Il n'y a aucune indication dans ce texte d'une seconde mise à l'épreuve pour l'un quelconque des destinataires : les mots ont été prononcés et écrits pour ceux qui, dans l'existence actuelle, sont jugés pour la vie. Il n'est pas dit : « Si vous vivez selon la chair, vous aurez une autre épreuve », ni : « Vous serez punis de tourments éternels » ; mais il est question d'un sursis actuel, dont le résultat sera soit la vie, soit la mort : l'extinction de la vie, la cessation de l'existence.
Le texte ne dit rien non plus de la foi dans le sacrifice expiatoire du Christ comme condition nécessaire au salut : il ne dit rien de ce que nous croyons ou ne croyons pas, mais simplement et uniquement de la façon dont nous vivons. Devons-nous donc en conclure, comme beaucoup, qu'il enseigne que ce que nous croyons ne fait aucune différence à condition que nous vivions selon la justice ? En aucun cas ; et ceux qui considèrent qu'elle est en conflit soit avec la doctrine du rétablissement (ou du jugement du monde pendant l'Âge millénaire), soit avec celle de la rançon, ou qui n'ont pas observé sa contradiction avec la théorie des tourments éternels, n'ont fait qu'une observation superficielle de l'enseignement de l'Apôtre, et en ont en fait perdu toute sa force.
Ne remarquant pas que ces paroles s'adressent à l'Église, et non au monde, le chrétien insouciant permet que sa vigilance se relâche. C'est le contraire même de ce que veut exprimer l'Apôtre : il parle aux saints, aux croyants consacrés, ceux qui ont été engendrés du saint Esprit et qui deviennent de Nouvelles-Créatures en Jésus-Christ (Rom. 8 : 1-8). Et c'est pour cette raison qu'il ne dit rien ici de la foi dans la rançon, qui est accordée ; ni de l'épreuve de l'Âge millénaire, car ceux à qui il s'adresse sont actuellement à l’épreuve, et leur épreuve sera terminée et leur récompense obtenue avant que le monde n'entre en jugement - 1 Cor. 6 : 2.
L'avertissement n'est donc pas du tout applicable au monde, mais il est empreint d'une importance solennelle pour l'Église - pour les croyants consacrés, Nouvelles-Créatures en Jésus-Christ, qui, ayant été engendrées du saint Esprit, ont maintenant une nature spirituelle, l'ancienne nature humaine ayant été vouée à la mort. Ces personnes, qui se sont solennellement engagées auprès de Dieu à présenter leur corps - leur nature humaine - comme un sacrifice vivant (qui était acceptable par le Christ, et donc accepté par Lui), et à vivre désormais selon l'Esprit, n'ont plus la liberté d'annuler cette alliance, ni de l'ignorer. Ils ne peuvent pas revendiquer à nouveau cette nature humaine rachetée à laquelle, par leur alliance, ils ont abandonné tout droit, revendication et titre. Et s'ils essaient de le faire, soit en ignorant soit en méprisant leur alliance, ils perdent ainsi leur droit à la nouvelle nature spirituelle, qui ne peut être obtenue que par la fidélité à l'alliance du sacrifice, jusqu'à la mort.
Il est donc logiquement manifeste, même si l'Apôtre ne l'avait pas dit, que si nous, les croyants consacrés, faisons marche arrière pour vivre à nouveau selon la chair, nous mourrons ; que pour nous, être charnel signifie la mort, mais qu'être spirituel signifie la vie et la paix (Rom. 8 : 6). Les paroles de notre Seigneur en Matthieu 16 : 24, 25 vont dans le même sens : « Quiconque veut sauver sa vie la perdra, et quiconque perdra sa vie à cause de moi la retrouvera ».
La question importante est donc : Qu'est-ce que vivre selon la chair ? C'est vivre selon les penchants et les désirs de la nature humaine déchue, les caresser et les satisfaire. C'est une chose excessivement facile à faire. Nous n'avons qu'à nous abandonner nonchalamment au fil de notre vieille nature et cesser de faire des efforts pour la combattre. A l'instant, nous flottons à la dérive et bientôt nous trouvons que le flot nous emporte de plus en plus rapidement, la résistance devenant de plus en plus difficile (Manne du 2 Février).
La mort que notre texte évoque comme la fin inévitable d'un tel parcours, est manifestement la « Seconde-Mort ». Nous avons été rachetés de la première mort et ensuite mis à l'épreuve pour la vie éternelle, et en cas d'échec, la perte de cette nouvelle vie sera la Seconde-Mort » - de laquelle il ne peut y avoir de rédemption et de délivrance.
L'Apôtre définit ainsi les œuvres de la chair (Gal. 5 : 19-21) – « Or les œuvres de la chair se voient clairement ; ce sont actes sexuels immoraux, impureté, conduite indigne et effrontée, idolâtrie, spiritisme, hostilité, querelle, jalousie, accès de colère, dissensions, divisions, dissidences, envie, ivresse, orgies et choses semblables ». Quelle souillure morale et quelle contamination cela décrit ; mais telle est la tendance de la nature humaine déchue. Cessez simplement de lutter contre la vieille nature, et à ce moment-là, certaines de ces mauvaises pratiques nocives fleuriront et supplanteront le bien qui reste.
« Ah, eh bien », dit l'un d'eux, « je n'ai pas toutes ces méchantes qualités ». Eh bien, nous sommes heureux que vous ne les ayez pas : très peu de gens les ont toutes ; mais attention, vous ne savez peut-être pas de quelle sorte d'esprit vous êtes habité. Assurez-vous que votre ancienne nature n'est pas dépourvue d'un penchant hérité et peut-être cultivé dans certaines de ces directions. Veillez et priez pour éviter que vous n'entriez en tentation.
D'autre part, considérez les fruits bénis de l'Esprit (Gal. 5 : 22, 23), qui sont « l'amour, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la foi, la douceur, la tempérance. Contre de telles choses, il n'y a pas de loi ». Vivre dans la pratique de ces grâces, c'est « vivre par l'Esprit ». Et « si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi par l'Esprit » - faire des progrès dans la vie spirituelle. « Marchez par l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair ; car la chair a des désirs contraires à ceux l'Esprit, et l'Esprit a des désirs contraires à ceux de la chair » - Gal. 5 : 25, 16.
La vie chrétienne est donc nécessairement une guerre, une bataille, entre la nouvelle et l'ancienne nature, un conflit au coude à coude auquel nous ne voulons pas nous dérober ; car non seulement le prix de notre Haut-Appel en dépend, mais les questions de vie et de mort y sont aussi présentes. Il est donc solennel de vivre dans ces conditions, car chaque jour et chaque heure nous nous trouvons devant la barre du tribunal. Les paroles de notre texte ne s'appliquent pas au monde d'aujourd'hui, mais à nous qui sommes maintenant jugés : Si nous vivons selon la chair, nous mourrons ; mais si par l'Esprit nous mortifions [mettons à mort, refusons de satisfaire] les actes du corps [les tendances de l'ancienne nature], nous vivrons. Et tous ceux qui sont vraiment les fils de Dieu feront cela : « car », dit l'Apôtre (verset 14), « tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, sont fils de Dieu ». Si nous refusons délibérément la conduite de l'Esprit de Dieu, nous perdons la relation de fils ; si nous la négligeons sans aucune détermination, nous mettons en danger cette relation, et aussi sûrement que nous sommes fils, nous recevrons un châtiment pour notre correction et notre discipline.
Mais si nous devons être très reconnaissants de la main sévère et restrictive du Seigneur qui nous aide ainsi à nous maintenir dans la voie droite et étroite dans laquelle l'Esprit de Dieu conduit le sien, nous devons veiller à en faire un usage aussi réduit que possible. « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » et châtiés (1 Cor. 11 : 31, 32). Cependant, tout en veillant avec la plus grande vigilance et la prière, pour maîtriser l’ancienne volonté charnelle, nous ferons sans doute quelques faux pas et aurons besoin de quelques châtiments de la part du Seigneur ; car, dit l'Apôtre (Héb. 12 : 5-12), « Quel est le fils que son Père ne corrige pas ? Si vous supportez le châtiment, Dieu vous traite comme des fils ; mais si vous êtes sans le châtiment auquel tous ont part, vous êtes des bâtards et non des fils ; car le Seigneur aime, il châtie, et il fait battre de verges tout fils qu'il reçoit. N'oublions donc pas l'exhortation qui nous est adressée comme à des enfants : Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ».
Dans la difficile course qui nous attend, et au vu de tous les dangers qui l'assaillent, combien est bénie la promesse que notre Père céleste est toujours prêt à donner le saint Esprit à ceux qui le Lui demandent, et l'assurance aussi que si nous sommes remplis de l'Esprit, nous n'accomplirons pas les convoitises de la chair. Combien il est nécessaire, par conséquent, de vivre près de la source de la grâce divine, de prier sans cesse - surtout en ces derniers jours où notre grand adversaire est si actif et si rusé dans ses stratagèmes pour tromper et égarer le peuple du Seigneur. Les mots du poète sont les plus appropriés à chacun en ce moment particulier.
« Ne laissez aucun endroit sans surveillance,
Aucune faiblesse de l'âme ;
Prenez chaque vertu, chaque grâce,
Et fortifier l'ensemble ».