Je peux ne pas saisir pourquoi devant mes yeux
Le soleil s'assombrit quand le nuage passe,
Pourtant, en Lui, je me confie heureux
Et faiblement Lui dis : " Ta volonté se fasse ! "
Je ne sais pas pourquoi, lorsque je veux servir,
Il estime opportun que la porte soit close,
Mais à Sa volonté je cède avec plaisir,
Car jamais à Son dit mon vouloir ne s'oppose.
Je m'étonne de voir que mon Père crut bien
De reprendre en mon sein palpitant qui l'abrite
Le joyau précieux qu'y mit Sa propre main ;
Mais du coeur maternel l'AMEN s'exhale vite.
Le sens de ma leçon souvent me semble obscur,
Mais calme, je maintiens l'encens qui se consume.
Dans ma coupe, pourquoi le doux devient-il sur ?
Et pourtant je la presse à mes lèvres et la hume,
Mes yeux tournés vers le Maître du ciel
" Trop sage pour errer, trop bon pour éconduire ",
Sûr qu'après avoir bu et sa lie et son fiel,
La bénédiction, enfin, va me sourire.
Alors, presse-la donc, que je boive à longs traits,
Même, ô Dieu, si Tu vois ma douleur et mes larmes ;
Sous le mordant ciseau le marbre a plus d'attraits,
Car de la ciselure on découvre les charmes.
Oui, Seigneur, que le ciel soit sombre, si Tu veux.
Arrache de mes bras le cher don de Ta grâce.
Fais mon calice amer ou doux, selon Tes voeux,
Je serrerai Ta main sous la flamme qui passe,
Et, jetant à Tes pieds mes fardeaux les plus lourds,
Je louerai Ton saint nom et les nuits et les jours.