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LE SEIGNEUR TRAHI - JEAN 18 : 1-14.
« Il est méprisé et délaissé des hommes » - Esaïe 53 : 3.

Après la dernière Cène, et après Son discours aux disciples sur la Vigne et les sarments, vint la belle prière de notre Seigneur, rapportée au chapitre 17 de Jean. Puis, probablement vers minuit, Jésus, avec les onze, sortit de la porte de Jérusalem, traversa le petit ruisseau appelé Cédron, et sur la colline qui le surplombe, entra dans le verger d'oliviers connu sous le nom de Jardin de Gethsémané : c'était peut-être un jardin public, ou bien la propriété de quelque ami de notre Seigneur. Ce qui est censé être son emplacement est aujourd'hui entretenu comme un jardin, et ce depuis des siècles. Il est sous la responsabilité de moines qui prennent plaisir à recevoir des visiteurs pour le contempler. Il y a actuellement six ou huit oliviers très grands et manifestement très vieux dans ce jardin - ils semblent avoir au moins mille ans, mais sont peut-être beaucoup plus vieux.

Pendant qu'Il parlait avec Ses disciples et qu'Il priait pour eux, notre Seigneur était apparemment plein de courage ; pendant qu'Il les exhortait à ne pas troubler leur cœur, Son propre cœur n'était évidemment pas abattu. Mais alors que la petite troupe se dirigeait vers Gethsémané, nous devons présumer qu'un grand poids est tombé sur la sensibilité de notre cher Rédempteur. Nous pouvons L'imaginer disant : « Mon âme est extrêmement triste, jusqu'à la mort » (Matth. 26 : 38). La présente visite à Gethsémané était donc évidemment très différente des visites précédentes. L'abattement du Maître avait sans doute inspiré aux Apôtres une certaine appréciation de cette circonstance grave, mais ils n'avaient probablement qu'une faible compréhension de ce qui allait se passer.

Arrivés au Jardin, nous apprenons par d'autres Évangélistes que notre Seigneur laissa huit des Apôtres près de la porte, emmenant Pierre, Jacques et Jean, Ses plus proches compagnons, un peu plus loin avec Lui, et les avertissant tous de veiller et de prier, car c'était une heure d'épreuve particulière. Il S'éloigna un peu plus loin, seul, pour communier dans le secret avec le Père. Ses sentiments n'étaient pas et ne pouvaient pas être partagés même par Ses disciples bien-aimés ; ils ne pouvaient pas apprécier l'épreuve par laquelle Il passait ; ils n'avaient pas encore été engendrés de l'esprit. C'est ainsi qu'à Son heure la plus éprouvante, Jésus était seul : « D’entre les peuples pas un homme n’a été avec moi » (Es. 63 : 3). Il est difficile pour la majorité, même pour les chrétiens, d'apprécier le véritable caractère de l'épreuve de notre cher Seigneur, qui, en l'occurrence, a agi sur Son système nerveux au point de produire une sueur sanglante. Beaucoup comparent le parcours de notre Seigneur avec celui de certains de Ses disciples martyrs qui sont allés au-devant de la mort avec un courage remarquable, et en opposant les deux, ils sont enclins à se demander pourquoi notre Seigneur, qui était parfait, a dû endurer une passion de souffrance beaucoup plus grande que Ses disciples imparfaits. Pour saisir la situation réelle, il est nécessaire de garder à l'esprit plusieurs choses:

(1) Pour notre Seigneur, qui avait un droit parfait à la vie, la déposer dans la mort était une affaire très différente de celle du dépôt d'une vie perdue et altérée de la part de ceux qui ne pouvaient espérer la conserver longtemps de toute façon. (2) Notre race, déjà morte aux neuf dixièmes, n'a qu'une faible appréciation de la grande valeur de la vie - toute son expérience ayant été en rapport avec la mort, elle en est venue à considérer la mort avec une certaine équanimité. Mais ce n'était pas le cas de notre Seigneur, le « prince de la vie », qui était avec le Père depuis le commencement, et par qui toutes choses ont été faites - Il considérait la vie comme un bienfait, un privilège, une jouissance très précieux. Pour Lui, par conséquent, la mort a dû être beaucoup plus terrible que pour nous, qui sommes déjà morts aux neuf dixièmes et dont toutes les sensibilités sont diminuées en conséquence. Il est vrai qu'Il avait l'assurance du Père que s'Il était fidèle jusqu'à la mort, Il aurait une résurrection, et Il a incontestablement cru à la promesse du Père - tout Son parcours dans la vie donne une preuve abondante de Sa foi implicite dans le Père. Et pourtant, dans Son cas, cela a dû être une épreuve cruciale pour la foi, bien plus que pour nous. De même que nous n'avons qu'un fragment d'une vie perdue à déposer, de même nous avons, d'autre part, non seulement la promesse du Père d'une vie future par le Christ, mais nous avons l'exemple de la puissance du Père dans la résurrection de notre cher Rédempteur : mais notre Seigneur Jésus n'avait pas une telle preuve de la puissance divine ; Lui-même, selon la promesse divine, devait être le « premier-né d'entre les morts », prémices de Ses créatures pour Dieu - Col. 1 : 18 ; 1 Cor. 15 : 20.

Mais tout cela avait déjà été compté, pesé et accepté dès le début de Son ministère. Il avait déjà informé les disciples qu'il était nécessaire qu'Il donne Sa vie pour les brebis, et qu'Il était sur le point de le faire (Jean 10 : 15). Nous ne devons donc pas supposer, lorsque notre cher Rédempteur a prié : « Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi », qu'Il voulait dire par là que s'il était possible, Il voulait échapper à la mort. Il savait bien, et Il l'avait déjà expliqué aux Apôtres, que le dessin du monde ne pouvait avoir lieu s'Il n'était pas élevé comme le sacrifice pour le péché - qu'il était absolument nécessaire qu'Il meure pour nos péchés et qu'Il entre dans Sa gloire - Jean 3 : 14 ; 12 : 32.

La coupe qu'Il a prié de voir s'éloigner de Lui, si possible, nous devons donc supposer qu'il s'agissait de la honte et de l'ignominie d'une arrestation en tant que transgresseur de la loi, d'un procès public et d'une condamnation, puis d'une crucifixion en tant que malfaiteur. C'était une chose de mourir pour nos péchés, comme les hommes meurent généralement, sans honte ni mépris particuliers ; c'en était une autre de mourir avec une honte, un déshonneur et un mépris aussi extrêmes. Il est fort probable que, dans la sagesse du Père, cette dernière caractéristique ait été plus ou moins cachée à notre cher Rédempteur jusqu'au moment de son accomplissement. Et apparemment, notre Seigneur Jésus ne voyait pas la nécessité absolue de souffrir plus que le pécheur ne souffrait, afin de payer le prix de la rançon de l'homme. C'est pourquoi Sa prière, pendant un certain temps, fut : « S'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ». L'Apôtre note aussi cette distinction, en disant qu'Il « s'est fait obéissant jusqu'à la mort », et il ajoute ensuite « et à la mort de la croix » - Phil. 2 : 8.

La mort de la croix, avec son déshonneur, son opprobre, etc., pour autant que nous puissions en juger, n'était pas nécessaire comme prix de notre rançon, parce que la sanction ne disait pas : « Le jour où tu en mangeras, tu mourras dans la réprobation et le déshonneur publics par la crucifixion ». Puisque la peine était la mort (Gen. 2 : 17), nous pouvons supposer que la mort de notre Seigneur, par quelque moyen que ce soit, aurait entièrement payé le prix de la rançon de l'homme. Cependant, les traits supplémentaires ont été jugés nécessaires par le Père, et la « coupe » n'a pas passé. Le Père demandait cette extrême obéissance comme un test, une preuve, non seulement pour Lui-même mais devant toutes Ses créatures intelligentes, de la loyauté absolue du cœur de Son « Fils bien-aimé », à qui Il entendait conférer peu après la grande bénédiction et la haute exaltation de Sa propre nature divine et Sa qualité de cohéritier dans Son Royaume. Et la loyauté de notre cher Rédempteur a été pleinement attestée, comme le déclare l'Apôtre ; Il a « méprisé la honte », c'est-à-dire que la honte n'était rien à Ses yeux en comparaison de l'accomplissement des desseins du Père, de la satisfaction du Père (Héb. 12 : 2). Tant qu'Il pensait qu'il y avait une possibilité d'éliminer la caractéristique de la honte, Il était anxieux de pouvoir y parvenir, si possible ; mais dès qu'Il a réalisé que ce n'était pas la volonté du Père, Son cœur a répondu instantanément, « Non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux ». La décision concernant la volonté du Père a immédiatement apporté la force ; Il était maintenant préparé à toute expérience, « fortifié dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ».

Entre-temps, Judas, qui s'était engagé quelques jours auparavant auprès du souverain sacrificateur à trahir Jésus, et qui avait quitté la chambre haute immédiatement après la Cène pour mettre à exécution son funeste dessein, avait reçu des principaux sacrificateurs et des pharisiens une bande d'hommes, avec un responsable comme officier, dont la mission était d'arrêter Jésus pendant la nuit et de le faire exécuter avant la Pâque. Nous ne sommes pas du tout d'accord avec l'opinion courante selon laquelle cette « bande » était composée d'une armée de trois à six cents soldats romains. Ils ont assurément agi très différemment des soldats qui se trouvent habituellement dans de telles circonstances. De plus, tous les Évangélistes rapportent que cette bande fut envoyée, non pas par Pilate ou par Hérode, les représentants romains, mais par les principaux sacrificateurs et les pharisiens, dont nous savons qu'ils n'avaient aucun commandement sur la garnison romaine. Selon notre compréhension, cette bande qui a arrêté Jésus était très similaire à celle mentionnée dans Jean 7 : 3246.

Il semblerait que le Sanhédrin juif exerçait une certaine autorité en matière de religion, et qu'il était autorisé à procéder à des arrestations, mais pas à exécuter les criminels sans le consentement du gouverneur romain. Nous nous souvenons que les Apôtres ont été arrêtés à plusieurs reprises par de tels officiers juifs (voir Actes 5 : 17, 18, 22, 25-40). Matthieu et Marc parlent de ce rassemblement, sous les ordres des principaux sacrificateurs et des Pharisiens, comme d'une « multitude », et les paroles de notre Seigneur indiquent qu'ils étaient armés de bâtons et d'épées, comme c'était le cas pour le peuple en général, et il ne mentionne pas les lances, qui auraient probablement fait partie de l'armement d'une bande de soldats romains. Cette idée est encore renforcée par le fait que c'est l’esclave du souverain sacrificateur qui a manifestement donné le premier assaut à Jésus et qui a reçu un coup de l'épée de Pierre. Si des soldats romains avaient été chargés de l'affaire, le serviteur du grand prêtre se serait sans doute montré moins empressé.

On suppose, et apparemment à juste titre, que cette troupe qui cherchait Jésus, sous la conduite de Judas, se rendit d'abord à la chambre haute que notre Seigneur et les Apôtres avaient quittée probablement moins d'une heure auparavant. Constatant que Jésus et les onze étaient partis, Judas savait qu'il aurait plus de chances de les trouver dans le jardin de Gethsémané, car « Jésus s'y était souvent assemblé avec ses disciples ».

Le récit de Jean omet les détails de la trahison donnés par les autres Évangélistes : peut-être le disciple aimant se sentait-il si honteux des faits qu'il a préféré ne pas les mentionner. Il est certain que très peu d'actes de trahison n’ont jamais été comparés à celui-ci, et tous les hommes, même dans leur état d'esprit perverti, semblent se rendre compte que la position de traître est l'une des plus méprisables au monde, et une trahison comme celle de Judas, face à autant de générosité, d'amour et de bonté que celle de son Maître, nous pouvons être reconnaissants qu'elle ne soit pas si courante. Et pourtant, il y a des similitudes dans les expériences du peuple du Seigneur, « dans les périls parmi de faux frères ». Il nous incombe à chacun de veiller à ce que rien de ce qui ressemble à l'esprit de Judas ne vienne troubler nos cœurs. Notre Seigneur met les « membres de son corps » sur un pied d'égalité avec Lui-même dans ce domaine, et nous assure que quiconque fera du tort à l'un de ces plus petits de Ses frères, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui pende au cou une meule d’âne et qu'il soit noyé dans les profondeurs de la mer - Matth. 18 : 6.

Bien sûr, il y aura toujours un motif, bon ou mauvais, à l'origine de chaque acte commis à l'égard des sous-membres de Son corps comme à l'égard de la Tête. Trouver des motifs puissants ne signifie pas trouver des excuses valables pour les trahisons. D'après notre expérience et notre jugement, la leçon à tirer est qu'une telle trahison de la part de « faux frères » a généralement sa source dans la convoitise, la soif d'influence, de pouvoir ou de position, et le désir de glorifier de telles ambitions impies ne peut manquer de corrompre tout cœur qui les entretient. Comme l'a dit quelqu'un :

« Sème une pensée, tu récoltes un acte ;
Sème un acte, tu récoltes une habitude ;
Sème une habitude, tu récoltes un caractère ;
Sème un caractère, tu récoltes un destin ».

Judas avait semé des pensées mauvaises pendant un temps considérable avant que ses pensées ne se traduisent par des actes mauvais. Il convoitait les richesses et l'influence ; il est devenu le trésorier du petit groupe de disciples, et les Écritures laissent entendre qu'il a dérobé une partie des contributions pour son usage personnel. Comme c'est souvent le cas, son amour de l'argent augmentait au fur et à mesure qu'il l'exerçait, jusqu'à ce qu'il soit prêt à trahir son Maître pour trente pièces d'argent - l'équivalent d'environ vingt dollars de notre monnaie, mais représentant en valeur de travail une somme bien plus importante. Il semblerait également que Judas attendait avec impatience le Royaume promis, et qu'il prévoyait probablement une position élevée comme trésorier royal de ce Royaume.

Il est tout à fait possible, et même probable, selon nous, que Judas ait été sérieusement déçu quant au résultat de sa trahison. Apparemment, il s'attendait à ce que notre Seigneur Se délivre par une puissance miraculeuse des mains de Ses ennemis. C'est le point de vue le plus charitable que nous puissions adopter sur Sa conduite perfide : il n'atténue cependant que très peu la noirceur de l'acte, car celui qui est prêt à utiliser malgré lui son meilleur ami, même temporairement, pour de l'argent, donne la preuve qu'il a prostitué tous les sentiments bons et nobles de son être à son amour de l'argent. En effet, l'amour de l'honneur a vraisemblablement joué un rôle considérable dans cette affaire, car il espérait peut-être qu'en provoquant cette crise, notre Seigneur serait contraint d'instaurer le Royaume promis depuis longtemps, ou bien de reconnaître que toutes Ses prétentions et promesses étaient frauduleuses.

Judas a certainement réussi à accélérer les choses, et à amener l'installation du Royaume de Dieu embryonnaire ; mais pas de la manière dont il s'y attendait, ni à un degré quelconque pour son propre honneur ou avantage. Il doit en être ainsi pour ceux qui reçoivent la vérité et qui font profession d'en être les disciples - non par amour de la vérité, mais par amour des honneurs espérés, présents ou futurs. Que tous ceux qui ont revêtu le nom de Christ prennent garde, veillent et prient pour qu'il n'y ait en aucun de nous l'un des éléments de ce vil caractère. Et souvenons-nous qu'il existe diverses manières secrètes, ainsi que des manières plus visibles, par lesquelles nous pouvons trahir le Seigneur et les « frères ».

L'Évangéliste déclare que Jésus savait d'avance tout ce qui allait Lui arriver. Il nous est dit ailleurs que, pendant qu'Il priait, « un ange lui apparut du ciel, le fortifiant » (Luc 22 : 43). Ce ministère a pu consister à l'informer de la volonté du Père en ce qui concerne les choses qu'Il devait souffrir, et comment Il fallait les attendre, et cette connaissance que la question était réglée, et l'assurance que le Père dominerait tout, ont fortifié Son cœur et Lui ont donné le grand calme que nous observons dans tout Son comportement ultérieur.

La « bande » envoyée pour Le saisir s'attendait évidemment à être obligée de Le chercher dans l'ombre des arbres, etc. Ils furent incontestablement très surpris que notre Seigneur, au lieu de les fuir, S'avançât vers eux et leur demandât qui ils cherchaient. Il est fort possible que certains des membres de la « bande » aient déjà connu le Seigneur au préalable, Ses miracles, Son pouvoir sur les démons, etc. et que ce soit la raison pour laquelle ils ont manifesté leur faiblesse en reculant et en tombant à terre. Il est également possible que notre Seigneur ait exercé sur eux un pouvoir mental supérieur qui a produit cet effet, dans le but de montrer qu'Il avait le plein pouvoir de leur résister s'Il avait choisi de l'utiliser.

La même leçon, croyons-nous, est enseignée par l'utilisation de l'épée par Pierre sur le serviteur du souverain sacrificateur. Nous devons nous rappeler que l'un des Évangélistes rapporte que notre Seigneur a demandé aux Apôtres de prendre des épées avec eux, et que lorsqu'ils en trouvèrent deux, il dit : « C'est assez » (Luc 22 : 36,38). Notre Seigneur ne souhaitait pas que Ses disciples mèneraient une guerre matérielle en Sa faveur, comme Il l'a déclaré par la suite : « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs » (Jean 18 : 36). Les deux épées suffisaient pour montrer que l'appréhension de notre Seigneur n'était pas due à l'absence de moyens de défense, ni à la lâcheté de Ses disciples, mais simplement à Sa soumission sachant que Son heure était venue, et qu'ainsi il Lui appartenait de souffrir pour nos péchés et d'entrer dans Sa gloire - Luc 24 : 46.

Après cette manifestation de puissance, montrant qu'Il était tout à fait capable de faire face à cette multitude, et même qu'Il avait le pouvoir d'avoir plus de douze légions d'anges pour le défendre, s'Il l'avait voulu (Matt. 26 : 53), nous trouvons notre Seigneur Se soumettant entièrement à la capture, Se contentant de poser la condition que les disciples puissent aller leur chemin. Quelle grandeur de caractère que celle qui, à un tel moment, dans des conditions aussi éprouvantes, a pu oublier si complètement Sa personne et S'intéresser uniquement au bien-être des autres ! Comme c'est bien ce que nous devrions attendre de Lui !

« Afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite : De ceux que tu m’as donnés, je n'en ai perdu aucun ». Nous comprenons que l'auteur veut dire qu'ici encore, dans le parcours du Maître, nous trouvons un exemple de Son souci de Ses disciples, tel qu'Il l'a exprimé dans Sa prière juste avant de quitter la chambre haute. Bien que la pensée de Sa prière concerne principalement leurs intérêts spirituels, afin qu'aucun d'entre eux ne soit perdu, nous faisons bien de noter ceci comme une illustration corroborante du soin que notre Seigneur prend des intérêts matériels de tous ceux qui deviennent Ses disciples. Il ne tombera pas un cheveu de leur tête ; rien ne pourra les blesser ; tous les événements et toutes les affaires de la vie seront réglés pour leur plus grand bien - Matth. 6 : 32,33.

C'est probablement lorsqu'on a commencé à lier Jésus que Pierre a tiré son épée pour le défendre ; peut-être s'est-il souvenu des paroles prononcées par le Seigneur quelques heures auparavant, selon lesquelles Ses disciples l'abandonneraient tous, et de sa propre promesse : « Quand tous seraient scandalisés, je ne le serais pourtant pas » (Marc 14 : 29). Noble, courageux Pierre ! Nous l'aimons pour la noblesse de l'expression de ses sentiments, et pour sa défense héroïque du Maître par l'épée contre un nombre supérieur de personnes. Beaucoup ont tendance à décrier l'action de Pierre, comme une autre de ses erreurs irréfléchies. Nous devons cependant nous rappeler que les Apôtres n'avaient pas encore reçu le saint Esprit et ne pouvaient donc pas apprécier clairement le fait que le Royaume auquel ils étaient appelés est un Royaume spirituel. En outre, comme nous l'avons vu, il n'a fait que suivre le conseil du Seigneur en emportant l'épée avec lui, et, de toute évidence, il a aussi accompli le dessein divin en s'en servant. Nous ne voyons rien à blâmer, mais tout à louer. C'était un signe d'une plus grande importance que Pierre et les autres ne le réalisaient.

Mais après avoir permis que l'affaire aille aussi loin, notre Seigneur a retenu Pierre, en disant : « Laissez faire jusqu'ici. Remets l’épée dans le fourreau ; la coupe que le Père m'a donnée, ne la boirai-je pas ? ». Et en disant cela, il toucha Son ennemi blessé et le guérit. Les disciples devaient voir, comprendre, être pleinement assurés que notre Seigneur, en Se livrant à ses ennemis, l'avait fait volontairement, et c'est pourquoi la scène fut modelée de manière à renforcer cette leçon.

Combien la grâce de l'humilité ressort des moindres traits du ministère de notre cher Rédempteur ; même au moment où Il fut livré à Ses ennemis, Il ne Se vanta pas de ce que Sa carrière était volontaire et ne chercha pas à Se faire admirer comme martyr ! Il déclara cette simple vérité que le Père Lui avait demandé cela comme une preuve de Sa loyauté personnelle. Il confessa qu'Il était Lui-même un serviteur de Dieu, un fils qui apprenait l'obéissance par les choses qu'Il souffrait (Manne du 19 juillet). « La coupe que le Père m'a donnée, ne la boirai-je pas ? ». En effet, c'était là la force de Sa victoire - Sa volonté était entièrement soumise à celle du Père, et Sa foi saisissait le fait que le Père ne permettait à aucun mal inutile de venir sur Lui, mais seulement ceux qu'Il pouvait et voulait surmonter pour le bien.

Il y a là une leçon précieuse pour tous ceux qui cherchent à marcher sur les traces du grand Souverain Sacrificateur, pour toute la Sacrificature Royale. Nous devons aussi nous rappeler que tant que nous demeurons en Christ et que nous cherchons à marcher sur Ses traces, toutes les expériences éprouvantes de la vie sont soigneusement calculées par le Seigneur. Il ne verse pas dans notre coupe de chagrin et d'épreuves des expériences amères qui ne nous sont pas nécessaires et qui ne nous procureront pas par la suite un poids de gloire bien plus considérable et éternel (2 Cor. 4 : 17). Avec ces assurances, et avec les preuves de la fidélité du Père envers notre Maître et Précurseur glorifié, nous pouvons vraiment avoir une forte consolation, nous qui avons recherché un refuge dans l'espérance qui nous est proposée dans l'Évangile - Héb. 6 : 18-20. La guérison de l'oreille coupée, le dernier miracle de notre Seigneur, a été la plus belle illustration de Son caractère et de Ses enseignements. Elle a illustré Ses paroles : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent ». Elle a montré qu'il était rempli de l'amour divin que Ses enseignements inculquaient, et qu'Il n'avait aucune amertume envers ceux qui Le maltraitaient et Le persécutaient.

Il semble que le ligotage de notre Seigneur n'était pas du tout nécessaire, sauf si la « bande » voulait faire une démonstration de ses exploits à ceux qui l'avaient envoyée. Notre Seigneur semble avoir fait des remontrances à ce sujet, comme l'indique le récit de Marc 14 : 48,49 : « Êtes-vous sortis comme après un brigand, avec des épées et des bâtons, pour me prendre ? J'étais tous les jours, enseignant dans le temple, et vous ne vous êtes pas saisis de moi ; mais c’est afin que les écritures soient accomplies ». C'est à ce moment-là que les onze l'abandonnèrent et s'enfuirent. Judas continua avec la bande et se rendit à la maison du prêtre Annas, qui avait sans doute négocié avec Judas, et c'est probablement à ce moment-là que les trente pièces d'argent furent versées, Judas ayant maintenant prouvé qu'il avait rempli son contrat. Pauvre homme misérable ! Le Fils de l'homme est bien allé à la mort, comme il avait été écrit de Lui, mais cela ne rend pas moins horribles la trahison, la convoitise et l'esprit de meurtre qui l'ont livré à Ses ennemis. Il en va de même pour les membres du corps de Christ : il faut bien que les offenses arrivent - c'est une partie du plan divin que le corps de Christ accomplisse ce qui reste des afflictions de la Tête (Col. 1 : 24) - mais cela ne rend pas moins pécheresse la conduite de ceux qui ont à faire avec de telles trahisons - surtout s'il s'agit de « faux frères » qui ont joui d'une certaine connaissance de la vérité. Toutefois, dans tous les cas, on constate que si les épreuves ont été bénéfiques pour le Seigneur et le seront aussi pour tous les fidèles qui souffrent avec Lui, les récompenses de l'injustice recherchées par ceux qui suivent la voie de Judas ne leur apportent jamais les honneurs et les bénédictions qu'ils convoitaient et pour lesquels ils se sont vendus pour faire le mal.