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LE SOUPER DU SEIGNEUR
- Matthieu 26:17-30 -
« Faites ceci en mémoire de moi » — Luc 22 : 19.

Au sein de la chrétienté, nombreuses sont les théories concernant le Souper du Seigneur — sa signification et le temps convenable pour le célébrer. De nombreux érudits chrétiens reconnaissent qu’il fut institué comme l’antitype de la Pâque juive. Parmi les églises les plus anciennes, les églises catholiques romaine et grecque, épiscopale etc…, on essaie de commémorer la mort de notre Seigneur à sa périodicité annuelle. À l’origine, la célébration s’accordait avec les calculs juifs, le quatorzième jour du premier mois juif, Nisan — le jour où les juifs mettaient à mort l’agneau pascal-type. Par la suite cependant, on changea le mode de calcul afin de commémorer la mort de notre Seigneur le vendredi le plus proche, et Sa résurrection le dimanche — le vendredi saint et le dimanche de Pâques.

Chez les dénominations plus récentes de la chrétienté, la coutume est généralement tombée en désuétude, probablement avec un désir de mettre autant de différence que possible entre les coutumes et les cérémonies des protestants, et celles des catholiques. En conséquence, nous constatons que la majorité des protestants n’associent pas le fait que la mort de l’agneau juif, célébrée annuellement le quatorze de Nisan, typifiait la mort de notre Seigneur Jésus à la même date, celle-ci étant l’antitype, l’accomplissement du type.

Ils ne sont pas totalement sans excuse dans cette négligence, car nous devons nous souvenir que, alors que les plus anciennes églises célébraient la mort de notre Seigneur à sa date anniversaire, elles introduisirent d’autres cérémonies ressemblant au Mémorial, mais non autorisées dans les Écritures, ni dans aucune des choses se rapportant au type. Par exemple, pour l’esprit catholique moyen, aussi bien que pour le protestant, la messe catholique n’est qu’une commémoration de la mort de notre Seigneur ; mais ceci n’est pas sa signification véritable. La messe, comprise convenablement d’un point de vue théologique, est un sacrifice nouveau, et pas seulement une commémoration de l’unique sacrifice au calvaire. Les protestants, l’interprétant faussement comme étant une répétition du Souper du Seigneur, en sont venus à croire que, depuis les temps les plus anciens, le Souper Mémorial était célébré à tout moment opportun. À cause de cela, nous trouvons parmi les protestants, différents points de vue sur ce sujet, les uns le pratiquant chaque semaine, d’autres chaque mois, et d’autres tous les trois mois, selon que chacun l’estime le plus désirable, le plus profitable.

Nous affirmons que Jésus ou Ses Apôtres n’ont jamais soutenu une telle irrégularité — que notre Seigneur l’institua à un moment particulier, à un jour particulier de l’année, celui qui convenait ; et que les mots, « Toutes les fois que vous ferez ceci », ne se rapportent pas seulement au pain et à la coupe, mais aussi au moment — à l’événement général commémoré. Nous ne chercherons pas ici à entrer dans les détails de la doctrine catholique romaine de la messe, mais simplement à donner en référence à nos lecteurs le Vol. III des ÉTUDES DANS LES ÉCRITURES, pages 89-118, en faisant remarquer incidemment que, pour les catholiques grecs ou romains avertis, la messe n’est en aucun sens du mot une commémoration du sacrifice originel de Christ. Ils affirment que le premier sacrifice de Christ était suffisant pour les péchés passés, mais pas pour les péchés suivants, et que Dieu a donné autorité aux évêques convenablement ordonnés, et aux prêtres comme leurs représentants, de créer à nouveau la chair de Christ en toute occasion, et ainsi de sacrifier Sa chair pour tout péché particulier, ou pour des péchés — les Grand-Messes pour les péchés particuliers d’un individu, les Messes basses pour les péchés généraux d’une assemblée.

Le catholicisme prétend que la bénédiction du prêtre transforme l’hostie et le vin, en corps et sang réels de Christ, qui est ainsi recréé des milliers et des milliers de fois chaque année, par des milliers de prêtres, et sacrifié à nouveau pour des milliers et des milliers de péchés. Évidemment, nous nous opposons à tout ceci comme étant entièrement anti-chrétien, et nous avons l’assentiment de la majorité des protestants orthodoxes. Néanmoins, ceux qui ont organisé les dénominations protestantes nouvelles semblent avoir totalement perdu de vue ce sujet quand ils se servent de cette périodicité de la messe dans les plus anciennes églises comme prétexte pour leurs commémorations fréquentes du Souper du Seigneur.

Cependant, la majorité des protestants semblent avoir été bien conscients que commémorer très fréquemment (comme dans la messe) ne serait pas sage, ni profitable ; de ce fait, la majorité commémore seulement trois ou quatre fois par an, pensant qu’ainsi le service est rendu plus impressionnant et solennel vis-à-vis de tous ceux qui participent. Nous soutenons que la méthode originelle de célébrer la mort de notre Seigneur à son anniversaire, est encore plus solennelle, plus impressionnante ; d’autant plus qu’elle a, selon nous, l’approbation des Écritures, à l’inverse de toute autre méthode.

AUTRES CONCEPTIONS ERRONÉES BASÉES SUR LES ÉCRITURES

Il nous semble que quelques-uns de nos amis, qui ont adopté la coutume de célébrer la mort de notre Seigneur, chaque Jour du Seigneur — le premier jour de la semaine — sont tombés dans une grave erreur. Le caractère inopportun de telles célébrations est manifeste de plusieurs manières ; d’abord, ils la célèbrent le dimanche, ce qui est en fait le mémorial de la résurrection de notre Seigneur, une chose totalement différente — un événement heureux de Pâque. Et en perdant l’aspect de l’importance de la date, il n’est pas étonnant qu’ils aient de la même manière perdu l’aspect des convenances concernant l’heure du jour — à savoir que, lors de l’institution originelle, la participation avait lieu la nuit, alors que maintenant, la coutume habituelle consiste à commémorer le matin ou l’après-midi.

Nous ne devons pas supposer que ces amis chrétiens adoptèrent sans une raison quelconque cette coutume hebdomadaire ; mais, examinant les raisons qu’ils invoquent, nous les trouvons tout à fait insuffisantes. Ils prétendent par exemple, que les affirmations de Actes 2 : 42, 46 et Actes 20 : 7, qui parlent des disciples s’assemblant le premier jour de la semaine « pour rompre le pain », se rapportent au Souper Mémorial. Au contraire, nous soutenons que ces rassemblements du premier jour de la semaine étaient des collations fraternelles, nullement destinées à remplacer, ni en aucun sens représenter, le Souper Mémorial de notre Seigneur.

On remarquera que dans ces différents récits, il n’est jamais question de « la coupe », qui représente le sang de notre Seigneur, et qui peut être considérée comme une part importante du symbole, comme le pain sans levain, qui représente Son corps. Les collations fraternelles avaient lieu comme il se devait le jour qui célébrait la joie de l’Église dans la résurrection du Seigneur et, sans aucun doute, suggérées par les circonstances du premier dimanche — le jour de la résurrection de notre Seigneur, lorsque, à cette occasion, Il se fit connaître aux deux disciples à Emmaüs, en rompant le pain, et plus tard aux onze alors qu’ils étaient assis à table, disant : « Paix vous soit », faisant ainsi brûler leur cœur en eux-mêmes (Luc 24 : 30, 31 ; Jean 20 : 19). Au contraire, l’objet du Souper du Seigneur était de se rappeler de Sa mort et de notre alliance comme membres de son corps, d’être en communion avec ses souffrances.

LA PREMIÈRE CÉLÉBRATION DU SOUPER DU SEIGNEUR

Notre leçon met en évidence la première institution de ce mémorial, indiquant qu’il fut célébré le jour avant que la Pâque ne commençât — le quatorzième jour de Nisan. La loi se rapportant au respect de la Pâque était très précise. L’agneau devait être amené dans la maison le dixième jour de Nisan, devait être tué le quatorze, et être mangé la nuit précédant l’aurore du quinze. Dans l’antitype, Jésus S’offrit à la nation le dix, mais hormis Ses quelques fidèles, ils négligèrent de Le recevoir et, le quatorze, Il fut crucifié. Ce fut dans le même jour juif durant lequel Il fut crucifié, qu’Il mangea la Pâque mentionnée dans notre leçon, et que plus tard, Il fut trahi (le jour juif commençait au coucher du soleil et durait jusqu’au soir suivant). Il ne peut y avoir aucun doute sur le récit que notre Seigneur et Ses disciples mangèrent le Souper Pascal le jour précédant celui durant lequel les Juifs en général la mangeaient ; car dans l’Évangile de Jean nous lisons (Jean 18 : 28 ; Jean 19 : 14) que lorsque notre Seigneur fut devant Pilate, au prétoire, après qu’il eût pris la Pâque, les Pharisiens, Ses accusateurs, ne l’avaient pas encore mangée — et qu’ils ne la mangeraient pas avant le soir, après Sa crucifixion.

Un Évangéliste relate que notre Seigneur dit à Ses disciples, « J’ai fort désiré de manger cette pâque avec vous, avant que je souffre ». C’était Sa dernière commémoration du rite juif que, en tant que Juif, Il était tenu d’observer légalement, entièrement. Nous ne pouvons savoir de façon certaine à quelle heure particulière du quatorzième jour notre Seigneur et Ses disciples partagèrent la Pâque, mais ce fut probablement vers minuit, après que la Pâque eût été mangée, que notre Seigneur institua le nouveau mémorial de Sa propre mort, le Souper du Seigneur, le substituant au souper pascal de la Loi, et notifiant ceci par Ses mots, « toutes les fois que vous faites ceci, faites-le en mémoire de moi ». « Ceci » représentait l’Agneau-antitype, « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », et faire ceci — rompre le pain et boire le fruit de la vigne — mettait en avant la mort de notre Seigneur et non plus la mort du type, parce que l’antitype était maintenant venu et, le même jour, quelques heures plus tard, Il allait être mis à mort, crucifié. Notre Seigneur laissait ainsi une base profonde et large pour la nouvelle institution, Son Église, et la séparait du type juif, mettant en évidence pour les croyants, d’une part, qu’Il était l’antitype, et d’autre part que ceci constituait une signification plus élevée — la délivrance de tous les vrais Israélites, non du Pharaon, mais de l’antitype de Pharaon, Satan, la délivrance de tous les premiers nés du peuple de Dieu de la mort, pour l’amener à une vie plus abondante — la vie éternelle.

Tous ceux qui discernent clairement le type, devraient réaliser qu’il ne pouvait pas disparaître avant que l’antitype ne soit venu, et l’antitype de la mise à mort de l’Agneau pascal doit avoir lieu à son anniversaire, le quatorzième jour de Nisan. D’où la signification de l’affirmation des Écritures que « ils ne pouvaient se saisir de lui, car son heure n’était pas encore venue » (Jean 7 : 30 ; Jean 8 : 20). Dieu avait prévu tout ceci, et arrangé par avance toute chose s’y rapportant, et le type l’avait marqué de façon tout à fait définitive. Nous ne célébrons plus le type, mais croyant que le sacrifice-antitype de l’Agneau de Dieu a pris la place du type, en tant que chrétiens nous « faisons ceci » en mémoire de l’antitype ; comme l’indique l’Apôtre, « Car aussi notre pâque (Agneau Pascal), Christ, a été sacrifiée : c’est pourquoi célébrons la fête (1 Corinthiens 5 : 7, 8).

L’UN D’ENTRE VOUS ME LIVRERA

Ce fut alors que le Seigneur et Ses Apôtres mangeaient le Souper pascal, l’agneautype rôti, que notre Seigneur leur dit, « L’un d’entre vous me livrera ». Jean nous dit que notre Seigneur était « troublé dans son esprit », qu’Il manifesta de l’émotion, au moment où Il dit cela. Son émotion ne fut pas causée, nous pouvons en être assurés, par le fait qu’Il serait trahi car, de toute évidence, Il connaissait d’avance les particularités aussi bien que les faits de Sa mort. Nous pouvons raisonnablement supposer que la cause de Son chagrin était la pensée que l’un de ceux qu’Il avait si tendrement gardés et dont Il avait pris soin se prouverait maintenant si ingrat, impie — évidemment, Son chagrin était pour Judas. Sa déclaration amena Ses disciples à demander « Seigneur, est-ce moi ? ». Ou plutôt, comme semblerait l’indiquer le mot grec, la question voulait dire : Seigneur, cela signifie-t-il que tu m’accuses ? Ce n’est pas moi, n’est-ce pas ? Et les disciples en général étaient chagrinés également. Peut-être était-il bon qu’ils traversent cette expérience à ce moment, car ils en avaient tous besoin, afin de les préparer pour les moments d’épreuve qui les attendaient.

Judas, évidemment, posa la même question que les autres car, en ne la posant pas, il aurait laissé supposer qu’il admettait sa culpabilité. La réponse de notre Seigneur fut qu’il s’agissait de l’un de ceux qui soupait avec eux et, trempant le pain, Il le donna à Judas, qui sortit aussitôt (Jean 13 : 25-30). Ces incidents, loin de fléchir le cœur de Judas, et de changer sa conduite avant qu’il ne soit trop tard, semblent avoir augmenté en lui un esprit malveillant, tout-à-fait comme vis-à-vis de Pharaon, alors que la miséricorde divine faisait cesser les plaies, endurcissait son cœur. Au lieu de résister aux suggestions de l’adversaire, Judas les entretint de plus en plus, jusqu’à ce qu’il soit empli de l’esprit satanique ; « Satan entra en lui » entièrement, complètement — prit possession de son cœur comme un instrument du mal, et c’est sans aucun doute parce qu’il ne se sentait pas à sa place dans une telle société qu’il sortit.

Il semble ainsi probable que Judas ne se trouvait pas avec les autres quand notre Seigneur leur lava les pieds, et par la suite, institua avec le pain et le fruit de la vigne le mémorial de Sa mort. Il était préférable qu’il fût absent ; et ainsi il serait préférable, quand cela est possible, que seuls les véritables disciples de Christ, loyaux, consacrés, se réunissent ensemble pour célébrer Sa mort, à son anniversaire. Néanmoins, rappelonsnous que nous ne sommes pas compétents pour juger les cœurs, et de ce fait, en venant à la table du Mémorial, tous ceux qui croient au précieux sang de Jésus en rédemption, et qui confessent une pleine consécration au Seigneur, devraient être invités. Laissons ceci à la providence divine pour sonder ceux qui confessent être des compagnons-disciples.

SIGNIFICATION PREMIÈRE DU PAIN ET DE LA COUPE

En présentant à Ses disciples le pain azyme en mémorial, notre Seigneur donna une explication générale, disant « Prenez, mangez ; ceci est mon corps ». La signification évidente de ces mots est : Ceci symbolise ou représente mon corps. Ce n’était pas réellement Son corps, car celui-ci n’avait pas encore été rompu en aucun sens du mot ; en aucun sens il n’aurait été possible à quiconque de Le partager de façon réelle ou antitype, le sacrifice n’étant pas encore accompli. Mais l’image est complète lorsque nous admettons que le pain sans levain représente la chair parfaite de notre Seigneur — le levain étant un symbole du péché sous la Loi, et il était spécialement commandé de s’en débarrasser à ce moment-là. À une autre occasion notre Seigneur nous donna une leçon qui nous interprète ce symbole. Il dit, « Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde. Moi, je suis le pain de vie » (Jean 6 : 33, 35).

Afin d’apprécier la manière dont nous devons manger ou nous approprier ce pain de vie, il nous est nécessaire de comprendre de façon exacte de quoi il s’agit. Selon l’explication de notre Seigneur sur le sujet, c’est Sa chair qu’Il a sacrifiée pour nous. Il ne s’agissait pas de Son existence pré-humaine comme être-esprit qui fut sacrifiée, bien qu’elle fût abandonnée, et sa gloire laissée de côté, afin qu’Il puisse prendre notre nature humaine. Ce fut le fait que notre Seigneur Jésus était saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs et sans contamination quelle qu’elle fût provenant du père Adam, et ainsi libre du péché — ce fut ce fait qui Lui permit d’être le Rédempteur d’Adam et de sa race — qui Lui permit de donner Sa vie en rançon pour tous, témoignage qui devait être rendu en son propre temps.

Et quand nous voyons que ce fut la nature humaine de notre Seigneur Jésus, pure, sans tâche, qui fut déposée au profit des pécheurs, sacrifiée pour nous, nous apprécions ce que nous avons le privilège de nous approprier. C’est cette même chose qu’Il abandonna pour nous, que nous devons « manger » , nous approprier ; c’est à dire que Sa nature humaine parfaite fut donnée pour nous et qu'elle racheta Adam et toute sa race de la condamnation à mort — pour obtenir le droit de retourner à la perfection humaine et à la vie éternelle s’ils le peuvent. Les Écritures nous montrent cependant, que si Dieu considérait comme annulés tous les péchés passés, et nous reconnaissait comme ayant le droit de retourner à la perfection humaine, ceci ne nous rendrait pas parfaits ni ne nous rendrait par conséquent le droit à la vie éternelle. Afin que la race d’Adam puisse bénéficier de la rédemption accomplie par le sacrifice de notre Seigneur, il était nécessaire qu’Il fasse une seconde venue et qu’il y ait alors pour le monde entier, un Médiateur, Prophète, Prêtre et Roi, pour aider au retour à la perfection et à l’harmonie avec Dieu tous ceux qui voudront profiter des privilèges ainsi offerts.

Ce sont ces mêmes bénédictions que l’Église de l’Évangile reçoit du Rédempteur durant cet Âge, par la foi ; c’est à dire la justification par la foi, non une justification à une nature spirituelle, que nous n’avons jamais eue ni perdue, et que Christ n’a pas rachetée ; mais une justification à une nature humaine que notre père Adam possédait et qu’il perdit, et que Christ racheta en offrant Sa propre chair sans péché comme notre sacrifice en rançon. Le partage du pain alors, signifie pour nous premièrement l’acceptation et l’appropriation à nous-mêmes, par la foi, de la justification aux droits et privilèges humains, rendus sûrs par le sacrifice que notre Seigneur fit de ceux-ci.

De la même façon, le fruit de la vigne symbolisait la vie de notre Seigneur, qui nous a été donnée — Sa vie humaine, Son être, Son âme, répandus dans la mort en notre faveur ; et notre appropriation de ceci signifie premièrement notre acceptation des droits et privilèges du rétablissement que le Seigneur, en en payant Lui-même le prix, nous a ainsi assurés.

LA SIGNIFICATION SECONDAIRE ET PLUS PROFONDE DU PAIN ET DE LA COUPE

Comme nous l’avons déjà vu, le dessein de Dieu en justifiant par la foi l’Église durant l’Âge de l’Évangile, préalablement à la justification du monde par les œuvres et l’obéissance dans l’Âge millénaire, est justement de permettre à ceux qui maintenant voient, entendent, et apprécient le grand sacrifice que l’Amour a fait en notre faveur, de présenter leurs corps en sacrifices vivants et ainsi d’avoir une part avec le Seigneur dans Son sacrifice. Notre Seigneur ne fit pas directement référence à cette signification complémentaire et profonde du Mémorial. Ce fut sans doute une des choses auxquelles Il fit référence, en disant : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire ; mais vous ne pouvez les supporter maintenant. Mais quand l’esprit de la vérité sera venu, il vous conduira dans toute la vérité … et il vous annoncera les choses qui vont arriver ».

L’esprit de vérité, parlant par l’Apôtre Paul, explique clairement le sujet de cette seconde et très haute signification du Mémorial, car il dit en écrivant à l’Église consacrée durant l’Âge de l’Évangile : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas une participation au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas une participation au corps du Christ ? » — d’avoir part avec Christ comme co-sacrificateurs même jusqu’à la mort, afin qu’ainsi ils puissent être comptés avec Lui comme participants de la gloire qu’Il a reçue en récompense de Sa fidélité. « Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps » (1 Corinthiens 10 : 16, 17).

Les deux aspects de cette ordonnance impressionnante sont importants : il était nécessaire qu’ils aient vu en premier lieu, la justification par le sacrifice du Seigneur. Il était convenable qu’alors ils aient discerné que le Christ entier est, du point de vue divin, un corps composé de nombreux membres, dont Jésus est la tête, que cette Église comme un tout devait être brisée, et que, à cet égard, chacun de ses membres devait être une copie du Seigneur Jésus et marcher dans les traces de Son sacrifice. Ils font ceci en donnant leur vie, comme Christ déposa Sa vie pour tous. Ce n’était pas leur vie spirituelle qu’ils avaient déposée, comme ce n’était pas Sa vie spirituelle que notre Seigneur déposa en sacrifice, mais de la même manière qu’Il a sacrifié Son être réellement parfait, eux aussi ont sacrifié leur être justifié, considéré comme parfait, mais pas réellement parfait.

De la même manière, la coupe représente les souffrances. C'est une seule coupe, bien qu'elle contienne le jus de plusieurs grains de raisin ; de même, c'est un seul pain, bien qu'il provienne de plusieurs grains de froment. Les grains de froment ne peuvent maintenir leur individualité et leur propre vie s'ils veulent devenir du pain pour d'autres. Les grains de raisin ne peuvent demeurer grains s'ils veulent constituer l'esprit qui donne la vie ; c'est ainsi que nous pouvons admirer la beauté de la pensée exprimée par l'Apôtre, que les enfants de Dieu sont des parties du seul pain et de la seule coupe.

Notre Seigneur déclare nettement que la coupe, le fruit de la vigne (nulle part la coupe n’est décrite comme étant du vin, bien que c'était peut-être le cas) représente le sang, c’est-à-dire la vie ; non pas la vie retenue, mais la vie répandue ou donnée, la vie abandonnée, sacrifiée. Il nous dit que ce fut en rémission des péchés, et que tous ceux qui veulent être Siens doivent en boire — doivent accepter Son sacrifice et se l’approprier par la foi. Tous ceux qui veulent être justifiés par la foi doivent accepter la vie de cette source-là. Nul ne peut revendiquer une immortalité en dehors de Christ ; nul ne peut revendiquer que la vie est le résultat de l’obéissance à la Loi ; nul ne peut revendiquer que la foi et l’obéissance à aucun grand instructeur amènera la même chose et apportera la vie éternelle. Il n’y a pas d’autre chemin pour atteindre la vie éternelle que d’accepter le sang répandu une fois comme prix de la rançon pour les péchés du monde entier. Il n’y a pas d’autre nom sous les cieux ou parmi les hommes par lequel nous puissions être sauvés. De même, il n'y avait pas d'autre moyen pour les membres de l'Église de posséder la nouvelle nature que d'accepter l'invitation du Seigneur de boire à Sa coupe et d'être brisés avec Lui comme membres du seul pain, d'être ensevelis avec Lui par le baptême en Sa mort et d'atteindre avec Lui par ce moyen la gloire, l'honneur et l'immortalité de la résurrection — Romains 6 : 3-5 ; 8 : 17.

LA CÉLÉBRATION DANS LE ROYAUME

Comme d’habitude, notre Seigneur voulait parler du Royaume. Il semble qu’Il l’ait évoqué dans chacun de Ses discours, et ainsi, à cette occasion, Il rappelle à ceux à qui Il avait déjà donné la promesse d’avoir une part dans le Royaume s’ils demeuraient fidèles, Sa déclaration qu’Il s’en irait pour recevoir un Royaume, et reviendrait pour les accueillir, et leur permettre d’y avoir part.

Maintenant Il ajoute que ce Mémorial qu’Il instituait, trouverait son accomplissement dans le Royaume. Il peut sembler difficile de déterminer avec certitude ce que notre Seigneur voulait dire, mais il semble qu’il ne soit pas inconsistant de comprendre qu’Il voulait dire que, comme résultat des épreuves et souffrances symbolisées, il y aurait une jubilation dans le Royaume. « Il verra l’œuvre de son âme, et sera satisfait ». Il jettera un regard en arrière sur les épreuves et difficultés endurées dans l’obéissance fidèle à la volonté divine, et Se réjouira en elles en voyant le grand aboutissement dans les bénédictions du Royaume qui viendront pour toute l’humanité. Tous Ses disciples, qui boivent de ce vin, d’abord en justification, puis en consécration, et qui souffrent avec lui bénéficieront de cette même jubilation. Il leur est promis qu’ils règneront avec Lui, et qu’ils auront une part dans l’œuvre du Royaume lorsqu’il sera établi, et regardant en arrière, tout comme Lui, ils glorifieront la façon dont Dieu les a conduits, même si ce fut un « chemin étroit », de sacrifice et de renoncement.

La foi de notre Seigneur supporta l’épreuve de toutes ces heures difficiles qu’Il savait si proches du moment de Son arrestation et de Sa mort. Le fait qu’Il rendit grâces à Dieu pour le pain et pour la coupe sont significatifs d’une acceptation joyeuse de toutes les souffrances impliquées dans le fait de rompre le pain et de presser les raisins. Il était déjà satisfait de l’arrangement du Père et pouvait rendre grâces, car bientôt Il se réjouirait grandement. Alors qu’ils partaient, le chant de l’hymne entamé était dans cette ligne de pensée, un cantique de louange, sans doute, rendant grâces à Dieu que Sa course était si près de sa fin, et qu’Il avait trouvé ainsi largement la grâce suffisante à chaque moment du besoin.

LE SOUPER MÉMORIAL CETTE ANNÉE

L’anniversaire de la mort du Seigneur aura lieu cette année, selon le calcul juif le mercredi 3 avril (date dans l’original). Par conséquent, le moment approprié pour célébrer Son Mémorial serait « la même nuit en laquelle Il fut retranché », dans la soirée du mardi 2 avril — pas immédiatement à 18 heures, mais plus tard, en tenant compte du temps de certaines préparations nécessaires, et de certains examens relatifs à la signification des symboles, et enfin pour reconsidérer l’ensemble du sujet.

Selon l’habitude, l’église d’Allegheny se rassemblera à cette date anniversaire pour célébrer la grande transaction par laquelle nous avons été rachetés de la condamnation, et pour célébrer également notre consécration à Christ [afin qu'étant morts avec lui, nous participions aussi à sa résurrection, la première résurrection, pour la gloire, l'honneur et l'immortalité].

Nous recommandons que les chers amis dans les différentes parties du monde ne négligent pas ce précieux Mémorial, qui est si riche de sens pour tous ceux qui l’apprécient intelligemment. Nous ne conseillons pas le rassemblement en grands groupes, mais plutôt que chaque petit groupe se retrouve comme il en a l’habitude, car telle semble avoir été la méthode dans l’église primitive. Célébrons la fête dans la joie du cœur, et néanmoins avec une appréciation convenable de sa solennité, comme se rapportant non seulement au sacrifice de notre Seigneur pour nous, mais aussi à notre propre alliance de consécration.

Nous suggérons à tous les conducteurs des petites assemblées du peuple du Seigneur de prendre des dispositions pour obtenir, si possible, du pain sans levain et du jus de raisin non fermenté, ou autre, comme il peut en être décidé. Nous ne recommandons pas un usage généralisé de vin, ce pourrait être une tentation pour celui dont la chair est faible. Cependant, nous recommandons d’en avoir pour ceux qui croient en leur conscience qu’il était recommandé de célébrer avec du vin. Pour satisfaire la conscience de certains, il peut ne pas être inopportun de mettre un peu de vin dans du jus de raisin.

Nous recommandons que ces petits rassemblements soient sans ostentation — mais que décemment, de façon ordonnée et en toute quiétude, nous nous assemblions, emplis de précieuses pensées relatives à la grande transaction que nous célébrons, plutôt que d’avoir notre attention attirée par des formalités et des cérémonies. Cherchons en ceci comme en toute autre chose, à faire ce qui plairait à notre Seigneur, alors nous serons sûrs que cela sera profitable à tous les participants.

Nous avons déjà suggéré de n’oublier personne qui confesse sa foi dans le sang précieux et la consécration au service de notre Seigneur. En règle générale il n’y a pas de danger que quiconque accepte le privilège de cette association ne soit ardent de cœur. En revanche, quelques-uns peuvent avoir besoin d’être encouragés car, croyons-nous, on a quelquefois tiré un point de vue erroné des paroles de l’Apôtre concernant celui qui « mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps » (1 Corinthiens 11 : 29).

À l’intention de ces personnes timides qui, nous l’espérons, ne se priveront pas du privilège de commémorer cette grande transaction, nous voulons expliquer que, selon notre compréhension, la classe mentionnée par l’Apôtre est composée de ceux qui ne parviennent pas à discerner l’importance réelle du sacrifice, et qui le considèrent seulement comme une forme de cérémonie. Ils mangent et boivent une condamnation car, s’ils examinaient en détail le sujet, ils verraient clairement les conditions dans lesquelles le Seigneur accepte Son peuple choisi durant l’Âge de l’Évangile. Leur manquement à faire ceci amène une mesure de condamnation, de réprobation ; ils sont plus responsables que d’autres du monde qui ne connaissent rien du Seigneur, de Son sacrifice, etc.

Lorsque nous célébrons ce grand Mémorial, n’oublions pas de remercier le Seigneur pour notre justification et également pour le grand privilège d’avoir la joie d’être des disciples de notre Rédempteur. Et bien qu’à cette occasion nous soyons attristés, pensifs et le cœur plein de scrupules, triomphons comme le fit le Seigneur, par la foi, soyons raffermis, Le louant, Lui qui nous a appelés des ténèbres à Sa merveilleuse lumière, et qui nous a donné le privilège d’être associés dans la grande transaction en cours de réalisation maintenant.