant jamais en doute leur parole, Jacob accepta immédiatement la version selon laquelle son fils bien-aimé avait été cruellement dévoré par une bête sauvage, et il pleura sa perte, apparemment pendant des années ; ses autres fils s'efforcèrent en vain de le réconforter et, sans doute, souffrirent de quelque angoisse à cause de leurs actes. Peut-être cette expérience du mal a-t-elle été finalement bénéfique à Jacob et à ses fils. En effet, la suite du récit semble le suggérer. Et il y a là une leçon pour nous, à savoir que ceux qui cèdent à de mauvaises influences peuvent par la suite en tirer de précieuses leçons, et que nous pouvons espérer qu'ils reviennent à la droiture. C'est une partie de notre espoir concernant le monde dans l'Âge millénaire à venir - que les expériences actuelles avec le péché, l'envie, la haine et les conflits s'avéreront précieuses pour eux, lorsqu'ils auront expérimenté certaines des rétributions et appris une voie plus excellente, sous les jugements de ce temps-là.

De même que Joseph fut haï par ses frères, et cela sans raison, et tué au sens figuré, lorsqu'il leur fut envoyé par son père, de même Jésus vint chez Ses propres frères, les Juifs, vint dans leur intérêt, en tant que représentant du Père, fut haï sans raison, et fut réellement mis à mort, assassiné. Cependant, dans la providence du Seigneur, cette haine même L'amènera finalement sur le trône de la terre, à la place du pouvoir, et Lui donnera le contrôle de toute la nourriture, le « pain de la vie », et ainsi indirectement, Il deviendra le donateur de vie, non seulement pour le monde de l'humanité, représenté par les Égyptiens, mais aussi pour Ses frères, les Juifs - pour tous ceux qui recevront le pain de la vie selon les termes et les conditions généreuses alors établies.

Et « comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde », comme membres de Son corps, comme Ses représentants charnels maintenant, pour être, si nous sommes fidèles, Ses cohéritiers sur le trône dans le futur, et pour dispenser avec Lui la vie au monde mourant.

Nous ne devons donc pas nous étonner si nous nous trouvons haïs du monde ; car, comme l'a dit le Maître, ils diront faussement contre nous toute sorte de mal à cause de Lui. Souvenons-nous de Ses paroles : « Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est sien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis du monde, à cause de cela le monde vous hait » - Jean 15 : 18,19.

Notre Maître fut haï sans cause. Autant que possible, qu'il en soit de même de nous. Que nos vies soient aussi pures que possible, afin que la haine, la malice, l'envie et le meurtre qui peuvent être répandus contre nous soient entièrement immérités. Autant que nous le pouvons, que nos pensées, nos paroles, nos actions puissent annoncer les vertus de notre Seigneur et manifester notre amour pour tous les hommes, spécialement pour la maison de la foi. Bientôt, lorsque ... la nouvelle dispensation aura été inaugurée, ceux qui nous haïssent maintenant, parce qu'ils sont surtout aveuglés et égarés par l'Adversaire, se prosterneront devant l'Oint de l'Eternel. Nous aurons alors la grande joie de les relever, de les bénir, de les encourager, de les pardonner et de les aider à revenir à l'image et à la ressemblance à Dieu (Manne du 8 décembre).

Dans notre texte d'or, notons la déclaration significative : « Et Dieu était avec lui ». Le succès dans la vie peut être considéré de différents points de vue. Pour certains, les vies réussies sont celles représentées par Alexandre le Grand, César, et les rois, empereurs et généraux notables ; ou par ses accumulateurs d'argent - Croesus, Carnegie, et d'autres encore. Mais nous écrivons pour ceux qui ont des conceptions de la grandeur différentes de celles-ci ; - à ceux qui, sans dédaigner les mérites et les œuvres de charité de quiconque, ont accepté la norme divine de la grandeur telle qu'elle est décrite dans la Bible : Abraham, Joseph, Moïse, Job, David, les saints prophètes et Apôtres, et avant tout notre Seigneur Jésus. Et le secret du succès de chacun d'entre eux était : « Dieu était avec lui ».

Le même principe est vrai aujourd'hui, dans tout ce qui concerne le service divin : « Sans moi vous ne pouvez rien faire ». La faveur de Dieu, pendant l'Âge juif, se manifestait par des prospérités terrestres ; mais il n'en est pas ainsi au cours de cet âge, où la prospérité spirituelle seule indique la faveur de Dieu, et où ce ne sont pas beaucoup de riches ou de grands qui sont appelés, mais principalement les pauvres de ce monde, riches en foi, héritiers du Royaume. Et, si Dieu est avec nous et pour nous, qui peut être contre nous ? A quoi peut bien servir leur opposition ? Ils peuvent certes nous causer de la peine ou des désagréments, mais ils ne peuvent pas nous nuire ou porter atteinte à nos intérêts les plus élevés, car le Tout-Puissant a donné l'assurance que « toutes choses concourent au bien de ceux qui l'aiment, de ceux qui sont appelés selon son propos ».

Mais quel doit être le caractère de cette classe avec laquelle Dieu est aux côtés et pour laquelle Il intervient dans toutes les affaires de la vie ?

Ah ! c'est un peuple particulier - zélé pour les bonnes œuvres - zélé pour la justice - zélé pour Dieu et Sa faveur - zélé pour Son service et le sourire de Son visage - fidèle, confiant, doux. « Bien-aimés, nous sommes maintenant les fils de Dieu » ; nous avons maintenant ces assurances des faveurs de Dieu qui ne cesseront de nous accompagner si nous cherchons sincèrement à suivre les traces de notre cher Rédempteur - marchant non pas selon la chair, mais selon l'esprit. Souvenons-nous donc de nous purifier de l'envie, de la malice, de l'égoïsme, y compris de la suffisance, afin d'être des vases d'honneur et d'être prêts pour le service de notre Maître.