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« CEUX QUI SONT EN BONNE SANTÉ N’ONT PAS BESOIN DE MÉDECIN »
« Suis-moi ! » - Matthieu 9 : 9-17.

Nous avons ici le récit de Matthieu lui-même concernant son acceptation comme Apôtre. Avant cet appel, il avait sans aucun doute connu le Seigneur et Son œuvre, et le Seigneur l'avait connu. Le Seigneur avait manifestement vu dans son cœur une honnêteté d'intention qui le rendait digne, non seulement de la vérité, mais de cette grande faveur - l'apostolat. Il est digne de noter que Matthieu nous dit de lui-même qu'il était un publicain (Matth. 10 : 3), tandis qu'aucun des autres Évangélistes ne fait ce commentaire, sans doute parce que l'occupation d'un publicain était considérée comme très peu honorable - antipatriotique. Les publicains étaient généralement des hommes d'affaires doués, vifs, astucieux, rapides et perspicaces. Leur métier était de collecter les impôts pour le gouvernement romain, et il faut dire que, bien qu'il y ait eu des publicains honnêtes qui ont collecté leurs impôts avec justice, à la fois pour le gouvernement romain et pour les contribuables, la classe dans son ensemble avait la réputation d'être rusée, sans scrupules, malhonnête. Il a été affirmé par les contribuables qu'ils étaient fréquemment opprimés et soumis à l'extorsion par les collecteurs d'impôts qui accumulaient ainsi des richesses non seulement en tant qu'émissaires étrangers, mais aussi en tant que sangsues et parasites de leurs propres compatriotes qui souffraient.

Par conséquent, le fait que Matthieu nous parle de sa profession antérieure de publicain peut être considéré comme une preuve de son humilité et de son désir de ne pas se présenter sous un jour plus honorable que la vérité. D'autre part, le fait que notre Seigneur ait choisi un publicain pour être l'un des Apôtres préférés indique l'impartialité de Ses choix et implique que Matthieu ne pouvait pas être l'un des publicains malhonnêtes. Cela nous montre aussi que notre Seigneur n'a négligé aucun Israélite simplement parce que le peuple avait des préjugés contre lui ou sa classe. Comme preuve du sentiment de mépris dans lequel les publicains étaient tenus par leurs frères juifs, nous notons le fait qu'ils étaient classés avec les pécheurs et les prostituées dans l'usage du Nouveau Testament, et que le Talmud hébreu les classe avec les meurtriers et les voleurs, et considère leur repentance comme impossible.

Matthieu était connu sous le nom de Lévi, pendant qu'il était publicain (Luc 5 : 27), mais son nom fut changé lorsqu'il changea de métier et devint membre de la compagnie du Seigneur. Son nouveau nom, Matthieu, signifiait « le don de Dieu », tout comme Simon, le fils de Jonas, reçut un nouveau nom, Pierre, « une pierre ». Mais quel grand changement l'Évangile du Royaume produisit sur Matthieu, pour l'amener à renoncer à tous les revenus profitables de son occupation, les laissant à d'autres, et à devenir le disciple du Nazaréen méprisé !

Le fait que notre Seigneur ait accepté qu'un publicain devienne Son disciple a exercé une grande influence et a sans aucun doute suscité un intérêt pour notre Seigneur parmi les classes dégradées et exclues. Nous ne sommes donc pas surpris lorsqu'on nous dit, peu de temps après, que de nombreux publicains et pécheurs s'adressaient à notre Seigneur et prêtaient l'oreille à Ses enseignements. Il ne les traitait pas non plus à la manière des scribes et des pharisiens, mais les recevait au contraire comme les enfants d'Abraham, comme quelques-unes des brebis perdues de la maison d'Israël.

Cette violation des règles de l'étiquette juive fut une grande surprise pour les scribes et les pharisiens qui, malgré leur opposition au Seigneur, Le considéraient comme un grand maître ; ils ne pensèrent donc pas qu'Il S'abaissait ou Se dégradait en recevant des pécheurs, mais ils posèrent la question de savoir pourquoi Il faisait cela, et reçurent rapidement la réponse que plus un homme est malade, plus il a besoin d'un médecin. Ils étaient prêts à admettre que les publicains et les pécheurs avaient besoin d'un médecin, mais beaucoup d'entre eux ne se rendaient pas compte de leur propre besoin de médecin : c'est pourquoi Jésus offrait certainement Ses services là où ils étaient demandés. Cela a fourni à notre Seigneur l'occasion de prononcer un très court sermon à partir d'un texte d'Osée (6 : 6), selon lequel Son message n'était pas un message de destruction, mais un message de miséricorde, et que Son appel au Royaume n'était pas un appel des justes, mais de ceux qui se sont rendus compte qu'ils étaient imparfaits. Et c'est là que se trouve la différence entre les deux classes et la raison pour laquelle les publicains et les pécheurs étaient plus attirés que les pharisiens satisfaits d'eux-mêmes : ces derniers se croyaient justes et refusaient de demander ou d'accepter la miséricorde ; les premiers admettaient qu'ils étaient injustes et avaient besoin de la miséricorde. L'humilité et la prise de conscience du besoin d'un Sauveur, et d'un grand Sauveur, sont essentielles pour tous ceux qui veulent aller vers le Père par le Christ et Son expiation.

L'influence du ministère de Jésus commençait à être reconnue ; elle augmentait alors que l'œuvre de Jean avait depuis quelque temps diminué, et des comparaisons furent naturellement engagées. L'une d'entre elles concernait le fait que Jésus n'avait donné à Ses disciples aucune instruction spécifique concernant le jeûne, et la question de savoir pourquoi il en était ainsi. Notre Seigneur désapprouvait-il le jeûne ? La réponse fut prompte : le jeûne est associé au deuil et à la tristesse, et les disciples de notre Seigneur ne pouvaient pas constamment jeûner et être affligés en ce moment ; car l'Époux était avec eux et leur joie était à son comble. Il a cependant fait remarquer que, plus tard, des temps d'épreuve, de tristesse et de jeûne viendraient à Ses disciples.

Le jeûne est tout à fait approprié lorsqu'il est fait raisonnablement et pour un bon motif, mais il est certainement pire qu'inutile lorsqu'il est fait comme une formalité ou une cérémonie, ou pour être vu des hommes, afin qu'ils nous croient saints. Le jeûne est spécialement recommandable aux membres du peuple du Seigneur lorsqu'ils se trouvent en régression spirituelle et exposés à de fortes tentations de la part du monde, de la chair et du diable. L'appauvrissement de la force et de la vitalité physiques peut aider le fougueux et l'impulsif à gagner l'empire sur soi. Nous croyons qu'un jeûne éventuel serait utile à la majorité des chrétiens : une diète temporaire tout à fait complète, si pas l'abstinence totale. Cependant, les jeûnes destinés à être vus et connus des hommes ou à être évoqués dans nos esprits comme autant de marques de piété de notre part seraient évidemment nuisibles ; ils conduiraient à l'orgueil spirituel et à l'hypocrisie, lesquels l'emporteraient de beaucoup sur les avantages matériels du jeûne (Manne du 26 Janvier).

Le Seigneur voulait que Ses disciples reconnaissent la différence entre l'œuvre qu'Il accomplissait en commençant une nouvelle dispensation, et l'œuvre que Jean le Baptiste et les Pharisiens avaient accomplie en essayant de réformer la nation juive. Il a illustré cette différence par la figure du raccommodage d'un vieux vêtement avec un morceau de tissu neuf, ou en mettant du vin nouveau qui n'avait pas encore fermenté dans de vieilles outres dont la force et l'élasticité avaient disparu et qui ne manqueraient pas d'éclater sous la pression de la fermentation. C'est peut-être la première indication que notre Seigneur a donnée du fait qu'Israël, en tant que nation, ne serait pas trouvé digne du Royaume et serait rejeté. De même, c'était la première indication que la classe qu'Il rassemblait ne l'était pas en vue de réformer la nation ou de réorganiser ses affaires, mais en vue de constituer le noyau d'une nouvelle nation, « une nation sainte, un peuple particulier », qui, lorsqu'elle serait pleinement développée, serait apte à être Ses cohéritiers dans le Royaume et à s'engager avec Lui en tant qu'Épouse pour inviter toutes les familles de la terre à recevoir la faveur divine, symbolisée par « l'eau de la vie », qui sera offerte gratuitement – Apoc. 22 : 1,17.