Généralement, la pensée attachée à ce passage dans l'esprit des Chrétiens est que le Seigneur établit ici les termes et les conditions auxquels on peut échapper aux tourments éternels. Ce résultat d'un faux enseignement, reçu dès la plus tendre enfance, jette ainsi une fausse ombre sur un très grand nombre de déclarations de notre Seigneur et des Apôtres. Pour le Juif, cependant, qui ne pensait pas à un tourment éternel pour qui que ce soit, la déclaration ci-dessus n'aurait pas eu une telle signification. Les disciples, à qui elle était adressée, l'ont comprise exactement pour ce qu'elle dit. Pour la comprendre comme ils l'ont fait, prenons leur point de vue : En tant que Juifs, ils partageaient les espoirs de la nation, fondés sur la promesse d'Abraham, à savoir que Dieu se proposait de bénir toutes les nations en temps voulu, et qu'Israël devait être son instrument par lequel les bénédictions viendraient. Nous devons nous rappeler que, sur la base de cette espérance, tout Israël attendait un Messie dont la première tâche serait d'organiser Israël dans un certain sens du terme, puis, en tant que son grand chef et guide, de réaliser les conditions bénies.
Les disciples savaient que Jésus prétendait être ce grand Messie, et ils avaient tout quitté pour Le suivre, afin d'avoir part avec Lui à Son Royaume - selon Sa promesse, une part très honorable, un siège sur Son trône. Aussi, lorsqu'Il s'adressa à eux à ce sujet dans les mots ci-dessus, rien ne pouvait être plus éloigné de leurs pensées que de vouloir dire que seuls ceux qui se conformeraient à ces règles strictes échapperaient à une éternité de torture : Au contraire, leur compréhension serait que tous ceux qui ne se conformeraient pas à ces règles et ne suivraient pas de près l'exemple de Jésus, ne partageraient pas avec Lui les gloires et les honneurs du Royaume - ne seraient pas associés à Lui comme cohéritiers du Royaume. Ils s'attendaient certainement à ce que Son Royaume, une fois organisé, bénisse toutes les nations, et s'il bénissait toutes les autres nations, il bénirait certainement aussi la nation Juive, parmi laquelle le Maître Se proposait de choisir Ses cohéritiers. De ce point de vue, les paroles de notre Seigneur sont raisonnables, et d'aucun autre point de vue.
Il serait tout à fait déraisonnable de supposer que le Seigneur ait posé comme condition stricte et définitive que quiconque ne deviendrait pas Son disciple et un porteur de croix jusqu'à l'abnégation totale, même des parents et des enfants si nécessaire, serait tourmenté à cause de cela, ou même détruit. En fait, nous savons que le même grand Maître a déclaré : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne le tire », et nous voyons très clairement que seule une petite proportion de la nation était à l'époque attirée vers Jésus par le Père par la parole de la grâce. Nous voyons que la grande majorité était aveuglée. Il est donc évident que notre Seigneur ne faisait pas référence aux aveugles qui ne sont pas devenus Ses disciples, mais qu'Il destinait Ses remarques exclusivement à la classe à laquelle il S'adressait, dont les yeux avaient été ouverts et les oreilles débouchées, et qui étaient devenus Ses disciples par une consécration. Notez les paroles du Maître : « Heureux vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce qu'elles entendent » ; il est suggéré ici que la majorité des Juifs ne voyaient pas et n'entendaient pas, et n'étaient donc pas appelés à suivre Jésus dans le même sens particulier ; la majorité n'étant même pas attirée par le Père, n'étant pas dans une condition de cœur pour être attirée par la vérité.
Notez comment notre Seigneur se réfère à cette question, et parle des conducteurs Juifs, disant qu'ils étaient des guides aveugles, conduisant un peuple aveugle, et tous sur le point de « tomber dans le fossé » (Matth. 15 : 14). Cette chute dans le fossé semble être, à ceux qui sont trompés par la théorie des tourments éternels, une autre suggestion que toute la nation Juive, tant les conducteurs que le peuple, se dirigeait rapidement vers « l'enfer », vers les tourments. Mais au contraire, les Écritures montrent clairement que le fossé vers lequel ils se hâtaient était la grande période de détresse qui s'est abattue sur leur nation après la crucifixion de notre Seigneur, et qui a culminé avec la destruction totale de leur ville par l'armée de Titus en l'an 70 de notre ère - depuis lors, ils ont été comme nation désintégrés et détruits.
Le fait que les Apôtres n'aient pas compris que tous ceux qui ne les suivaient pas dans la voie étroite du sacrifice de soi, de l'abnégation, du port de la croix, devaient être tourmentés, est attesté par l'Apôtre Pierre qui, parlant sous l'inspiration du saint Esprit, déclara à ces mêmes Juifs qu'ils avaient crucifié le Messie, puis il ajouta : « Mais je sais que c'est par ignorance que vous l'avez fait, ainsi que vos chefs aussi » (Actes 3 : 17).
Cette ignorance aveugle est également évoquée par l'Apôtre Paul : en discutant de cette question dans son épître aux Romains, il a fait remarquer qu'Israël était aveuglé, qu'il a trébuché et est tombé dans le fossé, et qu'il n'a pas atteint le grand prix qu'il recherchait, et que seuls les élus ont obtenu ce prix. Il nous signale le « reste » élu, choisi dans la nation avant sa complète désintégration, et nous informe que ce reste, inférieur au nombre que Dieu avait prédéterminé, l'Église élue, doit être complété, au cours de cet Âge de l'Evangile, par le choix des autres, parmi les Gentils, pour être cohéritiers avec les Israélites de la même promesse faite à Abraham. Ces derniers sont appelés « Israël spirituel », et l'Apôtre fait remarquer que ce changement dans la procédure divine était connu d'avance du Seigneur et faisait partie de Son plan, tel qu'il a été révélé par les prophètes, à savoir que les païens devaient aussi être cohéritiers de la même promesse - Rom. 11 : 7-12.
L'Apôtre poursuit en montrant que l'aveuglement continuera sur l'Israël charnel jusqu'à ce que l'Église évangélique soit complétée, et qu'alors l'aveuglement sera détourné d'eux, et ils verront ; et la faveur de Dieu viendra sur eux, et ils seront parmi les premiers à être bénis sous le nouvel ordre de choses qui suivra la glorification de l'Église élue.
Avec ces pensées dans notre esprit, en nous mettant exactement à la place des Apôtres, nous sommes beaucoup mieux préparés à comprendre le sens des paroles du Maître : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même et qu’il prenne sa croix ». L'Apôtre nous oriente vers la même pensée, en disant que c'est seulement si nous souffrons avec Lui que nous régnerons avec Lui ; si nous sommes morts avec Lui, que nous vivrons avec Lui. Cette déclaration s'adresse exclusivement à ceux qui sont sur le « chemin étroit », et ne se réfère pas du tout au monde des hommes. Les versets suivants, qui font partie du même discours, déclarent que quiconque veut sauver sa vie la perdra, et que quiconque perdra sa vie à cause du Seigneur la retrouvera ; cela aussi s'applique exclusivement à ceux qui ont eu les yeux ouverts et sont devenus Ses disciples, et ne s'applique pas du tout aux autres.
Tous ceux qui deviennent disciples de Jésus franchissent d'abord deux étapes, à savoir la justification et la consécration, ou sanctification. La justification leur est imputée en tant que résultat de la foi en Christ comme leur Rédempteur, et son objet est de placer les êtres humains déchus et pécheurs sur un plan ou une position si parfaite devant Dieu qu'ils puissent présenter leur corps comme un sacrifice vivant, « saint et agréable à Dieu » par Christ. La consécration, l'abandon de soi, la sanctification, appelée dans notre texte renoncement de soi-même, consiste en l'abandon de nos volontés à la volonté du Seigneur : et nos volontés qui contrôlent cela impliquent notre tout.
Cette classe, ayant reçu sa part de la rançon (la justification) et l'ayant utilisée en échangeant ses espoirs de restitution contre les espoirs célestes, « Le Haut-Appel », la prospérité spirituelle et la perspective d'être cohéritier du Christ, n'a plus de droits ni d'espoirs terrestres : elle doit donc soit gagner la vie spirituelle pour laquelle elle a opté, soit perdre toute vie. Et les conditions auxquelles la vie céleste doit être atteinte sont le sacrifice de la vie terrestre et de ses intérêts. Par conséquent, comme il est dit ici, en ce qui concerne cette classe, quiconque sauve sa vie terrestre (refusant de la sacrifier, etc.) après avoir fait la consécration, la perd entièrement - perd tout espoir d'une vie future. D'autre part, ceux de cette classe qui sont maintenant fidèles en abandonnant la vie présente pour l'amour du Seigneur, trouveront la vie éternelle dans les conditions glorieuses du Royaume. « Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui » - 2 Tim. 2 : 11,12.
Le verset suivant (26) est une partie du même discours, qui ne s'adresse pas au peuple en général, mais seulement aux disciples, aux porteurs de la croix, au Petit Troupeau. On y lit : « Car que profitera-t-il à un homme s'il gagne le monde entier, et qu'il fasse la perte de son âme (son être, son existence) ; ou que donnera un homme en échange de son âme (son existence future) ? » Nous devons nous rappeler qu'une seule offre de vie éternelle a jusqu'à présent été faite à l'humanité ; c'était l'offre que Jésus faisait à Ses disciples, et qui a depuis été faite tout au long de cet Âge de l'Évangile à quiconque avait des oreilles pour entendre et une volonté de marcher sur le chemin étroit. Il n'y a pas encore d'offre de vie éternelle au monde, bien que les Écritures nous montrent clairement qu'il y aura une offre de vie éternelle sous d'autres conditions pendant l'Âge millénaire ; mais personne ne peut encore accepter ou rejeter ces conditions, car elles ne sont offertes à personne.
Ceux qui sont maintenant invités à la vie éternelle dans ses conditions les plus glorieuses de « gloire, d'honneur, d'immortalité » et de cohéritage avec le Rédempteur dans le Royaume sont exhortés par notre Seigneur à apprécier hautement la valeur de la vie éternelle ; et il est sous-entendu que quiconque veut bien examiner la question reconnaîtra volontiers que donner tout ce qu'il a de la vie terrestre et de ses vanités en échange de la vie éternelle reviendrait à obtenir ce grand bienfait à un prix très bas - une très bonne affaire ! Nous voyons des hommes qui, à l'approche de la mort, sont prêts à tout donner pour conserver un peu plus longtemps la vie présente : combien plus devrions-nous être disposés à déposer notre vie en sacrifices volontaires, en renoncements quotidiens, en partageant les souffrances du Christ dans le temps présent, afin d'atteindre ainsi, selon la bonne promesse de Dieu dans le Christ, la vie glorieuse et éternelle promise aux vainqueurs.
QU'EST-CE QUI CONSTITUE LE PORT DE LA CROIX ?
Mais nous revenons maintenant à la proposition initiale de notre texte, et nous nous interrogeons en particulier sur les termes déclarés de l’état de disciple. Que signifient-ils, et comment s'appliquent-ils à nous individuellement dans notre vie quotidienne ? Qu'est-ce que cela signifie pour nous de renoncer à nous-mêmes ? Cela signifie qu'après nous être consacrés au Seigneur, nous ne devons avoir aucune volonté propre ; le moi doit être ignoré, ou, comme l'exprime l'Apôtre Paul, « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». « Tenez-vous pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu ». Le renoncement à soi, signifie donc ignorer la volonté propre, la satisfaction du moi : et cela comprend toutes les ambitions et tous les désirs terrestres, tant ceux de nature pécheresse que ceux qui sont louables et convenables. Nous nous engageons dès le début à ne pas suivre nos propres inclinations et nos propres volontés, mais à être entièrement soumis à la volonté de notre Tête, le Seigneur Jésus, si nous pouvons être comptés en retour comme membres en particulier de Son corps, l'Église élue.
Très gracieusement, le Seigneur nous cache à la vue, au début du chemin, certaines des épreuves de la chair et des conflits entre la pensée de la chair et la nouvelle pensée, que cette pleine consécration doit impliquer si nous nous engageons dans la direction de la marque qu'il a fixée pour nous, comme norme de caractère. Si nous pouvions voir tout ce que cela implique dès le début de la course, nous serions sans doute découragés, mais à mesure que nous grandissons dans la grâce et que nous devenons forts dans le Seigneur et dans la puissance de Sa force, nous grandissons aussi dans la connaissance et dans l'amour envers le Seigneur et envers tous ceux qui sont en fraternité avec Lui, et ainsi cela devient chaque jour plus facile pour nous, alors que nous chantons,
« ... le chemin devient plus doux
Depuis que nous avons appris à l'aimer ».
Il en résulte que, petit à petit, les épreuves qui sont venues au début semblent être insignifiantes, mais d'autres épreuves viennent à leur place, à mesure que nous discernons plus distinctement, plus clairement, la volonté bonne, acceptable et parfaite de Dieu. C'est ainsi que notre condition d'épreuve progresse, et ce qui est exigé de nous, c'est que, pas à pas, nous soyons fidèles à ce que nous reconnaissons comme étant la volonté du Seigneur, et que nous cherchions, de notre mieux, à nous y soumettre. C'est le renoncement à soi, l'abandon de toute autre chose pour être les disciples de Jésus.
La pensée renfermée dans l'expression « porter sa croix » est étroitement unie à celle que comportent les mots renoncer à soi-même. Il y a cependant une différence. L'abnégation a particulièrement trait à l'obéissance et à l'endurance passives pour la cause du Seigneur ; le port de la croix concerne plus spécialement l'activité au service du Maître, laquelle nous trouvons être contraire à nos penchants naturels. La fidélité manifestée dans le renoncement à soi-même, c'est le courage et le zèle ; manifestée dans l'action de porter la croix, c'est la victoire, le triomphe. Nos renoncements peuvent être des victoires remportées dans nos propres cœurs à l'insu des autres, et qui devraient leur rester cachées si nous désirons recevoir la plénitude de la bénédiction du Seigneur. Le port de la croix, au contraire, peut être remarqué, à un certain degré du moins, par ceux qui sont en contact direct avec nous et spécialement par ceux qui marchent dans le même « chemin étroit » (Manne du 21 janvier).
Et combien il convient que tous les porteurs de croix se reconnaissent les uns les autres, qu'ils soient capables de sympathiser les uns avec les autres, de donner un mot d'encouragement, un regard de sympathie ou une main secourable, selon l'occasion. Quant aux autres, nous ne pouvons pas attendre d'eux de la sympathie, car, de leur point de vue, nous sommes considérés comme des insensés (Actes 26 : 24 ; 1 Cor. 1 : 18 ; 2 : 14 ; 3 : 18), des déraisonnables, qui suivent une voie peu sage, qui attirent sur nous nos difficultés, parce que nous insistons pour suivre un modèle idéal, le modèle de notre cher Rédempteur, au lieu de suivre le modèle de la chrétienté et du monde. Ceux-là, bien sûr, n'ont que des moqueries pour les fidèles, et souvent, sans doute, ils pensent à eux comme ils parlent d'eux, comme à des hypocrites. C'est là, en effet, une partie du port de la croix, surtout lorsque ceux qui se moquent et qui ridiculisent sont ceux que nous aimons et dont nous apprécierions l'estime, si nous pouvions l'avoir en même temps que le « Bien fait, bon et fidèle serviteur » du Maître.
Regardez, par exemple, notre Seigneur Jésus, et la croix qu'Il a portée - non pas la croix de bois littérale qu'Il a portée au Calvaire, au milieu de la honte et des railleries, mais le port de la croix qu'Il a pratiqué continuellement pendant les trois ans et demi de Son ministère, à partir du moment de Sa consécration au Jourdain. Notez comment la fidélité à la vérité, dans le témoignage concernant Sa mission, le Royaume qu'Il établissait, et les conditions d'appartenance à celui-ci, étant mal comprise par les souverains sacrificateurs, les scribes et les Pharisiens, a conduit à une opposition continuelle, de sorte que non seulement ils ont calomnié Son nom, mais dans leur haine ils ont recherché Sa vie et l'ont finalement obtenue. Notez qu'il ne s'agissait pas de gens du monde, au sens où ce mot est généralement compris, mais de membres des principales dénominations de Son époque, et que les prétendus saints de l'époque étaient Ses assaillants les plus acharnés. Il aurait pu, en effet, s'aligner sur les Pharisiens ou les Sadducéens, être considéré comme « respectable » et avoir un grand nombre de partisans, mais la fidélité à la vérité ne lui permettait pas de faire cela, mais l'obligeait à prendre une position indépendante de toutes les sectes et de tous les partis, ce qui lui attirait la colère de tous, et constituait Sa croix continuelle et quotidienne, qui devait être supportée, s'Il voulait « vaincre » et Se voir accorder l'association avec le Père dans le Royaume. Et tous Ses disciples fidèles ne doivent-ils pas s'attendre à des expériences similaires, dans des conditions similaires maintenant ? Nous le pensons ; nous le savons ; ils font de telles expériences.
L'Apôtre mentionne quelques-unes de ces croix, et déclare que le fait de les supporter est une marque de sa fidélité en tant que serviteur du Seigneur : « Par une grande patience, dans les tribulations, dans les nécessités, dans les détresses, dans les coups, dans les prisons, dans les troubles, dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes », dans l’ignominie, dans les mauvaises nouvelles, comme séducteurs et cependant véritables, comme attristés et cependant toujours joyeux, comme pauvres mais enrichissant plusieurs, comme n'ayant rien, et cependant possédant toutes choses (2 Cor. 6 : 4-10). Combien notre Maître savait qu'on Le considérait comme un imposteur, alors qu'Il était le véritable, qu'on l'appelait Belzébul, alors qu'Il était le Prince de la lumière ! Quelle croix ce devait être de supporter de telles calomnies, de telles fausses représentations, de telles contradictions des pécheurs contre Lui-même ; et avec quelle fidélité Il a porté la croix. Et tous Ses disciples ne doivent-ils pas s'attendre à partager pareillement cette croix avec Lui, et à être incompris, mal représentés, mal jugés, par ceux qui sont plus ou moins aveuglés par l'Adversaire ! Un tel déshonneur, de tels mauvais rapports, font partie des choses que notre Seigneur a spécifiquement déclarées comme faisant partie de notre port de croix lorsqu'Il a dit : « Vous êtes bienheureux quand on vous injuriera, et qu'on vous persécutera, et qu'on dira, en mentant, toute espèce de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez de joie (dans toutes ces souffrances), car votre récompense est grande dans les cieux ».
En un mot, notre Seigneur appelle Ses disciples à Le suivre, en opposition directe avec le courant du monde. Il déclare que le disciple ne doit pas s'attendre à être au-dessus de son Seigneur en étant épargné par de telles expériences, mais Il promet de grandes récompenses à la fin du voyage - la vie éternelle, avec une gloire immense.
On ne peut saisir l'horreur de l'enseignement des credo de la chrétienté concernant le sort du monde en général que si l'on commence à considérer sérieusement l'étroitesse de la voie dans laquelle tous les vrais disciples du Seigneur sont appelés à marcher sur Ses traces. Il est certain que si tous sauf ces saints fidèles, qui constituent un « Petit Troupeau », doivent être éternellement tourmentés, cela signifie qu'il y aura de nombreux membres de chaque famille sur terre condamnés à cette terrible et interminable agonie. Combien absurde est cette proposition, combien déraisonnable, combien non scripturaire, quand les Écritures sont correctement comprises !
Mais combien raisonnable est l'interprétation correcte de notre texte, combien raisonnable est son application à ceux qui ont été attirés par le Père vers le Fils, et qui ont ensuite accepté le Fils et Son grand sacrifice pour le péché, et qui ont considéré comme un service raisonnable de présenter leurs corps comme des sacrifices vivants, et qui Lui ont consacré tout leur être, afin d'avoir la fraternité dans Ses souffrances, et la fraternité ultime aussi dans Sa gloire. Ceux-ci peuvent voir aisément que l'honneur et la gloire du Royaume auxquels ils sont appelés sont des bénédictions si grandes, des honneurs si profonds, et que leurs travaux en tant que rois, sacrificateurs et juges dans l'Âge Millénaire sont si exceptionnels, que toutes ces épreuves de foi, de patience, d'amour et d'obéissance sont tout à fait raisonnables pour eux.
Nous exhortons tous ceux-là, surtout en cette saison particulière de la commémoration de la mort de notre cher Rédempteur, à ne pas se contenter de la forme extérieure d'abnégation pratiquée par la chrétienté nominale pendant le Carême, mais à apprendre, quelle que soit l'abnégation extérieure qu'ils pratiquent, la pleine signification de la consécration et de l'immolation de soi que signifient les paroles de notre Seigneur : et qu'ils ne se contentent pas de porter une croix en guise d'ornement, mais qu'ils saisissent pleinement et clairement la portée des paroles du Maître concernant le véritable port de la croix, afin qu'en temps voulu ils puissent également atteindre le port de la couronne promise comme récompense aux fidèles. En cette saison de l'année, renouvelons notre alliance de sacrifice avec le Seigneur, déterminés, selon les paroles de l'Apôtre, à faire preuve de plus de zèle que jamais : « Rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si aisément, courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus, sur les traces duquel nous voulons marcher » (Hébreux 12 : 1).