- ACTES 12 : 5-17 -
En suivant l'histoire de l'Église primitive, nous arrivons maintenant à une autre période de persécution. La persécution précédente semble avoir passé entièrement à côté des principaux membres de l'Église. Elle s'est manifestée contre les simples croyants plutôt que contre les Apôtres et les serviteurs publics. Le résultat, comme nous l'avons vu, a été la propagation de l'Évangile par ceux qui ont été « dispersés partout ». La persécution dont il est question ici était dirigée contre les Apôtres. Les deux persécutions étaient le fait de l'adversaire et de ses fidèles, mais elles n'étaient que celles que Dieu jugeait bon de permettre, et celles qui étaient susceptibles de produire un certain bien en rapport avec Son plan.
Sous le règne de l'empereur romain Caligula, les Juifs étaient maintenus dans une grande agitation à cause de ses tentatives répétées pour faire ériger sa statue dans le temple, avec des autels pour son culte. Pendant que les Juifs étaient si occupés à défendre leurs propres libertés religieuses, l'Église chrétienne naissante était laissée relativement tranquille ; mais maintenant que Caligula était mort et qu'un personnage très différent était son successeur, les Juifs, qui avaient un répit par rapport à leurs propres problèmes, avaient une bonne occasion de cultiver leur animosité contre les disciples du Nazaréen. Le roi Hérode Agrippa, ayant été obligé de coopérer avec les plans de l'Empereur, s'était rendu plus ou moins odieux envers ses sujets, les Juifs, et il cherchait maintenant à les concilier, en persécutant les Chrétiens. Cet Hérode Agrippa était un digne successeur de son oncle, qui avait assassiné Jean Baptiste, et de son grand-père, Hérode le Grand, qui avait assassiné les enfants de Bethléem. Son premier objectif était son enrichissement personnel et la perpétuation de sa propre famille dans le royaume. Ses actes publics, d'une part, étaient destinés à lui conserver la faveur de l'empereur à Rome, et d'autre part, à s'attirer autant de faveur que possible de la part du peuple qu'il gouvernait en tant que roi, en tant que représentant de l'empereur.
La persécution a commencé par le meurtre de l'Apôtre Jacques. Voyant qu'il s'était ainsi attiré les faveurs des Juifs, Hérode pensa que c'était la méthode la moins coûteuse pour regagner la popularité de ses sujets, et il s'empara également de Pierre. Quel malheur pour l'Église primitive ! Jacques et Pierre étaient vraisemblablement les principaux conducteurs dans les affaires de l'Église de Jérusalem, car tous deux, avec Jean, le frère de Jacques, étaient les plus éminents parmi les Apôtres du vivant de notre Seigneur. Nous pouvons imaginer la consternation - Jacques déjà mort, Pierre saisi et emprisonné et son exécution reportée simplement parce que c'était la semaine de la Pâque et que, selon la coutume juive, personne ne pouvait être mis à mort pendant cette semaine. L'intention manifeste, sinon déclarée, d'Hérode était que Pierre soit exécuté d'une manière quelconque immédiatement après la fin de la semaine de la Pâque. Nous nous arrêtons ici pour relever un étrange mélange de formalisme religieux et d'esprit de meurtre : L'esprit de meurtre était à la fois en Hérode et chez les Juifs, mais tous deux se sont retenus pendant un certain temps afin de symboliser par le cérémonial de la Pâque une purification du cœur et de la vie, une purification envers Dieu. Il y a là une leçon à retenir (pour tous ceux qui veulent bien la recevoir), à savoir qu'il faut veiller à ce que les observances extérieures et formelles ne soient pas en contradiction totale avec l'état réel du cœur. Si l'obéissance au Seigneur dans les observances extérieures est éminemment appropriée, il est d’autant plus important que les pensées soient pures et bonnes.
À cette époque, le nombre de Chrétiens à Jérusalem était manifestement considérable, malgré le nombre de ceux qui avaient émigré à cause de la persécution ; et nous ne sommes pas du tout surpris d'apprendre que ceux-ci priaient Dieu en faveur de Pierre. Jusqu'à cette époque, les Chrétiens n'avaient certainement pas de bâtiments d'église en usage : ils se réunissaient dans des endroits appropriés, et il est fort probable qu'il y en avait plusieurs à Jérusalem. La sincérité de ces prières est attestée par le fait qu'elles ont duré toute la nuit et, de toute évidence, toute la semaine de l'emprisonnement de Pierre ; car il n'a été délivré que la toute dernière nuit et, lorsqu'il a été délivré, c'était pendant la « quatrième veille », qui commençait à trois heures du matin, et il frappait à la « porte » de la maison de Marie, où l'on priait, avant le lever du soleil - Verset 13.
Nous ne pouvons pas savoir clairement pourquoi le Seigneur a permis la mort de Jacques et épargné la vie de Pierre ; pourtant, il ne fait aucun doute que ces deux événements ont exercé une influence bénéfique sur l'Église. Il est possible, en effet, qu'un manque d'appréciation de ces Apôtres que le Seigneur avait si hautement honorés en tant que Ses porte-parole et canaux de bénédiction de l'Église se soit développé dans l'Église. Le martyre de l'un ferait prendre conscience de sa perte, l'emprisonnement de l'autre susciterait et a effectivement suscité la sympathie, l'amour et la reconnaissance de toute la communauté ; et après qu'ils aient prié si ardemment pour sa délivrance, nous pouvons être sûrs que Pierre était plus que jamais aimé par le troupeau du Seigneur. Quoi qu'il en soit, la mort de l'un et la sauvegarde de l'autre, nous pouvons en être sûrs, faisaient partie de l'ensemble des choses qui concourent au bien de ceux qui aiment le Seigneur.
Entre-temps, Pierre avait été confié à quatre quaternions de soldats (c'est-à-dire quatre gardes de relève de quatre soldats chacun) : deux d'entre eux surveillaient les cours extérieures de la prison, tandis que deux autres étaient enchaînés à Pierre dans la cellule. Ainsi, apparemment, toutes les précautions avaient été prises contre son évasion. Auparavant, il avait été délivré de la prison dans laquelle il avait été jeté par le Sanhédrin, mais maintenant il était sous garde militaire, probablement dans la tour d'Antonio, et enchaîné à des soldats qui savaient que, selon l'usage romain, son évasion signifierait leur mort. Toute la semaine avait été consacrée à la prière en sa faveur, et le Seigneur ne l'avait pas délivré, et chaque jour semblait ajouter à l'intensité des prières et à la nécessité de la délivrance ; cependant, connaissant les circonstances, il était difficile de juger de quelle manière la providence du Seigneur interviendrait en faveur de Pierre, si toutefois elle le faisait. Puisque le Seigneur avait jugé bon de permettre la mort de Jacques, ils devaient penser qu'ils ne pouvaient pas du tout être certains que Pierre allait être délivré de la mort. Nous pouvons supposer que les bénédictions de cette semaine d'épreuve et de prière, de rapprochement du Seigneur et de prise de conscience de la dépendance totale à Son égard, ont été grandes et d'une portée considérable. Le Seigneur S'est plu, dans Sa providence, à préserver Pierre pour l'Église, mais Il S'est plu aussi, de toute évidence, à être sollicité par l'Église à ce sujet.
Cependant, même la dernière nuit de son emprisonnement, bien qu'il s'attende à ce que le lendemain matin Hérode le fasse venir pour le livrer à la mort, malgré tout cela, « Pierre dormait ». Son cœur noble et courageux était fixé sur le Seigneur, il avait confiance en la sagesse divine, en la puissance divine et en l'amour divin, et il était assuré que rien ne serait permis qui ne soit d'une manière ou d'une autre compensé pour le bien. C'est ainsi que, confiant tout au Seigneur, il put se reposer tranquillement dans le sommeil. C'était là l'ordre approprié des choses : celui qui était directement concerné se reposait si bien dans la grâce et l'amour du Seigneur qu'il était libéré de tout trouble et de toute crainte, tandis que l'Église en général, bien que moins directement et personnellement concernée, était si pleine d'intérêt affectueux en faveur d'un frère qu'elle priait sans cesse jour et nuit en sa faveur. On ne nous dit pas ce qu'ils demandèrent, mais ce qu'ils devaient demander dans de telles circonstances, nous pouvons le savoir d'après la propre prière de notre Seigneur (Matth. 26 : 39-42) : ce qu'ils demandèrent, pour être convenable, devait inclure la pensée et l'expression : que Ta volonté, et non la nôtre, soit faite, ô Seigneur.
Après avoir réveillé Pierre, détaché ses chaînes, ouvert les portes solidement barrées de la prison et l'avoir fait sortir dans la rue, l'ange le quitta, ayant accompli sa mission. Pierre, stupéfait et déconcerté, avait du mal à savoir si c'était une réalité ou une vision ; mais lorsqu'il reprit ses esprits, il comprit que Dieu avait opéré pour lui une nouvelle et merveilleuse délivrance des mains de ses ennemis, Hérode et les Juifs. Mais il ne s'en retourna pas pour narguer les soldats, et il ne fut pas non plus rempli d'orgueil et de confiance en soi, au point de crier sa délivrance en chemin ; mais, considérant attentivement la question, il conclut que sa ligne de conduite appropriée serait la fuite vers une autre ville, comme le Seigneur l'avait ordonné, en disant : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre ». Mais, en véritable sous-berger, il avait un intérêt trop profond pour le peuple du Seigneur qui avait prié si ardemment pour lui, pour le laisser sans une explication : Il se rendit donc chez l'un des amis de la cause, leur annonça sa libération, envoya un message aux conducteurs de la cause dans la ville – « Jacques et les frères » - et s'enfuit ensuite dans un autre lieu. Ce Jacques était le frère de notre Seigneur, tandis que Jacques qui avait été tué était l'Apôtre, le frère de Jean. Le fait que Jacques et les frères éminents n'étaient pas à la maison de Marie et de son fils Jean-Marc semble corroborer l'idée que la réunion en cet endroit n'était qu'une parmi d'autres à Jérusalem.
Le récit du frappement de Pierre à la porte et de l'interruption de la réunion de prière, avec l'annonce de la réponse aux prières d'une manière tout à fait remarquable, est rapporté avec une belle simplicité, et nous indique l'esprit affectueux de fraternité qui existait dans l'Église primitive.
Le Texte d'Or contient une grande leçon qui lui est propre en relation avec la délivrance de Pierre. Les Écritures nous permettent de comprendre clairement que les anges de Dieu sont « des esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1 : 14). Il est très rare qu'ils se manifestent à quelqu'un comme dans ce cas précis, mais ils sont présents en tant que représentants du Seigneur pour accomplir pour nous toute œuvre nécessaire selon Sa volonté. Mais nous devons comprendre que l'ange du Seigneur était avec Jacques qui a été tué, aussi bien qu'avec Pierre qui a été délivré ; et que la délivrance du peuple de Dieu n'est pas toujours telle qu'elle peut être appréciée par les sens naturels. Parfois, l'ange du Seigneur est présent avec nous et nous donne la force de supporter une épreuve dont nous ne sommes pas délivrés. Tel était le cas de notre Seigneur : nous lisons qu'un ange Lui apparut et Le fortifia. Tels furent probablement les services rendus par les anges à Jacques au moment de sa grande détresse, lorsque sa vie fut livrée à un meurtrier. Telles ont été les expériences de beaucoup d'autres : l'ange du Seigneur s'est tenu à leurs côtés et les a fortifiés là où il n'était pas autorisé à délivrer. On rapporte que de nombreux martyrs chrétiens ont été si soutenus et bénis que, même au milieu des persécutions, des tortures et des flammes, ils ont pu chanter les louanges du Seigneur. On raconte que l'évêque Latimer, alors qu'il était attaché au bûcher, a dit à l'évêque Ridley, en parlant avec beaucoup de sérénité de ses propres souffrances : « Nous allumerons aujourd'hui en Angleterre, par la grâce de Dieu, une bougie qui, j'en suis sûr, ne s'éteindra plus jamais ».
Tandis que les puissances terrestres peuvent s'opposer au chrétien, qu'il peut réellement être impuissant par lui-même pour résister aux adversaires et qu'il peut se rendre compte qu'indépendamment de ses ennemis, la chair et le sang, il combat aussi contre la méchanceté spirituelle dans les lieux élevés - Satan et ses armées des ténèbres - combien sa confiance augmente quand il constate, d'autre part, que « celui qui est pour nous est plus fort que tous ceux qui sont contre nous » ; que toutes les armées célestes sont soumises à la volonté de Dieu et qu'elles peuvent être employées, selon Sa sagesse, pour l'avancement de Sa divine cause (Manne du 18 novembre).