Dans sa prédication matinale,
Le pasteur parla de la chute originelle,
Et comment dès lors la colère de Dieu
Reposa sur chacun et sur tous.
Comment, selon Sa volonté et Son bon plaisir,
Toutes les âmes, hormis un petit nombre d'élus,
Furent destinées à la torture éternelle,
Et maintenues dans cette condition.
Pourtant, jamais, par la déraison de la foi,
Une âme plus sainte fut plus éprouvée,
Et jamais la vieille et âpre leçon
D'un cœur plus tendre fut démentie.
Et après le service si pénible,
En ce Premier jour agréable, lumineux,
Il marcha avec sa petite fille
Au milieu des pommiers en fleurs de mai.
Mélodieusement dans la fraîche et verdoyante prairie
Chantaient le merle et le passereau ;
Au-dessus du pasteur, les pétales teintés
Ornaient le verger en fleurs.
Tout autour, sur la gloire merveilleuse,
Il promenait son regard en souriant :
"Mon enfant, comme le Seigneur est bon,
Qui nous offre ces cadeaux de Sa main".
"Contemplez la floraison des pommiers,
Et les violettes dans les champs,
Soupçon de la beauté originelle et perdue
Du Jardin du Seigneur".
Marchant sur un tapis de fleurs blanches et roses,
La fillette parla alors franchement,
"Ô père ! ces jolies fleurs
Sont bien méchantes, je pense".
"Si le Jardin d'Éden n'avait pas existé,
Il n'y aurait jamais eu de chute,
Et si aucun arbre n'avait fleuri
Dieu nous aurait tous aimés".
"Silence, mon enfant !" répondit le père,
"C'est par Son décret que l'homme est tombé ;
Ses voies sont obscures et ténébreuses,
Mais Il fait bien toutes choses".
"Et si par Sa volonté
Il nous arrive bien ou mal,
Joie ou douleur, lumière ou ombre,
Nous devons toujours Le craindre et L'aimer".
"Ô, je Le crains !", assura la fille,
"Et je m'efforce de L'aimer aussi ;
Mais je souhaiterais qu'Il soit gentil et tendre,
Bienveillant et aimant comme vous".
Le pasteur soupira en son esprit,
Tandis que les lèvres tremblantes de peine,
Et les yeux humides et levés vers lui
Interrogeaient les siens en vain.
Inclinant la tête, il médita sur
Les paroles de son enfant.
S'était-il trompé toute sa vie dans ses enseignements ?
Avait-il causé du tort à son Maître ?
À quelle sinistre et redoutable idole
Avait-il prêté le Nom le plus saint ?
Son propre cœur, aimant et humain,
Avait-il fait honte au Dieu qu'il adorait ?
Et voici que de la floraison et de la verdure,
Des cieux tendres,
Et du visage de sa petite fille,
Il lut une leçon d'amour.
Non plus comme la nuée terrible
De la montagne de la Loi du Sinaï,
Mais comme Christ dans les champs de lys de la Syrie,
La vision de Dieu il entrevit.
Et comme alors, dans les gorges de l'Horeb,
Sa présence jadis fut reconnue,
La gloire redoutée, indicible,
N'était que bonté infinie.
Par la suite ses auditeurs perçurent
Dans ses prières un ton plus tendre,
Et jamais plus le message de haine
Ne lui brûla les lèvres.
Et la langue moqueuse devint prière,
Et les yeux aveugles recouvrèrent la vue,
Et les cœurs autrefois de pierre
S'adoucirent à sa chaleur et à sa lumière.
(Traduction libre)
(Traduit en prose par Alfred Gasser)