Suite à notre méditation sur la mort et la résurrection de notre Seigneur, il convient d'appliquer à nous-mêmes la double leçon qui y est enseignée :
(1) La leçon de la dépravation de l'homme par la chute et son besoin subséquent de rédemption et de restitution. Comme nous l'avons vu, la mort du Christ était le prix de la rançon pour l'homme, et la résurrection du Christ était l'attestation de Dieu quant à l'acceptabilité de l'offrande pour le péché, et la préparation de la voie pour la bénédiction de l'humanité en élevant à la vie surhumaine, à la gloire et à la puissance divines, le Rédempteur, - Le constituant « Seigneur de tous », et Le rendant ainsi apte à la grande œuvre de bénédiction d'Adam et de sa famille en temps voulu - après l'établissement de Son Royaume Millénaire.
(2) Il faut noter le dessein de Dieu de choisir parmi les hommes un « Petit Troupeau » auquel Il conférera le pouvoir du Royaume en temps voulu, en en faisant Ses représentants et Ses agents dans l'œuvre de bénédiction du monde des hommes avec toutes les faveurs obtenues par le sacrifice de la rançon. Les Écritures nous montrent que ce plan ou ce dessein de Dieu était connu, arrangé d'avance, par Lui avant la fondation du monde. Elles nous montrent aussi que, dans le dessein divin, notre Seigneur Jésus était la Tête, le Premier, le Principal, le Seigneur de ce Petit Troupeau, et que les relations de Dieu avec Lui et la méthode par laquelle Il a été préparé à Sa haute position actuelle sont une illustration de la méthode par laquelle Son Église doit être préparée en vue de devenir cohéritière avec Lui dans Son Royaume - Éph. 1 : 3,4, 4 : 15 ; Col. 1 : 18 ; 1 Pi. 1 : 20.
C'est avec ce dernier aspect ou cette dernière leçon que nous avons maintenant à faire. Dans le passage de l’Écriture considérée, l'Apôtre ne s'adresse ni à l'humanité en général, ni même aux croyants en général, mais à une classe spécifique, à savoir « les saints et les frères fidèles en Christ » (Col. 1 : 2). Il s'adresse donc à ceux qui ont franchi les deux étapes de la grâce : (1) L'étape de la justification, du péché adamique et de la mort à la réconciliation avec le Père par la foi dans le rachat accompli par Son Fils bien-aimé. (2) Ayant ainsi été légitimement justifiés, ou par la foi, relevés de la condition de péché et de condamnation, ceux-ci, répondant à l'invitation du Seigneur, se sont consacrés au Seigneur dans le sens et au degré le plus complet pour l'obéissance et le service « jusqu'à la mort ».
Cette pleine consécration de chaque talent, de chaque faculté et de chaque opportunité est appelée dans les Écritures la mort - parce que la volonté est morte, la propre volonté est abandonnée, et la volonté du Seigneur est acceptée à sa place. Et puisque la volonté est le véritable Moi, la personne réelle, la pensée est que l'ancien Moi, la volonté ou la personne est morte, et que la Nouvelle-Créature, n'ayant pas de volonté propre, mais étant entièrement soumise à la volonté Divine telle qu'elle est exprimée dans le Christ, qui est la Tête de ce corps, a pris le contrôle. Gardons à l'esprit la ligne de pensée qui ressort de ceci. Nous ne sommes pas des individus ou des personnes nouvelles, car c'est individuellement et personnellement que nous avons cessé d'être lorsque nous nous sommes remis par pleine consécration au Seigneur : notre nouvelle condition est celle de membres ou de parties de la plus grande organisation ou du corps dont notre Seigneur Jésus est la Tête. Quiconque a une volonté propre doit à juste titre être considéré comme un individu ; mais quiconque a abandonné sa propre volonté, et accepté à la place la volonté d'un autre, s'est éclipsé ou, au sens figuré, est mort en tant qu'individu. Et ceci est l'image que l'Apôtre présente dans ce texte et dans diverses autres présentations de ce sujet. Par exemple, dans 1 Corinthiens 12, le même auteur déclare que le Christ entier n'est pas dans les membres mais dans la Tête. Dans la mesure où le peuple du Seigneur s'est pleinement consacré à Lui en tant que membres du corps du Christ, il doit être absolument soumis à la volonté de Dieu dans le Christ ; et en ce qui concerne sa propre volonté, il ne doit en avoir aucune, mais à cet égard, il doit être « mort ».
Voilà la pensée de l'Apôtre dans cette étude ; mais il va plus loin en disant que, de même que nos propres volontés, ambitions, buts et espérances ont été consacrés et jugés morts, de même nous devrions nous considérer comme des membres du Christ, ressuscités d'entre les morts : des Créatures-Nouvelles, habitées et contrôlées par la volonté nouvelle, l'esprit du Christ. C'est à cette classe que s'adresse l'Apôtre, et c'est sous ce rapport qu'il déclare : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d'en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu ».
La pensée est que tous les membres de cette classe ont, en tant qu'êtres terrestres justifiés, désirant et espérant atteindre le statut de cohéritier avec le Christ dans Son Royaume, été enseignés par Dieu et inspirés par les promesses extrêmement grandes et précieuses de Sa Parole pour arriver à cette position de consécration de soi-même. Nous devons noter comment notre Seigneur Jésus a donné Sa vie terrestre et a été élevé par le Père à une condition céleste et à la droite du pouvoir - comme modèle pour notre parcours de disciples dans Ses traces. Nous devons constamment nous rappeler que la communauté héréditaire avec le Seigneur dans cette condition spirituelle et dans Sa puissance et Son Royaume célestes sont les espérances placées devant l'Église de cet Âge, et nous devons « chercher ces choses » - « chercher » principalement le Royaume de Dieu - chercher à faire en sorte que notre appel et notre élection assurent la participation avec notre Seigneur aux honneurs et aux gloires du Royaume auxquels Il a déjà accédé en récompense de Son fidèle sacrifice - v. 1 ; Matth. 6 : 33 ; Rom. 2 : 7 ; 2 Pi. 1 : 10.
L'Apôtre souhaite que nous comprenions comment nous devons « chercher » ces choses. Nous ne devons pas seulement les rechercher dans la prière, bien que la prière soit une excellente aide dans la recherche. Nous devons les rechercher en fixant nos affections sur ces choses et en retirant nos affections des choses terrestres. Comparativement peu de gens se rendent compte à quel point nous disposons de la formation de nos propres caractères, à quel point nos esprits, nos affections, sont des jardins, dans lesquels nous pouvons soit planter les épines et les ronces du péché, soit planter les qualités purement morales et pratiques correspondant aux légumes utiles, soit planter les graines qui produiront les fleurs parfumées et belles qui représenteront plus particulièrement les grâces célestes et spirituelles. Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi en nature, qu'il le sème pour la chair ou pour l'esprit. Quiconque, par conséquent, recherche les choses célestes, le cohéritage dans le Royaume etc., doit planter ou mettre en place dans son esprit, dans ses affections, ces qualités et cette grâce que le Seigneur marque comme essentielles au développement de caractères tels qu'ils seront « capables de participer au lot des saints dans la lumière » - Col. 1 : 12.
Ainsi le Seigneur confie à tous ceux qu'Il invite à ce « Haut-Appel », à cette « vocation céleste », et qui acceptent l'appel et l'alliance qui en découle, la responsabilité de leur succès ou de leur échec dans sa réalisation. Par Sa Parole, Il leur parle de leurs propres faiblesses et imperfections naturelles, et leur montre de quelle façon II a compensé ou contrebalancé ces imperfections dans le mérite et le sacrifice du Rédempteur ; Il leur montre aussi quels sont les fruits et les grâces de l'esprit qu'ils doivent posséder, au moins dans le cœur, s'ils veulent être cohéritiers du Christ ; et Il leur montre aussi dans la vie du Rédempteur ainsi que dans Ses enseignements le Modèle que tous doivent suivre pour atteindre la même position glorieuse et être Ses cohéritiers. Nous pourrions envisager cette question uniquement sous l'angle de la responsabilité qu'elle nous fait porter, et nous risquerions de nous sentir dépassés ; cependant, nous devrions plutôt l'envisager du point de vue de la grâce divine, et considérer quel privilège béni nous a été accordé, non seulement d'être transformés par le renouvellement de nos esprits, afin que nous en venions de plus en plus à connaître et à rechercher la bonne, la convenable et la parfaite volonté de Dieu, mais en plus de tout cela, Dieu a mis devant nous la plus grande récompense imaginable pour l'accomplissement de ce qui est simplement notre responsabilité et un service raisonnable - l'accomplissement de ce qui nous procurerait la plus grande mesure de joie et de paix, en dehors d'une récompense future - 2 Pi. 1 : 3,4.
Il existe une attirance naturelle pour les choses terrestres pour toute l'humanité : même si les choses terrestres, pendant le règne du mal, sont souillées et à bien des égards désagréables pour ceux qui ont appris à aimer la justice et à haïr l'iniquité, il existe néanmoins une forte attirance pour les choses terrestres souillées et impures. Comme les mauvaises herbes, les affections et les désirs terrestres jaillissent spontanément de graines dont on ne sait pas d'où elles proviennent. Le Chrétien qui veut garder son cœur dans l'amour de Dieu doit donc non seulement continuer à semer ou à fixer ses affections sur les choses célestes, mais il doit aussi continuer à arracher les mauvaises herbes des désirs et des affections terrestres.
Comme le dit l'Apôtre, notre nouvelle vie ne se manifeste pas à tous, ni en toutes occasions ; c'est une vie de nouveaux sentiments, de nouveaux objectifs, de nouvelles aspirations, que le monde ne peut ni voir ni apprécier pleinement, mais dont il voit quelques manifestations extérieures dans notre conduite quotidienne. Même les « frères » peuvent ne pas être en mesure d'apprécier les progrès de la nouvelle vie en nous ; et même nous-mêmes pouvons parfois être quelque peu troublés en ce qui concerne la rapidité et la force de sa croissance, et nous pouvons avoir besoin de regarder en arrière sur des semaines ou des mois, ou peut-être des années, afin de constater qu'elle grandit effectivement. Notre nouvelle vie, caractérisée par nos efforts pour suivre la nouvelle volonté du Christ, est donc cachée dans le Christ et dans le Père.
L'Apôtre Paul, d'accord avec cette pensée, a dit quelque part que ni le monde, ni les frères n'étaient capables de le juger - mais que le Seigneur seul qui lit dans les cœurs et connaît toutes les conditions, les épreuves et les faiblesses contre lesquelles il faut combattre, peut juger convenablement. Il alla jusqu'à déclarer : « Je ne me juge point moi-même » (1 Cor. 4 : 3). C'est une méthode excellente que de ne condamner personne qui prétend marcher consciencieusement comme enfant de Dieu, pas plus que de nous condamner nous-mêmes dans des circonstances semblables. Bornons-nous à progresser jour après jour, faisant tous nos efforts pour cultiver les grâces célestes et servir notre Maître, et remettons-nous-en à Lui pour le reste (Manne du 25 juillet). Il prend soin de nous, et tant que nos espoirs, nos intentions et nos objectifs de la vie sont centrés sur les choses célestes, et que nos vies sont ainsi cachées avec le Christ en Dieu, nous ne devrions craindre aucun mal, présent ou futur. Le Seigneur sera avec nous et nous bénira, Il nous empêchera de tomber et nous présentera finalement irréprochables - Ps. 23 : 4 ; Jude 24 ; Col. 1 : 22.
Cette condition des choses doit durer pendant tout l'Âge de l'Évangile et s'appliquer à tous les membres du Corps du Christ. Tous doivent être morts pour le monde, et tous doivent avoir leurs ambitions et leurs espoirs ou leur vie cachés avec le Christ en Dieu. Comme le Père l'a fait pour notre Seigneur, ainsi en est-il de la volonté de tous ceux qui Lui sont vraiment attachés ; et le temps d'apporter ces bénédictions à l'Église est, selon l'Apôtre, au moment de la Seconde Venue du Seigneur. Alors le peuple du Seigneur ne sera plus incompris des uns et des autres ni du monde ; alors les fidèles apparaîtront tous avec le maître dans la gloire, et alors commencera l'œuvre de bénédiction de toutes les familles de la terre avec une connaissance de la Vérité et avec une opportunité de restitution totale de tout ce qui a été perdu en Adam.
Ayant ainsi exposé le parcours spécifique de l'Église dans la voie des aspirations, des espoirs, etc., l'Apôtre se tourne vers l'autre côté de la question, et nous donne des indications particulières et explicites sur la manière dont nous devons procéder pour réaliser notre vœu de consécration de la mort aux choses terrestres et de la vie tournée vers les seules choses célestes. On remarquera qu'il ne conseille pas de se retirer de ce monde et de ses soucis d'activités pour aller dans des couvents, des monastères ou des abbayes, mais en prenant les personnes consacrées du Seigneur là où elles se trouvent, il conseille de respecter les méthodes par lesquelles elles peuvent le mieux accomplir les objectifs de mortification ou de mise à mort de leurs appétits, de leurs désirs, etc., qui sont enracinés et fondés dans leur chair déchue ou leur nature terrestre. Il mentionne ces attaques, en commençant par les plus grossières et en terminant par les plus subtiles.
La fornication était très répandue à l'époque de l'Apôtre, et il voulait que les saints reconnaissent ce mal grossier et important, et ensuite, en relation avec lui, en aperçoivent d'autres qu'ils seraient plus susceptibles de négliger. La première de ces choses est, dans l'ordre, la « souillure ». Quelle pensée pénétrante dans ce mot ! Il signifie tout ce qui n'est pas pur, pas chaste, pas saint, pas propre. Si un grand nombre de saints pouvaient penser qu'il serait inutile de leur mentionner un mal aussi grossier que la fornication, ils devraient cependant admettre que, dans leur état imparfait, ils avaient besoin d'être surveillés, conseillés, sur le plan de la « souillure ». Cela nous rappelle les paroles que notre Seigneur a adressées aux disciples la nuit précédant Sa crucifixion. Il dit à Pierre, en lui proposant de lui laver les pieds : « Vous êtes purs, mais pas tous ». Ainsi, les saints consacrés au Seigneur sont purs de cœur, propres de cœur ; mais ils ne sont pas tous propres - les membres qui touchent la terre, leurs sensibilités et leurs passions qui entrent en contact avec la nature humaine souillée, ont besoin d'être purifiés, ont besoin de « se laver avec de l'eau par la Parole ». Toute souillure, toute impureté, toute « tache et toute ride » ont besoin d'attention, et le « sang précieux » est l'antidote de toute tache - Éph. 5 : 25-27.
« Les affections déréglées » sont une des choses mentionnées comme nécessitant attention et correction par les saints : cela signifie des passions terrestres ou animales. Les saints doivent les mortifier, c'est-à-dire les faire mourir, non seulement pour ne pas cultiver, animer ou éveiller de telles passions en eux-mêmes ou chez les autres, mais au contraire pour les faire mourir et pour cultiver les joies et les sentiments les plus élevés et les plus nobles. La mortification de celles-là, et le renoncement à soi-même selon la chair ainsi impliquée, font partie du jeûne antitypique dans lequel tout le peuple du Seigneur devrait chercher à s'engager, chacun selon son zèle, ses capacités et ses occasions.
La « mauvaise convoitise » (ou, dans un langage plus moderne, les désirs de choses interdites) est à un niveau au-dessus dans la liste des tendances mauvaises de l'Apôtre qui doivent être déracinées et mortifiées, rendues mortes. Il n'est pas suffisant d'admettre que le péché sous toutes ses formes est mal et de décider que nous lutterons contre parce qu'il est réprouvé du Seigneur. Il faut de plus déraciner de nos cœurs toute aspiration, tout désir porté vers ce qui n'est pas entièrement approuvé du Seigneur. Oh ! quelle purification dans le cœur, la vie et particulièrement dans les pensées cela impliquerait chez nombre de gens qui se nomment « de Christ » ! La plupart de ceux qui ne prennent pas garde à ce point se trouvent continuellement entourés de tentations, parce que si, extérieurement, ils évitent les immoralités grossières, secrètement, ils abritent des penchants pour des choses condamnées, désirant les obtenir si toutefois elles n'étaient pas prohibées (Manne du 27 Janvier). Dans de telles conditions, peu de progrès sont possibles au niveau de la vie spirituelle. L'Apôtre nous montre la voie à suivre si nous voulons gagner le grand prix, à savoir la haute exigence de conformer les pensées, les intentions et les désirs de nos cœurs à la parfaite volonté de Dieu, et seuls ceux qui font cela progressent correctement dans la course qui nous est proposée dans l'Évangile - 2 Cor. 10 : 5.
L'Apôtre conclut sa liste de choses contre lesquelles la « Nouvelle-Créature » doit faire la guerre jusqu'à la mort en nommant la « convoitise » et en la qualifiant comme une espèce d'idolâtrie. En d'autres termes, si les cœurs du peuple du Seigneur courent après une chose terrestre, même si elle n'est pas mauvaise en soi, s'ils concentrent leurs affections sur des choses terrestres, même bonnes, et s'ils négligent de s'attacher aux choses célestes, ils ne réussissent pas à poursuivre cette course avec succès. Ceci est l'une des épreuves les plus séduisantes pour le peuple du Seigneur. Certains s'attacheront à une femme ou un mari, ou à des parents ou des enfants, ou à une bonne réputation devant le public, à un tel point que, lorsqu'il s'agit de savoir s'ils aiment ou non ces personnes plus qu'ils n'aiment le Seigneur, leur conduite prouve qu'ils ont donné à ces biens terrestres un degré d'amour supérieur à celui qu'ils ont accordé au Seigneur.
Souvent, le peuple du Seigneur ne se rend pas vraiment compte que tel est le cas. Ils aiment le Seigneur, et ils aiment leurs familles et leurs amis, et une bonne réputation, qui est à privilégier par rapport aux grandes richesses ; et ils ne réalisent pas qu'ils aiment le Seigneur dans une moindre mesure que ces autres choses. Le Seigneur, cependant, mettra à l'épreuve tous ceux qu'il recevra au Haut-Appel précisément selon ces lignes ; Il déclare d'avance que quiconque aime son père, sa mère, ses enfants ou toute autre chose plus que Lui, n'est pas digne de Lui, pas digne d'être compté comme membre du corps du Christ dans la gloire, l'Église victorieuse. Les vainqueurs doivent tous être reconnus tels par le fait qu'ils auront aimé tout sacrifier pour le Seigneur ; sacrifier l'amour, l'amitié et l'approbation de tous, si cela est nécessaire, afin de conserver l'amour et la faveur de Dieu. Nous croyons que cette épreuve se fait, jour après jour, sentir d'une manière de plus en plus serrée aux consacrés du Seigneur. Il convient que chacun de nous se rappelle qu'elle est un des éléments du jugement qui nous concerne, et qu'il place ses affections sur les choses célestes, mortifiant ou faisant mourir toutes affections qui pourraient faire des êtres ou des choses terrestres des rivaux de notre Seigneur dans le domaine de nos affections, de notre service, etc. (Manne du 26 Juillet).
L'Apôtre résume cette liste de maux à réprimer en disant que c'est dans la recherche de ces choses terrestres, à cause de ces choses qui grandissent dans leur cœur, que la colère du Seigneur doit venir « sur les enfants de la désobéissance ». Sont-ils les méchants de ce monde, les impénitents ? Non, aucun d'entre eux ; car ce sont des « enfants ». Il est évidemment fait mention de ceux qui sont devenus enfants de Dieu par Son légitime arrangement de (1) justification et (2) sanctification par la foi en Christ. Il fait référence à ceux qui appartiennent à la classe « appelée à être saints », mais qui ne parviennent pas à assurer leur appel et leur élection au cohéritage avec le Seigneur, en tant que membres du « Petit Troupeau ». Il se réfère à ceux qui ne fixent pas correctement leurs affections sur les choses célestes, mais qui permettent à leurs affections de se concentrer principalement sur les choses terrestres. Il se réfère à la « Grande Foule » qui, à cause de l'amour envers leur père ou leur mère, leurs maisons, leurs terres ou autre chose, à un tel degré qu'ils ne respectent pas leur alliance de sacrifice, seront considérés comme indignes d'avoir une part dans le Royaume, et seront en revanche exposés à la grande Période de Détresse – « le jour de la colère » - 1 Cor. 3 : 15 ; Apoc. 7 : 9-15. Cela ne signifie pas pour autant que ces personnes sont devenues extrêmement corrompues dans leur vie, mais simplement qu'elles poursuivent le cours de la vie dans laquelle elles étaient avant de conclure leur alliance avec le Seigneur. Ceci est clairement exprimé au septième verset de notre étude.
Arrivant ensuite à une caractérisation du changement qui doit avoir lieu chez ceux qui se sont consacrés entièrement au Seigneur, l'Apôtre énumère certaines transformations des dispositions qui devraient être recherchées et, dans la mesure du possible, accomplies, à savoir le rejet de tout ce qui suit : colère, courroux, malice, injures, paroles honteuses, et mensonges sous toutes leurs formes. A première vue, il pourrait sembler inutile de mentionner une telle correction de la vie comme étant trop grossière et entièrement opposée à tout principe chrétien véritable ; mais en examinant la question, nous constatons que l'Apôtre a vraiment pris en compte dans sa liste presque toutes les faiblesses de la chair qui assaillent ceux qui sont devenus « une Nouvelle-Créature dans le Christ ». Quoi de plus courant chez les Chrétiens que de se mettre en colère ? Combien nombreux sont ceux qui, portant le nom du Christ, ont des pensées malveillantes ou du moins peu aimables à l'égard des autres, et qui les entretiennent et leur permettent parfois d'influencer leur conduite ! Combien nombreux sont ceux qui se livrent à des propos malveillants, c'est-à-dire à la calomnie (ici traduit « blasphème ») ! Cela est souvent fait de manière à tromper non seulement celui qui écoute, mais aussi celui qui parle quant à sa véritable intention en parlant des autres de manière discréditante, méprisante.
Quel monde merveilleux ce serait si l'on évitait tout langage malveillant ou impur ! Chaque Chrétien devrait veiller à ce que désormais toute parole qui sort de sa bouche soit de nature à apporter la grâce à ceux qui l'entendent, des paroles qui ne veulent que du bien et qui sont édifiantes. Enfin, combien il est nécessaire, non seulement d'avoir de bonnes intentions dans le cœur, mais aussi d'exprimer ces bonnes intentions les uns aux autres de manière sincère - sans tromperie, sans hypocrisie. Mais il faut qu'un cœur soit très pur et plein d'amour pour qu'il puisse être entièrement sincère, sinon il risque de s'attirer continuellement des ennuis. Si les cœurs peu aimants, peu généreux, peu bienveillants, pleins de présomptions malveillantes, de rancune, de haine et de conflits, devaient s'exprimer franchement, cela ajouterait énormément aux problèmes du monde. L'Apôtre exhorte donc d'abord à la purification du cœur, puis à la franchise générale.
Ces redressements de la vie sont considérés comme le résultat raisonnable et approprié de notre transformation de la nature adamique et déchue, considérée comme morte, à la nouvelle nature du Christ, dont nous sommes devenus des membres reconnus, contrôlés et renouvelés dans la connaissance par notre nouvelle Tête, Jésus-Christ.
Et l'Apôtre montre ensuite que dans cette nouvelle condition, en tant que membres du corps du Christ, nous devons nous rappeler que les précédentes différences entre les hommes sont oubliées, car celui qui est accepté par le Seigneur comme membre de Son corps est considéré comme un frère de tous les autres membres ainsi acceptés, qu'ils soient, selon la chair, Grecs ou Juifs, circoncis ou non, Barbares ou Scythes, esclaves ou hommes libres ; car tous ceux qui entrent dans le Christ sont considérés comme morts dans leur condition précédente, et vivants dans les nouvelles conditions qui sont la vie pour tous. Ainsi, un esclave libéré est mort pour son ancien esclavage, et on peut dire au sens figuré qu'il a commencé une nouvelle vie. Ainsi, un citoyen peut également renoncer à son appartenance au pays où il est né, jurer allégeance à un autre pays et en devenir citoyen, et être ainsi considéré comme mort pour la nation dont il était citoyen de naissance, et être devenu vivant en tant que citoyen de la nouvelle nation à laquelle il a été adopté. Il en va de même pour tous ceux qui sont dans le Christ : ils peuvent avoir été Gallois ou Espagnols, Britanniques ou Gaulois, Noirs ou Blancs, Indiens ou Malais, mais dès qu'ils sont acceptés par le Seigneur en tant que Nouvelle-Créature par la foi et la consécration, ils doivent se considérer comme morts dans toutes leurs relations et obligations antérieures, et comme étant entrés dans de nouvelles conditions en tant que citoyens du Royaume des Cieux, et héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ.
Cela ne signifie pas pour autant que le blanc deviendra un noir, ni le noir un blanc ; cela ne signifie pas non plus nécessairement un changement de langue, ni une révolution dans tous les goûts et les particularités avec lesquels on est né ; ni une libération totale, selon la chair, des obligations envers la terre de notre naissance, ni que nous ne soyons plus soumis aux pouvoirs en place, sauf si leurs exigences sont en conflit avec les ordres supérieurs de notre Roi ; ni que nous ignorions les différences de sexe et les convenances qui appartiennent à chaque sexe et qui, selon les Écritures, doivent être maintenues et préservées durant cet Âge. Cependant cela implique qu'en se considérant les uns les autres comme de Nouvelles-Créatures dans le Christ Jésus, tous doivent être considérés comme sur un plan ou un niveau égal - personne ne doit être désestimé comme « frère » à cause de sa couleur, de sa langue ou de son sexe.
Avec cette pensée à l'esprit, de l'unité et de l'égalité de ceux qui ont été acceptés dans le corps du Christ, l'Apôtre attire notre attention sur la nécessité, non seulement de repousser les mauvaises dispositions de notre chair déchue, mais aussi sur la nécessité de revêtir, de cultiver, les diverses grâces de l'Esprit illustrées dans notre Tête, le Christ Jésus. Et il les précise : (1) Des entrailles de miséricorde, ou, dans un langage plus moderne, des sentiments de compassion ; une disposition à la libéralité et à la générosité du cœur envers tout et tous - envers les saints, envers nos voisins, nos amis et nos parents, envers nos ennemis et envers la création animale. Il continue en précisant que cela signifie (2) la bonté envers tous ; (3) l'humilité d'esprit, le contraire de la vantardise, de l'entêtement, de l'arrogance ; (4) la douceur, ou la gentillesse de disposition ; (5) la patience, ou l'endurance patiente avec les défauts et les faiblesses des autres. Cela implique que nous devons accepter les particularités du tempérament et des dispositions de chacun, en nous pardonnant généreusement, si une cause d'offense est constatée chez l'autre, en apprenant entre-temps à corriger nos propres défauts, qui se reflètent plus ou moins dans les autres. Et la norme de toute cette conduite se trouve dans le cours du Seigneur à notre égard, car il a certainement été généreux, bon, indulgent et pardonnant.
L'Apôtre souhaite nous faire remarquer qu'il ne tente pas une réforme du monde dans ce sens, mais simplement une transformation de ceux qui ont conclu une alliance particulière avec le Seigneur, à savoir l'Église : « les élus de Dieu, saints et bien-aimés ». Néanmoins, tous ceux qui ont ainsi conclu une alliance avec le Seigneur et qui espèrent que leur appel et leur élection leur permettront de devenir membres de l'Église glorifiée, chercheront non seulement à obtenir ces fruits de l'Esprit dans leur propre vie, mais aussi à les cultiver et à les faire connaître à leurs amis et à leurs voisins, dans la mesure où ils en ont la possibilité : ils s'efforceront avant tout d'exercer une si bonne influence sur leur propre famille que, lorsque leurs enfants recevront d'eux, en tant que parents, la vie naturelle et les instructions nécessaires et entameront cette vie, ils pourront aussi, si cela est possible, recevoir d'eux leur entrée dans la nouvelle vie, ainsi que les instructions et l'équipement nécessaires à celle-ci.
Mais l'Apôtre, en tant que porte-parole de l'Esprit Saint, est un instructeur minutieux : non seulement il nous dit quelles disgrâces il faut rejeter et quelles grâces il faut revêtir, mais en regardant le corps du Seigneur revêtu de ces glorieuses qualités de cœur - compassion, bonté, humilité, douceur, endurance patiente, indulgence et pardon - il ajoute : « Et par-dessus toutes ces choses, revêtez-vous de l'amour, qui est le lien de la perfection ». L'amour est ainsi figuré comme la « ceinture » qui lie et maintient en place les plis de la robe de la justice du Christ, avec ses diverses grâces. En d'autres termes, l'Apôtre voudrait nous faire voir que l'indulgence, la douceur, la patience, etc., ne doivent pas être de simples sujets de convenance ou de conduite, mais quelle que soit leur part dans ces qualités au début, leurs porteurs ne seront pas parfaits dans leur cœur, ne seront pas aptes au royaume, jusqu'à ce qu'ils aient atteint ce stade où ces diverses grâces de leur volonté, ou intentions, leur sont attachées par les cordes de l'amour - l'amour pour le Seigneur, l'amour pour la justice, l'amour pour les frères, et l'amour sympathique pour toute la création gémissante. L'amour est en effet le lien de la perfection, l'esprit même du Seigneur.
Le dernier verset de cette étude, « Et soyons reconnaissants », est très éloquent à ce sujet. Ce n'est que lorsque le peuple de Dieu aura atteint à un certain degré ce que l'Apôtre a décrit ici qu'il pourra connaître par l'expérience la bénédiction de voir la paix divine régner dans son cœur et dans sa vie, contrôler ses relations avec chaque membre du corps du Christ sous le lien de l'amour, et produire de plus en plus en lui l'esprit de gratitude et de reconnaissance envers Dieu, pour les miséricordes et les bénédictions dont il jouit. Et cette gratitude trouvera son expression naturelle et appropriée dans les efforts pour servir le Seigneur : des efforts que le Seigneur ne manquera pas d'accepter de la part de ces cœurs, considérés comme saints et acceptables par le Christ Jésus, la Tête et le Rédempteur.