R 2259 (VP 55 p.5)
LEQUEL : DIEU OU MAMMON ?
- MATTHIEU 6 : 24-34 -
« Il a soin de vous » - 1 Pierre 5 : 7.

Il n 'y eut probablement jamais, en dehors de la nôtre, aucune autre période de l'histoire du monde, où il ait été plus nécessaire de choisir Dieu plutôt que Mammon. L'esprit de nos temps semble conduire directement au service de Mammon : santé, avantages, confort terrestres. Si nous considérons la chrétienté, la récompense suprême de Mammon paraît être l'objet principal de la vie duquel dépend tout autre intérêt. Si nous jetons nos regards sur l'Extrême Orient, c'est le contraire qui nous frappe ; les millions d'indous et de chinois apprécient, dans leur ignorance, le contentement, la satisfaction, à un point considérablement plus élevé que les millions de chrétiens, avec haut degré de connaissance.

Le savoir ne mène pas à la paix, au bonheur, au contentement ; seule, « la piété avec le contentement est un grand gain » (1 Tim. 6 : 6). Il faut que le savoir ou la connaissance soit renforcé par la piété.

Ce que l'on nomme progrès de la civilisation est à beaucoup d'égards bon, excellent ; mais il a un mauvais pouvoir moteur. Le pouvoir moteur du progrès moderne est l'égoïsme - le Mammonisme, qui s'accroît de plus en plus. Nous ne pouvons pas imaginer non plus que le monde civilisé, à l'intelligence éveillée, mais au cœur non régénéré, dépourvu de l'esprit de Christ, le saint Esprit, l'esprit d'amour, puisse être mu par tout autre esprit que celui qu'il possède, l'esprit d'égoïsme, l'esprit de Mammon. Ne soyons donc pas étonnés de voir ce que nous voyons de toutes parts - la ruée et la lutte pour la richesse, la situation, la renommée, qui sont des richesses d'un autre genre et amènent la richesse financière.

L'esprit d'égoïsme pousse le millionnaire à l'activité et à l'usage des opportunités, non parce qu'il il a besoin de posséder davantage, mais parce qu'il est possédé par l'esprit d'avarice, l'esprit de Mammon : le même esprit, exactement, qui prend possession de l’artisan, lequel avec un revenu modeste, a procuré à sa famille et à lui-même un petit intérieur simple et des moyens économiques de subsistance. Un grand nombre de ceux-là sont arrivés à la richesse et ont éprouvé par expérience la véracité des paroles de l'Apôtre : « Or, ceux qui veulent devenir riches, [qu'ils réalisent ou non leur désir, s'ils ont ce désir, l'esprit de Mammon] tombent dans la tentation et dans un piège et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux [envies et habitudes] qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. Car c'est une racine de tous les maux que l'amour de l'argent [l'esprit de Mammon] : ce que quelques-uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi [se dépouillant de l'esprit d'amour et de sagesse qui vient d'en haut et perdant l'esprit de la vérité, aussi bien que la lettre, et la foi] et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs, « à leur préjudice actuel et éternel » - 1 Tim. 6 : 9,10.

Il nous est impossible de lire dans le cœur de nos semblables et de savoir positivement quels sont les grands ressorts de l'activité dans la vie d'autrui ; c'est la raison pour laquelle les enfants de Dieu sont comparativement incompris par le monde. Il est recommandé à l'enfant de Dieu de « n'être point paresseux, d'être fervent d'esprit, servant le Seigneur » ; il lui est aussi recommandé de pourvoir aux choses nécessaires pour ceux qui dépendent de lui ; c'est-à-dire que le travail est exigé de lui, en vue de son pain quotidien, ce qui l 'oblige à se trouver en contact avec les autres qui ne sont pas, comme lui, engendrés de l'esprit céleste, mais dont le ressort d'activité est l'amour de l'argent - Mammon.

II peut être difficile, du point de vue du monde, de remarquer la différence qui réside entre les esprits des deux classes, car toutes deux sont actives, énergiques, patientes et persévérantes ; toutes deux reçoivent à la fin de la semaine la même monnaie pour salaire et toutes deux sont comptées par le monde comme serviteurs de Mammon. Où réside donc la différence ? Quels sont les serviteurs de Dieu ? Comment les reconnaître ?

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits », dit notre Maître. L'usage qui sera fait du produit du travail la seule preuve extérieure que nous puissions avoir en ce qui concerne les mobiles du travailleur. Si le produit du travail est simplement accumulé sous forme de propriétés ou de valeurs en banque, ou si le produit du travail inutilisé pour les nécessités de la vie est uniquement employé pour la satisfaction de la chair, à l'acquisition de bijoux, d'antiquités ou à toutes les autres formes de la satisfaction personnelle, ou à de mauvaises fins, la seule déduction raisonnable est que l'énergie du travailleur est inspirée par l'esprit d'égoïsme et qu'il est un serviteur de Mammon. Si, par contre, le produit du travail énergique, après la part réservée aux nécessités de la vie, est employée au service du Seigneur, au service du peuple de Dieu, en « subvenant aux nécessités des saints », soit matériellement, soit spirituellement, ou aux besoins de la « création gémissante », si tout cela est l'emploi auquel l'argent de trop est voué, la déduction raisonnable est que le travailleur est inspiré, non par l'esprit de Mammon, l'esprit d'égoïsme, mais par l'esprit du Seigneur, l'esprit d'amour, parce que cet usage au service du Seigneur est la preuve que les mobiles et le but du travailleur sont la gloire du Seigneur.

La simple règle (par laquelle nous pouvons tous nous éprouver nous-mêmes, même si nous ne pouvons, par elle, mesurer les autres avec autant de précision) semble nous montrer que la grande masse de l'humanité sont des serviteurs de l'égoïsme, des serviteurs de Mammon et non des serviteurs de Dieu, dont le principal but dans la vie, après avoir pourvu aux choses décentes et honnêtes pour eux et ceux qu'ils ont à leur charge, est certainement de faire servir ce qu'ils ont à glorifier Dieu et à bénir leurs semblables. Que chacun se nommant du nom du Seigneur se juge lui-même très attentivement sur ce point - qu'il examine ses propres buts et ses façons d'agir et qu'il détermine, après cet examen, de qui il est le serviteur : de l'égoïsme et de Satan, ou de l'amour et de Dieu.

Rien, dans ce que nous venons de dire, ne doit faire penser qu'il est mal, d'après nous, pour tout enfant de Dieu d'être propriétaire de sa propre maison ou de jouir de l'un quelconque des conforts de la vie, ni de faire une provision raisonnable pour le lendemain, en vue des besoins de sa famille et de tels usages qu'il peut estimer conformes à la volonté de Dieu, le concernant lui-même, ainsi que les moyens qu'II a confiés à sa gérance (2 Cor. 8 : 21). Mais quelle erreur commettrait l'enfant de Dieu en décidant qu'il ne doit rien dépenser au service du Seigneur et de l 'humanité, tant qu'il n'est pas parvenu à une certaine aisance dans la vie. Quiconque adopte cette théorie et ce plan trouve que, pendant le temps qu'il acquiert la suffisance, il gagne tellement de l'esprit de Mammon qu'il devient moins satisfait, moins content que jamais, perdant, en contrepartie, tant de l'esprit du Seigneur, de l'esprit d'amour et de générosité qu'il devient peu disposé à dépenser sa force pour tout ce qui ne sert pas à son confort personnel ou à la satisfaction de ses desseins égoïstes. Si celui qui gagne 25.000 fr. par an est animé de l'esprit de piété, il est sûr d'être béni en l'exerçant, et la même chose est vraie pour l 'homme qui ne gagne que 5.000 francs : même s'il a des difficultés pour vivre, il sera béni dans son cœur, dans son intelligence, dans son esprit, s'il renonce à soi-même, s'il sacrifie quelque chose des faveurs terrestres, afin de présenter quelque offrande au Seigneur.

Le grand argument dont l'adversaire fait état pour enrôler les serviteurs de Mammon et pour inciter les serviteurs de Dieu à servir en même temps Dieu et Mammon est la crainte : la crainte de manquer, la crainte de la détresse. En Matth. 6 : 24-34, le Seigneur relève, en conséquence, ce premier point, exhortant Ses disciples, non pas comme le représente une certaine version en langue anglaise, au v. 34 : « ne pensez nullement au lendemain » ; soyez indifférents et négligents en ce qui concerne la nourriture et le vêtement, mais bien, ne vous tourmentez pas, ne soyez pas en souci, inquiets, craintifs et troublés, concernant le lendemain et ses affaires. Le laboureur, lorsqu'il retourne la terre et le semeur, lorsqu'il disperse le grain, pensent au lendemain d'une manière convenable, légitime, et que Dieu approuve ; s'ils sont des enfants de Dieu, ils doivent labourer avec espoir, semer avec espoir et attendre la récolte avec espoir, ayant la confiance que si le Seigneur permet que la nielle ou la sécheresse rendent leur travail infructueux, Il ne les abandonnera pas à la ruine, mais Il prendra soin d'eux et pourvoira de quelque manière à leurs besoins. Ils devront exercer leur confiance en Sa bonté et s'attendre à ce que toutes les leçons de la vie soient profitables à leur préparation pour la vie éternelle, s'ils sont bien exercés par elles.

Les paroles de notre Seigneur, dans cette leçon, par lesquelles Il encourage la confiance et l'assurance dans le Père céleste, ne sont pas adressées à l'humanité, en général, les « enfants de colère », mais à ceux qui sont devenus « enfants de Dieu » sur la base de Son Alliance. On ne peut trop insister sur ce point : Il est tout à fait nécessaire que ceux qui n'ont jamais fait alliance avec le Seigneur sachent que les promesses et les bénédictions de la Parole de Dieu ne sont pas pour eux et ne le seront jamais, jusqu'au moment où ils viendront à Dieu de la manière qu'Il a choisie et accepteront pour eux Son Alliance préparée. Toutes Ses promesses sont oui et amen, uniquement pour ceux qui sont en Christ-Jésus. Ceux qui appartiennent à cette classe, tout en étant aussi travailleurs, aussi actifs, aussi fervents d'esprit que quiconque du monde, n'ont point les tracas, ni les tourments des autres, parce que le Seigneur Tout-Puissant a convenu avec eux par alliance - par contrat - qu'Il ferait, selon la sagesse d'en haut, tout ce qui est pour leur plus grand bien. Aussi peuvent-ils se réjouir

« en toute occasion, maladie ou santé,
dans le pressant besoin ou la prospérité ».

Actifs dans les affaires de la vie, les enfants de Dieu ne travaillent cependant pas pour les choses de la vie, car ils cherchent le Royaume de Dieu ; c'est la chose principale, la première chose, l'objet supérieur de leur vie et de leur énergie. Dieu a promis à Son peuple une part au Royaume éternel qui bénira le monde entier, et cette excessivement grande et précieuse promesse remplit le cœur et l'esprit et constitue, avec l'amour et l'espérance, le ressort principal de toute affaire de la vie. En cherchant le Royaume, ils cherchent aussi la justice de Dieu, parce que quiconque se complait à l'injustice n'aimera pas le Royaume de Dieu qui est l'adversaire de toute injustice et de tout péché. Seuls, ceux qui aiment la justice et qui travaillent pour elle, recherchent, au sens propre du terme, le Royaume de Dieu et son règne. Un voyageur de commerce, chrétien ardent, se vit un jour poser cette question : Quel est votre genre d'affaires ? « Je prêche le Seigneur Jésus-Christ », répondit-il, « et je vends de la quincaillerie pour le compte de la maison X... et Cie ». Tel est le lien qui devrait être reconnu entre les enfants de Dieu et leurs occupations terrestres et pleinement vécu par tous ceux qui veulent gagner le prix.

Notre Seigneur nous assure que si Son service, le progrès dans la justice et l'arrivée au Royaume que Dieu a promis à ceux qui L'aiment forment la pensée principale de nos cœurs, nous n'avons alors plus besoin de nous livrer à d'anxieux soucis sur l'avenir. Si, comme Ses disciples, nous cherchons à gravir le sentier étroit, nous aurons jour après jour suffisamment d'épreuves et de tribulations et quotidiennement besoin de nous appuyer sur le bras du Seigneur. A chaque jour suffira sa peine et, Dieu merci, nous avons la promesse que, journellement, Sa grâce nous suffira (Manne du 25 Janvier).