Néhémie resta avec son peuple comme gouverneur perse pendant douze ans, lorsqu'il fut rappelé au palais par Artaxerxès (Neh. 13 : 6). Il revint à Jérusalem avec la permission du roi, probablement cinq ans plus tard. Pendant ce temps, les intérêts des Israélites avaient prospéré dans les affaires temporelles, mais souffert au point de vue moral et religieux. Malachie prophétisa durant cette période, et son livre nous donne un aperçu clair de la dégradation de l'époque. La déchéance semble avoir commencé par le désir d'être en bons termes avec les Gentils de ce voisinage, contrairement au commandement divin.
Il en résulta une multiplication des mariages mixtes et, par conséquent, un désintérêt croissant pour la loi et le culte divins. Le petit-fils du Souverain Sacrificateur, Manassé, épousa la fille de Sanballat, autrefois un ennemi important des Juifs et un homme d'influence ; on profana l'une des salles de la dîme du Temple en l'aménageant en habitation pour Tobija, l'Ammonite, qui, par mariage, devint apparenté au Souverain Sacrificateur ; et cette politique, sanctionnée par une si haute autorité, fut largement suivie par d'autres (Neh. 13 : 4,5,28 ; Mal. 2 : 14-16). Il n'est pas surprenant qu'un tel mépris de la loi divine ait conduit tout naturellement et rapidement à la négligence de la dîme pour l'entretien des ministres du Temple, conduisant aussi à un égoïsme accru, qui, si toutefois on apportait un sacrifice au Seigneur, rendait disposé à apporter le pauvre, le boiteux et l'aveugle du troupeau, et non pas le gros sans tache. Il n'est pas étonnant non plus que la magie, l'adultère, les faux serments, l'oppression, l'escroquerie envers les veuves et les orphelins, etc. aient accompagné cette évolution – Mal. 1 : 7,8 ; 3 : 5,9.
Mais notre leçon traite plus particulièrement d'un autre mal de l'époque : le non-respect du Sabbat. La politique de ceux qui succédèrent à Néhémie à son retour en Perse était, comme nous l'avons vu, de se faire accepter par les étrangers, et cela, sans doute, en grande partie dans l'intérêt du commerce. Avec la venue d'épouses païennes et le relâchement de l'intérêt pour le Seigneur et Ses commandements, ainsi que la fréquente intercommunication avec des païens qui n'observaient pas le jour du Sabbat, les prescriptions relatives au jour du Sabbat furent rapidement transgressées.
Nous pouvons en tirer une leçon pour l'Israël spirituel, et appliquer les paroles de l'Apôtre : « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs », et les paroles de notre Seigneur : « Vous n'êtes pas de ce monde, comme moi je ne suis pas de ce monde ». Il est ordonné à l'Israélite spirituel de se séparer du monde, de rechercher ses fraternités avec son propre peuple, le peuple du Seigneur, et de ne pas se mettre sous un joug mal assorti avec les incrédules (2 Cor. 6 : 14). Nous pouvons appliquer cela en particulier au mariage, mais dans une certaine mesure, on peut considérer que cela s'applique également aux partenariats commerciaux, etc. De même que les peuples païens qui entouraient Israël exerçaient sur eux une pression continuelle, de même les influences mondaines qui entourent les Israélites spirituels les pressent continuellement avec l'esprit de mondanité, qui doit être repoussé en permanence ; car une fois que cet esprit est admis dans la citadelle du cœur, il fait la guerre à l'esprit de sainteté, de dévotion à Dieu, etc., et dans la mesure où l'esprit mondain envahit la famille, la sanctification de l'esprit de vérité est contrariée et déréglée. En tant qu'Israélites, soyons continuellement en garde contre toutes les influences étrangères et aliénantes du monde, de la chair et du diable.
Néhémie, dès son retour dans ses fonctions, se préoccupa de remédier aux désordres décrits, en commençant par la purification du Temple, le rétablissement de son service et l'approvisionnement de ses ministres. Il en vint ensuite à la question de la profanation du Sabbat, dont traite particulièrement notre leçon. Il fit des remontrances aux nobles contre une telle violation du commandement divin - le quatrième du Décalogue d'Israël. Il leur fit remarquer que la profanation du Sabbat avait beaucoup à voir avec leur captivité à Babylone. On se souviendra qu'en expliquant la désolation de soixante-dix ans de la terre d'Israël, le Seigneur a déclaré qu'il la rendrait désolée pendant soixante-dix ans, jusqu'à ce qu'elle ait accompli ses Sabbats, ses années de jubilé (2 Chron. 36 : 21). Il est vrai qu'il s'agissait de Sabbats annuels, et non de Sabbats de jours, mais nous devons nous rappeler que le système du Sabbat (le septième jour et le cinquantième jour, la septième année et la cinquantième année) était un tout cohérent : et sans doute, si Israël avait correctement observé ses jours de Sabbat, il aurait également correctement observé ses années de Sabbat et ses Jubilés [voir Etudes dans les écritures, Vol. II, chap. 6].
Néhémie, après avoir discuté avec les nobles de la pertinence de la question et du danger pour la nation de transgresser ainsi la loi divine, entreprit une réforme en fermant les portes de Jérusalem au coucher du soleil du sixième jour de la semaine (vendredi), et en les gardant fermées jusqu'au coucher du soleil du septième jour de la semaine (samedi). Les commerçants étrangers qui venaient faire des affaires le jour du Sabbat furent déçus et obligés de camper à l'extérieur de la ville, mais dans l'espoir que la réforme serait de courte durée, ils vinrent de la même manière le Sabbat suivant. Néhémie les avertit alors que s'ils revenaient faire du commerce le jour du Sabbat et s'ils maintenaient une agitation autour des portes de la ville le jour du Sabbat, ils seraient arrêtés comme perturbateurs de la loi et de la paix de la ville, et ils furent donc retenus.
Nous devons tous louer le dévouement de Néhémie à la Loi divine et admettre qu'il n'en a aucunement dépassé ses exigences.
L'Israélite spirituel, même s'il n'est pas soumis, au sens propre du terme, à la Loi du Sinaï, qui a été donnée exclusivement à l'Israélite charnel, a néanmoins son jour de Sabbat, son jour de repos. C'est un jour plus grand et plus complet que le jour juif, car son repos est plus grand et plus parfait que le repos physique du Juif. L'Israélite spirituel se repose dans la foi, se repose en Christ. Ayant pris sur lui le joug de ce nouveau Maître, il trouve, comme cela lui a été promis, le repos de son âme, et pas seulement le repos de sa chair - le repos de l'esprit, et pas seulement le repos du corps (Matth. 11 : 29). C'est le repos ou le Sabbat mentionné par l'Apôtre (Héb. 4 : 3) qui dit : « Nous qui avons cru, nous entrons dans le repos ». Notre repos dans le Seigneur est aussi complet que notre foi [croyance] en Lui. Celui qui croit pleinement repose pleinement ; celui qui ne croit qu'en partie ne repose qu'en partie. La condition idéale de l'Israélite spirituel est celle d'un repos parfait, d'un sabbat gardé parfaitement pendant son expérience présente en attendant un autre repos plus complet et en travaillant pour l'obtenir, savoir : le repos qui reste pour le peuple de Dieu - le repos réel de la condition parfaite – « Efforçons-nous donc d'entrer dans ce repos [sabbat], afin qu'aucun de nous ne vienne à tomber, en donnant le même exemple d'incrédulité » [qu'Israël selon la chair] - Héb. 4 : 9-11 (Manne du 18 mai).
Bien que l'Israélite spirituel ne doive jamais perdre de vue ses véritables Sabbats, les antitypes des jours et des années de Sabbat de l'Israël charnel, et bien qu'il ne doive jamais oublier qu'il est complètement libéré de la Loi du Sinaï concernant tous les Sabbats, les jours saints, les nouvelles lunes, etc. (Col. 2 : 16), il se réjouit néanmoins et doit profiter de tous les arrangements de la chrétienté nominale qui peuvent sembler favorables à son repos spirituel, à son respect continuel du Sabbat.
Il se trouve que la chrétienté nominale a mis à part un jour sur sept comme Sabbat de repos - non pas le septième jour, qui a été ordonné aux Juifs, mais le premier jour de la semaine, qui n'a jamais été ordonné à personne par l'autorité divine. Quelle que soit l'idée fausse par laquelle ce premier jour de la semaine, appelé jour du soleil en commémoration de l'ancien culte païen du soleil, a été à l'origine mis à part comme sacré et l'est encore par les lois de la chrétienté, il contient une grande bénédiction, non seulement pour le peuple en général, mais surtout pour les vrais Israélites.
(1) Pour l'ensemble de la population, il s'agit d'un jour de repos, de récréation, de rafraîchissement, de changement, d'un jour où l'on peut voir et entendre des choses différentes, d'un jour différent de celui où l'on est plongé dans le labeur, d'un jour où l'on a la possibilité de se développer mentalement selon les meilleures lignes de conduite que l'on peut connaître et que l'on est prêt à suivre. Pendant quelque temps, certains ouvriers, mécaniciens et commerçants ont considéré la cessation obligatoire du labeur comme une contrainte, préjudiciable à leurs intérêts, mais ils ont très généralement fini par se rendre compte qu'il y a de toute façon surabondance de main-d’œuvre, et qu'en ce qui concerne l'ensemble du peuple, le travail des six jours vaudra exactement autant que celui des sept jours. Par conséquent, nous constatons que les organisations syndicales s'efforcent maintenant de faire appliquer les lois sur le dimanche, et que pratiquement les seules personnes d'avis contraire sont celles qui possèdent et exploitent des machines. En 1886, un millier de charpentiers de Berlin ont adressé une pétition au gouvernement pour obtenir une protection contre le travail du dimanche ; la même année, un congrès socialiste de Belgique a fait du repos dominical l'une de ses principales revendications. En Hollande, un effort est actuellement en cours pour l'émancipation du travail du dimanche ; et récemment, dans le Wisconsin, une Ligue de la loi et de l'ordre a été organisée pour faire respecter les lois sur le dimanche, etc. Les travailleurs constatent qu'en perdant le dimanche, ils ne reçoivent aucune compensation.
Bien que le quatrième commandement à l'égard de l'Israël charnel ait été principalement de nature typique, préfigurant le repos à venir pour les Israélites spirituels, néanmoins, comme toute loi divine, il n'était nullement préjudiciable, mais au contraire très bénéfique à l'Israël charnel d'observer le septième jour, de même qu'il est maintenant bénéfique à toute l'humanité d'observer un septième jour - que ce soit le premier jour de la semaine, observé par la chrétienté, ou le septième jour de la semaine observé par les Juifs. L'expérience prouve qu'un tel repos est nécessaire du point de vue humain et physique.
(2) Pour le véritable Israélite spirituel, le dimanche est et a été pendant de longs siècles un grand bienfait, une grande bénédiction - le seul inconvénient a été qu'il n'est pas rare qu'on lui ait fait croire à tort que le dimanche était le sabbat juif ou un substitut divinement désigné pour celui-ci, et qu'en conséquence il ait été soumis à une servitude - la servitude de la Loi juive, avec laquelle l'Israélite spirituel n'a en réalité rien à faire, étant sous une nouvelle alliance avec une nouvelle loi et un nouveau Médiateur (Héb. 8 : 6). Mais l'Israélite spirituel, qui se repose déjà dans son cœur (en observant le Sabbat de manière antitypique, par la foi en l'œuvre achevée du Rédempteur), qui comprend bien la question et qui apprécie les privilèges qu'apporte l'observation générale du dimanche, peut utiliser ce jour pour en tirer un merveilleux profit et une grande bénédiction. Et le fait qu'il ait l'occasion de le faire signifie pour lui l'obligation de le faire ; parce que, bien qu'il ne soit pas lié par des dispositions légales, il est soumis à la loi générale de l'amour et, en vertu de celle-ci, il est tenu de faire de sa force ce que ses mains trouvent à faire - glorifier le Seigneur, bénir les frères et faire du bien à tous les hommes selon qu'il en a l'occasion ; et le jour et les coutumes sont favorables à son exercice à tous ces égards.
L'Israélite spirituel doit considérer que, quelles que soient les notions erronées que l'humanité a pu avoir et qui l'ont amenée à mettre à part le premier jour de la semaine, il est évident que la providence divine a voulu que des occasions spéciales de profit et de progrès se présentent aux Israélites spirituels appelés à faire partie de la Sacrificature Royale. Ceux-là sont prompts à se prévaloir de ces privilèges et de ces occasions, à se réunir pour l'étude de la Parole divine, pour la louange, pour la prière et pour la fraternité spirituelle, pour s'édifier mutuellement dans la très sainte foi.
Étant donné que la majorité des personnes consacrées au Seigneur sont pauvres - peu de grands, peu de sages, peu d'érudits, peu de riches - il était nécessaire que le Seigneur fournisse une occasion telle que ce jour l'offre pour se libérer du labeur terrestre et se rafraîchir spirituellement ; et comme il est heureux que les masses de la chrétienté considèrent le repos de ce jour comme obligatoire au point de vue divin.
Par conséquent, de tous les peuples du monde, ceux qui jouissent de la lumière de la vérité présente et qui reconnaissent ce jour comme un privilège donné par Dieu, et non comme une obligation, devraient être les tout derniers à faire ou à dire quoi que ce soit qui puisse jeter le discrédit sur ce jour et son observation sacrée en tant que jour de repos. Cela ne signifie pas, bien sûr, que nous devions préconiser son observation avec les arguments habituels ; mais cela signifie que tous ces gens devraient être prudents dans leur observation de ce jour pour trois raisons :
(1) Parce qu'ils ne voudraient pas voir le jour tomber en désuétude ou dans l'irrespect de l'estime du monde en général, pour le bien de l'humanité, ainsi que pour leur propre bien - physique et spirituel.
(2) Parce qu'ils ne voudraient pas faire quoi que ce soit qui puisse conduire les autres à violer leur conscience moins éclairée, en se rappelant que la conscience est la qualité la plus précieuse, mais aussi la plus tendre et la plus facile à blesser de la nature humaine.
(3) Parce qu'ils souhaitent maintenir une influence religieuse appropriée auprès de leurs voisins, dont l'esprit n'est pas clairement et pleinement instruit sur ce sujet - dans l'intention qu'ils puissent exercer une plus grande influence pour le bien et la vérité selon le temps et l'occasion.
Pour toutes ces raisons, nous exhortons les lecteurs de ce journal à observer avec joie et diligence le dimanche comme un jour sacré, un jour saint, providentiellement mis à part par la loi humaine. Qu'il soit entièrement séparé des affaires, et autant que possible de tout travail qui n'est pas réellement nécessaire ; qu'il soit employé à leur propre édification, à celle de leur famille, à celle de la Maison de la Foi, et à celle de tous ceux que la vérité attirera dans leur sphère d'influence, dans des directions morales et spirituelles.
Dans le dernier verset de la leçon, Néhémie demande la bénédiction du Seigneur sur lui-même, en raison de l'œuvre qu'il a accomplie au nom du Seigneur. Il combattait vaillamment pour la cause de Dieu, se faisant ainsi beaucoup d'ennemis ; aussi, tout en ne reculant pas devant son devoir, il n'était pas déraisonnable, mais très approprié, qu'il pensât à la fidélité du Seigneur envers tous ceux qui lui étaient fidèles.
Si Néhémie avait vécu à notre époque, avec son Haut-Appel et ses privilèges évangéliques, nous ne doutons pas qu'il aurait été l'un des « saints », et alors, assurément, il aurait connu pleinement et clairement les promesses extrêmement grandes et précieuses données à l'Église de l'Évangile. Mais il a vécu avant que le « Haut-Appel » ne commence, avant que les très grandes et précieuses promesses ne soient faites. Il ne savait pas ce qu'il recevrait du Seigneur pour sa fidélité, mais nous pouvons le savoir, étant instruits par l'Esprit Saint à travers les écrits de l'Apôtre. Nous pouvons être assurés que si Néhémie est resté fidèle jusqu'à la fin de son parcours, il sera parmi les Dignes du passé mentionnés par l'Apôtre dans Hébreux 11 - ceux qui ont pratiqué la justice, et ont été vaillants du côté de Dieu et de Sa Loi. Nous sommes assurés que ceux-ci étaient agréables à Dieu et qu'ils seront finalement rendus parfaits - dans l'avenir, après que l'Église, le corps élu du Christ, aura été achevée, rendue parfaite et glorifiée dans le Royaume céleste - Héb. 11 : 39,40.