R 2625 (VP 105 p.182, mai 1945)
DEUX TYPES DE PÉCHEURS
- LUC 7:36-50 -
« Ta foi t’a sauvée » - Luc 7 : 50.

Simon était un nom très répandu parmi les Juifs, aussi n'est-il pas étonnant qu'il y eut deux « Simon » chez qui Jésus fut reçu. Néanmoins, il est un peu singulier qu'il y ait tant de traits d'analogie associés aux deux réceptions : qu'aux deux réceptions les pieds de notre Seigneur furent oints, etc. (Comparez Matth. 26 : 6-13). On suppose qu'un an et demi environ s'écoula entre les deux événements, celui rapporté par Matthieu s'étant produit juste avant la mort de notre Seigneur, « répandant ce parfum pour ma sépulture ». Dans cette leçon nous voyons à l'évidence Simon, un Pharisien, fortement frappé par le caractère et les enseignements de notre Seigneur, et mieux disposé envers Lui que la majorité. Il pensait qu'il serait agréable d'inviter Jésus à dîner, afin de L’honorer de cette manière, et peut-être d'avoir pour lui-même une petite notoriété en rapport avec le distingué Nazaréen.

Lorsque notre Seigneur accepta l'invitation et prit part au dîner, Simon Le traita avec amabilité et politesse, mais il ne mit aucun raffinement à Sa réception ; peut-être pensait-il qu'Il n’était pas habitué à des égards particuliers mais, que d'une manière générale, Il était plutôt le compagnon de pécheurs et de gens du commun peuple. Pour cette raison, Simon ne Le salua pas par un baiser à Son arrivée, comme c'était l'usage pour des hôtes honorés, car il aurait eu l'air d’accorder trop d’honneur à une personne ordinaire dont lui, en qualité de Pharisien, n'était pas encore préparé à se porter complètement garant ; il n'envoya pas non plus le serviteur ôter les sandales du Maître et Lui laver les pieds, selon l'usage des meilleurs hôtes de ce temps. Il peut s'être dit en lui-même : Cet homme et Ses disciples ne sont pas habitués à être reçus d'une telle manière, et mes serviteurs se reconnaitraient sur un même pied d’égalité avec n'importe lequel de ces hommes excepté le Maître Lui-même. Donc, sans aller à l'extrême d'une réception courtoise, le Pharisien avait néanmoins souhaité cordialement la bienvenue au Seigneur à sa table, n'éprouvant aucun doute qu'en faisant cela il honorait le Seigneur et ne se faisait pas une idée suffisamment nette qu'il était le seul à être honoré du privilège de recevoir un hôte aussi noble. Comment Simon appréciera-t-il la chose quand, au moment de la résurrection (pendant le Millénium), il constatera que son Hôte était « l'Unique Engendré du Père », plein de grâce et de Vérité ?

L'Apôtre nous presse avec insistance : « N'oubliez pas l'hospitalité ; car par elle quelques-uns, à leur insu, ont logé des anges [messagers de Dieu] (Héb. 13 : 2). Le Seigneur désire que Son peuple soit généreux avec les choses qu'il possède (mais non qu'il soit extravagant par vaine gloire) ; aussi est-il encore écrit : « Tel disperse et augmente encore, et tel retient plus qu'il ne faut, mais n’en a que disette » (Prov.11 : 24). L'un des buts de notre leçon présente est de nous informer de notre propre vil égoïsme, que tous ont hérité de la chute, et graduellement, sous l'instruction de la Parole de l'Eternel, d'obtenir la victoire sur cet égoïsme et de devenir plus généreux – plus ressemblant à notre Père dans le ciel. Soyons en particulier généreux et hospitaliers à l'égard des « frères », qui représentent en vérité le Seigneur Lui-même ; non seulement comme « ambassadeurs de Dieu », mais aussi comme « membres du Corps de Christ ».

La « femme de la ville » mentionnée, était évidemment une femme vulgaire très connue des habitants de la ville, bien qu'elle ne le pût être de Jésus et des disciples, qui n'y résidaient pas. Quel qu'ait été le passé de la femme, elle avait éprouvé une profonde contrition de cœur, et un désir de vivre une vie meilleure. Elle avait entendu parler de Jésus, le grand Maître, qui différent des Pharisiens ne dédaignait pas parler aux déchus et les encourager et les aider à se relever. Elle sentait qu'elle aimerait aller au Seigneur en prière pour obtenir le pardon, et recommencer une nouvelle vie, afin de chercher désormais à vivre avec plus de dignité. Elle ne savait pas comment aborder le sujet ; elle ne savait que dire d'elle ; elle prendrait simplement dans sa main une petite offrande, et tandis qu'Il serait à moitié couché pendant le dîner, selon la coutume de ce temps, et que Ses pieds lui seraient facilement accessibles, elle se hasarderait de les oindre du plus riche parfum qu'elle avait apporté. Ne disant mot, le cœur trop gros pour pouvoir s'exprimer, elle atteignit les pieds du Maître, qu'elle mouilla de ses larmes. Par ses larmes Il saurait, plus éloquemment qu'elle ne pourrait l'exprimer, quels étaient les véritables désirs de son cœur touchant la réconciliation par le pardon.

Combien compatissante et pleine d'égards pour nos besoins est la mesure que prend le Seigneur en sorte que, si nous venons avec repentir à ses pieds pour être pardonnés, nous ne sommes pas obligés de nous approcher de Lui par l'intermédiaire d'une autre personne, ni de formuler notre requête sous quelque expression de langage : « Il peut lire dans nos cœurs et accepter nos larmes et même nos plus humbles efforts pour faire amende honorable et servir les « membres de Son Corps ». Et même s'Il peut différer le message de pardon, ce n'est que pour permettre aux racines du repentir et de la foi de s'enfoncer plus profondément dans notre cœur.

Pendant un moment, Jésus ne sembla pas prendre garde d'elle, et elle peut s'être demandé, si oui ou non Il interprétait mal ses mobiles et sa prière, mais son cœur débordant s'exprima par un redoublement de larmes, et avec tendresse elle Lui essuya les pieds et les oignit de son parfum. Dans l'intervalle, le Pharisien se disait en lui-même : Eh bien, c'est une vraie chance d'avoir invité Jésus à dîner aujourd'hui, et une chance que cette femme soit entrée ; cela fournit une preuve, un témoignage, concernant le talent de Jésus de lire dans les cœurs de ceux qui se tiennent près de Lui. S'Il était prophète, s’Il était spécialement nanti de pouvoirs et éclairé par Dieu, Il aurait connu le caractère de cette femme ; mais il est évident qu'Il ne connait pas son caractère, c'est pourquoi Il lui permet d’oindre Ses pieds, et ceci semble être une preuve qu'Il n'est pas un prophète.

Mais Jésus, pleinement conscient de tout ce qui se passait, ayant une sûre connaissance du cœur de la pauvre femme qui se tenait à Ses pieds, et du Pharisien satisfait de lui-même qui Le recevait, songeait à la manière par laquelle Il pourrait faire du bien à tous deux - la manière par laquelle Il pourrait exposer devant tous ceux qui étaient présents une grande vérité. En conséquence, Il conta une parabole à Simon, disant qu'un certain créancier avait deux débiteurs, l'un devant une forte somme, l'autre une petite somme, et que lorsqu'ils furent dans l'impossibilité de payer promptement et de bon cœur, il leur fit remise de leurs dettes. Alors notre Seigneur fit remarquer Son enseignement sur cette petite parabole, demandant qui des deux hommes pardonnés serait le plus capable d'apprécier l'indulgence du créancier ? Simon, qui n'avait pas encore saisi l'importance de la parabole, répondit vivement que celui qui avait eu la dette la plus forte remise serait indubitablement celui qui l'apprécierait le plus, et notre Seigneur approuva cette réponse. Puis, dirigeant l’attention vers la femme, Il rappela à Simon que bien qu'il eût été aimable en l’invitant à dîner, et bien qu'Il appréciait ses attentions, néanmoins les attentions plus grandes encore de la femme, et les marques plus grandes encore de respect qu'elle avait montrées, étaient des preuves que bien qu’ils aimaient tous deux, la femme aimait le plus ; et Il fit entendre clairement que le plus grand amour était développé par une plus grande appréciation du péché et un plus grand désir d'en être délivré pour être réconcilié avec Dieu.

DEGRÉS DU PÉCHÉ

Naturellement, dans un certain sens du mot, tous sont pécheurs, tous n'ont pas atteint la gloire de Dieu, et sans le pardon n'ont aucune espérance ; cependant le Pharisien occupait une position différente de celle de la femme, car sous l'Alliance de la Loi juive il occupait déjà un point de vue de justification typique, et cherchait à le maintenir en vivant dans une considération scrupuleuse de la Loi divine. D'autre part, bien que sous la même Alliance, la femme en menant une vie immorale en violation ouverte de la Loi, avait perdu son intérêt dans la justification typique nationale ; et par conséquent elle était dans un sens beaucoup plus large du mot, une pécheresse. Simon savait très bien que, bien qu'il essayât d'observer la Loi, il ne l'observait pas parfaitement, mais la violait de diverses manières de temps en temps ; cependant il n'était pas un infracteur volontaire de la Loi, comme c'était le cas pour la femme ; aussi dans ce sens du mot y avait-il la différence profonde qui existe entre un grand péché et un péché moindre ; pourtant tous deux avaient besoin du Sauveur, et si le Pharisien avait discerné la vérité dans cette affaire, il aurait compris qu'il avait besoin du Sauveur autant qu’en avait besoin la femme ; car l'Alliance de la Loi ne pouvait pas lui donner la vie éternelle - pour parvenir à celle-ci il devait admettre son péché et accepter le pardon et le salut du péché et de son châtiment - la mort - comme un don du Sauveur qui l'honorait en consentant à être son hôte.

Puis Jésus se tourna vers la femme et Lui dit : « Tes péchés sont pardonnés ». Quelles paroles celles-ci durent-elles être pour elle ! Sa prière était exaucée - une prière, qui s’était élevée dans son cœur et qui s'était extériorisée par des larmes et du parfum, avait été entendue, et elle était pardonnée et tout le passé considéré comme s'il était effacé à jamais. Comme elle dut se sentir reconnaissante ! Le pauvre Simon, pourtant, autant que nous le sachions, n'en vint pas à dire : Seigneur, je suis aussi un pécheur, et même si j'ai moins aimé que cette femme, j'ai aussi besoin d'être pardonné, et je prie pour le pardon de mes péchés, afin que je puisse être compté parmi Vos disciples.

Non, le fait même qu'il avait une position religieuse dans l'église nominale, et qu'il avait fait profession de sainteté, semble avoir été un obstacle pour lui et l’avoir empêché d’accepter la grâce de Dieu et le pardon des péchés. Et il en est toujours ainsi. Combien voyons-nous fréquemment que des gens qui ont mené des vies morales, cherchant évidemment à marcher dans les sentiers de la justice, sont beaucoup moins préparés à accepter le pardon du Seigneur Jésus-Christ que le sont certains autres qui ont vécu avec plus de négligence et qui perçoivent tout à coup avec netteté leur mauvaise condition, vont au Seigneur avec plus de contrition et de zèle, déploient une plus grande foi, et en conséquence, éprouvent un plus grand amour pour Lui !

Il n'est nullement insinué, cependant, que Simon n'ayant pas demandé le pardon et n'étant pas devenu un disciple de Jésus, fut condamné à « l'enfer », etc.. ; bien au contraire, il ne fit que suivre simplement la ligne de conduite de sa nation (aveuglée par les préjugés et les fausses traditions des hommes). En rejetant Jésus ils perdirent les privilèges de cohéritiers du Royaume de Christ, et furent rejetés comme nation de la faveur divine jusqu'à l'inauguration de l’Âge millénaire. Alors ainsi que le montre clairement l'Apôtre, leur aveuglement sera dissipé et ils seront bénis par une connaissance beaucoup plus précise de la Vérité. Alors le Seigneur « répandra sur eux un esprit de grâce et de supplications, et ils regarderont vers Lui, celui qu'ils auront percé, et ils se lamenteront sur Lui ». Alors, quand ils pleureront comme le fit la femme au parfum, Dieu, par le Christ glorifié, aura pitié d'eux et pardonnera leurs péchés. Alors commencera leur épreuve pour la vie éternelle - Voyez Rom.11 : 25-32 ; Zach. 12 : 10.

Les autres invités à table furent particulièrement frappés par la déclaration de notre Seigneur, savoir que les péchés de la femme lui étaient pardonnés. Ne reconnaissant pas le Messie, le Fils de Dieu, dans la personne qui parlait, ils doutèrent de la bienséance de telles paroles, mais ceci était une raison pour notre Seigneur de les prononcer, c'était une de Ses méthodes simples d'appeler l’attention sur le fait qu'Il était le Messie, et ce comme tel, et que, en raison du travail qu'Il avait encore à faire, tout pouvoir pour pardonner les péchés était entre Ses mains et cela pour le bien du pécheur.

Il dit ensuite à la femme : « Ta foi t'a sauvée : va en paix ». Il désirait lui faire connaître que ce n'était pas ses larmes qui avaient apporté le pardon ; que ce n'était pas la valeur du parfum qui L'avait incité à lui pardonner, mais que la chose qui plaisait à Ses yeux, et pour laquelle ses péchés étaient pardonnés, était sa foi. Non seulement elle s'était bien rendu compte de sa propre condition chargée de péchés, mais elle avait discerné que ce grand Maître avait le pouvoir de lui pardonner et de la rétablir, et elle avait eu confiance ; elle avait agi en conséquence, et notre Seigneur souhaitait la voir apprécier que la récompense reçue résultait de l'exercice de cette foi. Et ainsi, nous pouvons bien comprendre ce qui a rapport à toutes les faveurs du Seigneur quand il s'agit de chacun des membres de Son peuple. Lorsque nous venons au Seigneur avec des larmes de repentir, nous devons savoir qu'elles ne sont pas efficaces, et si nous présentons des offrandes nous devons savoir qu'elles ne prévalent pas, et que larmes et offrandes nous sont inutiles sauf si nous présentons notre foi au Seigneur, L'acceptant comme Celui qui a le pouvoir de pardonner les péchés et de nous purifier de toute iniquité. Et non seulement cela est-il nécessaire au début de la course chrétienne, mais d'une façon analogue la foi est nécessaire au cours de tout le voyage. Si nous ne progressons pas dans la foi, nous ne pouvons pas avancer. « Qu'il te soit fait selon ta foi » paraît être la méthode employée par le Seigneur dans Ses rapports avec tous Ses disciples, du commencement à la fin de leur marche et expérience chrétiennes.

L’objet de la leçon est donc une foi constante dans le Seigneur : Foi, lorsqu'Il semble ne pas s'occuper de nous ; foi, lorsque la prospérité sourit à nos affaires spirituelles aussi bien que temporelles ; forte foi, également, lorsque les courants et les forces contraires semblent nous assaillir. La victoire par laquelle le monde est vaincu, c'est la foi qui, en toutes conditions, est capable de regarder au Seigneur avec une confiance absolue dans Sa bonté et dans Sa fidélité et de réaliser que, selon Sa promesse, toutes choses concourront ensemble à notre bien parce que nous sommes Son peuple - 1 Jean 5 : 5 ; Rom. 8 : 29 (Manne du 25 avril).