56 - POURQUOI ATTENDS-TU ?

Pauvre et frêle brebis ! Qui, hors la bergerie,
T'a commandé de te tenir lasse et meurtrie
Au milieu des dangers, le froid dans sa rigueur
Rampant et grandissant au profond de ton coeur ?
Qui t'a dit de rester jusqu'à ce qu'ô mystère,
Ne te découvre enfin un sentiment sincère -
Lequel ? tu ne le sais ou jamais le sauras -
Quand tu es à genoux dans ton morne embarras,
Et vienne déverser une chaleur exquise
D'affection, de foi dans ton âme indécise.

Qui donc t'a dit d'attendre après un tel miracle ?
Voici, entends de Dieu la voix du saint oracle :
" Viens ! " Le tendre Berger t'ouvre grand le portail
Et veut dans Son amour te conduire au bercail.
Pourquoi tarderais-tu ? Jadis, - qu'il te suffise -
O timide brebis, par Lui tu fus acquise !
Il paya tout pour toi. Veux-tu voir Sa beauté ?
Ou ne peux-tu, sans voir, croire à la charité ?
Apprends cette leçon de première importance :
Bienheureux sont ceux qui, sans voir, ont la croyance.

Attendras-tu toujours l'affection ? Tu penses :
" Je voudrais croire, aimer, mais morte est l'espérance,
La foi me fait défaut et, sans foi, qui prétend
Jouir de la faveur qui seulement s'étend
Sur les coeurs dévoués ? - D'attendre je m'impose. "
Que non pas ! Le Berger simplement te propose
D'avoir la foi en Lui et non pas dans ta foi ;
C'est là ce que te dit Son tendre " Viens à moi ! "
Dans le clair, dans l'obscur, Sa volonté soit tienne ;
Quant à l'oeuvre de foi Jésus la fera Sienne.