La dernière semaine du ministère terrestre de notre Seigneur fut très chargée. Le sixième jour précédant la Pâque était le sabbat des Juifs qui finissait le soir, à six heures, et c'est à ce moment que Jésus et Ses disciples furent reçus par Marthe et Marie, dans « la maison de Simon le lépreux », - leur père, vraisemblablement. Lazare, leur frère, était aussi l'un des invités.
Notre Seigneur savait que le moment de Sa mort était proche. Il l'avait laissé entrevoir à Ses bien-aimés disciples, mais ils étaient tellement habitués de L'entendre dire les choses étonnantes dépassant leur pouvoir de compréhension que, probablement, ils n'avaient pu se rendre exactement compte de la proximité de la grande tragédie du Calvaire. Ceci n'a pas lieu de nous surprendre, si nous nous rappelons la déclaration des Ecritures que notre Seigneur parlait en paraboles et en similitudes « et qu'il ne s'adressait au peuple qu'en paraboles » - (Math. 13 : 34 ; Marc 4 : 34), par exemple quand il disait : « Détruisez ce temple et en trois jours, je le rebâtirai », ou bien : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ». Et encore : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous » (Jean 2 : 19 ; 6 : 51-53).
Ayant dans leur esprit pareil langage inusité, les Apôtres peuvent être excusés d'être demeurés perplexes sur la signification qu'il convenait d'attacher à l'expression de notre Seigneur : « Il faut que le Fils de l'homme soit élevé » et sur d'autres prédisant sa mort.
Avant d'en venir à la considération du souper de Béthanie et de l'onction du soir de ce sabbat, ayons devant nos esprits les événements des jours suivants, de manière à pouvoir apprécier la déclaration de notre Seigneur, que l'onction de nard était en vue de Ses funérailles. Après S'être fait amener l'âne, notre Seigneur S'en servit pour monter, le lundi, à Jérusalem. La foule, reconnaissant le prodigieux miracle qui avait été accompli sur Lazare, se rassembla et l'acclama comme le Messie, le Fils de David, lequel accomplissait la prophétie de Zacharie 9 : 9, et elle étendit sur la route vêtements et branches de palmiers. Ce fut à cette occasion que notre Seigneur pleura sur Jérusalem et dit plus tard : « Votre demeure vous est laissée déserte » (Matth. 23 : 38).
C'est le lundi que notre Seigneur chassa au fouet les changeurs du Temple et y enseigna au peuple ; du récit, nous tirons la conclusion que c'est au cours de Son voyage du lendemain qu'Il prononça la malédiction sur le « figuier stérile », supposé représenter la nation juive - stérile en fruits et, partant, rejetée. Il semblerait que le mercredi se passa au Temple, pour y enseigner, répondre aux questions, etc.…, et que le soir, en revenant à Béthanie, Il S'entretenait avec Ses disciples des grands événements qui allaient incessamment survenir. Le jeudi se passa tranquillement à Béthanie, et, ce jour-là, les disciples préparèrent le souper de la Pâque, laquelle devait être mangée le même soir, après 6 heures – commencement du sixième jour (le vendredi) - selon le calendrier juif - le 14 Nisan. Les expériences de Gethsémané se produisirent cette nuit-là, la comparution devant Pilate, le matin suivant, et la crucifixion ensuite.
Revenons maintenant assister en témoins aux marques d'hospitalité dont fut l'objet notre Seigneur six jours avant la crucifixion, chez Simon le lépreux, demeure de Marthe, Marie et Lazare. Nous nous souvenons que notre Seigneur Se trouvait en visiteur de cette contrée, Sa maison, si toutefois Il n’en eut jamais une, se trouvant en Galilée, et la plupart de Son temps y étant employé : « Il ne voulait pas se tenir en Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir » (Jean 7 : 1). Maintenant, le moment de Son sacrifice était venu et, en conséquence, Il vint chez Ses ennemis, bien que sachant que les principaux Juifs cherchaient à Le mettre à mort, ainsi que Lazare, témoin vivant de Sa puissance messianique.
Nous pouvons imaginer que le souper n'était pas un repas ordinaire, mais qu'il avait le caractère d'un festin ou banquet offert en l'honneur de notre Seigneur. Néanmoins, un incident s'y rattache, qui surpasse tellement en éclat tous les autres, que le narrateur le mentionne à part : l'onction de notre Seigneur avec un parfum (angl. OINTMENT : ONGUENT. Red.) de grand prix ». Notre Seigneur lui-même déclara : « En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d'elle » (Marc 14 : 9). Il est donc parfaitement propre que nous examinions avec un soin particulier les détails de ce service si hautement estimé par le Maître.
Le Professeur Shaff dit : « Par « onguent », nous devons plutôt comprendre un parfum liquide, que ce que nous connaissons communément sous le nom d'onguent ». (Nos versions françaises : Cr., SA., M, S et L rendent : parfum ; cette dernière ajoute une note, an mot pur : « liquide » ; SYN. traduit : huile, OST. : huile odoriférante et ST. huile de nard pur. — Red.). Le vase d'albâtre avait plutôt la forme d'une fiasque et le bris du vase (Marc 14 : 3) signifie l'ouverture de ses rubans et de ses sceaux au moyen desquels le précieux parfum Mart tenu en sûreté.
Les paroles de mécontentement de Judas nous offrent une idée de la valeur inestimable de ce parfum, car, dit-il, il aurait pu être vendu plus de trois cents deniers. Un denier (v. 5) représente le salaire moyen journalier de cette époque - « un denier par jour » (Matth. 20 : 2). Si nous comparons ce chiffre avec, en expressions monétaires actuelles, l’évaluation du travail journalier d'un ouvrier agricole (en Amérique - Réd.), soit cinquante cents - (7 fr. 50 en argent français, au cours actuel du dollar. - Red.), (ce qui est certainement une évaluation modérée), les trois cents deniers représentent un salaire de deux mille deux cent cinquante francs de nos francs. Ainsi, nous voyons que le parfum était vraiment très coûteux. Il y en avait un peu plus d'un demi litre, une livre romaine équivalant à 327 gr. 353 ou douze onces. Nous ne devons pas non plus mettre en doute la possibilité de parfums d'une telle valeur, car, de nos jours, nous en avons la contrepartie avec l'essence de roses, fabriquée dans le Far West américain, ainsi que dans nos usines spécialisées de France). On prétend qu'il ne faut pas moins de quatre cent mille roses développées pour produire une once (environ 30 gr.) d'essence de ce parfum, laquelle, a l’état pur, se vend cent dollars (mille cinq cents francs) l’once, soit dix-huit mille francs pour la quantité employée par Marie pour oindre le Seigneur. On dit que Néron fut le premier des empereurs romains qui manifesta le désir d'être parfumé avec des essences de grande valeur ; mais le « Prince des rois de la terre », que Marie avait l'honneur d'oindre, était combien plus digne de tribut, d'hommage et d'onction !
Judas fut le premier à objecter à ceci, disant que c'était du gaspillage - la difficulté pour lui étant qu'il aimait trop peu le Seigneur et beaucoup trop l'argent. La somme d'amour qui désire se dépenser pour les autres, est, à un certain degré au moins, une mesure de l'amour. Un autre évangéliste nous informe que plusieurs des disciples, influencés par les paroles de Judas, prirent la chose dans le même sens et désapprouvèrent l'acte de Marie. L'Apôtre Jean, cependant, saisit cette occasion pour jeter un petit rayon de lumière sur le caractère de Judas - plus qu'il ne le parait dans certaines versions du verset 6 de Jean 12 : I1 remarqua : « Or, il dit cela, non qu'il se souciât des pauvres, mais parce qu'il était voleur et qu'il avait la bourse et qu'il volait ce qu'on y mettait » (Diaglott. C'est d'ailleurs la traduction qu'offrent nos bibles Synodale et Segond ; Crampon donne : derobait. - Red.).
Les paroles de notre Seigneur : « Laissez-la », constituent une réprobation sévère de ceux dont les sentiments d'amour n'ont d'autre mesure que celle de l'argent. Il était exact, en vérité, qu'il y avait beaucoup de pauvres, et qu'il y en aurait toujours beaucoup et beaucoup d'occasions de les servir, mais l'occasion spéciale d'honorer le Seigneur et de répandre sur Lui de suaves parfums qui exprimaient si magnifiquement l'affection et la dévotion de Marie, ne devait pas durer longtemps ; aussi notre Seigneur déclara que les circonstances justifiaient pleinement l'importante dépense. Il Se montra l'ennemi des sentiments qui se soldent trop exactement en signes monétaires. En outre, nous pouvons estimer qu'en beaucoup de cas pareils à celui qui nous est rapporté ici, les gens à ce point soucieux de ne voir dépenser l'argent que pour les pauvres, sont souvent, comme Judas, tellement avares que, quelque soit l'argent qu'ils possèdent, très peu en va aux pauvres en biens terrestres ou célestes.
LES CŒURS AFFECTUEUX AIMENT LE SACRIFICE.
Au contraire, les cœurs vastes, aimants et bienveillants, comme celui de Marie, qui se réjouissent parfois des sacrifices coûteux, sont aussi ceux qui se montrent profondément sympathiques et secourables envers les pauvres en choses matérielles. Dans l'exercice de notre ministère auprès des autres nous ne devons pas oublier que l'argent n'est pas la seule chose dont les gens ont le plus besoin - certains ayant besoin d'amour et de sympathie n'ont pas besoin d'argent. Notre Seigneur était un de ceux-là ; Son propre cœur plein d'amour trouva comparativement peu de camaraderie dans les esprits plus ou moins bas des plus nobles même de la race déchue représentés parmi Ses Apôtres. En Marie, Il parut trouver la profondeur d'amour et de dévouement qui fut pour Lui un parfum d'agréable odeur, un rafraîchissement, un encouragement, un tonique. Marie, semble-t-il, apprécia plus que les autres la longueur et la largeur du caractère du Maître. Non seulement elle fut heureuse de s'asseoir à Ses pieds pour être instruite par Lui, mais heureuse aussi de Lui donner, à n'importe quel prix, une manifestation de son dévouement, de son amour (Manne du 15 juillet).
Selon la coutume, elle répandit d'abord le parfum sur la tête de notre Seigneur (Marc 14 : 3), puis, elle versa le reste sur Ses pieds. Dans sa narration, l'Apôtre Jean semble avoir complètement oublié l'onction de la tête de notre Seigneur, tant il avait été impressionné par l'expression encore plus grande manifestée par l'onction des pieds et leur séchage avec ses cheveux. C'est en effet une démonstration d'amour, une dévotion bien digne d'être citée comme un mémorial.
Quelqu'un a écrit : « Elle prit le principal ornement de la femme et le voua au séchage des pieds de son Maitre, souillés par la marche ; elle consacra le meilleur de ce qu'elle avait au service le moins honorable même qu'elle pouvait Lui rendre. C'était pour elle la plus forte expression possible de son affection et de sa dévotion. Elle offrit le plus estimable de ses trésors avec le sens le plus parfait du dévouement de sa personne. Etant timide of réservée, elle ne pouvait exprimer ses sentiments de vive voix et c'est de cette manière qu'elle les traduisit ».
Il n'est pas étonnant d'apprendre que toute la maison fut remplie de parfum et que celui-ci s'y maintint longtemps ; mais combien plus précieux était celui émanant si délicatement du cœur affectueux de Marie, que le Seigneur accepta et qu'Il n'oubliera jamais, et le suave effluve de sa dévotion arrivé jusqu'à nous après avoir franchi les siècles, en bénissant ceux qui ont honoré son service et désiré imiter sa conduite.
Nous n'avons pas le privilège d'être en contact personnel avec notre cher Rédempteur, mais nous avons néanmoins beaucoup d’occasions de faire ce qui, à un certain degré, correspond à l'acte de Marie : mais nous avons celui d'oindre les « frères » du Seigneur avec le doux parfum de l'amour, de la sympathie, de la joie et de la paix Plus ce parfum nous coûtera de renoncements à nous-mêmes, plus il sera précieux aux yeux de notre Frère aîné qui déclara que ce que nous faisons ou ne faisons pas à Ses frères, c'est à Lui-même que nous le faisons ou ne leur faisons pas (Manne du 16 novembre) (Matth. 25 : 40,45).
En outre, d'une manière imagée, Il représente ces « frères » comme étant les « membres de son corps ». Ainsi, considérant les choses de ce point de vue, nous remarquons que si notre privilège n'est pas de répandre le parfum sur la tête du corps, maintenant hautement élevée bien au-dessus des anges, principautés et puissances et de tout nom qui se nomme, - après celui du Père, il consiste à le répandre sur les pieds de Christ, sur les derniers membres vivants de Son Église de cet Âge de l'Évangile.
Nous savons à quel degré les derniers jours de cet Âge correspondent aux derniers jours du ministère de notre Seigneur ; nous n'ignorons pas la ressemblance des expériences passées et futures des « pieds » du corps de Christ avec celles de la Tête, et nous savons que c'est pour nous un heureux privilège que de nous consoler, nous encourager, nous soutenir les uns les autres dans notre « accomplissement de ce qui reste des souffrances de Christ » (Col. 1 : 24). Dans la mesure où nous profitons au maximum de ces conditions, nous les apprécions évidemment comme elle le fit.
Rien dans cette suggestion ne renferme l'idée d'une négligence quelle qu'elle soit à l'égard des membres de nos familles naturelles « selon la chair » : les attentions que nous devons à ces derniers sont toujours convenables, ainsi qu'on le comprend généralement, et elles devraient être d'autant plus appréciées et pratiquées que le peuple de Dieu recevra libéralement et pleinement de Son esprit d'amour, d'amabilité, d'obligeance, de patience et de support. Néanmoins, notre devoir est d'insister sur ce que les Écritures soulignent, à savoir que notre intérêt et nos efforts ne doivent pas être confinés à ceux qui nous sont attachés selon la chair, mais « spécialement à la maison de la foi » (Gal. 6 : 10). Il y aura des occasions futures diverses de faire du bien à l'humanité en général, mais l'opportunité de servir le « corps de Christ » est limitée au présent Âge.
A propos de la convenance de faire du bien aux autres - d'exprimer notre affection par notre conduite aussi bien que par nos paroles, aux membres de nos familles comme aux membres du corps de Christ - nous citerons un autre auteur : « Le plus doux parfum que le cercle familial ait jamais connu s'élève des actes de service affectueux qu'accomplissent ses membres les uns envers les autres. Les plus agréables parfums de nos intérieurs ne se dégagent pas d'un élégant ameublement, de tapis moelleux, de riches tableaux, d'aliments de choix. Bien des maisons possédant tout cela, sont enveloppées d'une atmosphère aussi dépourvue de saveur et d'odeur qu'une gerbe de fleurs fanées ».
Un autre a encore écrit « Si mes amis ont mis de côté des vases d'albâtre, pleins de parfum de sympathie et d'affection, dans l'intention de les vider sur mon corps, je préférerais qu'ils les apportassent dans mes heures difficiles et troublées et les ouvrent, afin que j'en sois rafraîchi et réjoui au moment où j'en ai besoin ... J'aimerais mieux une bière sans fleurs, des obsèques sans oraison funèbre, qu'une vie privée de la douceur de l'amour et de la sympathie .... Des fleurs sur une tombe ne projettent aucun parfum en arrière sur les durs sentiers du passé ».
Ces considérations devraient certainement nous exciter les uns et les autres à briser nos vases d'albâtre les uns pour les autres, en vue d'une onction réciproque immédiate.
(P' Novembre 1933)