Dans le numéro d'octobre de la Tour, nous avons jeté un regard rapide sur la grande faveur de Dieu, dont le monde entier peut jouir, celle de la justification par Christ. Nous avons vu quel salut béni et complet, quelle restauration complète de tout ce qui a été perdu en Adam, est impliqué dans ce terme de justification. Et bien que nous ne fassions pas actuellement l'expérience de cette justification dans le rétablissement effectif de la perfection - mentale, morale et physique - bien que nous souffrions encore, du fait de la chute, de nombreuses faiblesses et de tristes déformations de caractère et de la personne, bien que nous soyons encore soumis à la mort et que nous devions tôt ou tard tomber sous son emprise, néanmoins, ayant accepté par la foi la promesse d'une justification effective, par le Christ, nous avons la paix avec Dieu ; car nous avons en notre possession, pour ainsi dire, un chèque de la banque du ciel pour le plein salut, la justification ou la restitution, payable au porteur au temps voulu par Dieu - l'Âge millénaire. Et, par conséquent, nous nous considérons, comme Dieu nous considère, justifiés gratuitement de toutes choses, nos défauts ne nous étant plus imputés, étant expiés par le sang précieux auquel nous nous confions, et la justice de Christ nous étant comptée.
Nos péchés ont été déposés sur le Christ, notre Rédempteur, et Sa justice est transférée en conséquence sur notre compte. O combien nous nous sommes réjouis de ces chèques lorsque, par la foi, nous les avons reçus et avons commencé à réaliser leur importance ! Combien de fois avons-nous ouvert le livre béni de Dieu et lu ce chèque encore et encore – « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui [Ah ! je suis inclus, avons-nous dit] ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3 : 16). Certains d'entre nous ont crié à ce sujet, et certains d'entre nous ont pleuré des larmes de joie et de gratitude. Et pour cette grâce, nous ne cesserons jamais de louer Dieu à travers toute l'éternité.
Mais nous voulons maintenant considérer cette faveur ou grâce supplémentaire dont parle l'Apôtre, à laquelle nous avons également accès par la foi en Christ, et dans laquelle ceux qui l'ont reçue se réjouissent dans l'espérance de la gloire de Dieu - cette grâce, que certains Chrétiens appellent « la seconde bénédiction », mais que beaucoup d'entre eux, nous le regrettons, ne comprennent que vaguement. Qu'est-ce que c'est ? Peut-il y avoir quelque chose de plus grand que ce que nous avons vu être la grâce de la justification ? Quelque chose de plus désirable que le pardon de nos péchés, notre réconciliation et notre paix avec Dieu ? Peut-il y avoir quelque chose de plus désirable que le résultat de cette réconciliation dans la perfection de toutes les forces physiques, mentales et morales ? qu'un corps dans l'éclat de la santé et la beauté de la forme et des traits, paré pour toujours des fleurs de l'éternelle jeunesse ? qu'un esprit en pleine possession de toutes ses forces, et formé, éduqué et discipliné au-delà même de tous les prodiges intellectuels que nous avons jamais connus ? et un raffinement moral reflétant glorieusement la ressemblance divine et parfaitement acceptable par Dieu ? Peut-il y avoir une grâce désirable au-delà de cela et de la condition parfaite de la terre glorieuse dont les endroits maintenant déserts fleuriront alors comme la rose ?
D'un point de vue humain, il semblerait que non. C'est certainement tout ce que le cœur humain peut souhaiter ou aspirer à obtenir. Et lorsque « Dieu essuiera toute larme, et qu'il n'y aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni peine », tous ceux qui aiment la justice seront certainement satisfaits, et, comme le dit Esaïe, « toute la terre éclatera en chants » (Es. 14 : 7). Loué soit le Seigneur ! La perspective met dès maintenant un chant nouveau dans nos bouches. Mais malgré tout cela, nous apprenons que Dieu a prévu « quelque chose de meilleur » pour l'Église de l'Âge de l'Évangile. Paul en parle quand, après avoir retracé la foi et les bonnes œuvres des Anciens Dignes qui ont vécu avant l'Âge de l'Évangile, et donc avant l'appel spécial de cet âge, il dit : « Tous ceux-ci, ayant obtenu témoignage par la foi, n'ont pas [encore] reçu ce qui avait été promis, Dieu ayant eu en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne parvinssent pas à la perfection sans nous » - Héb. 11 : 40.
Et c'est à ce sujet que nous lisons les expressions « grâce sur grâce » (Jean 1 : 16), « très- grandes et précieuses promesses », « le prix de notre Haut-Appel », « l'appel céleste », etc. Ce Haut-Appel est un appel à être cohéritiers de Christ en tant qu'épouse, à participer à Sa nature divine, à partager Sa ressemblance, Sa gloire et Son honneur, et à être associés comme collaborateurs avec Lui dans Sa haute fonction, lorsque, au temps fixé, Son Royaume viendra - et même à s'asseoir avec Lui sur Son trône comme rois et sacrificateurs pour Dieu. Voir Rom. 8 : 17 ; 2 Pi. 1 : 4 ; 1 Jean 3 : 2 ; Apoc. 3 : 21 ; 1 : 6.
L'esprit humain a du mal à comprendre un tel sommet de gloire, mais ceux dont le cœur est profondément amoureux du Seigneur peuvent apprécier l'immense faveur de l'invitation à devenir l'épouse bien-aimée du Christ, à devenir semblable à Lui et à être en Sa présence glorieuse pour toujours.
Une grâce merveilleuse ! Et l'émerveillement s'accroît lorsque nous réfléchissons à la haute exaltation du Christ, au-delà même de la gloire qu'Il avait auprès du Père avant que le monde ne soit – « le resplendissement de sa gloire et l'empreinte de sa substance » (Héb. 1 : 3), la gloire de Sa richesse qui place l'univers entier à Ses pieds en tant qu' « héritier de toutes choses » (Héb. 1 : 2), la gloire de Sa puissance, de « toute puissance dans le ciel et sur la terre », la gloire de Sa fonction qui n'est surpassée que par celle de Jéhovah, le grand Empereur de l'Univers (1 Cor. 15 : 27,28), et une gloire de caractère qui brille de tout l'éclat d'une pureté sans tache. Aspirer à un tel sommet de gloire sans y être invité serait assurément le comble de la présomption et de la folie. Mais lorsque nous y sommes invités, nous avons le privilège d'accepter cette faveur avec gratitude et en nous efforçant humblement de remplir les conditions de l'appel. C'est là le grand privilège des saints de l'Âge de l'Évangile ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent - Matth. 7 : 14.
Paul nous montre que, dans le Christ, nous avons accès par la foi à cette grâce, tout comme dans le Christ aussi nous avons eu accès par la foi à la grâce de la justification. Il montre aussi qu'avant d'avoir accès à cette grâce, nous devons avoir reçu la grâce de la justification. Ensuite, croyant que « celui qui nous appelle est fidèle, qui aussi le fera », et comptant pleinement sur Sa grâce, nous cherchons ardemment à connaître et à remplir les conditions. Ces conditions, ceux particulièrement qui sont pleinement consacrés à Dieu, sont impatients de les découvrir. Et ceux-là ont déjà fait les premiers pas, au moins, dans l'accomplissement des conditions. Nous avons déjà accepté avec reconnaissance la grâce de la justification, par la foi en Christ notre Rédempteur, et cela nous donne une position reconnue aux yeux de Dieu. C'est-à-dire que nous sommes désormais reconnus comme saints, comme si nous étions effectivement justifiés, et traités de ce point de vue. L'Apôtre dit que nous sommes « saints et agréables à Dieu » (Rom. 12 : 1). Et étant ainsi justifiés, saints (par la justice imputée de Christ), et donc agréables à Dieu, il dit : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu [manifestée dans la grâce qui vous a justifiés], à présenter vos corps en sacrifices vivants, ... ce qui est votre service intelligent » (Rom. 12 : 1). Il y a la condition du Haut-Appel, brièvement énoncée - que nous présentions nos corps, notre humanité justifiée, comme un sacrifice vivant. Et vous vous souviendrez que c'est exactement ce que notre Seigneur Jésus a fait, en disant : « Tu m'as formé un corps. Tu n'as pas pris plaisir aux holocaustes ni aux sacrifices pour le péché ; … Voici, je viens – il est écrit de moi dans le rouleau du livre - pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Heb. 10 : 5-7). De même qu'Il a offert Sa vie en sacrifice pour le péché, de même nous sommes invités à sacrifier notre vie fidèlement, jusqu'à la mort, comme Il l'a fait ; et, ce faisant, nous sommes comptés avec Lui comme faisant partie du sacrifice pour le péché, bien que notre sacrifice n'ait aucun mérite en soi, puisque, sans Lui, nous serions nous-mêmes condamnés. Mais étant d'abord justifiés par la foi en Lui, nous sommes des sacrifices agréables à Dieu, comme le dit l'Apôtre. Et dans ce privilège de nous sacrifier maintenant réside l'avantage particulier de la justification par la foi dans l'âge présent, plutôt que dans l'avenir.
En remplissant la condition du Haut-Appel, nous ferons donc exactement ce que Jésus a fait, en nous rappelant qu'il nous a laissé un exemple pour que nous suivions Ses traces (1 Pi. 2 : 21). Rappelez-vous aussi les paroles de l'Apôtre : « Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ; si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui ». « Si nous avons été identifiés avec lui dans la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi dans la ressemblance de sa résurrection » (2 Tim. 2 : 11,12 ; Rom. 6 : 5).
Rappelez-vous maintenant quelle était la ressemblance de Sa résurrection. C'était une très haute exaltation (Phil. 2 : 9), bien au-dessus de la nature humaine, « au-dessus de toute principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se nomme » (Eph. 1 : 21). C'était une exaltation jusqu'à la nature divine, dont, dit Pierre, nous aussi, qui suivons Ses pas comme Il nous a donné l'exemple, pouvons devenir participants (2 Pi. 1 : 4). Suivre les pas du Seigneur dans l'humiliation et le sacrifice, même jusqu'à la mort, n'est pas une mince affaire. Cela signifie l'abandon de notre volonté pour l'accomplissement de la volonté divine. Notre sacrifice n'est pas l'abandon de nos péchés : nous y avons pleinement renoncé lorsque nous avons reçu la grâce de la justification, avant d'être acceptables comme sacrifices. Notre sacrifice doit donc consister à renoncer aux choses auxquelles nous avons droit en tant qu'hommes naturels. Notre première considération dans tout ce que nous faisons doit être : Qu'est-ce qui sera le plus pour la gloire de Dieu et l'avancement de Sa cause ? Si nous réalisons que nous pouvons glorifier Dieu dans une certaine mesure par une voie qui n'entraîne qu'un léger inconvénient ou un léger sacrifice de notre propre volonté, et plus encore par une autre voie plus difficile ou plus humiliante, alors cette dernière est celle à laquelle nous nous sommes engagés par notre consécration.
Au milieu des revendications bruyantes de notre vieille nature (humaine), qui insiste sur sa propre volonté et sa propre voie, dans une certaine mesure du moins, il est souvent difficile de découvrir la bonne voie à suivre en vue de notre consécration. Mais faire taire avec persévérance la vieille nature, rechercher et déterminer avec soin la volonté du Seigneur dans tout ce que nous faisons, c'est trouver le « chemin étroit » qui mène à la vie - à cette vie divine à laquelle les saints de cet âge sont appelés. « Et il y en a peu qui le trouvent », dit le Seigneur. Combien peu, même parmi ceux qui ont fait l'alliance, semblent ainsi rechercher avec assiduité le chemin et s'y engager humblement.
« Oh ! c'est un chemin difficile à choisir,
Un combat difficile à partager,
Car l'orgueil humain refuserait toujours
Les épreuves sans nom qui s'y trouvent.
Mais si nous savons que la porte est basse
Qui mène à la félicité céleste,
Quelle plus grande grâce Dieu pourrait-il accorder
Qu'un tel espoir ? »
Il n'y a qu'un seul chemin à suivre pour ceux qui veulent rester dans ce chemin étroit du sacrifice jusqu'à la mort, et c'est ce que Paul nous dit : « Oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » - « rejetant tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si aisément, courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi », et en considérant comment Il a enduré, de peur que nous ne nous fatiguions et que notre esprit ne s'affaiblisse ( Phil. 3 : 14 ; Héb. 12 : 1-3). Si nous continuons à regarder les choses qui sont derrière nous, nous perdons de vue les choses célestes et nous commençons à surestimer les choses terrestres, et à déprécier proportionnellement les choses célestes. En d'autres termes, nous commençons à nous conformer à ce monde. L'Apôtre dit : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés » ; que votre esprit soit continuellement tourné vers le ciel.
Aussi difficile et épineux que puisse être le chemin, n'oubliez pas le privilège de marcher dessus. Nous ne devons pas nous plaindre et souhaiter qu'il en soit autrement, car celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas propre pour le royaume (Luc 9 : 62). Si notre Seigneur a dû être si sévèrement éprouvé pour démontrer qu'Il était digne de la haute exaltation, nous ne devrions pas « trouver étrange le feu ardent qui est venu sur nous pour notre épreuve, comme s’il nous arrivait quelque chose d’extraordinaire » (1 Pi. 4 : 12).
Nous devons « prendre notre part des souffrances comme de bons soldats » et attendre patiemment « la gloire qui doit nous être révélée ». Et pour nous encourager, gardons à l'esprit les très grandes et précieuses promesses : « A celui qui vaincra, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur mon trône, comme moi aussi j'ai vaincu et je me suis assis avec mon Père sur son trône » ; « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie ». « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » ; « celui qui nous appelle est fidèle, qui aussi le fera ». Glorieuse, en effet, sera cette seconde bénédiction lorsqu'elle sera pleinement réalisée ; et même maintenant, alors que par la foi la perspective de son héritage se profile devant nous, nous nous réjouissons d'une joie indicible et pleine de gloire, estimant que les souffrances du temps présent, pour l'amour de Christ, ne sont pas dignes d'être comparées à la gloire qui sera révélée en nous.
« Le sentiment de gratitude a toute l'ardeur
De la passion dans les cœurs nobles.
Celui qui justifie les méchants, et celui qui
Condamne les justes, l’un comme l’autre
Sont une abomination pour le Seigneur ».