R 2844 (VP 34 p.61)
DÉCAPITÉS POUR LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS
« Et je vis les âmes (les personnes) de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu … et ils vécurent et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans » - Apocalypse 20 : 4.

Tous ceux qui constituent la classe du Royaume sont représentés ici comme décapités - chaque membre de l'Église glorifiée aura eu cette expérience, quelle que puisse être sa signification. Mais la réflexion nous vient que notre Seigneur ne fut pas décapité au sens propre du terme, et que, autant que l'histoire nous le montre, deux Apôtres seulement, Jacques et Paul, le furent réellement ; en fait, très peu des saints du Seigneur depuis la Pentecôte jusqu'à présent, sont morts par décapitation. Toutefois, il faut nous rappeler que ce récit nous vient d'un livre symbolique et qu'il est, par conséquent, une figure de langage, un symbole, ce dont il faut tenir compte pour rechercher sa signification.

L'Apôtre nous donne la clé quand il dit : « Christ est la tête de tout homme ; l'homme est la tête de la femme, et Dieu est la tête du Christ » (1 Cor. 11 : 3 — L. Rilliet). Comme une femme qui devient épouse accepte son mari comme tête ou chef de famille, ainsi l'Église accepte Christ comme sa tête, et chaque membre de l'Église entre ainsi en relation avec le Seigneur comme membre de Son Corps - non de la Tête ; pour être acceptables comme membres du corps symbolique de Christ, ils doivent tous être sans volonté, sans tête ; leurs propres volontés doivent être abandonnées, afin que, comme leur Seigneur, ils puissent dire : « Que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne ». Ils doivent être sans tête dans le sens d'ignorer leur propre volonté, d'être mort à soi-même, au monde, et guidé dorénavant par la volonté de la Tête du Corps, Jésus-Christ. Sa volonté, Sa pensée, Son esprit, doivent habiter en chacun des membres du corps et y abonder, s'il veut demeurer un membre de Son corps, l'Église. De sorte que, de même que la femme mariée perd son propre nom et accepte le nom de son mari et son autorité, de même chaque membre de l'Épouse de Christ doit perdre son identité, afin d'être accepté comme Épouse de Christ. C'est cet abandon de soi-même à Christ, de la part de Son Église, qui est représenté dans le texte symbolique que nous avons devant nous.

Un des principaux obstacles à la croissance du chrétien est le manque de discerner la perfection du sacrifice exigé chez ceux qui voudraient être comptés comme membres de l'Église élue, le corps de Christ. Nul ne peut être de ce nombre élu, vivre et régner avec Christ dans Son Royaume millénaire, s'il n'a été ainsi décapité. Nous pensons souvent à cela quand nous entendons dire par des chrétiens bien intentionnés : « J'ai mes idées à moi ; j'ai mes croyances personnelles ». Il est certainement préférable, dans beaucoup de cas, de juger par soi-même, plutôt que de laisser un autre homme ou une autre femme le faire à votre place ; plutôt que de permettre à une société humaine de faire un credo pour vous, même si cette société humaine, professant être votre chef, votre tête, s'appelle un synode, ou un presbytère, ou une conférence, et désire que les individus se soumettent à sa direction, et deviennent membres de quelque église terrestre. De tels systèmes sectaires - têtes et membres – sont de faux corps de Christ, que le Chef réel n'a jamais reconnus.

Il est exigé de chacun de ceux qui veulent être acceptés comme membres de la vraie Église, qu'il soit non seulement décapité (qu'il perde sa volonté propre), mais qu'il soit uni à la véritable Tête de l'Église et se reconnaisse lui-même comme membre du vrai Corps de Christ, « l'église du Dieu vivant dont les noms sont écrits dans les cieux ». La qualité de membre, dans le corps presbytérien, ou dans le corps méthodiste, ou dans le corps luthérien, ou dans le corps baptiste, ou dans toute autre institution humaine, n'est d'aucune valeur, pour la simple raison que Christ n'a jamais reconnu aucun d'eux, n'a jamais fondé aucun d'eux, ne S'est jamais uni, ou n'a jamais consenti à S'unir à eux comme leur chef. Il n'y a pas plusieurs corps de Christ, mais seulement, l'Église du Dieu vivant - il n'y a qu'un seul corps, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Le Seigneur n'est pas le Chef de ces institutions humaines qui s'appellent elles-mêmes des Corps, et y participer comme membres ne servira de rien, relativement à la récompense de cohéritier avec Christ dans le royaume ; mais au contraire (ainsi que le donnent à entendre les paroles de ce verset que nous avons omises), l'adoration, la révérence de ces systèmes humains, quand une fois on a reconnu qu'ils sont des contrefaçons du vrai corps, seraient un obstacle s'opposant à une place dans le vrai corps et dans les gloires du royaume.

Jésus n'est pas plus le chef (la tête) de ces corps, qu'Il n'a été leur fondateur et leur maître ; les Apôtres ne furent pas non plus des membres d'aucune de ces sectes ou sociétés humaines, et tous les véritables saints du Seigneur qui ont été conduits, par les tromperies de Satan, à considérer ces institutions humaines comme des corps de Christ et à s'unir à elles, tandis que réellement leur cœur maintient la fidélité envers Christ comme bien au-dessus d'elles, comme la seule véritable autorité et tête - ceux-là sont maintenant pressés de sortir de tous ces systèmes divers ; et la lumière de la Vérité Présente a pour but de leur montrer où ils sont, et de les aider à renoncer à leur fidélité envers les systèmes humains, et à déclarer fidélité seulement à l'unique Tête et à l'unique « église qui est son corps ». Ces systèmes sont si nombreux et leurs théories si diverses et si confuses, que le terme général de « Babylone » (confusion) leur est appliqué comme un nom de famille général, et il est conseillé aux vrais enfants de Dieu : « Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés et que vous ne receviez pas de ses plaies » (Apoc. 18 : 4).

Dieu donna en Israël une représentation typique de Son Église en Aaron, le souverain sacrificateur, et ses fils, les sacrificateurs. C'est ainsi que l'Apôtre dit : nous sommes « une sacrificature royale », et encore : « Considérez le souverain sacrificateur de notre profession (ou ordre de sacrificature) Jésus-Christ ». Ensuite, nous remarquons que, dans le type, la décapitation des sacrificateurs était parfaitement figurée dans le fait que ceux-ci étaient obligés de porter des « bonnets », tandis que le grand prêtre seul n'en avait pas, mais portait la mitre. C'était donc la proclamation que le souverain sacrificateur était la tête de la sacrificature ; et en se couvrant la tête, les sacrificateurs disaient en type : Nous sommes sans tête ; regardez au souverain sacrificateur ; lui, est notre tête. Dans l'antitype, les membres de la sacrificature royale doivent aussi être sans tête, et doivent tous dire, selon les paroles de l'hymne :

N'être rien, n'être rien, mais savoir te louer ;
Louer ton grand amour et te glorifier.
T'aimer de tout mon cœur, ô Seigneur glorieux,
Voilà mon seul désir, voilà ce que je veux !

Cette condition d'être sans tête et sans volonté n'est pas simplement un sentiment ; elle doit être une réalité, chez la Nouvelle-Créature. Tous ceux qui sont réellement « membres du corps de Christ », doivent, dans leurs cœurs, atteindre cette position où ils peuvent dire en toute sincérité : « Que la volonté du Seigneur soit faite » ; « enseigne-moi ta volonté, ô Seigneur ». Ils doivent prendre cette attitude d'union étroite avec Christ, qui cherchera continuellement à connaître la volonté de la Tête et cherchera à la faire. La Nouvelle-Créature, il est vrai, doit agir et penser avec l'organisme humain, et ce dernier étant imparfait à cause de la chute, il peut en résulter fréquemment une conception imparfaite de la volonté de Christ, ainsi qu'un accomplissement imparfait de cette volonté. Cependant, les imperfections de la chair ne sont pas imputées à la Nouvelle-Créature, si le cœur est loyal en cherchant à connaître et à faire la volonté de Christ.

« Le témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie », et ce que suggère notre texte, c'est que ce sera la fidélité à cet esprit de la vérité, l’esprit de Christ agissant en nous en connexion avec la parole de Dieu, les « très grandes et précieuses promesses », qui agira sur nous pour effectuer le changement de nos propres volontés en la volonté de Christ - nous décapitant, nous rendant morts à nous-mêmes et au monde et vivants pour Dieu par Jésus-Christ, notre Seigneur. Il n'y a ici aucune suggestion de dépendance d'arrangements et institutions sectaires ; chaque « âme » (individuellement) doit être décapitée pour elle-même, et doit être individuellement unie à Christ, la tête de l'Église. Aucune suggestion n'est faite ici à l'acceptation de sectes ou de sociétés. Au contraire, l'esprit de secte dans toutes ses expressions, est opposé à l'arrangement scriptural d'union, directe et complète, entre le Seigneur et l'individu seul.

Quel honneur et quelle dignité sont ainsi donnés à la parole de Dieu - le témoignage de Jésus - non seulement dans Ses propres paroles, mais spécialement dans Sa vie et Son exemple, l'esprit auquel doivent participer tous les membres du Corps, avant qu'ils puissent participer à Ses souffrances, marcher sur Ses traces dans le même étroit chemin du sacrifice de soi-même, pour être ainsi rendus dignes d'avoir une part avec Lui dans le royaume. Cependant, cela n'implique nullement qu'il n'y a aucun secours, aucune aide à rendre, à accepter et à apprécier dans le Corps de Christ, comme entre les divers membres. En effet, d'autres passages des Ecritures nous montrent que si un membre du Corps est dans la joie, les antres membres sont heureux, et que si un membre souffre, les autres participent à ses souffrances. L'Apôtre nous fait voir que notre Seigneur, la tête, communique avec les membres de Son corps, en employant comme Ses représentants certains d'entre eux - de sorte qu'un membre peut servir le Corps comme œil, un autre comme oreille, un autre comme bouche (1 Cor. 12 : 12-31). Néanmoins, nous devons toujours avoir égard à la direction du Seigneur ; et les dispositions qu'Il a prises pour le Corps, c'est ce qu'il faut rechercher en toute occasion, et non ce que les hommes peuvent projeter ou faire, dans un but d'élévation personnelle, comme prétendus docteurs dans le Corps de Christ, ainsi que tant se permettent de le faire actuellement dans l'Épiphanie.

Chers frères, considérons bien la force de cet important récit symbolique. Demandons-nous à nous-mêmes : (1) Ai-je par soumission à l'esprit et à l'exemple de Jésus et au témoignage de la parole de Dieu, abandonné ma propre direction, ma propre volonté. (2) S'il en est ainsi, à qui l'ai-je donnée ? - à une grande dénomination, faisant profession d'être le Corps de Christ, ou à une petite dénomination faisant même profession ? Est-ce que je considère celles-ci comme ma tête, mes instructeurs, les guides de ma conscience, les directeurs de mon énergie spirituelle ? Ou ai-je renoncé à ma propre direction et accepté entièrement la direction de Jésus-Christ - en laissant de côté toutes les autres têtes ou autorités contraires - pour être enseigné du Seigneur, guidé par le Seigneur, employé par Lui et pour recevoir telles expériences que Son infinie sagesse juge les meilleures pour moi. (4) Suis-je pleinement content d'être ainsi un membre de Son Corps, retranché de tous les autres corps pour être employé selon Sa volonté, comme je la trouve indiquée dans Sa parole ? Ou, suis-je, pour ainsi dire, un homme à deux têtes, cherchant à passer à travers la vie, en reconnaissant la primauté de Jésus, mais ayant en même temps une autre tête ou volonté de mon propre fonds, ou du monde - essayant par-là, d'être ce que l'Apôtre Jacques appelle « un homme irrésolu, inconstant dans toutes ses voies », m'efforçant de suivre mes propres inclinations ou celles du monde à certains moments et les directions du Seigneur à d'autres moments ; étant, par conséquent, instable, indigne de confiance, comme membre de Son Corps et mal adapté pour être employé par Lui, mais plutôt dans une condition où je puis être finalement répudié, si je ne deviens entièrement décapité à l'égard de ma volonté propre ? (5) Ou bien ai-je, ce qui est le pire de tout, trois têtes ou parties de trois têtes ; un peu de ma propre tête, ou volonté, non complètement retranchée ; un peu de la tête ou volonté de Christ, incomplètement attachée ; et un peu de la tête d'une secte d'origine humaine, d'une secte de la grande foule, par exemple, confusion insensée, qui me rend entièrement inapte à comprendre la pensée de l'esprit et d'y obéir.

Chers bien-aimés, le temps est court ; le grand prix que nous cherchons est près de nous ; le « but » ou l'idéal du caractère à atteindre nous est clairement présenté, et les Ecritures nous montrent d'une manière lumineuse par des exemples, la nécessité d'une consécration complète au Seigneur, nous disant que cela signifie mort à soi-même et au monde et vie pour Dieu. Ne voudrons-nous pas veiller à ce que, par la grâce de Dieu, toute autre tête ou autorité soit complètement retranchée et mise de côté, et désormais, nous appliquer les paroles de l'Apôtre : « Christ est ma vie », à moi, comme membre du Corps de Christ, guidé par Sa volonté, telle que je la discerne par Sa parole, Sa providence et Son exemple ? C'est une autre figure de la perfection dans la ressemblance du caractère avec notre Seigneur. N'abandonna-t-il pas complètement Sa propre direction, Sa propre volonté, pour la volonté du Père ? Certainement ; et de même que cette entière consécration fut récompensée par le Père, ainsi nous avons l'assurance que notre consécration complète (et rien de moins) sera pleinement récompensée par notre Seigneur et Tête, dans le Royaume.