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LA PATIENCE COMME ÉLÉMENT DE CARACTÈRE
« Parce que tu as gardé la parole de ma patience, moi aussi je te garderai de l'heure de l'épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière, pour éprouver ceux qui habitent sur la terre » - Apocalypse 3 : 10.

Nous ne discuterons pas ici ce verset du point de vue de son application à la période de Philadelphie de l'histoire de l'Église, mais nous nous contenterons d'examiner les principes sous-entendus dans sa déclaration, croyant, comme nous le faisons, que les relations du Seigneur avec Son Église tout au long de cet Âge de l'Évangile suivent les mêmes lignes, sont en harmonie avec les mêmes principes. Par conséquent, toute condition qui serait acceptable et agréable pour le Seigneur en ce qui concerne la période de Philadelphie de l'histoire de l'Église serait acceptable et agréable pour Lui en ce qui concerne nous-mêmes et tous les autres membres de Son peuple au cours de cet âge.

Nous voyons qu'un accent particulier est mis sur la patience – « la parole de ma patience », ou la patience que Ma parole inculque. En examinant le mot d'un œil critique, nous trouvons que deux mots bien distincts dans le grec sont traduits par notre mot français patience dans le Nouveau Testament ; l'un est makrothunia (Héb. 6 : 12 ; Jacq. 5 : 10 ; Actes 26 : 3) : c'est le mot qui, d'une manière générale, correspond à la pensée commune de la patience, telle que nous en parlons dans les affaires quotidiennes de notre vie ; il signifie plutôt longanimité, et, en effet, makrothunia est généralement traduit ainsi dans tout le Nouveau Testament (Rom. 2 : 4 ; 9 : 22 ; Eph. 4 : 2 ; Col. 1 : 11 ; 3 : 12 ; 1 Tim. 1 : 16 ; 2 Pi. 3 : 15, etc.). Mais ce n'est pas le mot utilisé dans notre texte, ni le mot généralement traduit par patience dans tout le Nouveau Testament, à savoir hupomonee.

Ce mot, hupomonee, a une signification beaucoup plus profonde et plus complète que celle qui s'attache à notre mot anglais patience. Il signifie plutôt la persévérance, l'idée étant l'endurance du mal d'une manière joyeuse, volontaire et patiente. Il représente donc un élément de caractère, et pas seulement une condition temporaire ou une retenue de sentiment ou d'action. Par exemple, un homme mondain peut avoir beaucoup de patience dans la conduite de ses affaires ; il peut être très attentif à ses clients, très obligeant, très minutieux, et ne manifester aucun mécontentement à l'égard du manque de considération de ses clients ; et le mot « patience », dans son sens ordinaire, peut être attribué à sa conduite. Mais dans notre texte, le mot rendu par patience signifie un développement du cœur et du caractère qui se manifeste par l'endurance du mal ou de l'affliction avec un certain contentement, sans rébellion de la volonté, avec un plein acquiescement à la sagesse et à l'amour divins, qui, tout en permettant les maux présents, ont promis de les renverser au moment voulu par Dieu. Nous croyons qu'il nous sera utile d'examiner attentivement cet élément du caractère chrétien, dont notre Seigneur fait un si grand éloge, afin que, le reconnaissant clairement, nous puissions, en tant que Ses disciples, y parvenir plus complètement, et avoir ainsi Son approbation plus abondante.

Puisque notre texte mentionne cette endurance patiente comme étant la « parole » ou l'enseignement du Seigneur, jetons un coup d'œil en arrière dans le récit de l'Évangile, et notons l'utilisation de cette Parole par le Seigneur dans Son enseignement. Par deux fois, elle est mentionnée comme faisant partie de Son discours. Dans Luc 8 : 15, dans la parabole du semeur, nous lisons : « Mais ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience [avec une joyeuse endurance, constance] ». La pensée ici est que pour faire partie de la classe des porteurs de fruits que le Seigneur approuvera et acceptera dans Son Royaume, il est nécessaire de faire plus que de recevoir la parole de Son témoignage, même si nous la recevons avec joie - car cette classe, dans la parabole, est représentée par le sol pierreux, qui donnait d'abord l'évidence d'une grande fécondité et d'une grande vigueur, mais qui, lorsque le soleil de la persécution s'est levé, s'est desséché, à cause du manque de profondeur du sol. Ce sol pierreux et peu profond représente, explique le Seigneur, une classe d'auditeurs qui se réjouissent grandement de la vérité, mais qui n'endurent pas, qui ne peuvent pas résister à la persécution ou à l'opposition, mais qui se dessèchent, et se découragent. Ces personnes ne peuvent pas faire partie de la classe du Royaume, qui doit être composée de vainqueurs.

Dans cette parabole, notre Seigneur nous montre que l'endurance patiente, la constance, est le test final, après la préparation pour recevoir la semence ; après que la semence a été reçue et a germé ; après que l'amour, l'espérance, la joie et la foi l'ont fait germer et donner du fruit. Il faut donc de la patience et de l'endurance pour que le grain se développe, mûrisse et soit prêt pour la moisson. Ah ! combien l'endurance patiente semble importante, à la lumière de ce mot de notre Seigneur - l'endurance joyeuse ; car nous ne pouvons pas supposer que Celui qui juge les pensées et les intentions du cœur serait satisfait de Ses enfants, même S'il les voyait endurer beaucoup pour Lui, s'ils enduraient dans un état d'esprit impatient ou mécontent ou malheureux. Ils ne seraient pas, dans ce cas, des copies du cher Fils de Dieu, notre Seigneur, dont le sentiment est exprimé par ces mots : « C'est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir ». Tous les membres de la Sacrificature Royale sont des sacrificateurs, comme l'était le Souverain Sacrificateur, notre Rédempteur et notre modèle, qui S'est offert Lui-même : nous aussi, en tant que sous-sacrificateurs, nous avons offert nos corps en sacrifice vivant, et nous devons donner notre vie pour les frères, au service de la vérité. Et Dieu, qui accepte ces sacrifices par le mérite du Christ, nous fait savoir qu'Il apprécie ou aime le donateur joyeux, celui qui accomplit ses sacrifices de bon cœur, avec joie. Et cette pensée, il faut le noter, se trouve dans le mot grec que nous considérons. C'est l'endurance joyeuse, l'endurance patiente, qui est recommandée.

L'autre exemple dans lequel notre Seigneur a utilisé ce mot au cours de Son ministère est écrit dans Luc 21 : 19. Il venait de dire à Ses disciples ce à quoi ils devaient s'attendre s'ils étaient Ses disciples durant cette période, où le péché abonde et où Satan est le prince de ce monde : ils devaient s'attendre à des tribulations, à des oppositions de toutes parts ; mais Il leur donne l'assurance qu'ils seraient néanmoins entièrement et complètement sous la garde et la protection divines, même s'il était permis aux persécutions de les atteindre et de les affecter. Suivent ensuite les mots : « Possédez vos âmes par votre patience [endurance patiente, constance joyeuse] ».

Notre foi et notre confiance dans le Seigneur et Ses gracieuses promesses pour la vie future doivent être si fortes qu'elles feront plus que contrebalancer les oppositions du monde, des faux frères et des serviteurs aveuglés de Satan ; à tel point que ces persécutions seront reconnues et accueillies avec joie comme les agences de la providence divine pour ciseler, façonner et polir les pierres vivantes du glorieux Temple que Dieu construit. Et en considérant nos épreuves de ce point de vue, nous pouvons en effet posséder nos âmes, nos vies, et en jouir, même au milieu des tribulations, avec une endurance joyeuse, une constance. En effet, nous pouvons nous rendre compte que l'âme, l'être réel, auquel Dieu a donné les promesses extrêmement grandes et précieuses de l'avenir, ne peut pas être blessée par les persécutions de la chair, ni par quoi que ce soit que les hommes puissent nous faire, tant que nous sommes fidèles au Seigneur, acceptant les persécutions avec une joyeuse constance, comme les opérations permises par Sa providence pour notre bien ultime.

LA NÉCESSITÉ DE L'ENDURANCE PATIENTE.

La question qui se pose ici est la suivante : pourquoi en est-il ainsi ? Dans quel sens cette endurance est-elle nécessaire ? Nous répondons qu'il s'agit d'une des conditions que Dieu a attachées à l'appel au cohéritage dans le Royaume, et la sagesse de ceci est manifeste lorsque nous considérons l'œuvre à laquelle nous sommes appelés - l'œuvre de bénir toutes les familles de la terre, comme le Royaume millénaire de Dieu, sous et en cohéritage avec notre Seigneur. Ce sera une grande œuvre, et il est tout-à-fait approprié que le Seigneur exige que ceux qu'Il jugera dignes d'elle ne se contentent pas d'apprécier Sa bonté et Son caractère, et de les préférer au péché et à l'iniquité, mais qu'ils fassent preuve d'une loyauté totale à l'égard de ces principes, au point d'être joyeusement disposés à souffrir au nom de la justice, à endurer patiemment. Une endurance temporaire d'une, deux ou trois brèves épreuves ne prouverait pas que la personne a un caractère établi pour la justice ; mais une endurance patiente et joyeuse, même jusqu'à la mort, prouverait et démontrerait un tel caractère.

Nous pouvons illustrer cela avec le diamant. Supposons que nous soyons capables de fabriquer des diamants à partir d'une matière plastique, de sorte qu'ils aient toute la brillance d'un diamant, et supposons qu'ils deviennent durs, mais pas à un degré aussi extrême que le diamant, auront-ils la valeur du diamant ? En aucun cas. Il en va de même pour le Chrétien ; si nous devions le supposer possesseur de toutes les grâces de caractère qui peuvent appartenir aux fils de Dieu, sauf celle de la constance, de l'endurance, il ne serait pas digne d'être compté parmi les joyaux du Seigneur. C'est pourquoi le Seigneur exige que la qualité de constance, d'endurance joyeuse dans tout ce que Sa providence peut permettre, soit une caractéristique de tous ceux qui seront aptes à entrer dans le Royaume.

L'importance de l'endurance dans le caractère chrétien est pleinement confirmée par l'usage que l'Apôtre Paul fait de ce mot ; en effet, à plus d'une occasion, il la place au-dessus et au-delà de l'amour, qui, nous l'avons vu, est la « marque » du caractère pour lequel nous devons courir, la marque du prix. Par exemple, en écrivant à Tite (2 : 2), en énumérant les caractéristiques du Chrétien avancé, l'Apôtre utilise les mots suivants : « Sobres, graves, sages, sains dans la foi, dans la charité [amour], dans la patience [endurance patiente et joyeuse] ». Même si nous possédons toutes les autres qualités, nous devons passer ce test final de la patience et de l'endurance joyeuse avant d'être acceptés par le Seigneur comme membres des « véritables élus ». De nouveau, en écrivant à Timothée (2 Tim. 3 : 10) à propos de lui-même, l'Apôtre met cette qualité de l'endurance patiente à la place de l'amour en disant : « Tu as pleinement compris ma doctrine, ma conduite, mon but constant, ma foi, mon support, mon amour, ma patience ».

On peut se demander comment cette qualité peut être supérieure à l'amour, si l'amour est l'accomplissement de la Loi et la marque du prix de notre Haut-Appel ? Nous répondons que l'endurance patiente n'intervient pas seulement à la fin de notre course, mais qu'elle est nécessaire tout au long du parcours. Nous avons besoin de cette endurance joyeuse dans les premières épreuves de la vie chrétienne, et à mesure que nous avançons dans notre course vers la marque, l'esprit d'endurance joyeuse devrait devenir de plus en plus fort à chaque étape du voyage. Il est avec nous à la marque du premier quart, et à la marque du deuxième quart, et à la marque du troisième quart, et encore avec nous à la marque du quatrième quart, la marque du prix, l'amour parfait. Et quand nous aurons atteint cette marque de la course, qui consiste à aimer non seulement nos amis, mais aussi nos ennemis, il nous sera demandé de nous tenir à la hauteur de la marque, fidèlement, joyeusement, patiemment, en supportant les épreuves que le Seigneur jugera bon de faire tomber sur nous. C'est pourquoi l'Apôtre nous exhorte : « Après avoir tout surmonté, tenez ferme » - endurez. Ayant atteint la « marque », « Que la patience ait son œuvre parfaite », ou « puisse parfaire son œuvre ». Que l'endurance patiente démontre, non seulement que vous avez le caractère, les qualifications de l'amour, exigées dans la course pour le prix, mais aussi que vous l'avez comme un élément de caractère, profondément enraciné, immuable, de sorte que vous pouvez supporter les oppositions avec joie.

Ah oui ! nous pouvons voir maintenant une raison pour laquelle le Seigneur a disposé que nous devions avoir notre épreuve comme le Maître a eu la Sienne, dans un environnement mauvais - afin que nous puissions non seulement avoir les qualités de caractère, mais les avoir enracinées, fondées, affermies, et que tout cela soit démontré et prouvé par notre endurance joyeuse à tout ce que la providence divine jugera bon de permettre de nous arriver.

DES APPLICATIONS INSPIRÉES DE LA PATIENCE-ENDURANCE.

Tout ce qui nous permettra de voir l'importance de cette qualité d'endurance patiente et joyeuse nous sera utile. Notons donc quelques autres exemples dans lesquels ce mot est utilisé dans le Nouveau Testament. L'Apôtre Paul dit : « Car vous avez besoin de patience [endurance joyeuse, constance], afin que, ayant fait la volonté de Dieu [avoir atteint le but], vous receviez les choses promises » (Héb. 10 : 36). Nous voyons ici que l'épreuve n'est pas simplement de faire la volonté de Dieu, mais, après être parvenus à ce point, à ce but de caractère dans nos cœurs, dans notre volonté (s'il n'est atteint que partiellement dans la chair), nous devons, avec une endurance patiente, ériger la juste volonté de Dieu comme loi de nos cœurs et règle de vie dans toutes les circonstances et toutes les conditions. C'est alors et pas avant que nous serons dans l'état de cœur propre pour le Royaume. L'Apôtre Jacques déclare : « L'épreuve de votre foi produit la patience [l'endurance patiente] », c'est-à-dire que si notre foi supporte l'épreuve, elle produira ce caractère d'endurance patiente. Il va sans dire, d'autre part, que si nous ne parvenons pas à l'endurance patiente, cela signifiera que notre foi n'a pas supporté l'épreuve, que nous ne sommes pas propres pour le Royaume (Manne du 23 novembre).

Ainsi, nous voyons clairement qu'une grande erreur a été commise parmi le peuple chrétien en général en supposant que la religion est simplement une chose que l'on obtient en réponse à une prière, ou en allant sur un banc de deuil, ou en se levant pour prier, ou en réponse à quelque appel humain ou divin - comme on obtient un dollar et on le met dans sa poche. Au contraire, la repentance du péché et l'acceptation du Christ, dans la foi pour la justification, ne sont que le début et non la fin de la voie chrétienne. Le pas suivant est la consécration, et cela aussi est loin d'être une fin ; c'est simplement le commencement à l'école du Christ, l'inscription de nos noms comme ceux qui désirent être élèves, et être enseignés par Dieu pour cultiver les fruits et les grâces de l'esprit. Toutes ces choses sont nécessaires, mais il faut bien plus encore ; il faut aller de l'avant, non seulement jusqu'à l'accomplissement de la foi et de l'amour, mais aussi jusqu'à la démonstration du caractère exprimé dans Sa parole, l'endurance patiente.

L'Apôtre Paul exhorte : « Courons avec patience [constance joyeuse, endurance patiente] la course qui est devant » (Héb. 12 : 1). Comme nous l'avons déjà observé, la course doit être courue avec cette constance si nous voulons atteindre la « marque », et après avoir atteint la marque, la position ne peut être maintenue que par la grâce de la constance, de l'endurance patiente, afin qu'après avoir tout fait, nous puissions rester debout.

L'HEURE DE LA TENTATION QUI VA S'ABATTRE SUR LE MONDE ENTIER.

Nous ne devons pas comprendre les paroles de notre Seigneur comme signifiant qu'Il a préservé ceux de Son peuple désignés comme l'Église de Philadelphie de toute épreuve et de toute tentation : bien au contraire, nous pouvons être sûrs que les épreuves et les tentations ont été le lot du peuple du Seigneur pendant tout l'âge. Comme l'Apôtre Pierre l'a dit à certains en son temps, « Ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire [de nouveau] » (1 Pi. 4 : 12). Les épreuves doivent être le lot de tous ceux qui veulent être des « vainqueurs ». Comment pourraient-ils vaincre autrement s'ils n'avaient pas d'épreuves à surmonter ? L'Église représentée comme appartenant à l'époque de Philadelphie eut ces épreuves communes ou générales ; mais le Seigneur Se proposa de les épargner de certaines épreuves spéciales qui allaient venir sur le monde entier. Nous ne sommes pas de la période de Philadelphie, mais de la période de Laodicée, qui entre dans ces épreuves, et selon notre compréhension, cette « heure de tentation », qui doit éprouver tous les peuples du monde, est déjà là, nous y sommes déjà, et elle fait partie de l'épreuve de notre endurance.

Mais si notre Seigneur ne préserve pas la phase Laodicéenne de Ses saints d'entrer dans la détresse, nous pouvons être sûrs que ceux qui gardent la parole de Sa patience maintenant auront Sa puissance de sauvegarde, comme promis aux saints Laodicéens : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et qu'il ouvre la porte, j'entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi ». Ceci est la récompense spéciale de ceux qui, au temps présent, dans la période de Laodicée, courent la course avec une endurance patiente. Si nous n'avons pas eu le privilège d'échapper à l'heure de la tentation, néanmoins le fait de vivre au temps de la parousie [présence] de notre Seigneur a eu pour résultat de nous apporter en compensation une bénédiction spéciale. Il nous est possible d'avoir Sa communion, Son instruction, Sa nourriture spirituelle qu'Il nous dispense « au temps convenable », d'une manière et à un degré dont ne bénéficièrent aucun des fidèles des périodes passées. Toutefois, comme nous pouvions nous y attendre, cette faveur suprême est contrebalancée par la subtilité et la sévérité des épreuves de cette heure de tentation qui vient sur le monde entier.

Si jamais l'endurance patiente fût nécessaire, c'est bien maintenant (Manne du 3 décembre) ; Si jamais il a été vrai : « vous possédez vos âmes par la patience », c'est bien maintenant. Ceux qui courent la course d'une manière acceptable et qui possèdent cette endurance patiente pourront « rester debout dans ce mauvais jour », et aucun autre ne pourra rester debout ; car, comme le dit l'Apôtre, les épreuves ardentes de ce jour éprouveront l'œuvre de chacun, quelle qu'elle soit - 1 Cor. 3 : 13.

L'heure de la tentation semble mettre spécialement à l'épreuve ce point d'endurance patiente, et dans tout le monde civilisé, nous constatons que cette qualité d'endurance patiente devient de plus en plus rare. Que nous puissions comparer les conditions d'aujourd'hui avec celles d'il y a cinquante ans, ou quarante, ou trente, ou vingt, ou dix ans, selon notre expérience en la matière, nous verrons que la volonté d'endurer du tout devient de plus en plus rare. Personne ne souhaite endurer quoi que ce soit - pour la justice, pour le Christ ou pour quelqu'un d'autre, et si une certaine endurance est éventuellement nécessaire, c'est généralement avec beaucoup d'impatience, beaucoup plus de plaintes, etc. qu'auparavant. Et cette tendance générale du monde civilisé à la non-endurance et à l'impatience a nécessairement une incidence et une influence sur tous ceux qui cherchent à marcher dans la voie étroite, à contre-courant du sentiment public et des coutumes ; plus ce courant est fort, plus leur difficulté est grande, et ce n'est que par la grâce divine que des progrès peuvent être réalisés.

Cette grâce divine nécessaire nous est accordée par la connaissance du plan divin, et elle est refusée à ceux qui ne marchent pas près du Seigneur sur les traces de Jésus. C'est pour cette raison que nous constatons une disposition croissante à l'impatience, au manque de persévérance, parmi les disciples professés du Christ. Elle est à la base de la violence populaire qui, en Europe, est contenue par la force militaire, mais qui, dans notre pays, se manifeste par des lynchages répétés, etc., qui proclament à haute voix que l'impatience est le sentiment croissant. La même situation mauvaise est illustrée par l'attaque récemment lancée contre la vente illégale d'alcool dans l'État du Kansas, à laquelle ont participé ceux qui aiment la justice et haïssent l'iniquité, sans discerner les instructions de la Parole du Seigneur concernant l'endurance patiente du mal, jusqu'à ce que son temps vienne pour la rectification de celui-ci, par l'établissement du Royaume, la liaison de Satan et la subjugation de tout le mal.

En effet, nous pouvons nous attendre à la croissance de cet esprit dans la chrétienté - le sentiment que dans le passé on a été trop patient, pas assez agressif - le sentiment que si on avait pris les choses en main il y a longtemps, le monde aurait pu être converti bien avant. Mais ceux qui ont gardé la parole d'endurance patiente du Seigneur, et qui ont cherché auprès de Lui la sagesse nécessaire d'en haut, qui est d'abord pure, puis paisible, modérée, traitable, pleine de miséricorde et de bons fruits, et d'endurance patiente, ont appris qu'Il a un temps voulu dans lequel Ses desseins seront tous accomplis ; et cet apprentissage les a aidés à cultiver une endurance patiente, comme leur Seigneur a enduré l'opposition du mal, sa malveillance, sa méchanceté, ses mensonges, sa persécution - endurant tout cela joyeusement, patiemment, comme pour le Seigneur - réalisant que c'est le programme que le Seigneur a non seulement permis, mais qu'Il l'a permis à des fins sages en rapport avec l'appel et la préparation du « petit troupeau » qui sera cohéritier du Christ, leur Seigneur, dans le Royaume.

L'Apôtre nous donne des conseils sur l'heure de la tentation dans laquelle nous venons d'entrer. Ses assauts et ses épreuves seront variés, et certains d'entre eux seront subtils ; si trompeurs que tous ceux qui ne sont pas profondément enracinés et fondés dans la vérité seront éloignés du fondement sûr (la rançon) par les faux arguments et les sophismes de ceux que Satan est maintenant autorisé à utiliser comme ses agents pour juger tous ceux qui habitent sur toute la terre. Parmi ceux-ci, aucun test ne semble plus subtil que celui de la Science Chrétienne, qui, soutenue par le pouvoir de l'Adversaire, est capable de promettre à ses adeptes que s'ils affirment une contre-vérité et la gardent, ils seront récompensés par le soulagement de certaines douleurs et de certains maux, et ceux qui n'ont pas appris à supporter patiemment tout ce que la Providence du Seigneur permet, seront prêts à accepter presque n'importe quel soulagement que l'Adversaire peut porter à leur attention. Et dans la mesure où ils apprennent à se tromper eux-mêmes en ce qui concerne la douleur et la maladie, et où ils détournent progressivement les mots de leur sens réel, ils finissent par être si confus dans leur esprit que la vérité leur apparaît comme un mensonge, et le mensonge comme une vérité brillante, sur tous les sujets concernés.

Ils y sont amenés en partie par curiosité. Il semble si étrange d'entendre quelqu'un dire : « Il n'y a pas de mort, tout est vie ! il n'y a pas de douleur, tout est santé ! il n'y a pas de mal, tout est bien ! ». Ils se disent : « Bien que nous sachions que ces affirmations sont incohérentes, nous sommes curieux de savoir comment les gens les expliquent, quelle est leur philosophie ? ». C'est exactement ce que l'Adversaire désire : attirer leur attention, pour les conduire pas à pas d'une fausseté à l'autre, jusqu'à ce que le cerveau et la conscience tout entiers soient subvertis, en les récompensant par un soulagement physique, une bien maigre récompense ! Ils ont accepté les ténèbres pour la lumière, et la lumière leur apparaîtra ensuite comme des ténèbres. Pourquoi ? Parce que, premièrement, ils ne sont pas disposés à endurer patiemment, et parce que, deuxièmement, ils n'ont pas voulu recevoir la vérité, dans la mesure où ils l'ont vue, avec une constance appropriée. Ils n'ont pas voulu recevoir la vérité dans l'amour de celle-ci et, par conséquent, ils étaient prêts à échanger ce qu'ils estimaient trop légèrement, soit dans la recherche d'informations curieuses, soit pour la guérison physique de troubles qui, s'ils avaient été supportés avec joie, auraient pu leur apporter une grande bénédiction.

L'heure de l'épreuve n'arrive pas de la même manière pour tous, car toute la chrétienté ne se trouve pas sur le même plan de développement mental, moral, physique et spirituel. L'épreuve, telle qu'elle se présente à la chrétienté en général, est figurée par l'Apôtre dans sa lettre à Timothée (2 Tim. 3 : 1-5). Il y décrit certaines caractéristiques de cette heure de tentation, ailleurs appelée aussi la grande « période de détresse » qui s'abattra sur le monde ; et d'après sa description prophétique, nous voyons que l'égoïsme sera à la base de l'affaire, et que l'impatience sera son arme. L'Apôtre dit : « Or sache ceci, que dans les derniers jours, il surviendra des temps fâcheux ; où les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs [incitateurs à la querelle], incontinents [sans retenue, impétueux], cruels, n’aimant pas le bien, traîtres [on ne peut leur faire confiance, ils vendraient leurs meilleurs amis pour des considérations égoïstes], téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié sa puissance ».

Dans sa lettre aux Thessaloniciens (2 Thess. 2 : 9-12), l'Apôtre donne quelques indications supplémentaires sur les épreuves particulières de cette heure de tentations, qui s'est abattue sur le monde entier, mais qui n'a pas encore atteint son apogée, et qui ne l'atteindra probablement pas à tous égards avant quelques années, mais qui est déjà à l'œuvre, et qui passe au crible, qui sépare - car le jugement commence par la maison de Dieu.

Il dit, en parlant de Satan, qui est le principal artisan des maux du temps présent, et qui est particulièrement actif à l'heure de la tentation par laquelle cet âge va se terminer, que son effort se fera « en toutes sortes de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d'injustice pour ceux qui périssent ». Puis il nous explique la raison pour laquelle il en sera ainsi, en disant : « Parce qu'ils n'ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur, pour qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n'ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l'injustice ». La promesse de Dieu est le fondement sur lequel est édifié tout ce que nous espérons, en matière de caractère ou de gloire future. Apprécions cette Vérité, en sorte que nous ne la compromettions en aucun sens, ni à aucun degré. Retenons non seulement la lettre de la Vérité, mais aussi son esprit - par amour pour elle, parce qu'elle est vraie, autant que belle et sublime. En la préservant ainsi, nous veillerons à ce que personne ne la déforme pour nous ou ne la pervertisse, et nous veillerons également à ne pas manipuler nous-mêmes la parole de Dieu de manière trompeuse, au point d'aveugler nos propres yeux de compréhension, et donc de nous nuire. Rappelons-nous toujours l'importance de l'endurance patiente, afin que nous puissions, non seulement cultiver les grâces chrétiennes et les pratiquer, mais aussi accepter joyeusement les épreuves, les persécutions ou les difficultés que notre Seigneur peut juger bon de permettre pour notre épreuve et pour le développement de ce caractère qui, nous explique-t-Il, est d'importance capitale et sans lequel l'amour parfait ne peut être ni atteint ni maintenu (Manne du 29 novembre).

LES ÉPREUVES PARTICULIÈRES DU TEMPS DE LA PÂQUE.

Il y a des années, nous avons attiré l'attention sur le fait que, comme la saison de la Pâque a apporté à notre cher Seigneur les peines et les épreuves de Gethsémané et du Calvaire, et qu'elle a été un temps de criblage et de test pour Judas et Pierre et tous les disciples du Seigneur, il semblerait que ce soit encore un temps dans lequel notre adversaire, Satan, reçoit une permission spéciale pour tester et éprouver le peuple du Seigneur. Et comme nous entrons de plus en plus dans « l'heure de la tentation qui éprouvera tous les habitants de la terre », nous nous attendons à ce que ces épreuves touchent particulièrement « la maison de Dieu » - les consacrés.

Par le courrier, nous sommes informés des luttes, des larmes et des prières d'un grand nombre de personnes, certaines à cause de leurs propres faiblesses et fragilités, d'autres à cause des fragilités des autres, et d'autres encore à cause de fardeaux terrestres qu'elles ne peuvent ni surmonter ni rejeter entièrement sur le Seigneur. Mais tout en compatissant avec eux et en les conseillant du mieux que nous pouvons, nous nous rappelons les paroles du Maître : « Bienheureux vous qui pleurez maintenant, car vous vous réjouirez », et notre cœur est particulièrement sollicité pour ceux dont les lettres montrent qu'ils sont dans la tentation, mais ne s'en rendent pas compte ; ceux que l'ambition, les affaires ou d'autres « soucis de cette vie et la tromperie des richesses » - spirituelles ou temporelles - engloutissent ; et surtout ceux dont l'amour de la vérité semble se refroidir au lieu de s'échauffer chaque année, et qui voient moins et comprennent moins qu'il y a quelques années. Nous nous disons que ces personnes sont comme les Apôtres, qu'elles dorment alors qu'elles devraient veiller et prier, et que l'heure de l'épreuve les trouvera mal préparées ; tandis que d'autres, qui pleurent et luttent, ressemblent davantage à notre Sauveur à Gethsémané et, comme Lui, seront fortifiées pour l'heure de l'épreuve.

Nous ne pouvons pas non plus prier le Seigneur de ne pas permettre ces épreuves de la foi et de la patience, car nous reconnaissons que les « élus » doivent être un peuple éprouvé, à cause de l'objet même de leur élection, c'est-à-dire pour qu'ils soient cohéritiers de Christ dans le Royaume promis depuis longtemps, qui doit juger et bénir le monde pendant le Millénium. Comme le dit l'Apôtre, ces « épreuves ardentes doivent vous éprouver ». C'est une question de devoir, de nécessité, en ce qui concerne tous ceux qui veulent passer de l'école actuelle du Christ à une part de Son glorieux Royaume, qu'ils doivent passer l'examen.

Ah ! si nous pouvions garder continuellement cette pensée devant nous, combien elle nous pousserait à vouloir et à faire le bon plaisir du Seigneur, à supporter fidèlement et joyeusement tout ce que notre Maître aimant juge bon de permettre, sachant qu'Il nous procure ainsi un poids de gloire bien plus considérable et éternel. De ce point de vue

« Combien légères seront alors nos épreuves !
Comme sera court notre chemin de pèlerinage !
La vie sur terre n'est qu'un songe,
Dissipé par le jour qui se lève !

Alors, paix, mon cœur, et tais-toi, ma langue !
Sois calme, ma poitrine troublée !
Chaque heure qui passe te prépare davantage
Pour le repos éternel. »

Soyons tous, chers frères, très soucieux de nous-mêmes et les uns des autres ; et considérant le prix que nous offre l'Évangile comme supérieur à tout, comme le dit l'Apôtre, « craignons donc qu’une promesse ayant été laissée d'entrer dans son repos, quelqu'un d'entre vous paraisse ne pas l’atteindre ». Aimons tellement tous les enfants du Seigneur que leur bien-être sera notre principale préoccupation, et cela signifiera notre propre santé spirituelle. Cependant, nous ne devons pas permettre que notre amour, même pour les frères, entrave notre confiance dans l'amour et la sagesse du Seigneur en ce qui concerne Ses conditions dans le choix de Son Épouse, même si les criblages devaient nous enlever certains, dont la fraternité nous est chère.

« Pourquoi une peine douloureuse
Pèse-t-elle sur ton esprit fatigué ?
Hâte-toi vers le trône de ton Père céleste
Et trouve un doux rafraîchissement. »

« COMME PAR LE FEU ».

« Parfois, je ressens un désir si passionné
Pour la perfection spirituelle ici-bas,
Ce corps vigoureux brûlant d'une ferveur salutaire,
Semble être mon ennemi déterminé.

Il résiste si activement et si durement,
Si cruellement qu'il fait parfois la guerre
Contre l'existence spirituelle supérieure,
Vers laquelle je m'efforce de tendre.

Il entrave l'intense dévotion de mon âme ;
Certains espoirs qu'il étrangle à leur naissance.
Avec un flot d'émotions violentes
Qui me lient à la terre.

C'est comme si deux ennemis mortels se disputaient
Dans mon sein, dans une lutte mortelle ;
L'un pour les buts plus élevés que Jésus recherchait,
L'autre pour la vie selon « Mammon ».

Et pourtant je connais cette même guerre en moi,
Qui fait ressortir toute ma volonté et ma maîtrise ;
Ce conflit même qui, par le Christ, me fera gagner
Le but tant aimé et tant désiré.

Et lorsque dans les rangs immortels enrôlés,
Je me demande parfois si nous ne découvrirons pas
Que non seulement pour les actes, mais aussi pour les résistances,
Nos places ont été assignées. »