R 1884
COURANT DROIT AU BUT.
« Je cours droit au but pour le prix de l'appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » - Philippiens 3 : 14.

Telles furent les paroles de l'un des coureurs les plus engagés et les plus fidèles pour le prix du Haut-Appel de l'Église de l’Âge de l'Évangile. L'orateur était un homme de foi, un homme réfléchi, un homme à la détermination inébranlable et au courage à toute épreuve - un homme sage au sens des Écritures, bien qu'un fou selon l'opinion du monde. Son parcours, ainsi que celui des onze autres apôtres, a été couronné de succès, car le Révélateur, en décrivant la Jérusalem céleste, dit : « La muraille de la ville avait douze fondements, sur lesquels étaient inscrits les noms des douze Apôtres de l'Agneau » (Apoc. 21 : 14). Et à la fin de sa course, l'Apôtre, dans la pleine assurance de la foi, nous a laissé ce témoignage triomphant : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi ; désormais m’est réservée la couronne de justice, que le Seigneur, le juste Juge, me donnera en ce jour-là ». Puis, toujours soucieux des autres membres du corps qui sont encore dans la course, il ajoute : « Et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui aiment son apparition » - 2 Tim. 4 : 6-8.

En examinant le parcours des coureurs victorieux du passé, on trouve beaucoup d'encouragement et de conseils utiles pour tous ceux qui s'efforcent encore de s'assurer de leur appel et de leur élection ; car même l'Apôtre Paul, fort et audacieux comme il l'était, nous rappelle qu'il était un homme aux passions semblables aux nôtres ; qu'alors qu'il était encore dans la lutte du combat chrétien, il ne considérait pas qu'il avait déjà atteint le but pour le prix, ni qu'il était déjà parfait. Il nous dit qu'il se rendait compte, comme nous le faisons tous, qu'il y avait dans ses membres une loi qui combattait la loi de son esprit, et qu'il trouvait nécessaire d'exercer continuellement sa volonté pour maintenir le corps sous contrainte - Actes 14 : 15 ; Phil. 3 : 12 ; Rom. 7 : 23 ; 1 Cor. 9 : 27.

Si Paul et tous les autres Apôtres et saints bien-aimés de l'Église primitive étaient des hommes aux passions semblables aux nôtres, et pareillement entourés d'infirmités et d'influences adverses, d'embûches et d'attraits, et s'ils étaient eux aussi fréquemment assaillis de tentations et d'épreuves qui exigeaient toute leur force d'âme pour leur permettre de vaincre, alors, dans leur victoire, nous avons l'assurance que nous pouvons aussi vaincre par la grâce qui nous est promise, ainsi qu'à eux, si, comme eux, nous nous en prévalons.

L'Apôtre était si convaincu de sa propre fidélité permanente, de celle des autres Apôtres et de celle de ses collaborateurs, qu'il pouvait dire à l'Église : « Nous sommes pour vous des modèles » - Phil. 3 : 17 ; 2 Thess. 3 : 7-9 ; 1 Cor. 4 : 9. Ils étaient de nobles exemples de fidélité, de zèle, de patience, d'endurance, de force d'âme et d'héroïsme chrétiens véritables. Bien que beaucoup de ceux qui occupaient des positions plus discrètes dans l'Église étaient sans aucun doute aussi fidèles dans leur domaine, l'Apôtre Paul, en tant que conducteur et pionnier de la foi parmi les Gentils, est mis en évidence. Au tout début de son parcours chrétien, le Seigneur a dit : « Je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom » (Actes 9 : 16). Paul ne tarda pas à prouver la véracité de cette prédiction ; mais, au lieu de laisser la perspective de tribulations continuelles le déprimer, il ne fit que se réjouir du privilège qui lui était ainsi accordé de témoigner son amour au Seigneur. « Et maintenant, voici, étant lié dans mon esprit, je m'en vais à Jérusalem, ignorant les choses qui m'y doivent arriver, sauf que l'Esprit Saint rend témoignage de ville en ville, me disant que des liens et de la tribulation m'attendent. Mais je ne fais aucun cas de ma vie, ni ne la tiens pour précieuse à moi-même, pourvu que j'achève ma course, et le service que j'ai reçu du Seigneur Jésus pour rendre témoignage à l'évangile de la grâce de Dieu » - Actes 20 : 22-24.

Écoutez le témoignage de l'Apôtre sur sa propre expérience : « dans les travaux surabondamment, sous les coups excessivement, dans les prisons surabondamment, dans les morts souvent (cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups moins un ; trois fois j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans les profondeurs de la mer) ; en voyages souvent, dans les périls sur les fleuves, dans les périls de la part des brigands, dans les périls de la part de mes compatriotes, dans les périls de la part des nations, dans les périls à la ville, dans les périls au désert, dans les périls en mer, dans les périls parmi de faux frères, peine et en labeur, en veilles souvent, dans la faim et la soif, dans les jeûnes souvent, dans le froid et la nudité : outre ces choses exceptionnelles, il y a ce qui me tient assiégé tous les jours, la sollicitude pour toutes les assemblées. Qui est faible, que je ne sois faible aussi ? Qui est scandalisé, que moi aussi je ne brûle ? » - 2 Cor. 11 : 23-33.

À travers toutes ces tribulations, l'Apôtre s'est efforcé d'atteindre le but fixé pour le prix du Haut-Appel. La marque à atteindre était la sainteté - cette sainteté qui rend toute pensée captive de la volonté de Dieu, de la pensée du Christ (2 Cor. 10 : 5). C'était le grand idéal que Paul poursuivait avec constance ; et il est certain que dans sa vie, il a donné la preuve d'une croissance constante dans la grâce. Sous l'effet d'épreuves de plus en plus sévères, son caractère s'est développé jusqu'à atteindre les proportions les plus gracieuses et les plus belles. La même chose est manifeste dans le caractère des autres Apôtres et saints, bien que leur histoire ne nous soit pas parvenue de façon aussi complète que celle de l'Apôtre des Nations.

Mais il est particulièrement important que nous observions comment notre bien-aimé frère Paul a pu courir avec tant de constance dans une course si difficile. Comment a-t-il pu éviter les tentations et les difficultés auxquelles il était nécessairement soumis en tant qu'homme ayant les mêmes passions que nous ? Sa réponse est la suivante : « Frères, je ne me considère pas comme ayant atteint le but ; mais je fais une chose : oubliant les choses qui sont derrière, et tendant vers celles qui sont devant, je cours droit au but », etc.

Voici cinq considérations que nous ferons bien de méditer avec la plus grande attention :

Premièrement, l'Apôtre a fait une estimation humble et sobre de sa position et de ses forces spirituelles. Il ne se vantait pas d'être un vase choisi par le Seigneur pour porter Son nom devant les Nations. Il ne se considérait pas comme le Grand Apôtre, ni ne se vantait en aucune façon. Et il était si loin de se glorifier de ses accomplissements spirituels qu'il rappelait humblement à l'Église qu'il risquait d'être naufragé, même après avoir prêché aux autres, s'il ne continuait pas à rester fidèle à son intégrité et à croître en grâce (1 Cor. 9 : 27). Et tandis qu'il présentait devant eux le Christ comme la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu, et le modèle à imiter, il déclarait humblement que, comme eux, il s'efforçait de suivre le modèle, le Christ, tout en se fiant uniquement au mérite de Son sacrifice pour combler ses propres lacunes. Il était ainsi libéré du plus grand obstacle au développement spirituel, l'autosatisfaction. Si quelqu'un pense qu'il a atteint un état spirituel satisfaisant, il peut dater de ce moment-là le commencement de son déclin spirituel. Rien de ce qui est atteint ici-bas ne peut satisfaire un sincère disciple de Christ qui s'efforce de copier le Modèle Parfait. Ce n'est que lorsque nous détournons nos yeux de Christ que nous devenons satisfaits de nous-mêmes car, lorsque nous avons les yeux fixés droit sur le Modèle, nos manquements sont toujours manifestes. Si, par l'orgueil de notre cœur nous les perdons de vue, c'est alors qu'ils deviennent plus manifestes pour d'autres. Ce n'est que dans une croissance continuelle à la ressemblance à Christ que le chrétien devrait trouver la satisfaction (Manne du 11 Juin). Comme l'Apôtre, qu'il considère, non pas qu'il a déjà gagné, ni qu'il est déjà parfait, mais qu'il est encore dans la course et qu'il progresse vers le but. Et sans doute est-ce le fait de se considérer comme n'ayant pas atteint la perfection, et comme étant encore sujet à la fragilité, qui a conduit l'Apôtre à rechercher la grâce du Seigneur, qui l'a toujours maintenu dans une attitude d'humilité et qui lui a donné de la compassion pour les faiblesses et les défaillances des autres. Ce sont ceux qui s'élèvent et se suffisent à eux-mêmes qui s'efforcent de retirer la paille de l'œil de leur frère et oublient la poutre dans le leur.

Deuxièmement, remarquons l'unité de but de l'Apôtre : « Je fais une chose ». Il n'essaya pas de faire plusieurs choses ; s'il l'avait fait, il n'aurait sûrement pas réussi. Il voua sa vie au seul but pour lequel il avait été appelé et, à cette fin, renonça à toute autre aspiration humaine. Il le fit aussi sachant que, pendant tout le cours de sa vie présente, la carrière qu'il avait choisie lui causerait perte, privations, fatigues, soucis, persécutions et continuel opprobre. Avec cette unité de but, il fut délivré de nombreuses tentations à se détourner pour jouir de quelques-unes des bonnes choses de la vie présente ou poursuivre certaines de ses trompeuses chimères (Manne du 12 Juin).

Troisièmement, nous observons qu'il était déterminé à oublier les choses du passé. S'il avait permis à son esprit de revenir sans cesse aux trésors du passé qu'il avait abandonnés, de reconsidérer la grandeur du sacrifice qu'il avait fait en se dévouant ainsi à la cause du Méprisé et du Crucifié, il aurait pu être tenté d'abord de se décourager, puis de revenir et de chercher à récupérer les choses du passé. D'autre part, il aurait pu porter devant lui en permanence l'image de ses persécutions contre les Chrétiens et de son consentement à leur martyre, se demandant si le Seigneur lui avait pardonné, et se condamnant continuellement pour son aveuglement, perdant ainsi sa tranquillité d'esprit et diminuant son utilité. Mais, ayant accepté le pardon en Christ, il l'a aussi mis de côté, bien qu'il y ait souvent fait référence avec contrition, et cette pensée semblait influencer toute sa vie, de sorte qu'il s'efforçait avec d'autant plus de diligence de témoigner de son appréciation de la grâce accordée, et d'être patient avec les autres comme Dieu l'avait été avec lui (1 Cor. 15 : 9,10 ; Phil. 3 : 6 ; Eph. 3 : 8 ; Gal. 1 : 13 ; 1 Tim. 1 : 12-16).

Quatrièmement, il s'est tourné vers les choses qui étaient devant lui, et sa foi a saisi les promesses de Dieu avec une telle ténacité qu'elles étaient pour lui des réalités vivantes, inspirant zèle et fidélité. Il laissait son esprit s'arrêter sur les thèmes célestes, comme il le conseillait aux autres, en disant : « Tout ce qui est vrai, tout ce qui est vénérable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est de bonne renommée, s'il y a quelque vertu et quelque louange, que ces choses occupent vos pensées » (Phil. 4 : 8). C'est ainsi qu'il est allé de l'avant, et c'est ainsi aussi que nous devons puiser notre inspiration vers la sainteté et notre courage vers l'endurance et la fidélité qui sauve, même jusqu'à la mort. L'habitude de penser du chrétien a en vérité beaucoup à faire avec son progrès spirituel ou sa rétrogression ; elle est aussi un indice de son état spirituel. Les bonnes habitudes de penser doivent être soigneusement cultivées.

Par « habitude de penser », nous entendons cette condition normale à laquelle l'esprit retourne habituellement [d'une manière caractéristique] dans les moments de loisir mental. Lorsque nous remplissons les obligations journalières de la vie, nous devons nécessairement concentrer nos énergies mentales sur notre travail, car, si nous ne le faisions que machinalement et sans y concentrer notre pensée, nous ne pourrions bien le faire ; toutefois, même ici, le principe chrétien bien établi dans le caractère guidera inconsciemment. Quand la tension d'esprit due au travail et aux soucis est momentanément relâchée, l'habitude établie de penser devrait, comme l'aiguille vers le pôle, retourner rapidement à son repos en Dieu (Manne du 9 Février). Mon âme, retourne en ton repos, car l'Éternel t'a fait du bien » (Ps. 116 : 7). Que l'esprit ainsi temporairement libéré ne se complaise pas dans les choses terrestres, mais qu'il retourne à son repos et à son rafraîchissement dans la contemplation de « tout ce qui est pur, beau et de bonne réputation », de cette beauté de la sainteté qui est la marque, le but ou la fin de notre Haut-Appel, et dont l'accomplissement sera récompensé par le « prix » : gloire, honneur et immortalité. Comme le poète l'a magnifiquement exprimé, -

Chassons de nos cœurs avec zèle
Nos soucis et leur vanité ;
Levons le voile qui nous cèle
Les gloires de l'éternité.

Que les méditations sur Dieu et sur Christ, sur les saints du passé et du présent, sur l'héritage du Royaume, la félicité de notre futur travail en coopération avec Christ, la grandeur et la bienveillance du Plan divin, la gloire et le bonheur de notre rassemblement en Christ après que le travail de la vie présente sera terminé remplissent nos esprits et inspirent nos cœurs. A ces contemplations ajoutons aussi les consolations et les bénédictions que nous tirons de la communion personnelle avec Dieu par la prière, par l'étude de la Parole et le rassemblement de nous-mêmes pour l'adoration et la louange (Manne du 13 Juin).

Cinquièmement, nous remarquons le zèle énergique de l'Apôtre, qui non seulement s'avance dans la contemplation et le désir de la beauté de la sainteté et de la gloire céleste, mais encore se dirige avec ardeur vers le but pour obtenir le prix. Il ne suffit pas de considérer et de désirer ces choses, il faut aussi courir pour elles, s'efforcer de les atteindre, étudier et s'efforcer par la grâce de Dieu de courir de manière à les obtenir. A cet égard, nous voyons une beauté renouvelée dans l'avertissement de l'Apôtre ailleurs : « Appliquez-vous [c'est-à-dire, efforcez-vous, travaillez] à entrer dans ce repos ». Plus nous nous efforçons d'accomplir la volonté du Seigneur en nous-mêmes et dans la partie de Son œuvre qui nous est confiée, plus notre paix et notre véritable repos sont grands. Que tous les fidèles prennent courage, et qu'ils s'instruisent aussi de l'exemple et de l'enseignement du fidèle Apôtre des Gentils, qui a lui-même couru avec tant de réussite jusqu'au bout de sa course ; car la même grâce nous est promise.

Il y a une autre pensée suggérée par les paroles de l'Apôtre que nous ferions bien de considérer, et c'est que, de même que son parcours fidèle et réussi était un exemple digne et rassurant pour l'Église, de même chaque disciple du Christ devrait à son tour considérer que son exemple aura son influence sur les autres. Tout chrétien devrait s'efforcer d'être un modèle digne d'imitation - un modèle d'effort ardent et fidèle pour imiter Christ dans sa vie journalière, et de zèle actif à Son service. Nous ne pouvons nous attendre à être, dans la vie actuelle, des modèles de perfection, de gloire morale suprême et de sainteté sublime. Nous n'avons qu'un modèle de ce genre, Christ, notre Seigneur. En aucun sens, st. Paul n'a jamais dit : « Suivez-moi, ou suivez-nous », mais : « Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Christ » (1 Cor. 11 : 1).

L'Apôtre fut un grand exemple d'effort persévérant pour atteindre la perfection, mais non un exemple de la perfection définitive qui n'existait qu'en Christ seul. C'est son zèle et sa vive ardeur à essayer de copier Christ et d'accomplir Sa volonté que nous devrions imiter (Manne du 10 Février). Considérons tous ces exemples dignes d'intérêt, tout en nous efforçant « d'atteindre le but [du caractère] pour [obtenir] le prix de notre Haut Appel ».